Cours Saint-Pierre et Saint-André

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Cours Saint-Pierre et Saint-André
Image illustrative de l'article Cours Saint-Pierre et Saint-André
les cours Saint-Pierre (à gauche) et Saint-André (à droite) séparés par la place Maréchal-Foch. La cathédrale de Nantes s'adosse au cours Saint-Pierre.
Situation
Coordonnées 47° 13′ 07.48″ N 1° 32′ 56.71″ O / 47.2187444, -1.549086147° 13′ 07.48″ Nord 1° 32′ 56.71″ Ouest / 47.2187444, -1.5490861  
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Ville Nantes
Quartier Centre-ville
Tenant Place Duchesse-Anne
Aboutissant Quai Ceineray
Morphologie
Type Promenade publique
Histoire
Création 1720-1763
Anciens noms Cours des États
Cours de la Liberté
Cours de la Fédération
Monuments Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes
Porte Saint-Pierre

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Les cours Saint-Pierre et Saint-André sont des promenades publiques situées à Nantes et furent, au XVIIIe siècle, les premiers espaces de ce type aménagés dans la ville, sur d'anciens terrains vagues situés alors hors des murs d'enceinte de la cité[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

Les deux cours, Saint-Pierre au sud et Saint-André au nord, sont construits en enfilade et en surplomb, séparés entre eux par la place Maréchal-Foch. Ils dessinent une vaste perspective plantée de part et d'autre d'arbres entre l'Erdre et la Loire.

Dénomination[modifier | modifier le code]

L'ensemble fut d'abord baptisé « cours des États » en références aux États de Bretagne qui, en 1759, avaient voté une subvention de 32 000 livres qui vinrent s'ajouter aux 57 000 déjà votées, en vue d'aménager cet espace. Puis, lors de la Révolution, on fait une distinction entre les deux cours : celui au sud (actuel cours Saint-Pierre) devient « cours de la Liberté », tandis que celui du nord (actuel Saint-André) est baptisé « cours de la Fédération »[3].

Le cours Saint-André doit son nom à une chapelle, fondée au Ve siècle, qui était située dans l'actuelle rue Préfet-Bonnefoy. Le cours Saint-Pierre reprend le premier vocable de la cathédrale voisine (qui est également attribué à la place où se trouve le parvis de cette dernière, et à la porte Saint-Pierre)[4].

Historique[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Durant l'Antiquité, la zone actuellement occupée par les cours formait un vaste terrain vague, dominé par deux « mottes », et traversé, au niveau de l'actuelle place Maréchal-Foch, par la voie romaine menant vers la cité appelée Juliomagus à partir du IIIe siècle (à l'origine d'Angers). Autour de cette voie, les Gallo-romains disposaient des stèles funéraires. Celles-ci furent utilisées pour paver le sol de la porte Saint-Pierre lors de la construction de l'enceinte gallo-romaine de Nantes au IIIe siècle[5].

Bas Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Cette zone sert ensuite de nécropole aux Mérovingiens (au niveau de l'hôtel d'Aux, de la rue Labouchère et de la maison Minée, côté est de la rue Henri-IV), et la partie nord de l'actuel cours Saint-André abrite au Moyen Âge le cimetière de Saint-Cyr-et-Sainte-Julitte, et plus tard de cimetière pour les Protestants. Mais la principale fonction de la « motte Saint-Pierre » et de la « motte Saint-André » est défensive. L'est de la cité n'est pas protégé par une barrière naturelle, fonction remplie ailleurs par la Loire et l'Erdre ; la zone des mottes est donc volontairement laissée en friche, offrant un secteur à découvert venant compléter les remparts et leurs douves sèches[5].

