Conquête de l'empire inca

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Conquête de l'Empire inca
Gravure ancienne représentant la capture d'Atahualpa. Auteur et date inconnue.
Gravure ancienne représentant la capture d'Atahualpa. Auteur et date inconnue.
Informations générales
Date 1532 - 1574
Lieu Pérou
Issue Victoire espagnole
Changements territoriaux Annexion des territoires incas par les Espagnols.
Belligérants
Flag of Cross of Burgundy.svg Espagne Banner of the Inca Empire.svg Empire inca
Commandants
Francisco Pizarro
Diego de Almagro
Hernando Pizarro
Juan Pizarro
Gonzalo Pizarro
Hernando de Soto
Atahualpa
Manco Capac II
Túpac Amaru
Conquête espagnole du Pérou
Batailles
Bataille de CajamarcaBataille de SacsayhuamánSiège de CuzcoBataille d'OllantaytamboBataille de HuarinaBataille de Jaquixahuana

La conquête de l’Empire inca désigne, dans l'historiographie, l'annexion du Tahuantinsuyu[1], à l'Empire espagnol à partir de 1532 (date de la capture de l'Inca Atahualpa). Néanmoins, même si les évènements les plus significatifs ont eu lieu entre 1531 et 1534, lors des expéditions des conquistadors Francisco Pizarro et Diego de Almagro, la conquête est la conséquence directe de la première expédition espagnole de Pascual de Andagoya, en 1522, et elle s'achève à la fin de la résistance inca, en 1574.

Contexte[modifier | modifier le code]

La guerre de Succession inca[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Succession inca.

En 1525, peu de temps après les premiers contacts entre Espagnols et Incas, l'Empereur, le Sapa Inca Huayna Capac meurt, vraisemblablement de la variole. Son fils aîné Ninan Cuyochi hérite du trône, mais lui aussi est emporté rapidement par cette maladie encore inconnue des Amérindiens. La discordance entre les deux autres fils de l'Inca, Huascar et Atahualpa, entraîne une guerre civile qui va ravager tout le pays. Après trois années de conflit, la capture de Huascar par son frère laisse Atahualpa seul dirigeant d'un empire affaibli, alors que celui-ci est confronté à la plus grande menace de son histoire, l'arrivée des conquistadors espagnols.

Les premières expéditions espagnoles depuis Panama[modifier | modifier le code]

Les quatre suyus de l’Empire inca (Tahuantinsuyu) : le Chinchay Suyu (en rouge), le Qulla Suyu (en bleu), l’Anti Suyu (en vert) et le Kunti Suyu (en jaune).

En 1522, Pascual de Andagoya qui participa à la fondation de Panama, part explorer la côte pacifique de l'actuelle Colombie. Il apprend l'existence d'un empire, surnommé Le Berú (qui donnera plus tard le Pérou). Mais l'expédition tourna à l'échec.

En 1523, à 47 ans, et ayant entendu les rumeurs de la précédente expédition, Francisco Pizarro s'associe avec un autre aventurier, Diego d'Almagro, ainsi qu'avec un prêtre influent, Hernando de Luque. Un autre partenaire, Pedro Arias Dávila, finance une expédition chargée d'explorer les côtes d'Amérique du Sud. Mais, quelques mois après leur départ de Panama, les Espagnols, mal préparés, doivent affronter une tribu indigène lors de la bataille de Punta Quemada et rentrer précipitamment.

En 1526, le gouverneur Pedro de los Ríos permet à Pizarro, Almagro et de Luque de monter une nouvelle expédition, leur donnant six mois pour réussir. Malheureusement, le navire de Pizarro s'échoue sur l'île d'El Gallo. Alors qu'Almagro rentre chercher des renforts pour l'expédition à Panama, les naufragés sont rejoints par le commandant Juan Tafur, chargé par le gouverneur de ramener tout l'équipage. Seuls douze hommes resteront avec Pizarro, qui attendront cinq mois le retour d'Almagro. Continuant plus au sud, à la recherche de ce pays, ils arrivèrent à la ville de Tumbes, où les rumeurs sur un immense empire très riche plus au sud leurs arrivèrent. Ils font également la connaissance d'un indigène, qu'ils rebaptiseront Felipillo qui leur servira d'interprète. Pizarro décide de rentrer en Espagne demander le soutien du roi, pour le financement d'une nouvelle expédition. Après avoir été enfermé pendant un an en Espagne pour dette, Pizarro sera reçu en 1530 par Charles Quint qui le chargera de conquérir le Pérou.

La troisième expédition de Pizarro[modifier | modifier le code]

Les débuts de la conquête[modifier | modifier le code]

En 1531, une expédition composée de 180 hommes et de 37 cavaliers arrive à Tumbes. La troupe est dirigée par Pizarro et Almagro, secondés par les trois frères de Pizarro et par Hernando de Soto. Arrivés sur place, ils découvrent une ville ravagée par trois ans de guerre. Tout au long de la conquête, habilement, les Espagnols vont exploiter à fonds les divisions internes aux Incas, suite à la longue guerre civile Inca, et à l'esprit de revanche des peuples qu'ils ont soumis. Séparant son armée en deux, Pizarro dirige son groupe vers Puna (dans le golfe de Guayaquil), alors qu'Almagro continue vers le sud. À Puna, les Espagnols sont bien reçus mais rapidement les habitants, révoltés par les excès commis par les nouveaux arrivant, se soulèvent.

