Coup d'État du 18 brumaire

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Coup d'État du 18 brumaire
Orangerie du parc de Saint-Cloud, coup d'État des 18-19 brumaire an VIII. Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre 1799 par François Bouchot, 1840, château de Versailles.
Orangerie du parc de Saint-Cloud, coup d'État des 18-19 brumaire an VIII. Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre 1799 par François Bouchot, 1840, château de Versailles.
Informations générales
Date 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799)
Lieu Paris, Drapeau de la France France
Issue Fin du Directoire et de la Révolution française, début du Consulat
Commandants
Napoléon Bonaparte

Le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799) de Napoléon Bonaparte marque la fin du Directoire et de la Révolution française, et le début du Consulat.

Description[modifier | modifier le code]

Le coup d'État est préparé dans la demeure de Joséphine de Beauharnais, rue Chantereine à Paris, à peu près à l'emplacement entre l'actuelle rue de la Victoire et la rue de Châteaudun.

Le schéma du coup d'État prévoit les opérations suivantes : Napoléon Bonaparte aura le commandement en chef de l'armée pour le maintien de l'ordre dans Paris et dans les assemblées. On envisage de déplacer les assemblées à Saint-Cloud sous le prétexte d'un péril jacobin. En effet, depuis 1789, les assemblées se trouvent toujours sous la menace de la population parisienne. En déplaçant les assemblées, on s'assure que la population parisienne ne pourra pas intervenir. La ville de Paris sera fermée et sous le contrôle de la police, toute entrée ou sortie étant interdite.

L'essentiel des événements se déroule le 19 brumaire an VIII (10 novembre 1799) à Saint-Cloud. Les révisionnistes avaient envisagé une démission collective des députés du Conseil des Cinq-Cents, mais les assemblées ont du retard car cette idée ne fait pas l'unanimité ; notamment deux Jacobins refusent de démissionner. Bonaparte s'impatiente et décide d'intervenir.

Les préparatifs du coup d'État par Emmanuel-Joseph Sieyès[modifier | modifier le code]

Sieyès souhaite renverser la Constitution de l'an III. Celle-ci ne pouvant être révisée qu'au bout de 9 ans, il lui faut imaginer un coup d'État.

Pour cela, il utilise la complicité du Conseil des Anciens, en prétextant un soulèvement menaçant la vie des députés, et en les obligeant à se déplacer à Saint-Cloud. Il lui faut aussi un soutien militaire, qu'il trouve auprès de Bonaparte, qui assurera le commandement des troupes de Paris ainsi que la garde du corps législatif. Puis, il faut que le Directoire s'effondre pour permettre la rédaction d'une nouvelle Constitution. Sieyès, Roger Ducos et Barras démissionnent, et les deux autres directeurs, Moulin et Gohier, sont placés sous surveillance.

Déroulement du coup d'État[modifier | modifier le code]

17 brumaire an VIII[modifier | modifier le code]

Le 17, à la pointe du jour, le commandant de Paris, les régiments de la garnison, les adjudants des quarante-huit sections sont invités à se rendre le lendemain à sept heures du matin dans la rue Chantereine, située à l'emplacement actuel entre la rue de Châteaudun et la rue de la Victoire, où était la maison qu'habitait Bonaparte. Cette réunion attendue depuis le retour du général en chef n'inspirait aucune méfiance ; à la même heure sont également convoqués tous les officiers sur lesquels on peut compter. Chacun d'eux, croyant comme le public que le général allait partir pour l'armée d'Italie, trouve naturel qu'on les convoque pour leur donner des ordres.

18 brumaire an VIII (9 novembre 1799)[modifier | modifier le code]

7 heures[modifier | modifier le code]

Une foule d'officiers en grande tenue se presse devant le domicile de Napoléon Bonaparte, rue Chantereine (rebaptisée, en son honneur, rue de la Victoire). Bonaparte les reçoit et leur fait un tableau très sombre de la France que les « pékins », les « avocaillons » ont menée au bord de la catastrophe.

8 heures[modifier | modifier le code]

Séance du Conseil des Anciens aux Tuileries. À l'heure fixée arrivent tous ceux qu'on a invités.

Un inspecteur de la salle déclare que les « anarchistes » sont prêts à renverser la représentation nationale et que, pour déjouer leur plan, il faut transporter les Conseils hors de Paris.

