Controverses liées à Habad-Loubavitch

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Habad-Loubavitch est une branche du hassidisme, qui depuis sa création, comme toute dynastie hassidique à ses débuts, est liée à de nombreuses controverses.

L'hostilité à l'encontre des Hassidim s'explique historiquement par la démoralisation du peuple Juif à l'époque du Baal Shem Tov. Les pogromes incessants perpétrés sur les Juifs épuisent le peuple physiquement. La catastrophe du shabbataïsme (mouvement initié par le faux messie Sabbataï Tsevi) l'épuise moralement. L'espoir en la Rédemption est alors presque éteint et tout ce qui s'apparente de près ou de loin à la mystique juive fait peur. Les premiers Hassidim se donnent pour tâche de redonner confiance, espoir et vigueur à un peuple juif à l'agonie.

Le hassidisme suscite dès ses origines de nombreuses controverses au sein de l'ensemble du peuple juif. Rabbi Israel Baal Shem Tov, prédicateur populaire et kabbaliste, est peu reconnu des rabbins faisant autorité. Ceux-ci ne tardent pas à réagir devant l'interprétation différente qu'il fait de la Torah et de la halakha, empreinte de mystique, de générosité et d'ouverture vers les laissés pour compte. Si le Baal Shem Tov prône un respect à la lettre de la loi juive, il encourage ses Hassidim à aller vers ceux qui ne connaissent pas ou mal la halakha pour les rapprocher de la Tradition.

Menés par le Gaon de Vilna, les Mitnagdim accusent les Hassidim d'interprétations erronées des textes. Les tensions existant entre Hassidim et Mitnagdim sont largement exacerbées par des accusations rapportées au Gaon de Vilna. Selon ces accusations qui visent à discréditer les enseignements du fondateur du mouvement Loubavitch, Rabbi Shneur Zalman aux yeux du Gaon, les Hassidim du Rabbi commettent des transgressions majeures de la Loi Juive, comme la profanation du Chabbat. Inversement, le Gaon de Vilna n'a jamais fait l'objet du mépris des Hassidim. Bien au contraire, Rabbi Shneur Zalman a même tenté de le rencontrer pour lui expliquer sa philosophie.

Son fondateur, le rabbin Shneur Zalman de Liadi est par deux fois arrêté par les Russes sur de fausses accusations, et l'un de ses fils est accusé de conversion au christianisme. Le mouvement devient mondialement sous la direction du septième (et dernier Rabbi de Loubavitch), le rabbin Menachem Mendel Schneerson. La croyance que Schneerson est le Messie et sera de retour ou qu'il ne serait jamais mort a donné lieu à quelques frictions au sein de la communauté Habad. Depuis sa mort en 1994, le mouvement s'est scindé en factions concurrentes. Des batailles financières entre les factions depuis 1995, ainsi que le contrôle sur le siège à Brooklyn a conduit à des affrontements entre les factions.

Shneur Zalman de Liadi[modifier | modifier le code]

Shneur Zalman de Liadi, fondateur du mouvement, est arrêté sur ordre de Paul Ier de Russie à deux reprises mais deux fois libéré[1].

Au cours de sa vie, les controverses entre les hassidim et mitnagdim s'intensifient de nombreuses façons. Les enjeux des désaccords sont, essentiellement, les règles de l'abattage rituel, ainsi que la conduite et la formulation des prières[2]. Cette controverse diminue au cours de la vie des fils du rabbin Schneur Zalman, le rabbin DovBer Schneuri et son petit-fils, le rabbin Menachem Mendel Schneersohn (Tsemah Tzedek ). Bien que Shneur Zalman essaye de voir le Gaon de Vilna afin de le persuader de légitimer les hassidim, celui-ci refuse de le rencontrer[3].

Arrestations[modifier | modifier le code]

En 1798, le rabbin Zalman Shneur est arrêté pour trahison sous de fausses accusations et amené à Saint-Pétersbourg, où il est détenu dans la forteresse Petropavlovski durant 53 jours.

En 1800, il est de nouveau arrêté et transporté à Saint-Pétersbourg avec son fils Moshe qui sert d'interprète, le rabbin Shneur Zalman ne parlant ni le russe ni le français. Il est libéré quelques semaines plus tard, mais doit demeurer à Saint-Pétersbourg[4]. La nomination du Tsar Alexander I quelques semaines plus tard conduit à sa libération.