Tout d'abord aidés par la ville de Tumbes dans les attaques contre Puna, celle-ci se souleva également contre les Espagnols. Hernando de Soto est chargé de poursuivre les rebelles. Capturant leur chef Quilimasa, il apprend que d'autres dirigeants, plus puissants, lui ont ordonné d'anéantir les Espagnols. Après avoir rasé les villages des hauts plateaux, Pizarro décide de quitter Tumbes et de poursuivre l'expédition, dirigeant l'avant-garde, accompagné par de Soto, et laissant l'arrière garde à son frère, Hernando Pizarro.

À Poechos, Pizarro apprend que l'empereur Atahualpa, vient de quitter Quito et se dirige vers Cajamarca. Envoyant de Soto à Caxas, afin de recueillir des informations sur Atahualpa, il attend son frère et regroupe sa troupe. Quittant la ville, ils se rendent ensuite dans la ville de Huaca Chira où il fonde la ville de San Miguel de Piura le 15 août de 1532, la première ville espagnole fondée au Pérou.

La rencontre de Cajamarca[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Cajamarca.

Le 24 septembre 1532, Pizarro quitte Piura en direction de Cajamarca en suivant le Chemin de l'Inca avec 180 hommes, 37 chevaux et 4 canons. Malgré les avertissements des chefs de Paita et de Tumbes à propos des armes à feu des Espagnols ainsi que la présence de chevaux, Atahualpa et ses généraux, venant de gagner la guerre civile, décident quand même de se rendre à Cajamarca.

Pizarro arrive dans la cité le 15 novembre 1532, alors que l'Inca se trouvait à une demi-lieu à Pultumarca avec 40 000 guerriers. Pizarro envoie de Soto et Felipillo inviter l'Inca pour une rencontre pacifique. Après avoir placé tous ses soldats autour de la place centrale, les Espagnols attendent pendant seize heures que l'Inca daigne à venir. Finalement, le lendemain, Atahualpa arrive, entouré de ses guerriers sur une litière. Le prêtre Vicente de Valverde, envoyé par Pizarro, s'approche de l'empereur et lui demande d'embrasser la foi catholique. Ne trouvant aucun sens aux écritures de la Bible, Atahualpa jette le livre à terre. Observant la scène, Pizarro donna aussitôt le signal d'attaque. En quelques minutes, tous les officiers Incas sur la place centrale sont tués. Au soir du 16 novembre 1532, la destruction totale des principales forces militaires Incas et la capture de l'Inca par traitrise met fin à l'indépendance de l'Empire Inca.

Le retour d'Almagro[modifier | modifier le code]

Alors que les Espagnols se partagent le butin, Atahualpa, comprenant la cupidité des arrivants, propose à Pizarro d'acheter sa liberté contre de l'or. Il fait remplir à mi-hauteur une pièce de 22 pieds de long et 17 de large. Le 20 janvier 1533, Pizarro apprend le débarquement à Manta des 150 hommes et 84 chevaux dirigés par Diego de Almagro. Inquiet par la pression exercée par ses troupes sur la distribution de l'or et la future arrivée d'autres hommes, il fait fondre en lingots l'intégralité des richesses amassées. En moyenne chaque homme reçoit plus de 9 000 pésos en or et 400 marcs d'argent. Les premiers désaccords apparaissent alors entre Pizarro et Almagro concernant la part de butin de ce dernier.

Apprenant que les Espagnols envisagent de replacer Huascar sur son trône, Atahualpa le fait assassiner. La question se pose alors de l'avenir d'Atahualpa. Pizarro et de Soto ne souhaitent pas le voir mort, mais les autres Espagnols demandent son exécution. Les fausses traductions de l'interprète Felipillo rendent les Espagnols paranoïaques. Plusieurs rumeurs courent, dont celles d'attaques secrètes ordonnées par Atahualpa et de guerriers incas cachés dans les environs. De Soto est envoyé avec quelques hommes chercher cette armée cachée.

Pendant son absence, le procès d'Atahualpa débute. Parmi les accusations, celles de polygamie, de mariage incestueux, et d'idolâtrie, prohibées dans le catholicisme, mais également dans la religion Inca. Atahualpa accepte le baptême pour éviter d'être brûlé sur le bûcher. Le 29 août 1533, l'empereur Inca Atahualpa est exécuté par garrot. De Soto rentre furieux lorsqu'il apprend la condamnation à mort. Il n'a trouvé aucune trace des guerriers d'Atahualpa.

Pour se débarrasser d'Almagro, Pizarro l'encourage à découvrir et à conquérir le sud du pays. Pendant ce temps, il doit également verser 100 000 pésos d'or à Pedro de Alvarado pour le convaincre de ne pas envahir la partie nord de l'Empire.