À huit heures et demie, un messager du conseil des Anciens remet à Napoléon Bonaparte le décret suivant qu'il fait lire à l'Assemblée[1]. Après cette lecture, qui est suivie du cri unanime de « Vive Bonaparte ! Vive la République ! », le général en chef harangue les militaires présents[2].

Le décret est voté, les Conseils siègeront le lendemain à Saint-Cloud. Bonaparte est nommé commandant de toutes les troupes et de la garde nationale de la 17e division militaire (Paris et banlieue).

Sur le champ, les chefs des quarante-huit sections reçoivent l'ordre de faire battre la générale et de faire proclamer le décret dans tous les quartiers de Paris. Pendant ce temps-là, Bonaparte se rend à cheval aux Tuileries, suivi d'un important cortège de généraux et de soldats.

9 heures[modifier | modifier le code]

Admis avec son état-major dans le conseil des Anciens, il leur parle[3]. Cette allocution est accueillie par de nombreux applaudissements, et le nouveau commandant général va passer la revue des troupes.

Par ses ordres, 10 000 hommes, commandés par le général Lannes, occupent les Tuileries ; les postes du Luxembourg, de l'École militaire, du palais des Cinq-Cents (Palais Bourbon), des Invalides, sont confiés à la garde des généraux Milhaud, Murat, Marmont, Berruyer.

Le général Lefebvre conserve le commandement de la 17e division militaire, et Moreau lui-même accompagne Napoléon Bonaparte en qualité de son aide-de-camp.

Au palais du Luxembourg, les directeurs Louis Gohier et Jean-François Moulin constatent qu'ils sont abandonnés par les trois autres et « gardés » par le général Moreau. Ces diverses mesures sont prises avec tant d'adresse et de promptitude que, dès dix heures du matin les directeurs n'ont plus de pouvoir.

Emmanuel-Joseph Sieyès et Roger Ducos, qui font partie du complot, se rendent comme de simples citoyens dans le conseil des Anciens.

Barras, Gohier et Moulin veulent d'abord faire quelque résistance, ils font appeler le général Lefebvre pour lui donner des ordres. Celui-ci leur répond qu'en vertu du décret, il ne connait d'autre supérieur que le général Bonaparte.

Enfin, Bonaparte, entouré d'une foule de généraux et de soldats, s'adressant indirectement aux membres du pouvoir exécutif, les apostrophe violemment dans la salle du Conseil (des Anciens)[4].

11 heures[modifier | modifier le code]

Dans le jardin des Tuileries, Bonaparte apercevant Botot, le secrétaire de Paul Barras, lui adresse une allocution restée célèbre : « Qu'avez-vous fait de cette France que je vous avais laissée si brillante ? »

12 heures[modifier | modifier le code]

Le Conseil des Anciens se réunit au palais Bourbon (actuelle Assemblée nationale). Le président Lucien Bonaparte lit le décret de transfert à Saint-Cloud. Les Jacobins protestent en vain. Au palais du Luxembourg, Paul Barras signe sa démission. Emmanuel-Joseph Sieyès et Roger Ducos ont donné la leur.

14 heures[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte et son état-major font garder par les troupes les points stratégiques de Paris et de la route de Saint-Cloud. Paris reste calme. La vie y continue comme à l'ordinaire.

Le directeur Moulin avait proposé à ses collègues de s'emparer de Bonaparte et de le faire fusiller, mais il apprend bientôt que l'exécution d'un coup si hardi n'était plus en son pouvoir ; un détachement envoyé autour du Luxembourg lui fait abandonner son projet. La propre garde du Directoire se met, de son propre mouvement, à la disposition du héros de l'Italie et de l'Égypte, et les directeurs s'estiment heureux qu'on leur permette d'aller finir leurs jours dans l'obscurité et la retraite.

10 novembre 1799 - 19 brumaire an VIII[modifier | modifier le code]

8 heures[modifier | modifier le code]

Salle des cinq cents à Saint Cloud

Les députés, souvent accompagnés de leur famille, gagnent Saint-Cloud où l'animation est grande. Dans le parc, bivouaquent la garde du Conseil et une dizaine de compagnies de la 79e demi-brigade. Le général Jean Mathieu Philibert Sérurier est chargé de la « protection » des Conseils. Dans le château, les ouvriers se dépêchent de disposer les bancs, les tribunes, les tentures. Au premier étage de l'aile droite du château, la galerie d'Apollon sert de salle de délibérations au Conseil des Anciens. Faute d'autres grandes salles, le Conseil des Cinq-Cents siège dans l'Orangerie, au rez-de-chaussée, bâtiment perpendiculaire au corps du château.

