Constantin l'Africain

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir L'Africain (homonymie).
Personnes présentant pour un diagnostic un échantillon de leur urine au médecin Constantin l'Africain

Constantin l'Africain est un médecin du XIe siècle (de l'ère chrétienne). La première partie de sa vie s'est déroulée en Ifriqiya et l'autre en Italie où il a écrit son œuvre. Celle-ci est vaste. Elle comprend particulièrement des traductions. Il a traduit en latin les livres des grands maîtres de la médecine arabe de l'époque : Rhazès, Ali Ibn Massaouia de Baghdad, Ibn Imran, lbn Souleymane, et Ibn Al Jazzar de Kairouan, etc. Ces traductions existent de nos jours dans les grandes bibliothèques européennes : en Italie, en Allemagne, en France, en Belgique, en Angleterre, etc. Elles ont servi comme manuels scolaires au Moyen Âge et jusqu'au XVIIe siècle.

Les historiens de Constantin[modifier | modifier le code]

Pierre le Diacre, moine bénédictin du Mont Saint-Cassin de la première moitié du XIIe siècle, mentionne dans son De Viris Illustribus Constantin l'Africain en ces termes :

« Constantin l'Africain, moine du monastère du Mont-Cassin, formé à toutes les études philosophiques, professeur de l'Orient et de l'Occident, nouveau et éclatant Hippocrate, quitta Carthage, où il était né, pour Babylone, où il s'instruisit totalement en grammaire, dialectique, rhétorique, géométrie, arithmétique, mathématique, astronomie, nécromancie, musique et physique des Chaldéens, des Arabes, des Perses et des Sarrasins. De là, il se rendit en Inde et se consacra au savoir des Indiens. Ensuite, afin de parfaire sa connaissance de ces arts, il se rendit en Éthiopie, où il se pénétra là aussi des disciplines éthiopiennes. Une fois imprégné de ces sciences, il partit pour l'Égypte où il s'instruisit entièrement dans tous les arts égyptiens. Après avoir consacré de cette façon trente-neuf années à l'étude, il retourna en Afrique. Lorsque les habitants le virent ainsi rempli du savoir de tous les peuples, ils méditèrent de le tuer. Constantin l'apprit, sauta à bord d'un navire et arriva à Salerne où il vécut quelque temps dans la pauvreté. Finalement, il fut reconnu par le frère du roi des Babyloniens, qui lui aussi était arrivé jusque-là, et fut traité avec tous les honneurs à la cour du comte Robert. Constantin quitta pourtant cet endroit, gagna le monastère du Mont-Cassin où l'abbé Desiderius fut heureux de l'accueillir et où il se fit moine. Dans ce monastère, il traduisit un très grand nombre de textes de diverses langues, en particulier les suivants: Pantegni (qu'il a divisés en douze livres) où il exposa ce que le médecin doit savoir ; Practica (en douze livres), où il décrivit la façon dont le médecin doit entretenir la santé et soigner la maladie ; le Librum duodecim graduum ; Diaeta ciborum ; Librum febrium (traduit de l'arabe) ; De urina, De interioribus membris ; De coitu ; Viaticum […], Tegni ; Megategni ; Microtegni ; Antidotarium ; Disputationes Platonis et Hippocratis en sententiis ; De simplici medicamine ; De Gynaecia […] ; De pulsibus ; Prognostica ; De experimentis ; Glossae herbarum et specierum ; Chirurgia ; De medicamine oculorum'[1]. »

D'autres historiens, tels De Renzi et Daremberg, conservateurs de la Bibliothèque nationale de Paris, et Leclerc, auteur du livre Histoire de la médecine arabe, s’inspirèrent du récit de Pierre le Diacre. Moritz Steinschneider a écrit un livre consacré à Constantin, imprimé à Berlin en 1865[2]. L’orientaliste Karl Sudhoff a soutenu cette thèse berbéro-islamique quand il a découvert dans le village de Trinità Della Cava[réf. nécessaire], au nord de l’Italie, des documents nouveaux publiés dans la revue Arkioun en 1922, selon lesquels Constantin était de religion musulmane.

L’émigration de Constantin vers l’Italie[modifier | modifier le code]

Karl Sudhoff nous dit, selon les documents cités plus haut, qu’il a émigré une première fois en Italie en tant que commerçant venant de Sicile, et on l’appela dans ces documents Constantin Siculus. Il s’installa à Salerne en tant que commerçant (mercator). Atteint d’une maladie et se réfugia auprès du frère du roi Gusulf. Un médecin du nom de "Abbas de Curiat" fut l’interprète entre les deux hommes, car Constantin ignorait l’italien. Alors qu’il l’auscultait, Constantin constata qu'Abbas ne demanda pas le flacon d’urine et que le médecin qui était venu pour l’examiner était peu expérimenté. Il en déduit que la médecine en Italie se limitait à quelques connaissances pratiques simples, ce qui amena Constantin à demander s’il y avait en Italie des ouvrages satisfaisants en médecine, on lui répondit que non. Cet homme, qui avait une culture générale étendue, sentit qu’il avait une mission civilisatrice et voulu l’accomplir.

