Conquête du Désert

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Conquête du Désert
La Conquista del Desierto, tableau de Juan Manuel Blanes.
La Conquista del Desierto, tableau de Juan Manuel Blanes.
Informations générales
Date 1869 - 1888
Lieu Patagonie et Pampa
Casus belli Incursions des peuples autochtones dans les villages frontaliers
Issue Victoire argentine
Changements territoriaux L'État argentin exercera un contrôle effectif sur toute la plaine de la Pampa et la Patagonie argentine
Belligérants
Mapuches et peuples araucanisés Drapeau de l’Argentine Argentine
Mapuches et peuples araucanisés
Commandants
Sayhueque
Calfucurá
Inacayal
Tripailao
Baigorrita
Peyeumán
Painé
Manuel Namuncurá
Julio Argentino Roca
Conrado Villegas
Forces en présence
2 000 - 20 000 (1870) 6 000 (1879)

La Conquête du Désert ou Campagne du Désert fut une campagne controversée du gouvernement argentin, exécutée par l'armée argentine entre 1879 et 1881 sous les ordres du général futur président Julio Argentino Roca, afin d'obtenir la domination totale sur les régions du sud de la Pampa et sur la Patagonie orientale, jusqu'alors sous domination de la nation mapuche.

Une polémique récente habituellement résumée par Civilisation ou Génocide?[1], pose la question de savoir si la « Conquête du Désert » fut mise en route pour exterminer les peuples autochtones (Mapuches) ou plutôt pour mater les groupes « violents » d'« Indiens » qui refusaient de « se laisser assimiler » par la « civilisation occidentale ». Pour le sociologue Daniel Feierstein, auteur de El genocidio como practica social (2008), la qualification de « génocide » se justifie[2]. Ce dernier parle de génocide constituant en ce sens qu'il donna naissance à la nation argentine en visant les groupes qui ne faisaient pas partie de ce nouvel État[2].

Antécédents[modifier | modifier le code]

L'arrivée des colons espagnols sur les rives du Río de la Plata et la fondation de la ville de Buenos Aires en 1536 amena presque immédiatement les premiers affrontements entre Espagnols et Indiens essentiellement les tribus dites Pampas.

La région autour de Buenos Aires fut soustraite aux indigènes qui en furent dépossédés, pour être utilisées pour l'élevage de bétail, ce qui naturellement fit disparaître la faune locale dont les Indiens se nourrissaient. Ceux-ci répondirent en volant vaches et chevaux dans les fermes. Pour éviter cela les colons espagnols construisirent des fortins et défendirent leurs terres contre les fréquentes attaques indiennes appelées malones.

La ligne de séparation entre les territoires des fermes et les terres sauvages progressa lentement à partir de Buenos Aires vers l'ouest et le sud. À la fin du XVIIIe siècle le petit fleuve appelé Río Salado devint la frontière entre les deux civilisations. Beaucoup d'Indiens abandonnèrent leur tribu pour travailler dans les fermes espagnoles et se mélangèrent à ceux-ci. C'est l'origine des gaúchos fruit de la fusion des deux races.

Après l'indépendance en 1816, l'Argentine montra ouvertement son intention d'occuper les terres des Ranquels et des Mapuches. Les offensives coordonnées de Martín Rodríguez en 1823 et de Juan Manuel de Rosas en 1833, depuis la province de Buenos Aires, et d'autres armées argentines depuis la région du Cuyo, eurent comme objectif de conquérir de nouveaux territoires aux mains des Ranquels et des Mapuches, causant de lourdes pertes parmi ces derniers.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, tant l'Argentine que le Chili planifiaient la conquête totale des territoires habités par les Mapuches.

En 1872 le chef ranquel Calfucurá, avec une armée de 6 000 combattants, attaqua les villes de General Alvear, Veinticinco de Mayo et Nueve de Julio, toutes trois situées en province de Buenos Aires. Il en résulta une énorme tuerie faisant 300 morts chez les Argentins créoles et 200 000 têtes de bétail abattues. Le fait a été décrit comme un antécédent immédiat des campagnes entreprises par le général Julio Argentino Roca connues sous le nom de Conquista del Desierto.