Le rabbin Shneur Zalman et Napoléon[modifier | modifier le code]

Alors que certains dirigeants juifs soutiennent Napoléon, d'autres, dont le rabbin Shneur Zalman de Liadi, soutiennent ouvertement et vigoureusement le Tsar. En fuyant Napoléon, Liadi écrit une lettre à un ami, le rabbin Moshe Meizeles, expliquant son opposition à Napoléon :
"Si Napoléon est victorieux, les Juifs seront émancipés et pourront subvenir facilement à leurs besoins ... Mais leur cœur s'éloignera de leur père dans le ciel. Mais si notre maître Alexander triomphe, bien que la pauvreté sera abondante... le cœur d'Israël sera avec leur père... Et pour l'amour de Dieu : Brûlez cette lettre"[5]

Ainsi selon Shneur Zalman, la souffrance est bonne pour les Juifs. La souffrance inspire l'ascétisme et renforce la cause hassidique.

Le soutien du Baal Hatanya aux Tsar possède ses défenseurs et ses détracteurs :

Ainsi Alan Dershowitz critique cette vision, selon laquelle le judaïsme ne peut survivre que sous la souffrance[6].

D'autres défendent le rabbin Shneur Zalman, faisant valoir que Napoléon tenterait de susciter une vision messianique de lui-même auprès des Juifs, en ouvrant les portes des ghettos et en les émancipant. Il a également établi un Sanhédrin, recrutant des juifs dans ses rangs, et des rumeurs se répandent sur sa conquête de la Terre Sainte. Ainsi, son opposition est fondée par la peur que les juifs pratiquants se tournent vers le faux messianisme de Napoléon [7].

Moshe Schneersohn[modifier | modifier le code]

Moshe Schneersohn (ou Zalmanovitch ou Shneuri), (également, Zalmonovitch et Shneuri, et plus tard Léon Yulievitz) (né vers 1784 - mort, avant 1853) était le fils cadet du fondateur du mouvement Habad-Lubavitch, Rabbi Shneur Zalman de Liadi. Il est rabbin dans ville de Ula en biélorussie. Il se serait converti au christianisme mais les circonstances et les témoignages sont loin d'être clairs[8] et il meurt dans un asile de Saint-Pétersbourg.

Les récits du mouvement Habad écrits par le sixième Rabbi, racontent que Moshe accompagné de son frère,Dovber Schneuri se rend auprès du Tsar pour discuter de la situation des Juifs dans son territoire. Le tsar est impressionné par l'érudition de Moshe, et ordonne une dispute entre Moché et son Prêtre. Moshe accepte le défi a contre-cœur, et gagne le débat. Furieux, les chrétiens arrêtent Moshe, le conduisent dans une église et le forcent à signer une lettre qui dans laquelle il déclare son intention de se convertir au christianisme. Moshe réussit à s'échapper de l'église, mais en raison de la crainte d'une nouvelle arrestation, il voyage incognito à travers l'Europe jusqu'à sa mort en 1878. Selon ces sources il est enterré dans une tombe anonyme à Radomyšl, en Ukraine[9].

Selon certains historiens et spécialistes du hassidisme, en particulier David Assaf de Université de Tel Aviv, la conversion de Moshe remonterait à un différend monétaire qu'il a eue avec un officier d'artillerie. L'officier invite Moshe à une partie, le saoule, et puis l'encourage à écrire une lettre exprimant son intention de convertir. Moshe retire ses peyot et sa barbe et est envoyé au prêtre local par des gardes armés. Il est baptisé quelques jours plus tard[9]. Les frères de Moshe écrivent au chef de l'Église, précisant la maladie de Moshe et en faisant valoir que sa signature ne pouvait être acceptée pour la conversion. À la suite de cette demande, les dirigeants de l'Église orthodoxe demandent de regarder la certification de sa conversion et un certain nombre d'erreurs de procédure ont été trouvées, et il a été établi que Moshe n'est pas correctement converti. Malgré cela les autorités catholiques de la ville de Ula déclarent que la conversion de Moshe est valide. Sa conversion est confirmée et son nom est changé en Léon Yulievitz[10].

Sous l'influence de ses frères, de proches confidents du tsar, demandent le transfert de Moshe à Saint-Pétersbourg où il subit des tests médicaux qui établissent qu'il souffre de troubles mentaux. Malgré cela, il aurait continué à donner des conférences sur le christianisme. En août 1821, son état s'aggrave et il est transféré dans un asile, où il meurt[9].

L'historien Shaul Stampfe annonce avoir trouvé le document de conversion au christianisme de Moshe Schneersohn. Les documents originaux se trouvent dans les Archives historiques nationales de Minsk, en Biélorussie. Il s'agit notamment une lettre adressée au prêtre local dans lequel il affirme son intention de se convertir et de son certificat de baptême en date du 4 juillet 1820. Les documents montrent également que, après sa conversion, il aurait travaillé pour le tsar afin aider à la conversion d'autres juifs [10]. Cette lettre s'avère finalement être un faux grossier, tous comme les autres documents "prouvant" la supposée conversion de Moshe. Ce n'est pas la première fois en effet que le clergé antisémite de l'époque fabriquait de fausses preuves de conversion au christianisme.