9 heures 30 ; Paris[modifier | modifier le code]

Rue Chantereine, Napoléon Bonaparte discute avec les officiers et les civils importants chargés de l'opération. Le succès n'apparaît pas certain.

11 heures ; Paris[modifier | modifier le code]

Escorté par un détachement de cavalerie, Bonaparte part pour Saint-Cloud.

12 heures 30 ; Saint-Cloud[modifier | modifier le code]

Bonaparte et son escorte arrivent au château de Saint-Cloud. Ils sont accueillis par des cris variés : « Vive Bonaparte » ou « Vive la Constitution ! » (par les opposants au coup d'État).

12 heures 30, à l'Orangerie du château[modifier | modifier le code]

Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, ouvre la séance. Des Jacobins prennent d'abord la parole. On crie : « Point de dictature ! À bas les dictateurs ! Vive la Constitution ! » L'un d'eux fait décider que tous les députés devront prêter serment de « fidélité à la Constitution de l'an III ».

14 heures, galerie d'Apollon[modifier | modifier le code]

La séance du Conseil des Anciens commence. Plusieurs députés jacobins demandent des explications sur le « complot » qui a causé le transfert à Saint-Cloud.

15 heures, dans un salon du château[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès s'impatientent. Bonaparte n' est pas très content d'apprendre que les Cinq-Cents doivent prêter serment à la Constitution.

15 heures 30, galerie d'Apollon[modifier | modifier le code]

Les Anciens apprennent que trois directeurs ont donné leur démission. Ils demandent au Conseil des Cinq-Cents de désigner trente candidats. La séance est suspendue.

Napoléon Bonaparte, suivi de ses aides de camp, pénètre dans la salle. Il proteste contre ceux qui le traitent de « nouveau César », de « nouveau Cromwell », et disent qu'il « veut établir un gouvernement militaire ». Il prononce une harangue véhémente[5].

« — Et la Constitution ? lui dit en l'interrompant le député Linglet.

Bonaparte répond qu'elle a été violée au 18 fructidor an V (4 septembre 1797), le 22 floréal an VI (11 mai 1798), le 30 prairial an VII (18 juin 1799). Bonaparte tient un discours maladroit. Il proteste de son dévouement à la liberté. On lui demande de nommer les conspirateurs. Il répond en disant sa confiance dans le Conseil des Anciens et sa méfiance envers le Conseil des Cinq-Cents. « Où se trouvent les hommes qui voudraient nous rendre la Convention, les Comités révolutionnaires et les échafauds ». Il termine en menaçant de faire appel aux soldats et sort de la galerie[6].

Son discours est très mal perçu par les députés, qui l'accusent de vouloir instaurer la dictature.

16 heures, à l'Orangerie[modifier | modifier le code]

Après avoir prêté serment à la Constitution, les députés du Conseil des Cinq-Cents apprennent la démission du directeur Paul Barras. Ils discutent sur la manière de le remplacer.

16 heures 15[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte entre à l'Orangerie dans la salle des Cinq-Cents, accompagné de quelques grenadiers. Au moment où il entre, l'Assemblée procédait, dans la plus grande agitation, à l'appel nominal, pour que ses membres jurent de nouveau de défendre la Constitution.

À la vue de Bonaparte et de ses grenadiers, les imprécations retentissent de toutes parts[7].

On crie : « Hors la loi ! À bas la dictature ! Vive la République et la Constitution de l'an III ». Quelques faibles cris de « Vive Bonaparte » sont poussés.

Bonaparte croyant sa vie menacée, sort, entraîné par quatre grenadiers, sans pouvoir proférer une parole[8].

16 heures 30, petit salon attenant à l'Orangerie[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte entre, y trouve Sieyès et lui dit : « Ils veulent me mettre hors la loi ». Emmanuel-Joseph Sieyès lui répond : « Ce sont eux qui s'y sont mis », et il ajoute qu'il faut faire marcher les troupes.

16 heures 35, à l'Orangerie[modifier | modifier le code]

Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents, tente de défendre son frère, mais son discours est accueilli par des huées. Ce dernier quitte alors son siège et le cède à Jean-Pierre Chazal.

Dans un grand désordre, certains députés demandent la mise hors la loi de Napoléon Bonaparte, d'autres, qu'on lui retire son commandement des troupes, d'autres enfin, que Lucien Bonaparte reprenne la présidence pour mettre aux voix le « hors la loi » (qui donne à tout citoyen le droit de tuer celui qui est désigné par un tel vote).