Haut Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Les remparts antiques sont rénovés et agrandis sous la conduite de Pierre Mauclerc au XIIIe siècle ; la nouvelle muraille s'étend dès lors tout le long du côté ouest des actuels cours. Les parties nord et sud sont physiquement séparées par une fortification construite entre 1478 et 1537. Cet ouvrage, un « belouard » ou « boulevard » (nom à l'origine du mot désignant une voie publique), défend la porte Saint-Pierre, et les constructions le composant s'étendent jusqu'à l'actuelle colonne Louis-XVI, et le fossé l'entourant jusqu'à l'est de l'actuelle place Maréchal-Foch. L'accès à la ville se fait alors par deux ponts-levis, un au nord de l'actuel cours Saint-Pierre (en face de la chapelle de l'Oratoire et au centre du cours), l'autre devant la porte Saint-Pierre[5],[6].

XVIe et XVIIe siècles[modifier | modifier le code]

Le principal propriétaire des terrains est le chapitre de la cathédrale. En 1528, celui-ci accorde un terrain le long du rempart de la motte Saint-André pour l'implantation d'une corderie, contre paiement d'une redevance. En 1552, le chapitre fait installer un gibet sur cette motte ; des exécutions ont lieu en 1555, 1640, 1668 et 1701[7].

Le chapitre tire des revenus de quatre foires, qui se tiennent les jours de la Saint-Clair, la Saint-André, la Saint-Marc et la Saint-Antoine. Le roi de France Henri II reconnaît officiellement l'existence de ces foires, qui s'agrandissent. La « motte Saint-André » accueille des marchands de bétail, la « motte Saint-Pierre » est le lieu, entre autres, des potiers et des merciers. Ces foires sont transférées place Viarme en 1760[7].

En 1590, le duc de Mercœur (1558-1602), dans le cadre d'un vaste remaniement de l'enceinte de la ville, fait construire le bastion Saint-André, au nord des cours, près de la « Grosse tour » en bordure d'Erdre[5]. À la même époque, la duchesse, Marie de Luxembourg (1562-1623), fait aménager non loin de là une esplanade pour le divertissement (la « Danse aux Dames »)[7].

Après la soumission du duc à Henri IV en 1598, l'arasement des mottes est envisagé, mais finalement repoussé[8]. Seul un bastion construit le long de la motte Saint-Pierre est détruit cette année-là[9],[3].

En 1657, dans la perspective de l'agrandissement du Chœur de la cathédrale, le chapitre obtient une modification du mur d'enceinte au sud de la porte Saint-Pierre, qui forme dès lors une pointe avançant sur le cours Saint-Pierre[7].

Création des cours actuels[modifier | modifier le code]

En 1711, une crue de la Loire endommage les terrains au sud de la motte Saint-Pierre. Des travaux de terrassements sont effectués en 1713[8]. Gérard Mellier devient maire de Nantes en 1720[8], et mène une politique d'urbanisme ambitieuse. Parmi ses projets figure l'aménagement en promenade de la motte Saint-Pierre. En 1725, l'intendant de Bretagne autorise la ville à procéder au nivellement de la motte[10]. Celle-ci est nivelée, recouverte de sable, plantée d'ormeaux (au nombre de 300[11]) et close par un mur[10]. Après l'inauguration en 1726[11], la jouissance des terrains concernés fait l'objet, en 1727, d'une querelle avec les religieux du couvent des Minimes, dont la ville sort gagnante[10].

L'architecte Pierre Vigné de Vigny propose la continuation du projet en envisageant le nivellement de la motte Saint-Pierre et en concevant un ensemble formé par les deux cours et la place libérée par le destruction du « belouard ». Néanmoins, les autorités militaires n'ont pas encore admis la destruction des remparts ; le projet de Vigny doit tenir compte de cette contrainte, et la saillie vers l'est de l'enceinte à l'arrière de la cathédrale conditionne ses plans : les deux cours projetés forment un angle, et sont joints par une place en hémicycle[10],[11].

