Coup d'État de 2004 à Haïti

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Le Coup d'État de 2004 à Haïti fut une rébellion haïtienne organisée contre le Président Jean-Bertrand Aristide et qui s'est terminée par un coup d'État le 29 février 2004 et le départ précipité d'Aristide par les États-Unis et l'installation d'un nouveau pouvoir par l'intermédiaire des Américains.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Le président Aristide est réélu lors de l'élection présidentielle haïtienne de 2000 avec une abstention massive estimée à 90 % selon l'ONU[1]. La Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (CNDH), financée par l'Agence canadienne de développement international (ACDI), dénonça les irrégularités lors de cette élection présidentielle, notamment dans les retards dans la distribution des cartes d'identité des électeurs.

Les partisans d'Aristide affirmèrent que l'opposition boycottait l'élection comme un stratagème afin de discréditer cette consultation électorale.

Les Nations européennes suspendirent l'aide de gouvernement à gouvernement à Haïti. Haïti n'avait pas reçu l'aide de la Banque mondiale et de la Banque Inter-Américaine de Développement depuis plusieurs années. Le Congrès américain avait interdit que toute aide américaine soit acheminée pour le gouvernement haïtien. Les États-Unis n'acceptent pas l'orientation nationaliste d'Aristide et ses entraves sur les projets financiers et économiques américains visant Haïti.

En 2003, Aristide a exigé que la France paie à Haïti plus de 21 milliards de dollars, qui selon lui, était l'équivalent en argent d'aujourd'hui des 90 millions de francs-or que la jeune République d'Haïti avait été contrainte de payer à l'ancien colonisateur français, après avoir gagné son indépendance lors de la Révolution haïtienne contre la France en 1804.

Aristide oriente sa politique vers la classe dirigeante, même s'il tente quelques timides réformes. Il durcit également son pouvoir, qui devient de plus en plus autoritaire, notamment en s'appuyant sur les « chimères », des hommes de main qui terrorisent la population[2]. Après plusieurs mois de manifestations populaires et de pressions exercées par la communauté internationale, plus particulièrement par la France et les États-Unis, Aristide est obligé, le 29 février 2004, de quitter le pays par un commando des forces spéciales des États-Unis[3].

Les 31 janvier et 1er février 2003, à l'initiative du Canada, s'était tenue, à Ottawa et à Montréal, une conférence internationale sur Haïti. Cette réunion avait regroupé les diplomates américains, canadiens, français et latino-américains. Elle visait à décider de l'avenir du gouvernement d'Haïti. Aucun représentant du gouvernement haïtien n'avait été invité. La possibilité du départ d'Aristide avait été envisagée, ainsi que la nécessité d'une mise sous tutelle potentielle d'Haïti, et le retour des militaires encadrés par une force de stabilisation internationale.

De la rébellion au coup d'État[modifier | modifier le code]

Troupes américaines à Port-au-Prince en 2004.

Le coup d'État de 2004 est l'aboutissement d'une rébellion fomentée contre la présidence d'Aristide. Cette déstabilisation dura plusieurs semaines. Certaines régions d'Haïti étaient aux mains des rebelles, notamment dans le département de l'Artibonite et la ville de Gonaïves.

Le 21 septembre 2003, un responsable rebelle, Amiot Métayer, chef de, l'"Armée cannibale", est découvert mort près de Gonaïves. L'opposition parle d'assassinat politique. Son frère, Buteur Métayer, prend la succession de son frère à la tête de l'Armée cannibale qu'il rebaptise, "Front de Résistance Révolutionnaire de l'Artibonite". Avec l'extension de cette rébellion anti-Aristide (Après Gonaïves, Cap-Haïtien, Grand Goâve et Saint-Marc tombent aux mains des rebelles), ce mouvement devient en février 2004 le Front pour la Libération et la Reconstruction Nationales et vise le renversement du pouvoir d'Aristide.

Haïti connait depuis le début février une aggravation des tensions entre opposants et partisans du président Jean-Bertrand Aristide. Les affrontements ont fait au moins 70 morts et plusieurs centaines de blessés.