Lucien Bonaparte reprend la présidence mais le tumulte continue. Lucien Bonaparte lève la séance en s'écriant : « Il n'y a plus ici de liberté. N'ayant plus le moyen de me faire entendre, vous verrez au moins votre président, en signe de deuil public, déposer ici les marques de la magistrature populaire ». Sur ces entrefaites, un piquet de grenadiers envoyé par le général Bonaparte entre dans la salle et l'enlève.

17 heures, le petit salon puis la cour[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte, sur la fausse nouvelle qu'il a été mis hors la loi se précipite à la fenêtre et crie « Aux armes ! » Puis il passe dans la cour où il est rejoint par son frère, ils montent à cheval.

Lucien Bonaparte déclare que « L'immense majorité du Conseil est, en ce moment, sous la terreur de quelques représentants à stylets […] qui se sont mis eux-mêmes hors la loi […] Vous ne reconnaîtrez pour législateurs de la France que ceux qui vont se rendre auprès de moi. Quant à ceux qui resteraient dans l'Orangerie, que la force les expulse. Ces brigands ne sont plus les représentants du peuple ; ils sont les représentants du poignard. »

Napoléon Bonaparte prend la parole : « Soldats, je vous ai menés à la victoire ; puis-je compter sur vous ? » Clameurs : « Oui, oui ! Vive le général ! ».

C'est Lucien Bonaparte qui va inciter les troupes à mettre de l'ordre dans les assemblées. C'est ce jour-là qui est à l'origine du « mythe du poignard » disant que certains députés voulaient poignarder Bonaparte pour justifier une intervention de l'armée.

17 heures 30, à l'Orangerie[modifier | modifier le code]

Après le départ de Lucien Bonaparte, les députés continuent à discuter dans le tumulte. Ils entendent des roulements de tambours et les cris de « Vive Bonaparte ».

Napoléon Bonaparte donne l'ordre d'investir la salle de l'Orangerie, et les soldats, baïonnette au canon, en font sortir de gré ou de force tous les députés qui s'y trouvent.

Le général Victor-Emmanuel Leclerc s'avance et dit : « Citoyens représentants, on ne peut plus répondre de la sûreté du Conseil, je vous invite à vous retirer. »

Après quelques répliques, Joachim Murat s'écrie : « Foutez-moi tout ce monde dehors ! ». La plupart des députés passent dans le parc par les fenêtres en abandonnant leurs toges.

Les images des députés sortant par les fenêtres et voulant poignarder Napoléon sont très répandues[réf. nécessaire]. Bonaparte fait basculer un coup d'État parlementaire en coup d'État militaire.

Des mesures sont prises par le secrétaire-général de la police Fouché, pour que les députés, en quittant Saint-Cloud, ne puissent immédiatement rentrer dans Paris, afin de les empêcher de reformer leur Assemblée en ville.

18 heures 45, galerie d'Apollon[modifier | modifier le code]

Apprenant ce qui vient de se passer à l'Orangerie, le président Cornudet fait voter le décret suivant : « Le Conseil des Anciens, attendu la retraite du Conseil des Cinq-Cents, décrète ce qui suit : quatre des membres du Directoire exécutif ayant donné leur démission et le cinquième étant mis en surveillance, il sera nommé une commission exécutive provisoire, composée de trois membres. »

En outre, le corps législatif est ajourné au 1er nivôse an VIII (22 décembre 1799). Une commission intermédiaire prise dans le Conseil des Anciens exerce pendant ce temps le pouvoir législatif.

19 heures, petit salon[modifier | modifier le code]

Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès ne sont pas satisfaits de ce décret qui considère que les députés du Conseil des Cinq-Cents ont disparu. Ils décident de réunir les députés de ce Conseil qui leur sont favorables et qu'on pourra retrouver.

21 heures, à l'Orangerie[modifier | modifier le code]

Une cinquantaine de députés du Conseil des Cinq-Cents ont pu être rassemblés. Lucien Bonaparte les préside.

Jean Bérenger, élu du Dauphiné, rédige, prononce et fait voter la motion d’ordre de ralliement. « Gloire et reconnaissance à Bonaparte, aux généraux, à l’armée, qui ont délivré le corps législatif de ses tyrans sans verser une goutte de sang (…). La journée du 19 brumaire est celle du peuple souverain, de l’égalité, de la liberté, du bonheur et de la paix. Elle terminera la Révolution, et fondera la République, qui n’existait encore que dans le cœur des républicains »[9].

