Conflit d'Ituri

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Le conflit d'Ituri ou guerre d'Ituri fait suite à la deuxième guerre du Congo, il oppose essentiellement des milices lendu (la Force de résistance patriotique de l'Ituri) et hema dans le district de l'Ituri situé dans la province Orientale au nord-est de la République démocratique du Congo. Il est lié à des intérêts criminels et la géopolitique des Grands Lacs.

Causes et préludes[modifier | modifier le code]

Les Hema, plus souvent éleveurs, et les Lendu, généralement cultivateurs, étaient parfois en conflits pour le contrôle et l'utilisation des terres, conflits accentués par la surpopulation à la fin du XXe siècle. Lors de la seconde guerre du Congo, en 1999, les troupes ougandaises se servirent de ce contentieux pour former des milices armées ethniques pour mieux contrôler la population mais aussi pour l'extraction et le commerce (illégal) d'or[1]. Après le départ des forces armées ougandaises, les cartels criminels impliqués dans ce trafic restèrent sur place et continuèrent à s'appuyer sur les milices rurales et autres groupes d’autodéfense[2]. L'ethnicité est instrumentalisée dans des buts économiques, politiques locaux, nationaux et internationaux[3]. Plusieurs opérations de nettoyages ethniques, avec comme point culminant le massacre d'un millier de Bira et de Hema à l'hôpital de Nyankunde[4],[5].

Apogée et fin[modifier | modifier le code]

Le 16 décembre 2002 l’accord global et inclusif de Pretoria met officiellement fin à la deuxième guerre du Congo. Conformément à ce traité de paix, l'armée ougandaise qui occupait le district de l'Ituri se retire de son chef-lieu Bunia le 6 mai 2003. Aussitôt, des milices lendu lancent un raid sur la ville et massacrent plusieurs dizaines de Hema sans que l'on puisse avoir un bilan exacte du nombre de victimes[1]. La même semaine, les Hema organisent à leur tour des attaques meurtrières en représailles.

Des dizaines de milices, bandes armées et seigneurs de la guerre, utilisant parfois des enfants-soldats, font régner la terreur dans la région, la situation est chaotique et la population est prise en otage[6]. Certaines milices sont encore contrôlées par l'armée ougandaise, avec parfois des concurrences entre les généraux ougandais eux-mêmes car liés à des réseaux criminels et des trafics. Le Rwanda et le gouvernement de Kinshasa appuient eux aussi certaines milices[7].

Les forces de la Mission de l'Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (Monuc) déployées dans la région sont dépassés mais en juin 2003 l'ONU autorise l'Union européenne a déployé l'opération Artémis, 2 000 soldats bleus essentiellement français. Bunia est sécurisé, certaines milices neutralisées, des mandats d’arrêts internationaux sont lancés contre les seigneurs de la guerre les plus notables, plusieurs d'entre eux sont effectivement emprisonnés à La Haye pour être jugés devant la Cour pénale internationale : le Hema Thomas Lubanga, les Lendu Mathieu Ngujolo et Germain Katanga, soupçonnés d'être responsables du massacre de Bogoro et de « meurtres, viols, esclavage sexuel, utilisation d’enfants-soldats, attaques contre des civils, pillage, destruction de biens »[8]. Les fonctionnaires et militaires de la Monuc à Bunia sont eux aussi accusés de crimes, en particulier d'organiser et de profiter de réseaux de prostitution avec parfois des mineures et mêmes des enfants[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b David Van Reybrouck, Congo : Une histoire, Actes Sud,‎ 2012, p. 505
  2. Koen Vlassenroot et Tim Raeymaekers, « Le conflit en Ituri », dans L'Afrique des Grands Lacs, L’Harmattan,‎ 2004, p. 208
  3. Koen Vlassenroot et Tim Raeymaekers, « Le conflit en Ituri », dans L'Afrique des Grands Lacs, L’Harmattan,‎ 2004, p. 210-213
  4. R.D.C. : l’armée ne doit pas nommer des criminels de guerre, sur Human Rights Watch, 14 janvier 2005
  5. AFP, RDCongo: un 2e chef milicien d'Ituri transféré à la Cour pénale internationale de La Haye, 18 octobre 2007
  6. Frédérique Letourneux, « Tueries dans l'Ituri », Jeune Afrique,‎ 19 mai 2003
  7. David Van Reybrouck, Congo : Une histoire, Actes Sud,‎ 2012, p. 506
  8. Marie-France Cros, « La guerre d’Ituri devant la CPI », La Libre Belgique,‎ 24 novembre 2009
  9. Francis Kpatindé, « Scandale à la Monuc », Jeune Afrique,‎ 1er juin 2004 (lire en ligne)