Lorsque Jean-Baptiste Ceineray devient architecte de la ville, l'inutilité manifeste des remparts de la ville a contraint les militaires à renoncer au maintien de l'enceinte fortifiée. Le plan proposé par Ceineray, daté du 4 août 1761, propose en conséquence un alignement des cours nord et sud et la création de la « place d'Armes » (actuelle place Maréchal-Foch), après destruction des remparts. Le projet est approuvé par le duc d'Aiguillon, alors gouverneur de Bretagne, le 9 décembre 1763, et sera appliqué avec quelques modifications. Les souscriptions publiques sollicitées en 1759 et 1763 ayant été insuffisantes, les États de Bretagne complètent le financement, et l'ensemble prend, en remerciement, le nom de « cours des États »[10].

Le cours est planté d'une double rangée d'ormes et de tilleuls, et s'achève en terrasses qui mènent à la Loire et à l'Erdre par des escaliers[10]. Le premier immeuble construit le long du cours Saint-Pierre est la maison Minée, en 1768, et le long du cours Saint-André la maison du Chapitre, en 1769.

Mathurin Crucy, successeur de Ceineray, décide de faire installer, aux deux extrémités des cours, quatre statues de figures emblématiques de l'histoire de la Bretagne et de la France. Ces œuvres de Dominique Molknecht représentent Bertrand Du Guesclin et Olivier de Clisson, exécutées en 1820 et installées au nord du cours Saint-André, ainsi qu'Arthur III de Bretagne et Anne de Bretagne, réalisées en 1822 et installées au sud du cours Saint-Pierre[12]. Ces deux dernières statues ont été retirées en 1896 et retaillées dans une pierre plus dure[12]. Elles sont replacées, en 1900, à l'extrémité sud du cours, de part et d'autre du monument commémorant les victimes de la guerre de 1870 inauguré trois ans auparavant[13].

Le monument aux morts de 1870[modifier | modifier le code]

Le monument aux morts de 1870 vu depuis la place Duchesse-Anne.

En 1897, à l'extrémité sud du Cours Saint-Pierre, les escaliers permettant l'accès à la rue Prémion, face à la place Duchesse-Anne, furent agrémentés d'un monument aux morts dédié aux enfants du département tombés lors la Guerre franco-allemande de 1870[14], sous la conduite des architectes Corroyer et Marchand[15]. Il fut inauguré le 21 ou 22 avril en présence du président de la République Félix Faure, de Jules Méline, président du Conseil, de Louis Barthou, ministre de l’Intérieur, de l'amiral Armand Besnard, ministre de la Marine, et d'Hippolyte-Étienne Étiennez, maire de Nantes[14].

Le groupe en bronze Pour le drapeau qui surmonte le socle est de Georges Bareau, et a été fondu par Barbedienne. Il représente un homme terrassant un aigle[14].

Autour dudit socle, quatre soldats représentant quatre composantes de l'armée à l'époque[14] :

En 1900, les statues d'Arthur III et Anne de Bretagne, réalisées par Dominique Molknecht en 1822, sont dressées de part et d'autre du monument[15].

Dans la nuit du 30 au 31 août 1940, le groupe de bronze est déboulonné par les troupes d'occupation, les autorités allemandes considérant que la sculpture de l'aigle terrassé par le soldat français représentait l'aigle allemand. Des ouvriers municipaux le cachent dans un entrepôt de la ville, impasse de la Moutonnerie. Puis, elle tombe dans l'oubli, faisant craindre le fait qu'elle ait été découverte par l'occupant allemand et que celui-ci l'ait fait fondre[14].

En 1981, le groupe de Bareau est retrouvé à proximité de l'endroit où il fut mis au secret, à la manufacture des tabacs de Nantes. Restaurée par le sculpteur Raffig Tullou et par la fonderie F. Joly de Saint-Aignan-Grandlieu, la statue retrouva enfin son socle en 1987[14].