Il revint à Carthage alors qu’il était encore de confession musulmane. Il y pratiqua la médecine durant trois ans et rassembla plusieurs livres de médecine et s’en alla vers l’Italie du sud emportant avec lui ce trésor. Il se dirigea vers Salerne et alors qu’il passait par la cote de Lucani, au nord du golfe de Polycastro, une tempête se leva en mer. Quelques manuscrits furent détériorés. Les trois premières parties du livres de Ali Ibn Abbas Al Majoussi furent perdues. Il arriva à Salerne avec ce qui restait des livres, se convertit au christianisme, puis s’installa à Cassino où il travailla comme interprète. Le récit de Sudhof s’achève sur cet évènement.

Telles sont les parties empruntées et traduites mot à mot à l’étude de Karl Sudhoff. Ce Sudhoff est un savant qui a une connaissance approfondie de l’histoire, réputé pour son sérieux dans la recherche. À remarquer que celui qui fut l’interprète entre Constantin et le médecin italien lors de son premier voyage, était également un médecin ifriqiyen. Ne s’appelait-il pas Abbas de Curiat ? Curiat est une île qui se trouve au large de la ville de Mahdia, peut-être l’y a-t-il accompagné depuis La Sicile ? Que Constantin fut commerçant et cultivé, il n’y a rien d’étonnant à cela, car l’enseignement à l'université Zitouna de Tunis ainsi que les maisons des savants étaient ouvert à tous. Il comprenait les savoirs traditionnels et rationnels. Les échanges commerciaux entre l'Ifriqiya et l’Italie étaient florissants et ne cessèrent que pendant les périodes difficiles. L'Ifriqiya avait des comptoirs en divers endroits de la Sicile chrétienne et dans le sud de l’Italie même. Citons entre autres Bari, Tarente, Agropoli, et Gagliona[réf. nécessaire].

L'Ifriqiya exportait l’huile d’olive, la cire, le cuir, la laine et dérivés, et importait le blé les années de famine. Les lois du marché n’interdisaient pas le commerce avec les pays des chrétiens. De plus que Constantin se soit converti au christianisme, il n’y a rien d’étonnant à cela ; la chose était courante, surtout si la personne y était contrainte, ce qui était le cas pour les prisonniers. Citons le cas du voyageur marocain Hassan El Ouazzani qui s’est converti au christianisme et se fit appeler Léon l'Africain, situation analogue à celle de Constantin l’Africain.

La production scientifique de Constantin[modifier | modifier le code]

Il arriva à Cassino, portant avec lui les manuscrits traitants de la médecine, et qu’il a pris à Tunis. Ils comprennent des ouvrages du kairouanais El Baghdadi.

  • Les ouvrages de Kairouan
  • Le livre de la mélancolie d’Ishāq Ibn ‘Imrane[3]
  • Le livre du pouls, de l’urine du régime et des aliments d’Ishāq Ibn Suleymāne.
  • Le livre « Zād Al Mussāfir » de Ahmed Ibn Al Jazzar.
  • Les livres Baghdadi
  • Le livre « Al hāwi » de Abu Bakr Al Rāzi (Rhazès)
  • Le livre « Al Kāmil » de Ali Ibn Al Abbās Al Majoussi, dont Constantin avait perdu les trois premières parties en mer.

Les livres de Constantin sont, ou bien de lui, ou bien traduits d’autres livres arabes qu’il s’est attribué. Il en est ainsi de Zād Al Mussāfir d’Ibn Al Jazzār, qu’il a traduit et a signé de son nom avec une impertinence sans pareille. Il a écrit dans l’introduction de Zād Al Mussāfir ce qui suit :

« Si certains projettent de mordre dans ce livre qui est de moi, je les laisserais dormir dans leur imbécilité. J’ai pensé qu’il était de mon devoir de le signer, parce que les gens envient les autres pour leur travail et s’approprient en cachette tout livre étranger qui tombe entre leurs mains, je l’ai titré Zād Al Mussāfir viaticum vu son petit volume, qui fait qu’il n’encombre pas le bagage du voyageur ni ne fait obstacle à ses déplacements. »

La version longtemps admise de la vie de Constantin[modifier | modifier le code]

De bonne heure, il se voua à l'étude de la médecine et, comme c’était l’usage du temps, il fit des voyages lointains, dont certains le conduisirent jusqu’en Extrême-Orient. Il se familiarisa avec les langues orientales et étudia de façon approfondie la littérature arabe. Ses études en médecine arabe lui apprirent beaucoup de choses qu’ignoraient ses contemporains occidentaux. De retour à Carthage il suscita chez ses confrères une grande jalousie qui lui valut tant de désagréments (on dit même qu'il fut accusé de pratiquer la magie) qu'il accepta volontiers la place de secrétaire auprès de l'empereur Constantin Monomaque à Reggio.

