Richard Nikolaus de Coudenhove-Kalergi

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Le comte von Coudenhove-Kalergi

Le comte Richard Nikolaus Eijiro von Coudenhove-Kalergi (en allemand : Richard Nikolaus Eijiro Graf Coudenhove-Kalergi[1] ; en japonais : リヒャルト・ニコラウス・栄次郎・クーデンホーフ=カレルギー Rihiyăruto-Nikorausu 栄次郎 (= Eijiro) Kūdenhōfu-Karerugī) né le 16 novembre 1894 à Tōkyō au Japon et mort le 27 juillet 1972 à Schruns en Autriche, est un homme politique, essayiste, historien et philosophe d'origine austro-hongroise par son père et japonaise par sa mère. Il a adopté la nationalité tchèque en 1919 après la chute de l’Empire d’Autriche-Hongrie, puis française en 1939. C'est l'un des premiers à avoir proposé un projet moderne d'Europe unie. Il peut être considéré, au sens large, comme l'un des pères de l'Europe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'un diplomate austro-hongrois polyglotte (il connaît seize langues) et d'une Japonaise, il passe son enfance au château familial de Bohême puis entre au Thérésanium de Vienne, collège le plus réputé et le plus cosmopolite de l'Empire. Passionné par la philosophie, il poursuit ses études à l'université de Vienne et en devient docteur en 1917. En 1915, il se marie avec Ida Roland (1881-1951), comédienne en vogue qui lui ouvre les milieux mondains de la capitale autrichienne. Il obtient la nationalité tchécoslovaque en 1919 et se détourne finalement de la philosophie pour commencer à publier des articles sur la nécessité d'un nouvel ordre européen.

Il est très tôt convaincu de la nécessité de promouvoir l'esprit européen davantage que la convergence d'intérêts matériels pour obtenir la paix en Europe. Il cherche le soutien du président tchécoslovaque Tomáš Masaryk, qui se dérobe sur l’essentiel. Coudenhove-Kalergi entreprend donc de lancer le mouvement lui-même. Ainsi, il lance son premier appel à l'unité du Vieux continent dès 1922, qui est peu entendu. Fasciné par le personnage malgré son nationalisme affiché, il se tourne alors vers Mussolini, croyant y voir un nouveau Mazzini qui pourrait faire triompher la cause européenne. Il se heurte à un silence évocateur et plein de mépris.

En octobre 1923, il propose le premier projet moderne d'une Europe unie dans son livre Paneuropa, ouvrage prophétique et mobilisateur réédité en français en 1977. Pour Coudenhove-Kalergi, face au risque d’autodestruction que ferait courir une nouvelle guerre mondiale nécessairement plus destructrice, à la concurrence américaine, et surtout au danger russe, l’Europe n’a d’autre choix que de s’unir.

Pour diffuser ses idées, il fonde le mouvement paneuropéen, dont le premier congrès, qui réunit plus de 2 000 participants, a lieu à la Konzerthaus de Vienne du 3 au 6 octobre 1926. Il choisit comme symbole du mouvement la croix rouge des croisades, symbole le plus ancien d’une union européenne supranationale face à un ennemi commun, sur un soleil d’or, le soleil d’Apollon, qui figure l’esprit européen dont le rayonnement a éclairé le monde entier. Ainsi sont réunies les sources grecques et chrétiennes de l’Europe.

Son message est perçu dès l'Entre-deux-guerres par de nombreux intellectuels (Einstein, Freud, Thomas Mann, Ortega y Gasset, Rougemont, etc.) ainsi que par un bon nombre de personnalités politiques comme Édouard Herriot, Konrad Adenauer, Robert Schuman, Alcide De Gasperi, Winston Churchill et surtout Aristide Briand, dont le projet d'Union européenne qu'il présente en 1929 devant la Société des Nations à Genève doit en effet beaucoup à Coudenhove-Kalergi. C'est également Coudenhove-Kalergi qui a lancé l'idée en 1923 de réunir le charbon allemand et le minerai français, projet qui se concrétise en 1951 sous le nom de Communauté européenne du charbon et de l'acier.

En 1938, du fait de l'Anschluss, il doit se réfugier en Suisse, d'autant que sa femme est juive et qu'il est haï de Hitler. De là, il part pour les États-Unis, où il enseigne à l'université de New York. Il y dirige un séminaire de recherches pour la création d’une fédération des États européens qui devient le centre de l’Union Paneuropéenne en exil. Il prend cependant la nationalité française en 1939. La fin de la guerre l'amène à revenir en Suisse, dans un premier temps à Gstaad. Après avoir suggéré en 1947 la création du premier timbre-poste européen, c'est dans cette petite station de sports d'hiver qu'il fonde en 1947 l'Union parlementaire européenne, qui débouche après la tenue du Congrès de l'Europe à La Haye en 1948 sur la création du Conseil de l'Europe, et inspire celle du Parlement européen.

Lors de la fondation de la CECA et de la CEE, Coudenhove-Kalergi et Paneurope craignent la naissance d’une Europe des hommes d’affaires plutôt qu’une Europe de compatriotes. Il se rapproche du général de Gaulle après le 13 mai 1958, afin de faire triompher une conception plus politique de l’Europe unie. Il soutient le Plan Fouchet.

C'est aussi Coudenhove-Kalergi qui le premier propose en 1929 d'adopter comme hymne européen l’Ode à la joie de Schiller sur la musique de la Neuvième symphonie de Beethoven. Il est par ailleurs l'auteur en 1930 de la première proposition de célébrer une journée de l'Europe en mai.

Le 18 mai 1950, il est lauréat du Prix International Charlemagne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Graf signifie comte

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de Richard Coudenhove-Kalergi

  • (fr) Pan-Europe, Éditions Paneuropéennes, Paris, 1927 (2e édition, 1988 - 3e, 1997)
  • (fr) Héros ou Saint, Éditions Rieder, Paris, 1929
  • (fr) L'homme et l'État totalitaire, Plon, Paris, 1938
  • (fr) L'Europe Unie, Éditions Paneuropéennes, Glaris, 1939
  • (fr) J'ai choisi l'Europe, Plon, Paris, 1952
  • (fr) Europe, puissance mondiale, Stock, Paris, 1972

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]