Corner (finance)

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En finance, un corner (du verbe anglais to corner, « acculer dans un coin », c'est-à-dire « coincer ») est une manipulation de marché, organisée pour leur profit économique par un ou plusieurs intervenants agissant de concert, et dont le but est d'amener les vendeurs à découvert à liquider leurs positions en catastrophe et à n'importe quel prix.

Le corner est aujourd'hui considéré dans la plupart des législations comme un abus de marché, un délit passible de sanctions[1].

Principe[modifier | modifier le code]

Des acteurs du marché, les acteurs « A », spéculent à la baisse sur un produit, par exemple les actions de l'entreprise « X ». Ils vendent donc aujourd'hui des actions « X » qu'ils ne possèdent pas encore : ils les ont achetées fictivement, en signant un contrat selon lequel ils ne devront payer effectivement ces actions qu'à une date donnée, par exemple dans un mois, et ce au prix qu'elles atteindront alors.

Le but des « A » est donc que cette action baisse, pour que la vente qu'ils réalisent aujourd'hui soit supérieure au prix qui devra être payé dans un mois. Ils peuvent essayer de contribuer à cette baisse par plusieurs moyens, légaux ou non (lancement de rumeurs sur la compagnie « X », mise sur le marché d'un grand nombre d'actions « X », etc.)

Mais d'autres acteurs, les acteurs « B », peuvent essayer de mettre en échec cette stratégie. Eux, au contraire, vont essayer d'acheter le plus possible d'actions « X », et de les stocker. Cela contribue à soutenir le cours de l'action « X », qui ne baisse donc pas, comme les acteurs « A » l'espéraient. Quand le jour de l'échéance arrive, les « A » doivent à tout prix acheter les actions qu'ils avaient vendues fictivement au début du mois. Les « B » sont donc en position de force, et vendent leurs actions « X » aux « A » à un prix qui dégage un profit pour eux.

Les « A » ont donc échoué dans leur spéculation à la baisse, tandis que les « B » ont réussi leur corner.

Une opération de ce type, conduite plus ou moins volontairement, a amené en octobre 2008 à une flambée du titre Volkswagen, qui a atteint alors près de 1 000 euros, soit plus de trois fois son cours habituel.

Synonymes et variantes[modifier | modifier le code]

On emploie aussi le mot squeeze, du verbe anglais qui signifie « presser », mais qui a une signification plus large. Une situation de squeeze n'est pas nécessairement attribuable à l'action volontaire de quelqu'un ou de quelques-uns, elle peut parfaitement résulter d'un déséquilibre structurel ou réglementaire.

Plus généralement, on parle d'« accaparement » pour toute tentative de stocker des biens dans le but de créer artificiellement une pénurie et pour les revendre ensuite par petites fractions à prix élevés.

Les tentatives de corner sont des spéculations très hasardeuses, qui dans certains cas font effet boomerang sur leurs auteurs lorsque la situation de marché se retourne.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le philosophe et mathématicien grec Thalès de Milet (625-547 av. J.-C.) passe pour avoir réalisé l'un des premiers corners sur l'huile d'olive. Ayant prévu une météorologie favorable et une bonne récolte, il aurait réservé, moyennant un faible dépôt de garantie unitaire, tous les moulins à huile de la région de Milet.

Période moderne[modifier | modifier le code]

  • 1793 : loi sur l'accaparement de denrées alimentaires lors de la Révolution française.
  • 1838 : le Corner de 1838 sur le coton américain échoue, Nicholas Biddle arrêté.
  • 24 septembre 1869 : Scandale Fisk-Gould, spectaculaire effondrement du marché de l'or à New York (surnommé Black Friday en anglais, « vendredi noir ») à la suite d'un corner raté.
  • Octobre 1907 : déclenchement de la Panique des banquiers après un corner raté.
  • Octobre 1887 : le corner sur le cuivre de 1887, plus importante spéculation de l'histoire de la production de cuivre, est organisée par l'industriel Eugène Secrétan et sa Société des métaux, soutenu par le comptoir national d'escompte de Paris, qu'il entraîne dans sa chute en mars 1889, ponctuée par le suicide de son président et l'intervention de la Banque de France.
  • 1980 : tentative spectaculaire mais infructueuse de corner du marché de l'argent métal par un pétrolier texan, Nelson Bunker Hunt, et son frère William Herbert Hunt. Elle s'achève par la faillite des frères Hunt.
  • 1992-1995 : tentative par un cadre supérieur de Sumitomo, Yasuo Hamanaka, de « coincer » le marché du cuivre. Sumitomo aurait perdu 2,6 milliards de dollars dans l'affaire et Hamanaka a été condamné en 1995 à une peine de prison.
  • Mars 2001 : corner réussi, par Deutsche Bank, du contrat à terme sur emprunts d'État allemands à cinq ans, dits « Bobls ».
  • Octobre 2008 : le corner Volkswagen, lorsque la marque est devenue, le temps d'une séance, la plus grosse capitalisation boursière du monde (hausse de plus de 81 %, après un gain supérieur à 146 % le lundi précédent). Considérant que la valorisation du titre était injustifiée, les hedge funds avaient parié sur sa baisse, se fondant sur l'information que Porsche, principal actionnaire possédait 42,5 % du titre. En réalité, il possédait ou contrôlait 74 % des actions, notamment grâce à l'achat de calls, et l'État de Basse-Saxe en possédait 20 %, ne laissant que 6 % d'actions disponibles sur le marché, insuffisantes pour couvrir toutes les ventes à découvert. Les pertes des hedges-funds impliqués mais aussi de quelques banques sont colossales (plus de 30 milliards d'euros), et les profits de Porsche dans l'affaire pourraient être de l'ordre de milliards d'euros[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]