Après cette victoire, Lucien propose au conseil des Anciens de réorganiser un nouveau conseil des Cinq-Cents, en éliminant ceux de ses membres qui tenaient opiniâtrement pour l'ancienne constitution.

La proposition est prise en considération ; la majorité des Cinq-Cents a lieu dans l'Orangerie, et l'exclusion de soixante et un députés est décrétée.

Les deux conseils abolissent d'un commun accord le gouvernement directorial ; une commission pour la révision de la Constitution est formée ; une commission consulaire exécutive, composée de Sieyès, Napoléon Bonaparte et Ducos, hérite du pouvoir directorial ; les trois Consuls prêtent serment dans les deux conseils d'être fidèles « à la souveraineté du peuple, à la République unie et indivisible, à la liberté, à l'égalité et au système représentatif. ». Le même jour, les Cinq-Cents déclarèrent que les généraux et les soldats qui, le matin les avaient chassés de l'Orangerie, avaient bien mérité de la patrie.

11 novembre 1799 - 20 brumaire an VIII[modifier | modifier le code]

4 heures[modifier | modifier le code]

Les Anciens et les Cinq-Cents présents désignent vingt-cinq membres de chaque commission. Les trois consuls (Napoléon Bonaparte, Emmanuel-Joseph Sieyès, Roger Ducos) prêtent serment devant elles.

Napoléon Bonaparte déclare « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée, elle est finie. »

Dans la journée[modifier | modifier le code]

Première décision importante du Premier consul : il nomme Martin Michel Charles Gaudin au poste particulièrement important de ministre des Finances. Celui-ci sera l'un de ses plus proches collaborateurs, puisqu'il assurera ces fonctions pendant tout le Consulat et tout l'Empire, du 11 novembre 1799 (20 brumaire an VIII) au 1er avril 1814, puis pendant les Cent-Jours, du 20 mars au 22 juin 1815.

