Coup d'État des aviateurs

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Type des avions de chasse F-5A ayant mitraillé le Boeing royal dans le ciel de Tétouan le 16 août 1972.

Le coup d'État des aviateurs est un putsch avorté qui a eu lieu le 16 août 1972 au Maroc contre le roi Hassan II, et mené par des aviateurs des Forces aériennes royales sous le commandement du général Mohamed Oufkir et le lieutenant-colonel Mohamed Amekrane. Ce coup d'État est le premier de son genre dans l'histoire militaire par sa particularité « air-air ». En effet, on avait utilisé des Northrop F-5 Freedom Fighter pour tenter d'abattre l'avion royal à son retour de la France. Ce putsch survient 13 mois après le coup d'État raté de Skhirat mené le 10 juillet 1971 par le lieutenant-colonel M'hamed Ababou, directeur de l'École militaire des sous-officiers d'Ahermoumou, avec l'appui du général Medbouh.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Le 16 août 1972, à l'initiative du général Mohamed Oufkir, alors ministre de la Défense du Maroc et major général des Forces armées royales (FAR), le lieutenant-colonel Mohamed Amekrane, commandant adjoint de l'aviation miliaire et le commandant Louafi Kouera, commandant la 3e base aérienne de Kénitra (3e BAFRA), ordonnèrent à un certain nombre de pilotes de chasse marocains d'abattre le Boeing royal d'Hassan II dans le ciel de Tétouan, au nord du Maroc, lors de son retour de la France.

Sur les six avions F-5 qui avaient décollé de Kénitra vers 15h40[1] du mardi 16 août 1972 et commandés par le capitaine Salah Hachad, trois seulement étaient armés, le premier est celui du commandant Louafi Kouera qui est dans le complot depuis trois semaines, le deuxième est celui du lieutenant Abdelkader Ziad qui n'a été mis au courant que quelques minutes avant le décollage, le troisième est celui du lieutenant Hamid Boukhalif qui fut informé de la mission en vol. L'opération avait pour nom de code Boraq[1].

Le commandant Louafi Kouera, l'un des trois pilotes de chasses mitraillant l'avion royal, échoua à faire marcher sa munition dans l'air, et tenta d'écraser son F-5 sur le Boeing royal[2]. Il fut capturé quelques minutes après son saut en parachute par la Gendarmerie royale marocaine dans la région de Souk Larbaâ[1] et ramené au roi le jour même du putsch.

Les lieutenants Abdelkader Ziad et Hamid Boukhalif réussirent à toucher deux des trois réacteurs de l'avion du roi, mais il réussit à atterrir dans l'aéroport international Rabat - Salé 10 à 15 minutes après l'attaque. Le pilote du Boeing royal n'était autre que le commandant Kebbaj, pilote privé du roi, ancien pilote de chasse et collègue des aviateurs putschistes ; avec l'aide de son copilote, il réussit à poser l'avion royal sur la piste de l'aéroport, même s'il ne peut éviter une sortie à cause d'une roue coincée.

Quelques minutes plus tard, deux avions de chasse de type F-5 ouvrent le feu de nouveau sur la suite du roi lors de sa sortie du salon d'honneur de l'aéroport de Rabat-Salé, les pilotes étaient les lieutenants Ziad et Boukhalif qui sont retournés à la 3e BAFRA de Kénitra se réapprovisionner après la première attaque manquée contre le Boeing royal lors de l'escorte aérienne. L'opération porte le nom de code Red Flight. Le bilan de ce deuxième raid est huit morts, et une cinquantaine de blessés, dont plusieurs ministres.

Le lieutenant-colonel Mohamed Amekrane lance alors l'opération Red Lightning en envoyant six F-5 pour bombarder le palais royal de Rabat. Mais le roi n'y est pas.

Quelques minutes avant l'attaque du palais royal de Rabat (opération Red Lightning), Hassan II réussit à sortir discrètement de l'aéroport de Rabat-Salé en prenant lui-même le volant d'une voiture de marque Peugeot appartenant à un employé de l'aéroport et pris une route secondaire de Salé jusqu'à son palais de Skhirat.

Quant au lieutenant-colonel Mohamed Amekrane, qui commandait le putsch à partir de la tour de contrôle de la base de Kénitra avec le capitaine Larbi el-Haj, il réussit à s'enfuir à Gibraltar à l'aide d'un hélicoptère quelques heures après l'échec du putsch et fut extradé 36 heures après par la Grande-Bretagne malgré l'absence d'accord d'extradition avec le Maroc ; il fut alors jugé, condamné à la peine capitale et fusillé le 13 janvier 1973[3].

