Corneille de Lyon

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Portrait de François III de Bretagne vers 1536

Corneille de Lyon ou Corneille de la Haye (né entre 1500 et 1510 à La Haye et mort en 1574 à Lyon) est un peintre franco-hollandais du XVIe siècle qui devient en 1551 le portraitiste officiel d’Henri II et de Catherine de Médicis.

Dénomination[modifier | modifier le code]

Corneille n'est à son époque connu que sous le nom de « Corneille de la Haye ». C'est à la fin du XIXe siècle que sa redécouverte au moment où les nationalismes s'imposent à la recherche historique qu'il est renommé « Corneille de Lyon » ; ceci afin de donner plus de poids à la France dans le genre du portrait naissant à la Renaissance[1]. Il semble que le premier à utiliser ce nom soit Henri Bouchot dans Les Clouet et Corneille de Lyon, Paris, 1899[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeanne van Halewijn, épouse secrète de François de Montmorency.

La date de naissance de Corneille n'est pas connue, et les propositions vont de 1500 à 1510. On ne sait rien de sa jeunesse et sa présence à Lyon est attestée en 1533 à l'occasion de l'entrée solennelle de la reine Éléonore[3].

Dès l'année suivante, il est nommé peintre de la reine Éléonore. Ce succès rapide a comme explications possibles le fait que la reine a eu une jeunesse flamande, et que Joos van Cleve, venu d'Anvers peu avant ai peint le portrait de François Ier et de son épouse[3].

S'il poursuit une production destinée à des clients modestes, il réalise en 1536, à l'occasion du séjour de François Ier et de sa cour les portraits des fils du roi. Celui d'Henri II est un des rares portraits d'apparat qu'ai réalisé Corneille[4]. En 1541, Corneille est nommé peintre de la maison du Dauphin, et reste après l'accession au trône d'Henri II le peintre ordinaire du roi. Celui-ci lui donne une lettre de naturalité, qui fait de Corneille un français. Il reste attaché à la couronne royale jusqu'à sa mort[4].

Malgré cette fonction, le peintre reste à Lyon. Il ne suit pas la cour à Paris ou dans ses déplacements. Pleinement intégré à la société lyonnaise, il se marie avec la fille de l'imprimeur François Fradin. Il a une nombreuses famille, est propriétaire de plusieurs maisons à Lyon et d'une maison de campagne à Vénissieux[4]. Son atelier est installé rue du Temple[5], où il possède ou loue trois maisons[6].

Françoise de Longwy, épouse de l'amiral Philippe Chabot, puis de Jacques de Péruse, seigneur d'Escars, 1536.

De nombreuses informations sur son quotidien nous sont fournis par le chroniqueur de Catherine de Médicis : Pierre de Brantôme. Lors du passage à Lyon de la reine en juin 1564, celle-ci se rend dans l'atelier de Corneille, qu'elle avait déjà rencontré dans sa jeunesse et dont il avait fait le portrait. Brantôme indique que Corneille conserve dans une grande chambre « « tous les grands seigneurs, princes, cavalliers, et grandes roynes, princesses, dames et filles de la court de France » et ajoute que la reine « prist fort grand plaisir à telle veue » et « s'y ravit en la contemplation, si bien qu'elle n'en peust retirer ses yeux de dessus » »[7]. Cette pièce permet à Corneille, qui ne semble vivre que de son métier de portraitiste, de présenter une galerie de ses réalisations à ses clients[6]. Ainsi, en 1551, l'ambassadeur de Venise à la cour de France Giovanni Capello se fait l'écho de cette galerie lors de son passage à Lyon. Ces témoignages montrent que Corneille, lorsqu'il peint de grands personnages, Corneille en conserve un exemplaire qu'il expose dans cette pièce de son atelier conçu comme comme un espace d'exposition. Corneille, sa famille et ses assistants nourrissent donc le marché naissant des portraits de notables, comme Lucas Cranach, en Saxe[1].