  • 1er février, manifestation à Port-au-Prince réclamant la démission du président Aristide.
  • 5 février, prise de contrôle de Gonaïves par un groupe d'insurgés.
  • 7 février, dans la capitale, manifestation de soutien au président Aristide de plusieurs dizaines de milliers de personnes.
  • 10 février, l'opposition politique et la « société civile » regroupées au sein de la plate forme démocratique prennent leurs distances vis-à-vis de l'insurrection armée.
  • 16 février, avec le soutien de paramilitaires de l'ex-dictateur Raoul Cédras, les insurgés s'emparent de la ville de Hinche au centre-est du pays.
  • 17 février, le ministre des affaires étrangères français, Dominique de Villepin, appelle la communauté internationale à envisager l'envoi d'une force de paix internationale (proposition refusée par les États-Unis).
  • 18 février, les insurgés se dotent d'un commandant en chef Guy Philippe, ancien commissaire de police.
  • 20 février, au cours d'une manifestation de l'opposition à Port-au-Prince, des journalistes sont blessés par des partisans armés du président Aristide.
  • 21 février, un plan international de règlement de la crise est accepté par le président Aristide, mais l'opposition maintient son exigence de la démission du président.
  • 22 février, les insurgés s'emparent de Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays.
  • 23 février, le départ du président Aristide semble se préciser.

La dernière semaine de février 2004, Port-au-Prince est prise par les rebelles.

  • 29 février, après deux jours de tensions et de pillage dans la zone portuaire de Port-au-Prince, sous la pression internationale, en particulier de la France et des États-Unis, le président Aristide donne sa démission et quitte le pays. Des marines américains, et des gendarmes parachutistes français sont envoyés sur place. Le président de la Cour de cassation Boniface Alexandre assure l'intérim. Le président des États-Unis demande une résolution de l'ONU pour l'envoi d'une force internationale pour garantir la paix et la sécurité en Haïti, ce qui se concrétisera par la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti.

Cette rébellion a abouti à la fin prématurée du deuxième mandat du Président Jean-Bertrand Aristide[4]. Le 29 février 2004, le président Aristide quitta Haïti à bord d'un avion américain, accompagné par le personnel de sécurité de l'armée américaine. La controverse demeure quant à l'étendue de l'implication des États-Unis dans le départ d'Aristide et si oui ou non le départ était volontaire. Aristide compare son départ à celui d'un enlèvement.

L'Organisation des Nations unies et le Conseil de sécurité, dont la France est membre permanent, a rejeté un appel le 26 février 2004, de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) pour le déploiement des forces de maintien de la paix internationales à Haïti. Mais le Conseil de Sécurité a voté à l'unanimité l'envoie des troupes trois jours plus tard, quelques heures après la démission controversée d'Aristide et son exil d'Haïti vers Bangui en République centrafricaine.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Troupe brésilienne de la MINUSTAH pour Haïti.

Un gouvernement intérimaire dirigé par le Premier ministre Gérard Latortue (ramené des États-Unis) et le président Boniface Alexandre fut installé.

Le 1er mars 2004, la France déploie l'escadron 23/2 de gendarmerie mobile, une compagnie du 33ème Rima et une compagnie du 3ème REI de la Légion Étrangère pour protéger ses ressortissants et son ambassade.

L'OEA ainsi que l'ONU interviennent alors à Haïti afin de stabiliser le pays. Le Conseil de sécurité a adopté une résolution en ce sens le même jour que la démission de Jean-Bertrand Aristide comme Président d'Haïti et de la prestation de serment du président Boniface Alexandre comme président par intérim d'Haïti, conformément à la Constitution d'Haïti. La force responsable de l'ONU, était composée d'un millier de Marines des États-Unis ainsi que des troupes françaises, canadiennes et chiliennes. L'Organisation des Nations Unies a indiqué qu'elle allait envoyer une équipe pour évaluer la situation en quelques jours.

Le 1er juin 2004, une mission internationale de paix fut adoptée ainsi que le principe de l'envoie d'une force de paix, la MINUSTAH comprenant un déploiement de 7000 soldats. Cette force est dirigée par le Brésil et soutenue par l'Argentine, le Chili, la Jordanie, le Maroc, le Népal, le Pérou, les Philippines, l'Espagne, le Sri Lanka et l'Uruguay.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Lehman, Haïti 2004, radiographie d'un coup d'État, Éditions L'Harmattan, Paris 2005, rééditions 2007, (ISBN 978-2296043749).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Haïti - MINUSTAH - Historique », sur www.un.org.
  2. Alterpresse, 17 janvier 2004.
  3. (fr)[PDF] « Les médias en difficulté dans la crise en Haïti ; La revanche du téléphone portable au pays de l'oralité, Bruno Olliver, »], sur Ministère français des affaires étrangères.
  4. (fr) « La Maison Blanche et le président Aristide », sur www.interet-general.info.