Dovber Shneuri[modifier | modifier le code]

Joseph Isaac Schneersohn[modifier | modifier le code]

Malach[modifier | modifier le code]

Menachem Mendel Schneerson[modifier | modifier le code]

un Rabbi est l'"Essence de Dieu"[modifier | modifier le code]

Dans son premier sermon en tant que Rabbi, il décrit son beau-père, le sixième Rabbi, comme étant l'essence et le contenu de Dieu, vêtu d'un corps. Ceci est rapporté dans ses sermons recueillis dans le Likutei Sihot[11]il demande de manière rhétorique: "Comment peut-on demander une requête à un rabbin alors qu'on n'a pas le droit de parler à Dieu à travers un intermédiaire?" Il note que, bien que cette réponse soit originale, et ne se trouve pas dans d'autres sources hassidiques, il faut répondre qu'en vérité On ne peut pas poser de question sur l'intermédiaire [le Rebbe], car c'est l'essence de Dieu Lui-même qui s'est revêtue d'un corps humain.(en Yiddish :Atzmus u'mehus alein vi er hat zich areingeshtalt in a guf)

Par ailleurs Schneerson écrit beaucoup de choses en ce sens, déduisant qu'il est permis de prier Dieu par l'intermédiaire d'un Rabbi, il appelle cela Hitkashrout (Notion de connexion). Il écrit[12]:

"Une personne doit, de temps en temps, penser à soi et à sa situation personnelle, mais elle doit surtout penser à son Rabbi, savoir qu'il aide constamment ses mekusharim [ceux avec lesquels le Rabbi est lié, c'est-à-dire ses hassidim], et qu'il les guide à chaque instant."

Ainsi Schneerson contredit l'aspect central de la philosophie Habad. Alors qu'auparavant, elle diminuait la centralisation du Rabbi dans la vie du Hassid, ce que les adversaires des mouvements ont d'ailleurs le plus contesté, Schneerson élève le rôle du Rabbi à un nouveau niveau, qui de son propre aveu n'a jamais été atteint dans le judaïsme ou le hassidisme.

Le Rabbi et la Shoah[modifier | modifier le code]

Critique du rabbin Elazar Shach[modifier | modifier le code]

Eléazar Shach qui a été membre du Conseil rabbinique suprême (Moetzet Gedolei HaTorah, en hébreu מועצת גדולי התורה à partir de 1970 jusqu’à son décès en 2001 et qui fut à la tête de plus de 100 000 disciples [13] a publié de nombreuses et violentes critiques sur le rabbin Schneerson [14]. Il l'accusa entre autres de fomenter un culte de la personnalité crypto-messianique [15]. Lorsque certains des disciples du rabbin Schneerson l'ont identifié comme pouvant être le Messie, le rabbin Shach a appelé à un boycott complet du mouvement Habad-Loubavitch et de ses institutions [16]. En 1988 le rabbin Shach a explicitement dénoncé le rabbin Schneerson comme étant un faux messie, machiah sheker, en hébreu,משיח שקר [17] . Il aussi comparé Habad et le rabbin Schneerson aux disciples du faux messie Sabbatai Zevi[18] et stigmatisa le rabbin Schneerson comme étant « un fou » [19]. Le journal de la communauté juive ultra-orthdoxe en Israël, Yated Ne'eman, qui appartenait au rabbin Shach publia une série d'articles sur les rites de Habad en soutien aux déclarations du rabbin Shach qualifiant ce mouvement de secte[20].

La bibliothèque Habad[modifier | modifier le code]

Messianisme Habad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Messianisme Habad.

La pensée développée par Menahem Mendel Schneerson vers la fin de sa vie est généralement interprétée comme une prétention à être lui-même le messie, et c'est d'ailleurs ainsi que le voient la majorité des Hasidim à la veille de sa mort. Sa mort en 1994 n'étouffe pas la ferveur messianique, les croyants trouvant toute sorte de justifications pour expliquer le fait que Schneerson est le Messie, bien qu'il soit mort. Certains font valoir qu'il n'est pas vraiment mort, il est encore présent physiquement, mais dans un état caché. D'autres soutiennent que même s'il est mort, les preuves existent au sein du judaïsme qui légitiment un Messie ressuscité[21]. Alors que certains croient qu'il est mort mais sera de retour comme Messie [22] , d'autres pensent qu'il est tout simplement caché. De nombreux hassidim croient que le concept habituel de mort ne s'applique pas à un vrai Tzadik dont l'âme est plus proche de Dieu que celle d'un homme ordinaire. Ils considèrent ainsi que leur dernier rabbin n'est pas mort, mais reste vivant d'une façon imperceptible aux humains ordinaires, et qu'il se manifestera de nouveau pour proclamer son messianisme[23].