Converti à la religion réformée, la dégradation de la situation religieuse lyonnaise l'affecte. Comme les autres, il est soumis à des mesures fiscales discriminatoires en 1567, et est converti de force en 1569. Les difficultés des années 1560 diminuent les commandes qu'il reçoit, et son niveau de vie s'en ressent. Il reste toutefois apprécié d'une partie de l'élite lyonnais, comme le prouve le tableau que lui a commandé le consul François Guerrier de Combelade vers 1570[4].

Il décède en 1575 et est enseveli le 8 novembre dans le couvent des Jacobins, auprès de sa femme[4].

Ses descendants comptent de nombreux peintres, dont une femme[4].

Style[modifier | modifier le code]

Portrait de Jacques V d'Écosse.

Les portraits réalisés par Corneille sont pratiquement des miniatures, généralement de la taille d’une carte postale. Il travaille principalement à l’huile sur des supports de bois. Il peint les zones de chair très légèrement alors que les arrière-plans naturels sont plus forts. Son style se rapproche de celui d’Hans Holbein, particulièrement dans l’utilisation de bordures.

Cette utilisation des petites dimensions tranche avec la vogue en cours à son époque : « le portrait de grandeur nature s'imposait comme l'index de compétences dans le genre. Durant les années au cours desquelles Corneille faisait le commerce de ses petits panneaux, on observe même une vogue pour d'imposantes représentations en pied, d'abord dans les territoires des Habsbourg, puis dans presque toutes les cours princières »[8].

À la différences de nombreux portraitistes de cour contemporains de Corneille, celui-ci n'accorde pas une grande importance à la parure. Les vêtements sont précisément réalisés, mais il n'y a que rarement des broderies ou des perles. Ces modèles sont toujours réalisés sobrement sur fond vert, de trois-quart, en buste ou à mi-corps. Les regards, les cheveux et barbes sont détaillés avec soin. Parmi les anonymes, nombreux sont probablement des notables lyonnais ou des voyageurs passant dans la ville, attirés par les foires[6].

On ne connait aucun dessin de lui, ce qui laisse supposer qu'il peint directement sur le support, technique rare à l'époque, qui prouve un grand savoir-faire. Il existe souvent plusieurs versions d'un même tableaux. Produits au sein de son atelier pour répondre à une demande concernant des personnages célèbres, il est quelquefois délicat de repérer l'original peint par le maître de ceux de ses assistants. Ce n'est évidemment pas le cas des tableaux de personnages plus anonymes, réalisés par le maître[4].

Réception des œuvres[modifier | modifier le code]

Un "Corneille" dans un cadre précieux.

Malgré un travail à contre-courant de la mode de l'époque dans le domaine du portrait, l'œuvre de Corneille, de sa famille et de son atelier en général a une reconnaissance durable. Ainsi se répand dans le monde de l'art le terme "Corneille" pour désigner un tableau de cette dimension et ce style. Ceux-ci sont progressivement évaluer comme des objets précieux et certains sont alors agrémentés de cadres souvent imposants, augmentant largement la surface de l'œuvre dans son ensemble. Certains de ces cadres sont incrustés de pierres et décoré d'une polychromie raffinée[8].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Robert II de Lenoncourt exposé à Nancy .

Corneille a réalisé environ cent cinquante tableaux répertoriés, produits en une quarantaine d'année[4]. Ses œuvres sont exposées dans plusieurs musées, principalement au Louvre à Paris et au Metropolitan Museum of Art de New York.

