Conflit dans l'État d'Arakan en 2012

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Au début de juin 2012, des violences inter-ethniques ont éclaté entre les communautés musulmane (les Rohingyas) et bouddhiste de l'État d'Arakan (ou Arakanais) en Birmanie[1] ; elles se sont traduites par la destruction de milliers de maisons des deux communautés et par la mort d'une cinquantaine de personnes[2], voire de 80[3], et ont entraîné le déracinement de 90 000 autres[4]. Beaucoup ont tenté de gagner par la mer le Bangladesh, d'où ils ont été repoussés par les garde-frontières. Ce pays accueille déjà 300 000 Rohingyas[5].

Contexte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire des Rohingya.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Ce serait le viol d'une jeune bouddhiste près du village de Kyaut Ne Maw, le 28 mai 2012, qui serait à l'origine des affrontements : le crime est en effet attribué aux Rohingyas.  La victime présumée a avoué ensuite avoir été payée pour accuser à tort les deux musulmans, selon la presse birmane.(http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20140720-birmanie-myamar-bouddhiste-musulmans-viol-violence-interreligieuse-mandalay/) Le 3 juin, un bus est attaché à Taungup, dix musulmans sont tués par une émeute ; 30 personnes seront arrêtées en juillet pour cette attaque[6],[7],[8].

Le 8 juin, plusieurs villages sont incendiés à Maungdaw, un couvre-feu est alors décrété. Huit personnes meurent dans les affrontements de la journée. Le 9 juin, des troupes arrivent pour renforcer les forces de l’ordre. Des camps de réfugiés sont montés, 3,3 tonnes de vivres et 2 tonnes de vêtements sont distribués. Les destructions et les émeutes continuent, la journée comptant 7 morts, 17 magasins et 494 maisons détruits.

L’état d’urgence est proclamé le 10 juin. Il institue la loi martiale, donnant aux forces armées le contrôle administratif de la région. L’état d’urgence est critiqué par Human Rights Watch[9].

Le 12 juin, plusieurs bâtiments sont détruits à Sittwe. Le 13 juin, le décompte total est de 21 morts[10]. Le Bangladesh continue de refuser les réfugiés en refusant l’entrée de 140 personnes sur son territoire. Au total, 1500 se seraient vu refuser l'entrée au Bangladesh[11]. Le 14 juin, le décompte total est de 29 morts, 16 musulmans et 13 bouddhistes, de 2500 maisons détruites et 30000 personnes déplacées[12]. 37 camps accueillent alors les réfugiés.

Le discours d'Aung San Suu Kyi du 16 juin 2012, lors de son acceptation du prix Nobel de la paix décerné en 1991, a mentionné les hostilités qui se poursuivaient en Birmanie, tant au nord qu'à l'ouest, dans l'État d'Arakan ; cette référence avait donné aux Rohingyas un certain espoir de la voir s'efforcer d'obtenir une certaine réconciliation nationale, voire de leur obtenir le statut de minorité ethnique, qui leur est refusé[13]. Le 28 juin, le décompte total monte à 80 morts pour 90 000 déplacés.

Le président Thein Sein a déclaré en juillet « Il n'est pas possible d'accepter les Rohingyas entrés illégalement, qui ne sont pas de notre ethnicité », se déchargeant du problème sur le HCR, à qui il demande de les accueillir dans des camps[14]. En juillet les violences interethniques se sont poursuivies, les Arakanais bouddhistes, mais aussi les forces de sécurité se livrant à des exactions contre des Rohingyas et des Arakanais musulmans [15].

Le 22 août, les autorités birmanes font un décompte du conflit avec 88 morts dont 57 musulmans et 31 bouddhistes, environ 90 000 déplacés, 2 528 maisons brulées dont 1 336 appartenants aux Rohingyas et 1 192 aux Arakanais.

Des moines ont manifesté à Mandalay en septembre pour soutenir le point de vue du président Thein Sein[16],[17].

De nouvelles violences ont éclaté fin octobre, faisant dans la semaine du 21 au 27 quatre-vingt-quatre morts, cent vingt-neuf blessés, vingt-deux mille sans abri, réfugiés dans des camps de fortune après l'incendie de leur maison[18].

Réactions internationales[modifier | modifier le code]

L'Human Rights Watch publie en avril 2013 un rapport condamnant ces actions et les qualifiant de nettoyage ethnique prémédité[19].

Le 14e dalaï-lama, chef spirituel du Tibet en exil, a écrit une lettre en août 2012 à Aung San Suu Kyi, où il a dit être « profondément attristé » et rester « très préoccupés » par les violences infligées aux musulmans en Birmanie[20]. En mai 2013, lors d'une visite dans le Maryland, il a critiqué ouvertement les attaques de moines bouddhistes contre les musulmans en Birmanie déclarant « Vraiment, tuer des gens au nom de la religion est impensable et très triste »[21].

Référence[modifier | modifier le code]

  1. La Birmanie martyrise sa minorité musulmane, Le Figaro, 11 juin 2012.
  2. Laurent Filippi, Les Rohingyas de Birmanie, une ethnie opprimée, sur francetv.fr. Consulté le 29 juin 2012.
  3. [1] Le Figaro, 6 août 2012.Consulté le 6 août 2012
  4. Bruno Philip, The Most Persecuted Minority In The World: The "Gypsies" Of Burma (La minorité la plus persécutée du monde : les « gitans » de la Birmanie), sur Le Monde/Worldcrunch.com (article du 22 juin 2012). Consulté le 29 juin 2012.
  5. [2] Consulté le 24 juillet 2012.
  6. (en) UN decides to relocate staff from Burma's Rakhine state, BBC, 11 juin 2012.
  7. (en) Burma police clash with Muslim protesters in Maung Daw, BBC, 8 juin 2012.
  8. (en) Myanmar arrests 30 over killing of 10 Muslims, Reuters, 2 juillet 2012
  9. Burma faces more unrest in Rakhine state, BBC, 12 juin 2012
  10. Burma unrest: UN envoy visits Rakhine state, BBC, 13 juin 2012
  11. (en) Burma unrest: UN envoy visits Rakhine state, BBC, 13 juin 2012
  12. Burma unrest: Rakhine violence 'displaces 30,000', BBC, 14 juin 2012
  13. Birmanie : les Rohingyas placent leurs espoirs en Aung San Suu Kyi, sur rfi.fr. Consulté le 29 juin 2012.
  14. Birmanie : des camps de réfugiés ou l'expulsion pour la minorité des Rohingyas, 12-07-2012 Consulté le 24 juillet 2012
  15. 19 juillet 2012 Myanmar : les violences dont sont victimes les Rohingyas minent les avancées en matière de droits fondamentaux [3]. Consulté le 24 juillet 2012.
  16. (en) Burma: UN warning as death toll soars in Rakhine state, BBC, 26 octrobre 2012
  17. (en)112 killed, homes burned as Buddhists, Muslims clash in Myanmar, Los Angeles Times, 26 octobre 2012.
  18. Violences interconfessionnelles dans la province birmane de l'Arakhan Le Monde, 26 octobre 2012.
  19. Courrier international n°1176 du 16 au 22 mai 2013, p.22
  20. « ‘The Dalai Lama expressed concern over violence in Burma to Suu Kyi’ », Phayul.com,‎ 23 août 2012 (consulté le 9 mai 2013)
  21. « Dalai Lama decries Buddhist attacks on Muslims in Myanmar », Reuters,‎ 7 mai 2013 (consulté le 9 mai 2013)