Depuis le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Jusqu'aux travaux de comblement entamés en 1926, la Loire passait au pied du château des ducs de Bretagne, grâce notamment au canal Saint-Félix qui bordait la place Duchesse-Anne, au niveau de l'actuel station de tramway. De 1929 à 1933, le tunnel Saint-Félix, un canal souterrain sera creusé sous les cours, afin de dévier l'Erdre de son lit naturel (l'actuel cours des 50-Otages), l'affluent se jetant désormais dans le canal Saint-Félix, lui-même raccourci d'une centaine de mètres.

Ce chantier, réalisé dans le cadre de la dette de guerre allemande contractée à l'issue de premier conflit mondial, sera supervisé par l'ingénieur d'outre-Rhin Karl Hotz, futur Oberstleutnant de la Feldkommandantur de Nantes sous l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, et dont l'assassinat à deux pas de là (rue du Roi-Albert), provoquera en représailles l'exécution de 48 otages à Nantes, Paris et Châteaubriant.

Après le deuxième conflit mondial, les cours abriteront un temps des baraquements provisoires (en pierre sur le cours Saint-André et en bois sur le Cours Saint-Pierre) destiné à abriter les boutiques des commerçants sinistrés par les bombardements de septembre 1943 qui ravagèrent le centre-ville.

En 1998, à l'occasion de la coupe du monde de football, le cours Saint-André fut transformé en « plage Copacabana », et le cours Saint-Pierre accueillit l'un des deux écrans géants de la ville pour suivre les matchs en direct.

L'aménagement d'un parking souterrain, achevé en 2006, sous le cours Saint-André, a fait disparaître les parkings de surface qui avaient été aménagés durant les décennies précédentes. Les cours retrouvèrent ainsi leur état originel. Ils sont aujourd'hui plantés de marronniers et de chênes.

De nos jours, chaque année, la foire de printemps se tient seulement sur le cours Saint-Pierre, tandis que la foire de septembre occupe les deux cours.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Référence[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Reconstitution du Plan de Nantes, avec tracé des enceintes gallo-romaine du IIIe siècle et du XVe siècle par Henri de Berranger, 1966 (d'après P. Lelièvre, Nantes au XVIIIe siècle). », sur www.pedagogie.ac-nantes.fr, académie de Nantes (consulté le 10 mai 2012).
  2. « Un monument aux morts polémique » - Archives municipales de Nantes
  3. a et b Pied 1906, p. 288-289.
  4. de Berranger 1975, p. 99, note 1.
  5. a, b, c et d de Berranger 1975, p. 99.
  6. Lelièvre 1988, p. 112-113.
  7. a, b, c et d de Berranger 1975, p. 100.
  8. a, b et c Lelièvre 1988, p. 113.
  9. de Berranger 1975, p. 100, note 2.
  10. a, b, c, d, e et f Lelièvre 1988, p. 114.
  11. a, b et c de Berranger 1975, p. 101.
  12. a et b Kahn 1989, p. 23-27.
  13. de Berranger 1975, p. 102.
  14. a, b, c, d, e et f « Monument aux morts de 1870, ou Monument aux enfants de Loire-Inférieure, ou Monument aux combattants, dit aussi Pour le drapeau - Nantes », sur http://www.e-monumen.net, Réseau international de la fonte d'art (consulté le 5 juillet 2011).
  15. a et b Henri de Berranger, Évocation du vieux Nantes, Paris, Les Éditions de Minuit,‎ 1975 (réimpr. 1994), 2e éd. (1re éd. 1960), 300 p. (ISBN 2-7073-0061-6, OCLC 312748431), p. 102.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Kahn, Statues figuratives de Nantes, Nantes, Ouest Éditions - Université inter-âges de Nantes,‎ 1989, 126 p. (ISBN 2-907490-05-2), p. 23-29.
  • Pierre Lelièvre, Nantes au XVIIIe siècle : urbanisme et architecture, Paris, Éditions Picard, coll. « Architectures »,‎ 1988, 295 p. (ISBN 2-7084-0351-6).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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