  • Pierre Aymeric, (1533), huile sur bois, 16,5 × 14 cm, Musée du Louvre, Paris[9].
    • Ce portrait a été redécouvert en 1962 et est entré au Louvre en 1976. Il est la première œuvre connue de Corneille. Il est considéré comme un « chef-d'œuvre d'une grande vérité humaine, marqué par une expressivité toute flamande... ». Le tableau est daté du 11 avril 1534 et porte l'inscription au dos « natif de Sainct Fleur demeurant à Lyon »[3].
  • Portrait de Gabrielle de Rochechouart, (v.1574), huile sur bois, 16,5 × 14 cm, Chantilly, Musée Condé.
  • Madame de Lausac, huile sur bois, 17 × 14 cm, Chantilly.
  • Catherine de Médicis, Dauphine, 16 × 13 cm, Chantilly.
  • François II, Dauphin, Chantilly.
  • Marguerite de Savoie, Chantilly.
  • Le Duc de Montpensier, Musée du Louvre, Paris.
  • Françoise de Longwy, Château de Versailles
  • Une série de trois portraits au Musée des beaux-arts de Nancy.
  • Portrait d'homme aux gants, 21,3 x 16,5 cm, Metropolitan Museum of Art, New-York
  • Portrait d'une jeune inconnue, Huile sur bois, 20 x 16,5 cm (sans cadre), Lyon, Musée des Arts décoratifs
  • Portrait de Barthélémy Aneau, 15.5 x 13 cm, v. 1540, Amsterdam, Rijksmuseum.
  • Portrait présumé de Clément Marot, 12 x 10 cm, Paris, Musée du Louvre.
  • Catherine de Médicis, 16.5 x 15 cm, Polesden Lacey, The McEwan Collection.

Galerie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Patrice Béghain, Une histoire de la peinture à Lyon : de 1482 à nos jours, Lyon, S. Bachès,‎ 2011, 363 p. (ISBN 978-2-35752-084-4, notice BnF no FRBNF42506537)
  • Anne Dubois de Groër, Corneille de La Haye dit Corneille de Lyon, Paris, Arthena,‎ 1997, 311 p. (ISBN 2-903239-21-5, notice BnF no FRBNF36163213)
    Cet ouvrage contient l'essentiel de la documentation biographique[10].

articles[modifier | modifier le code]

  • Sylvie Béguin et Anne Dubois de Groër, « À propos d'un nouveau Corneille : le portrait de Pierre Aymeric », Le revue du Louvre et des musées de France, no 1,‎ 1978, p. 28-42
  • Madeleine Huillet d'Istria, « Origine de l'école lyonnaise du portrait au XVIe siècle. Corneille de Lyon, successeur de Jean Perréal », Arts,‎ novembre 1948, p. 1
  • Paul Roudié, « Sur un portrait de Corneille de Lyon », Gazette des Beaux-Arts, t. LX,‎ novembre 1962, p. 481-486
  • Nathalie Zemon Davis, « Le milieu social de Corneille de La Haye (Lyon, 1533-1575) », Revue de l'Art, no 47,‎ 1980, p. 21-28
  • Frédéric Elsig (dir.) et Philippe Bordes, « Les portraits de Corneille de Lyon : art de cour ou projet démocratique ? », dans Peindre à Lyon au seizième siècle, Milan, Silvana Editoriale, coll. « biblioteca d'arte » (no 44),‎ 2014, 192 p. (ISBN 8836627684, notice BnF no FRBNF43834242)[11]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Elsig et Bordes 2014, p. 157
  2. Dana Bentley-Cranch, The Renaissance Portrait in France and England. A comparative study, Paris, 2004, p. 92, note 18.
  3. a, b et c Béghain 2011, p. 41
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Béghain 2011, p. 42
  5. actuelle rue du Port-du-Temple.
  6. a, b et c Béghain 2011, p. 43
  7. brantôme Recueil des dames, poésies et tombeaux, èd. E. Vaucheret, Paris, 1991, I, ch. ii, p. 34-35.
  8. a et b Elsig et Bordes 2014, p. 158
  9. Béguin et Dubois de Groër 1978
  10. Elsig et Bordes 2014, p. 166. note 1
  11. Ouvrage issu d'un colloque international tenu à Genève les 26 et 27 octobre 2012 organisé par le Musée d’art et d’histoire de Genève, l'Université de Genève et Uni Bastions. « Lyon, foyer artistique de la Renaissance - Service de communication - UNIGE » (consulté le 12 décembre 2014).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. (en) Biographie
  2. (en) Corneille de Lyon dans Artcyclopedia