La campagne d'Alsina[modifier | modifier le code]

En 1875, Adolfo Alsina, ministre de la guerre sous le président Nicolás Avellaneda, présenta au gouvernement un plan que plus tard il décrivit comme destiné à peupler le désert et non détruire les Indiens[3]. Le premier pas fut d'interconnecter Buenos Aires et les fortins frontaliers au moyen de lignes télégraphiques.

Ensuite on signa un traité de paix avec le cacique Juan José Catriel, paix qui devait être rompue peu après, suite à une attaque menée par ce dernier en commun avec Namuncurá (fils de Calfucurá) contre Tres Arroyos, Tandil, Azul et d'autres localités et fermes, attaque encore plus meurtrière que celle de 1872.

Alsina répondit en attaquant les indigènes, les forçant à se replier, laissant des fortins sur sa route vers le sud pour protéger les territoires conquis. Enfin pour éviter le transport du bétail dérobé, il construisit la Tranchée d'Alsina longue de 374 kilomètres, qui servit de limite pour les territoires non conquis.

Les indigènes continuèrent leurs attaques et la collecte de bovins volés dans les fermes de la province de Buenos Aires et le sud de celle de Mendoza, mais ils éprouvèrent des difficultés pour s'échapper avec les animaux, qui rendaient leur marche lente, et eurent à affronter les unités de patrouillage qui les poursuivaient.

Beaucoup d'indigènes qui non seulement souffraient de la faim, mais aussi de la vengeance des hommes blancs, décidèrent de s'unir aux fermes-estancias pour travailler pour eux en échange de nourriture et de refuge, mais les autres résistèrent.

Après le décès d'Alsina en 1877, Julio Argentino Roca fut nommé nouveau Ministre de la Guerre et poursuivit son travail.

La campagne de Roca[modifier | modifier le code]

Roca, contrairement à Alsina, croyait que la seule solution contre la menace causée par les peuples indigènes était de les anéantir, les soumettre ou les expulser.

À la fin de 1878, il lança sa première offensive pour nettoyer la zone située entre la tranchée d'Alsina et le Río Negro au moyen d'attaques systématiques et soutenues contre les établissements indigènes.

En 1879, avec 6 000 soldats dotés de nouveaux fusils, la deuxième offensive commença, atteignant Choele Choel en deux mois. La localité fut livrée pacifiquement par les indigènes locaux. Partis de différents points, les compagnies du sud firent leur route jusqu'au Río Negro et au Neuquén, affluent nord du Río Negro. Ensemble les deux cours d'eau faisaient une frontière naturelle depuis les Andes jusqu'à l'Atlantique.

Un grand nombre d'établissements civils furent dès lors créés dans le bassin de ces deux cours d'eau, ainsi que dans celui du Río Colorado. Par mer, quelques établissements furent érigés dans le bassin du Río Santa Cruz, principalement par des colons gallois.

La campagne finale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tehuelche.

Roca succéda à Nicolás Avellaneda comme président de l'Argentine en 1880. Il croyait qu'il était urgent et impératif de conquérir les territoires situés au sud du Río Negro, et ordonna la campagne de 1881 sous le commandement du colonel Conrado Villegas.

En un an ce dernier conquit le territoire de l'actuelle province de Neuquén (il atteignit ainsi le Río Limay). La campagne continua malgré la résistance des populations indigènes habitant plus au sud. La dernière bataille fut livrée le 18 octobre 1884. Il s'agissait du dernier groupe rebelle qui comprenait plus de 3 000 membres, sous le commandement des caciques Inacayal et Foyel. Ils se rendirent deux mois plus tard dans l'actuelle province de Chubut.

Références[modifier | modifier le code]

  1. "Civilización o genocidio, un debate que nunca se cierra" by Cacho Fernández - Qollasuyu Tawaintisuyu Indymedia (es)
  2. a et b Daniel Feierstein (auteur de El genocidio como práctica social, 2008), “La dictadura se propuso transformar a toda la sociedad”, interview sur 8300 web, 30 juin 2009]
  3. "Reseña sobre la historia de Neuquén" Gouvernement de la province de Neuquén (es)