Continuant vers le sud de l'Empire, Pizarro et de Soto se dirigèrent vers la capitale Cuzco, qui est conquise en novembre 1533.

Rébellion[modifier | modifier le code]

Après l'exécution d'Atahualpa, Pizarro installa le frère d'Atahualpa, Tupac Huallpa, comme nouvel Inca, dirigeant fantoche. Mais Tupac Huallpa meurt de façon inattendue, laissant Manco Inca au pouvoir. Au début de son règne il se soumet totalement aux Espagnols alors que de nombreux troubles ont éclaté dans le nord, près de Quito. Finalement, les Espagnols réussissent à reconquérir Quito, mettant ainsi fin à la rébellion organisée dans le nord de l'Empire.

En 1536, Manco Inca s'échappa de Cuzco et soulève la population. Au même moment, Diego de Almagro, déçu de son exploration au Chili vient revendiquer la ville de Cuzco. Manco Inca espérant utiliser le désaccord entre Almagro et Pizarro à son avantage tenta de prendre Cuzco au cours du printemps 1537. Après dix mois de combat, le moral des troupes de l'Inca chute. Manco Inca se retire à Vilcabamba et les Espagnols sous le commandement d'Almagro reprennent une fois de plus la ville sans combat.

Après la prise de Cuzco, Manco Inca et ses armées se retirèrent dans la forteresse de Ollantaytambo où il lança avec succès des attaques contre Pizarro basé à Cuzco. Cependant, quand la défaite devint inévitable, ils se retirèrent dans la région montagneuse de Vilcabamba. Pendant plusieurs décennies, ils continuèrent de harceler les Espagnols. Son fils, Túpac Amaru, fut le dernier Inca. Après des affrontements meurtriers, il fut assassiné par les Espagnols en 1572.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Une lutte fratricide pour le pouvoir donna lieu à une longue guerre entre Francisco Pizarro et Diego de Almagro. Après l'assassinat de ce dernier en prison, les descendants d'Almagro vengèrent sa mort en tuant Pizarro. Malgré la guerre, les Espagnols colonisèrent néanmoins le pays. En janvier 1535, la fondation de Lima permit l'organisation d'institutions politiques et administratives. La nécessité de consolider l'autorité royale espagnole sur ces territoires, conduisit à la création d'une Real Audiencia (Audience royale). En 1542, l'Espagne créa la Vice-royauté de Nouvelle-Castille, qui peu de temps après fut reconnut comme la Vice-royauté du Pérou. Néanmoins, elle s'organisa grâce à l'arrivée du vice-roi Francisco de Toledo en 1572. Toledo mit fin à l'état de rébellion de Vilcabamba et prononça l'exécution de l'Inca Túpac Amaru. Il favorisa le développement économique et l'extraction d'argent des mines de Potosí.

Sources[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « L’Empire des quatre quartiers : Chinchaysuyu (Chinchay Suyu) au Nord, Collasuyu (Qulla Suyu) au Sud, Antisuyu à l’Est, Cuntisuyu (Kunti Suyu) à l’Ouest » (Wachtel 1971, p. 122).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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    Introduction d’Alain Milhou, analyse iconographique de Jean-Paul Duviols.
  • Carmen Bernand et Serge Gruzinski, Histoire du Nouveau Monde, Paris, Fayard,‎ 1991-1993.
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  • M. Lepage, « Les Révoltes indiennes pendant la conquête espagnole », L’Histoire, no 13,‎ juin 1979, p. 41.
  • Jean-Paul Duviols et Annie Molinie-Bertrand, La violence en Espagne et en Amérique (XVe-XIXe s.), Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne,‎ 1997.
  • Jean-Paul Duviols, Le miroir du Nouveau Monde : images primitives de l’Amérique, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne,‎ 2006.
  • Henri Favre, « Les Andes à l’époque inca », Historiens et Géographes, Paris, no 371,‎ juillet-août 2000, p. 131-142.
  • Giuliano Gliozzi, Adam et le Nouveau Monde. La naissance de l’anthropologie comme idéologie coloniale : des généalogies bibliques aux théories raciales (1500-1700), Paris, Théétète Editions,‎ 2000.
  • Thomas Gomez, L’invention de l’Amérique. Mythes et réalités de la Conquête, Paris, Champs Flammarion,‎ 1992.
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  • Lewis Hanke, Colonisation et conscience chrétienne au XVIe s., Paris, Plon, Collection Civilisations d’hier et d’aujourd’hui,‎ 1957.
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  • Isabelle Malaise-Engammare, « Théodore de Bry et Bartholomé de Las Casas. Images de la dissidence religieuse », Art&Fact, Liège, no 15,‎ 1996, p. 112-115.
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  • Nathan Wachtel, La vision des vaincus. Les Indiens du Pérou devant la Conquête espagnole 1530-1570, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,‎ 1971.
  • Grégory Wallerick, « La guerre par l'image dans l'Europe du XVIe siècle : Comment un protestant défie les pouvoirs catholiques », Archives des Sciences Sociales des Religions, Paris, no 149,‎ janvier-mars 2010, p. 33-53.