Craniométrie

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Un crâne humain et un appareil de mesure de 1902.

La craniométrie est une pratique relevant de la biométrie et consacrée à l'étude des mensurations des os du crâne. Elle se base sur l'hérédité des traits morphologiques (on ressemble à ses parents, et des caractères comme le nez des Bourbons ou le menton des Habsbourgs se transmettent génétiquement), de sorte qu'avant les travaux sur l'ADN, ou en l'absence d'ADN dans le cas des fossiles, elle sert à définir les affinités entre individus ou populations. Elle est utilisée en médecine légale pour identifier l'origine géographique d'un crâne, ce qui requiert des bases de données comparatives larges. Historiquement, elle se distingue de la phrénologie, ou cranioscopie, qui était une tentative ancienne de localiser des fonctions cérébrales (en fait des vices et des vertus) dans le cerveau, et de la physiognomonie, qui est l'étude des traits du visage. Ces trois disciplines ont toutes prétendu pouvoir prédire l'intelligence d'un individu et, en ce qui concerne la craniométrie, en se basant sur une corrélation, vraie au plan évolutif mais fausse au plan individuel, entre capacité crânienne et performances cognitives. L'anthropologie physique a très tôt réfuté la phrénologie, qui relevait plutôt de la neurologie, et n'a jamais considéré la physiognomonie comme une science sérieuse (alors qu'elle est toujours utilisée par certains cabinets de recrutement).

Eva Justin procédant à des mesures anthropométriques d'une femme Rom, dans le cadre de travaux sur l'hygiène raciale financés par le Troisième Reich.
photo : Avril 1938.

La craniométrie a donc été utilisée par les experts qui voulaient déterminer de quelle race appartenait un individu[1] et, au XIXe siècle, le fait que le cerveau de l'homme, après correction pour la taille du corps, fasse 100 g de plus[2] en moyenne que celui de la femme a permis à des anthropologues comme Paul Broca[3] ou à son élève comme Gustave Le Bon[4] de vouloir y voir une preuve objective d'une prétendue infériorité intellectuelle de la femme, idée qui a perduré tout au long du XXe siècle avant d'être infirmée dans les années 1980 avec le développement de l'imagerie médicale qui permet les premières études sérieuses sur les différences structurales entre le cerveau de l'homme et de la femme[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • la craniométrie, une science insensée qui s'est développée au XIXe siècle
Il était une fois les filles..., mai 2011 / 16,5 x 24,5 cm / 112 pages, ISBN 978-2-7427-9709-7
Auteurs : Patrick BANON, Anne-Lise BOUTIN (Illustrateur), page 82

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sarga Moussa, L'idée de "race" dans les sciences humaines et la littérature : XVIIIe-XIXe siècles, Éditions L'Harmattan,‎ , p. 3489
  2. (en) C. Davison Ankney, « Sex differences in relative brain size : The mismeasure of woman, too ? », Intelligence, vol. 16, no 3,‎ , p. 329-336
  3. Broca écrit en 1861 dans Sur le volume et la forme du cerveau suivant les individus et suivant les races que « la femme étant plus petite que l'homme, et le poids du cerveau variant avec la taille, on s'est demandé si la petitesse du cerveau de la femme ne dépendait pas exclusivement de la petitesse de son corps. Pourtant il ne faut pas perdre de vue que la femme est en moyenne un peu moins intelligente que l'homme ; différence qu'on a pu exagérer, mais qui n'en est pas moins réelle. Il est donc permis de supposer que la petitesse relative du cerveau de la femme dépend à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle ». Source : Françoise Collin, Le Sexe des sciences : les femmes en plus, Éditions Autrement,‎ .
  4. Gustave Le Bon écrit en 1879 que chez la femme « l'infériorité de l'intelligence est trop évidente pour être contestée » et que « tous les psychologistes qui ont étudié l'intelligence des femmes ailleurs que chez les romanciers et chez les poètes reconnaissent aujourd'hui qu'elles représentent les formes les plus inférieures de l'évolution humaine et sont beaucoup plus près des enfants et des sauvages que de l'homme adulte civilisé ». Source : Pierre Karli, Le cerveau et la liberté, Odile Jacob,‎ .
  5. (en) M. Burgaleta, K. Head, J. Álvarez-Linera, K. Martínez, S. Escorial, R. Haier & R. Colom, « Sex differences in brain volume are related to specific skills, not to general intelligence », Intelligence, vol. 40, no 1,‎ , p. 60-68

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]