La croyance que Schneerson est le Messie prend de l'élan au cours de la décennie précédant le décès de Schneerson en 1994, et continue à se développer depuis sa mort. La réponse du monde orthodoxe est presque universellement hostile à cette croyance. La question reste controversée au sein du monde juif[24],[25],[26].

Habad-Liozna[modifier | modifier le code]

770 Eastern Parkway et l'" affaire Weinstock "[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)voir Schochet, Jacob Immanuel, The arrest and Liberation of Rabbi Schneur Zalman of Liadi, 1964 (4ème impression)ISBN 0-8266-0418-8.
  2. (en) Voir The Hasidic Movement and the Gaon of Vilna par Elijah Judah Schochet. Pour un traitement complet de ce sujet, voir The Great Maggid parJacob Immanuel Schochet, 3eme ed. 1990,ch. X, ISBN 0-8266-0414-5.
  3. (en) Nehora: Jewish Online Bookstore's Entry on Rabbi Shneur Zalman of Liadi
  4. Voir Schochet, Jacob Emmanuel,L'arrestation et la libération de Rabbi Schneur Zalman de Liadi;On Learning Chassidus , Brooklyn, 1959, p.24
  5. (he) Napoleon u-Tekufato, Mevorach, pp. 182-183
  6. (en) The vanishing American Jew: In search of Jewish identity for the next century. Alan Dershowitz, Boston, 1997, vi-vii
  7. (en) Napoleon and the Jews, Kobler, F., New York, 1976
  8. Voir, David Assaf. "Untold Tales of the Hasidim. Crisis & Discontent in the History of Hasidism." Brandeis University Press, 2010. ISBN 978-1-61168-194-9. Voir, Chapitre 2. "Apostate or Saint? In the Footsteps of Moshe, the Son of Rabbi Shneur Zalman of Lyady, p. 29-96.
  9. a, b et c "(en) New book reveals darker chapters in Hasidic history", Allan Nadler, The Forward, August 25, 2006
  10. a et b (en) New Book Reveals Darker Chapters In Hasidic History, Allan Nadler, August 25 2006, (Review of Assaf's book in The Forward)
  11. Likutei Sihot VOl II, pages.510-511
  12. dans Iguerot Kodesh, vol. 3 pages 419-420
  13. http://www.nytimes.com/1990/03/27/world/orthodox-leader-in-israel-appears-to-spurn-peres.html?scp=3&sq=Eliezer%20Schach&st=cse
  14. Mechtavim v'Ma'amorim Letters and Speeches of Rabbi Shach in Hebrew. Bnei Brak, Israel : Volume 1, Letter 6 (page 15), Letter 8 (page 19). Volume 3, Statements on pages 100–101, Letter on page 102. Volume 4, letter 349(page 69), letter 351 (page 71). Volume 5, letter 533 (page 137), letter 535 (page 139), speech 569 (page 73), statement 570 (page 174)
  15. David Landau, The Independent, 10 novembre 2001
  16. Faith and Fate: The Story of the Jewish People in the 20th century, Berel Wein, 2001, Shaar Press. p. 340
  17. A Historian's Polemic Against 'The Madness of False Messianism par Allan Nadler. Voir aussi Toward the Millennium: Messianic Expectations from the Bible to Waco par Peter Schäfer, Mark R. Cohen. 1998. p. 404, note 56
  18. Yossi Klein Halevi, Summer of the Messiah, The Jerusalem Report/February 14, 2001
  19. The Messiah of Brooklyn: Understanding Lubavitch Hasidim Past and Present, M. Avrum Ehrlich, Chapter 10, notes, KTAV Publishing, ISBN 0881258369
  20. ]Berel Wein, Faith and Fate: The Story of the Jewish People in the 20th century, Shaar Press, 2001, p. 340.
  21. Another 'Second Coming'? The Jewish Community at Odds Over a New Form of Lubavitch Messianism, George Wilkes (2002). Reviews in Religion & Theology 9 (4), 285–289.
  22. Example of Chabad exegesis on the death of a great man
  23. Mashiah Akhshav, volume IV, 1996 de Rabbi Levi Yitzchack Ginsberg, de la yeshiva Kfar Chabad)
  24. Nathaniel Popper, « Lawsuit Over Chabad Building Puts Rebbe’s Living Legacy on Trial », The Forward,‎ 16 March 2007
  25. "After Rebbe’s Death, Lubavitchers Continue to Spread His Word", Matthew Hirshberg, The Columbia Journalist, February 21, 2006
  26. Toward the Millennium: Messianic Expectations from the Bible to Waco, Peter Schäfer, Mark R. Cohen