Pendant qu’il était à Salerne Constantin l'Africain devint un professeur de médecine renommé. Il n’y resta cependant que quelques années et renonça aux honneurs et aux biens temporels pour devenir bénédictin à l'abbaye du Mont-Cassin. Il fut accueilli à bras ouverts par l'abbé Desiderius, un des hommes les plus instruits de son temps, qui devait devenir le pape Victor III. Constantin passa les dernières années de sa vie au Mont-Cassin, s’occupant à écrire des livres, encouragé en cela par Desiderius, qui était son meilleur ami. Son travail le plus connu est le livre nommé Liber Pantegni, dédié à Desiderius, qui est en fait une traduction du Kitab al-Maliki ou Livre de l'art médical d’Ali ibn Abbas al-Majusi (la traduction littérale du titre est Livre royal). Il a aussi écrit quelques travaux originaux, mais il est si difficile de distinguer ce qui est effectivement de sa main et ce qui lui a été attribué par la suite qu’on n’a aucune certitude quant à ses contributions originales en médecine.

La vie même de Constantin l’Africain nous est mal connue. La source la plus fiable se trouve dans une brève notice, De Constantino, insérée par le maître salernitain Matthæus Ferrarius dans son commentaire sur le Dietæ universalis d’Isaac Judæus.

Le personnage surgit brusquement dans la lumière en 1075, où il apparaît à Salerne et s’étonne de l’indigence de la littérature médicale dont on y dispose. Il retourne alors en Afrique pour collecter les œuvres qu’il peut y trouver puis retourne à Salerne après trois ans. Sa retraite au Mont-Cassin n’a rien que de tout à fait normal à un âge où la vue des hommes les gênait dans leur travail ; il trouvait sans doute les aides nécessaires pour lui lire les textes à traduire et les recopier sous sa dictée. Avec Constantin commence la deuxième époque de l'École salernitaine de médecine, particulièrement notable pour sa traduction de tous les grands écrits médicaux, grecs aussi bien qu'arabes et pour des travaux originaux importants. Beaucoup des professeurs célèbres du XIIe siècle à Salerne étaient fiers de proclamer que Constantin avait été leur maître. Parmi les nombreuses éditions de ses travaux la plus importante est celle de Bâle (in fol., 1536).

La légende de Constantin[modifier | modifier le code]

Dans son introduction des œuvres complètes d'Ambroise Paré voici ce qu'écrit le docteur Malgaine: "Constantin né à Carthage et épris d'un ardent désir de s'instruire dans toutes les sciences il s'en alla en Babylonie, apprit la grammaire, la dialectique, la physique (médecine), la géométrie, l'arithmétique, les mathématiques, l'astronomie, la nécromancie et la musique. Après avoir épuise routes les sciences des Chaldéens, des Arabes et des Persans il alla aux Indes, interrogea les savants de ce pays, revint par l'Égypte ou il termina ses longues études; et après quarante années de voyages et de travaux, il revint dans sa ville natale. Mais, des connaissances si rares et si nombreuses durent effrayer ses compatriotes, ils le prirent pour un sorcier et résolurent de s'en défaire. Constantin instruit à temps, pris la fuite et se dirigea vers Salerne où il demeura pendant quelque temps caché, sous l'habit d'un mendiant. Le frère du roi de Babylone ayant passe par cette ville, le reconnut et le découvrit au fameux Robert Guiscard qui en fit son premier secrétaire. Mais plus soucieux de repos que d'honneurs il quitta la cour et se retira au Mont-Cassin où il passa le reste de sa vie à traduire de l'arabe en latin divers ouvrages de médecine ou à compiler lui-même."

Cette légende reproduite depuis Pierre Diacre, dans tous les livres sur Constantin, avec ou sans réserve, doit être abandonnée à jamais. C'est un conte des mille et une nuit auquel il manque l’héroïne: la fille du prince. Malheureusement pour Constantin, pris de chagrin entre au couvent et prend l'habit.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour la partie jusqu'à "en particulier les suivants": Thomas Ricklin, « Le cas Gougenheim », Trivium, 8-2011, p. 5-6; pour la liste des ouvrages qui suit : article Costantino l'Africano de la Wikipédia italienne
  2. Voir aussi : Moritz Steinschneider, « Constantin's Liber de gradibus und ibn al Gezzar's Adminiculum », dans Deutsches Archiv fűr Geschichte der Medizin 2 (1879): 1-22
  3. cf. le chapitre qui est consacré à cet auteur et à ce livre par Starobinski : L'Encre de la mélancolie, Paris, Le Seuil, 2012 ISBN 978-2021083514

Liens externes[modifier | modifier le code]