Guilde de Saint-Luc

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Une guilde de Saint-Luc ou gilde de Saint Luc[1] (aussi appelées corporation, confrérie ou compagnie de Saint-Luc) est une organisation corporative strictement réglementée de peintres, de sculpteurs et d'imprimeurs, active depuis le XIVe siècle en Italie (Florence), dans les Pays-Bas (Bruges, Anvers, Utrecht, Delft ou Leyde), les pays rhénans et la France. Ces guildes prennent ce nom en référence à saint Luc l'évangéliste, le saint patron des peintres. Dans certaines villes, comme à Anvers, un très grand nombre de métiers artistiques y sont représentés, tandis qu'à d'autres endroits comme Bruxelles, elles réunissent uniquement les peintres. Les autres métiers artistiques se retrouvent alors au sein d'autres confréries, sous la protection d'autres saints patrons.

Albrecht Dürer décrit dans son journal de voyage[2] le festin organisé en son honneur par la Guilde de Saint-Luc d'Anvers :

« Quand on me conduisit à table, la foule des invités faisait la haie, comme pour un grand seigneur... Et, tandis que je siègeais ainsi à la place d'honneur, entra avec deux serviteurs le représentant du conseil de ville qui me donna quatre cruches de vin… Et vint ensuite Maître Pierre, charpentier de la Ville, qui m'offrit deux cruches de vin et ses compliments les plus courtois… Et tard dans la nuit, on me reconduisit solennellement aux flambeaux. »

— Rapporté par Erwin Panofsky dans La vie et l'art d'Albrecht Dürer, Hazan, Paris, 2004, (ISBN 2850259160), p. 318.

Les guildes économiques connaissent un essor important dans les Pays-Bas dès le Moyen Âge, mais les Guildes de Saint-Luc (en néerlandais Sint-Lucasgilde) à vocation artistique se développent plus tardivement, au début du XIVe siècle. Sous l'impulsion du commerce avec les nouvelles contrées d'Amérique, les villes flamandes deviennent d'importantes places commerciales. Anvers supplante alors Bruges et Bruxelles et s'enrichit rapidement grâce au commerce des épices (un comptoir portugais est ouvert en 1515) et le marché d'objets d'art et de luxe. D'importantes familles de commerçants et de banquiers, tels les Fugger et les Médicis, y ouvrent des bureaux et sont d'importants mécènes pour les artistes locaux.

Organisation[modifier | modifier le code]

La Guilde de Saint-Luc entretenait à côté de la Cathédrale d'Anvers un lieu permanent d'exposition d'œuvres

Pour être admis dans une guilde, il fallait être en possession de ses droits de citoyen et avoir une propriété dans la ville. Les candidats au titre de maître, condition indispensable pour accéder à des postes importants au sein de la guilde et aux commandes les plus lucratives, devaient en outre être mariés. Lors de son admission, l'artiste recevait généralement une commande importante (par exemple un retable) du doyen de la guilde[3].

L'appartenance à une guilde signifiait pour les artistes une certaine sécurité à une époque d'instabilité économique, mais aussi de nouveaux défis. Pour la première fois, un marché de l'art se met en place, auquel seuls les maîtres patentés ont accès, et les artistes ont à affronter un public[4]. La guilde garantissait un soutien aux artistes locaux en excluant la concurrence et offrait la possibilité d'ouvrir un atelier avec des apprentis qui n'avaient pas le droit de signer leurs œuvres, celles-ci étant automatiquement propriété du professeur. Attenant à l'atelier se trouve une boutique, et des foires annuelles ont lieu où les artistes exposent leurs œuvres. À Anvers, ainsi que dans d'autres grandes villes du sud des Pays-Bas, la guilde effectuait un contrôle de la qualité des œuvres, à l'issue duquel elles étaient marquées au fer. Cette marque permettait à l'acheteur européen d'être certain de retrouver la qualité des œuvres anversoises. Des courtiers spécialisés étaient chargés de la diffusion des œuvres en Europe.

La guilde offrait de plus certaines assurances sociales aux artistes, par exemple en cas d'indigence ou de maladie. La guilde réglait aussi certains aspects religieux à la mort de l'artiste, son enterrement et le soutien au membres de sa famille.

Quelques guildes de Saint-Luc aux Pays-Bas et leurs membres[modifier | modifier le code]

entre parenthèses: date de l'accession au statut de maître

Flandre/ Pays-Bas méridionaux[modifier | modifier le code]

Anvers[modifier | modifier le code]
Les maisons des Guildes à Anvers

La guilde de Saint-Luc d'Anvers est à l'image de la ville au XVe siècle, première place commerciale d'Europe et deuxième ville après Paris par le nombre de ses habitants, on y trouve notamment quelques-uns des principaux représentants de la Renaissance puis du baroque flamand. C'est aussi la ville de l'imprimeur Christophe Plantin.

Bruxelles[modifier | modifier le code]
Tournai[modifier | modifier le code]

Pays-Bas septentrionaux[modifier | modifier le code]

Delft[modifier | modifier le code]
Guilde de Saint-Luc sur une gravure de 1730 (auteur inconnu).

La guilde de Saint-Luc de Delft est créée tardivement, et elle connait un essor bref mais important au XVIIe siècle sous l'influence de Vermeer.

Haarlem[modifier | modifier le code]
La Haye[modifier | modifier le code]
Leyde[modifier | modifier le code]
Utrecht[modifier | modifier le code]

La guilde de Saint-Luc d'Utrecht fut fondée en 1611. Les artistes auparavant y faisaient partie de la guilde des selliers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire des peintres belges : du XIVe siècle à nos jours depuis les premiers maîtres des anciens Pays-Bas méridionaux et de la principauté de Liège jusqu'aux artistes contemporains, Bruxelles, La Renaissance du livre,‎ 1995 (ISBN 2-8041-2012-0, %5B%5BInstitut royal du Patrimoine artistique|IRPA%5D%5D : %5B%5BBALaT%5D%5D résumé)
  2. Albrecht Dürer, Journal de voyage aux Pays-Bas pendant les années 1520 & 1521, trad. et éd. Stan Hugue, Paris, Éditions Maisonneuve et Larose, 1993
  3. Caterina Limentani Virdis et Mari Pietrogiovanna, Retables, L'âge gothique et la Renaissance, p. 23
  4. Dominique Allart dans L'art flamand et hollandais, Belgique et Pays-Bas, 1520-1914, Citadelles & Mazenod, p. 19
  5. Van Baburen est signalé dans les archives de la guilde d'Utrecht dès 1611.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Quelques informations sur les artistes anversois sur le site du ministère de la culture [1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thomas Dacosta Kaufmann (dir.), L'Art flamand et hollandais, Belgique et Pays-Bas, 1520-1914, Citadelles & Mazenod, Paris, 2002, (ISBN 2850884324)
  • Caterina Limentani Virdis et Mari Pietrogiovanna, Retables, L'âge gothique et la Renaissance, Citadelles & Mazenod, Paris, 2001, (ISBN 2850881783)