Selon la version officielle des autorités marocaines relatée le 23 août 1972 par le ministre de l'Intérieur Mohamed Benhima, le général Oufkir se suicida quelques heures après le putsch au palais royal de Skhirat, après avoir tiré les conclusions de sa conduite au palais et que le commandant Kouera avait rencontré et avoué au roi quelques heures avant qu'Oufkir est complice[4]. Toutefois, Fatéma Oufkir, veuve du général, rapporte dans son livre Les Jardins du roi que son mari fut exécuté par le général Ahmed Dlimi (colonel à l'époque) et le général Moulay Hafid Alaoui. Selon une version relatée par Gilles Perrault dans son livre Notre ami le roi, le général Oufkir fut tué en dehors du palais, Dlimi contacta le général en lui annonçant que le roi, grièvement blessé, était à sa merci dans une maison proche de l'ambassade du Liban à Rabat, Oufkir s'y rendit aussitôt et fut abattu par Dlimi et Moulay Hafid Alaoui, le cadavre fut ensuite transporté à Skhirat.

Procès des aviateurs[modifier | modifier le code]

Version biplace du F-5B non armé, piloté par le capitaine Salah Hachad, commandant de l'escorte aérienne de l'avion royal.

Le procès des aviateurs désigne le procès des conjurés ouvert le 17 octobre 1972 devant le tribunal permanent des FAR de Kénitra suite au coup d'État avorté du 16 août 1972, dit « putsch des aviateurs » contre le roi du Maroc Hassan II.

Deux cent vingt officiers, sous-officiers et soldats de la 3e BAFRA de Kénitra furent jugés. Au cours du procès des aviateurs, 11 putschistes, furent condamnés à mort, il s'agit du :

  • Lieutenant-colonel Mohamed Amekrane, chef du putsch,
  • Capitaine Larabi el-Haj, complice dans l'opération de la communication radio avec les 3 avions rebelles depuis la tour de contrôle de la 3e BAFRA
  • Commandant Louafi Kouera et les lieutenants Abdelkader Ziad et Hamid Boukhalif, pilotes des 3 avions de chasse F-5 ayant mitraillé l'avion royal lors de son escorte aérienne
  • Sous-lieutenant Lyazid Midaoui, pilote de l'hélicoptère utilisé par Amekrane dans sa fuite à Gibraltar
  • Adjudant-chef Mehdi Abdellali, adjudant Belkacem et les sergents chefs Kamoune, Bahraoui et Benoi pour avoir donné de l'aide aux putschistes dans la base de Kénitra lors des opérations.

Une autre trentaine d'aviateurs furent condamnés à de lourdes peines et vinrent rejoindre les condamnés du premier putsch de Skhirat (10 juillet 1971) à la prison civile de Kénitra dans un premier temps, et puis à Tazmamart le 7 août 1973. Lorsque, après dix-huit ans de détention dans le bagne de Tazmamart, les portes s'ouvrirent, seuls vingt-huit détenus des cinquante-huit avaient survécu.

Conséquences du putsch raté[modifier | modifier le code]

Le coup d'État des aviateurs du 16 août 1972 a eu pour conséquence la suppression des postes de ministre de la Défense, de major général et de major général adjoint, annoncée le 19 août 1972 par le roi Hassan II lors d'une réunion à Skhirat avec les chefs militaires et le gouvernement. Depuis, le roi s'occupe lui-même de l'armée, à laquelle il consacre quatre heures par jour. Le 23 décembre 1972, des fourgons embarquèrent la famille Oufkir (la mère Fatéma, ses six enfants et la cousine Achoura) et partirent vers une prison secrète ; pour le roi Hassan II, Mme Oufkir est impliquée dans l'affaire. Le 7 août 1973, 58 des putschistes des deux coups d'État ratés de Skhirat en 1971 et des aviateurs en 1972 sont transportés au bagne de Tazmamart.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Telquel: L'affaire du Boeing : Révélations sur le putsch de 72, no 129
  2. Abdelhak Serhane, Salah Hachad, Aïda Hachad, Kabazal, les emmurés de Tazmamart:mémoires de Salah et Aïda Hachad, éditions Tarik, 2004, (ISBN 978-9954-419-14-4)
  3. Ahmed Merzouki, Tazmamart, cellule 10, éditions Gallimard, 2001, (ISBN 2070419916)
  4. Gilles Perrault, Notre ami le roi, éditions Gallimard, 1992, pp.165-166 (ISBN 2070326950)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Ahmed Merzouki, Tazmamart, cellule 10, éditions Gallimard, 2001 (ISBN 2070419916) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Abdelhak Serhane, Salah Hachad, Aïda Hachad, Kabazal, les emmurés de Tazmamart : mémoires de Salah et Aïda Hachad, éditions Tarik, 2004 (ISBN 978-9954-419-14-4) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gilles Perrault, Notre ami le roi, éditions Gallimard, 1992 (ISBN 2070326950) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fatéma Oufkir, Les Jardins du roi, éditions Michel Lafon, 2000 (ISBN 2840985462) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Éric Laurent, La Mémoire d'un roi, éditions Omnibus, 1999 (ISBN 978-2259025966) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]