Le Consulat est mis en place, un régime autoritaire dirigé par trois consuls, dont seul le premier détient réellement le pouvoir : la France entame une nouvelle période de son histoire en s'apprêtant à confier son destin à un empereur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le conseil des Anciens, en vertu des articles 102, 103 et 104 de la Constitution décrète ce qui suit : 1° Le corps législatif est transféré dans la commune de Saint-Cloud, les deux conseils y siégeront dans les deux ailes du palais. 2° Ils y seront rendus demain, 19 brumaire, à midi. Toute continuation de fonctions, de délibérations, est interdite ailleurs et avant ce terme. 3° Le général Bonaparte est chargé de l'exécution du présent décret. Le général commandant la 17e division militaire, la garde du corps législatif, les gardes nationales sédentaires, les troupes de ligne qui se trouvent dans la commune de Paris et dans toute la 17e division militaire, sont mises immédiatement sous ses ordres. Tous les citoyens lui prêteront main-forte à la première réquisition. 4° Le général Bonaparte est appelé dans le sein du conseil pour y recevoir une expédition du présent décret et prêter serment. 5° Le présent décret sera imprimé, affiché, promulgué et envoyé dans toutes les communes de la République par des courriers extraordinaires. »
  2. Dans cette proclamation, qui est envoyée aux armées, il dit : « Soldats, le décret extraordinaire du conseil des Anciens est conforme aux articles 102 et 103 de l'acte constitutionnel ; il m'a remis le commandement de la ville et de l'armée. Je l'ai accepté pour seconder les mesures qu'il va prendre et qui sont toutes en faveur du peuple. La République est mal gouvernée depuis deux ans : vous avez espéré que mon retour mettrait un terme à tant de maux ; vous seconderez votre général avec l'énergie, la fermeté, la confiance que j'ai toujours vues en vous. La liberté, la victoire et la paix replaceront la République française au rang qu'elle occupait en Europe et que l'ineptie ou la trahison a pu seule lui faire perdre. Vive la République !
  3. « La République périssait ; vous l'avez su et votre décret vient de la sauver ; malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les arrêterai. Qu'on ne cherche pas dans le passé des exemples qui pourraient retarder votre marche. Votre sagesse a rendu ce décret ; nos bras sauront l'exécuter ; nous voulons une république fondée sur la vraie liberté, sur la liberté civile, sur la représentation nationale. Nous l'aurons, je le jure, je le jure en mon nom et en celui de mes camarades d'armes. »
  4. « Qu'avez-vous fait de cette France que je vous ai laissée si florissante ? Je vous ai laissé la paix, je retrouve la guerre. Je vous ai laissé des victoires, je retrouve des revers. Je vous ai laissé les millions de l'Italie, et je retrouve partout des lois spoliatrices et la misère. Qu'avez-vous fait de 100 000 Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire ? ils sont morts. Cet état de choses ne peut durer ; avant trois ans il nous mènerait au despotisme. Mais nous voulons la République, la République assise sur les bases de l'égalité, de la morale, de la liberté civile, de la tolérance politique. Il est temps enfin que l'on rende aux défenseurs de la patrie la confiance à laquelle ils ont tant de droits ; à entendre quelques factieux, bientôt nous serions tous des ennemis de la République, nous, qui l'avons affermie par nos travaux et notre courage ; nous ne voulons pas de gens plus patriotes que les braves qui ont été mutilés au service de la patrie. »
  5. dont voici quelques traits : « On parle d'un nouveau César, d'un nouveau Cromwell ; on répand que je veux établir un gouvernement militaire. Si j'avais voulu usurper l'autorité suprême, je n'aurais pas eu besoin de recevoir cette autorité du Sénat. Le conseil des Anciens est investi d'un grand pouvoir, mais il est encore animé d'une plus grande sagesse ; ne consultez qu'elle ; prévenez les déchirements. Évitons de perdre ces deux choses, pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices : la liberté et l'égalité. »
  6. « — La Constitution, répliqua Bonaparte avec l'accent de la colère ; la constitution ! osez-vous l'invoquer ? Vous l'avez violée au 18 fructidor, au 22 floréal, au 30 prairial. Vous avez, en son nom, violé tous les droits du peuple. Nous fonderons, malgré vous, la liberté et la République. Aussitôt que les dangers qui m'ont fait conférer des pouvoirs extraordinaires auront cessé, j'abdiquerai ces pouvoirs. » « — Et quels sont ces dangers ? lui cria-t-on. « — S'il faut s'expliquer tout à fait, je dirai que Barras et Moulins m'ont proposé eux-mêmes de renverser le gouvernement. Je n'ai compté que sur le conseil des Anciens ; je n'ai point compté sur le conseil des Cinq-Cents, où se trouvent des hommes qui voudraient nous rendre la Convention, les échafauds, les Comités révolutionnaires. Je vais m'y rendre ; et si quelque orateur, payé par l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même. S'il parlait de me mettre hors la loi, j'en appelle à vous, mes braves compagnons d'armes, à vous, mes braves soldats que j'ai menés tant de fois à la victoire. Je m'en remettrais, mes vrais amis, à votre courage et à ma fortune. »
  7. « Ici des sabres ! Ici, des hommes armés ! À bas le tyran ! A bas le dictateur ! Hors la loi le nouveau Cromwel ! » Le député Destrem lui frappe sur l'épaule, et lui dit : « Voilà donc pourquoi vous avez « remporté tant de victoires ! » Le député Bigonnet le saisissant par les deux bras : « Que faites-vous, lui dit-il, que faites-vous, téméraire ? vous violez le sanctuaire des lois. »
  8. . On a dit dans le temps qu'il y eut des poignards tirés, des soldats blessés. Pour Mullié, des personnes qu'on prétend dignes de foi, qui assistaient à cette scène extraordinaire, ont affirmé depuis que Bonaparte et ses amis ne coururent, en cette occasion, aucun danger sérieux ; nous ne le croyons pas.
  9. M. V. Lombard (Source : Bibliothèque nationale de France), Le dix-huit brumaire, ou Tableau des évènements qui ont amené cette journée, des moyens secrets par lesquels elle a été préparée, des faits qui l'ont accompagnée, et des résultats qu'elle doit avoir, Paris, chez Garnery,‎ 1799

Source partielle[modifier | modifier le code]

Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, 1852 [détail de l’édition]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques-Olivier Boudon, Histoire du Consulat et de l'Empire, Perrin, Paris, 2003.
  • Jean-Paul Bertaud, Bonaparte prend le pouvoir, Complexe, Bruxelles, 1987.
  • Thierry Lentz, Le 18 Brumaire, Picollec, Paris, 1997; réédition en poches dans la collection Tempus (Perrin), 2010.
  • Jean Tulard, Le 18 Brumaire. Comment terminer une révolution, Perrin, Paris, 1999.

Liens externes[modifier | modifier le code]