Confarreatio

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La confarreatio est l'une des trois formes juridiques par lesquelles, dans le mariage romain, la femme peut entrer dans la manus – c'est-à-dire sous l'autorité juridique – de son mari. Elle tire son nom du pain d'épeautre (farreus panis[1], farreum[2]) qui intervient dans ce rituel[3]. Cette forme, au caractère archaïque et religieux très marqué, vraisemblablement réservée aux seuls patriciens, était tombée en désuétude sous l'Empire.

Rituel[modifier | modifier le code]

Le rituel de la confarreatio est décrit par Gaius[1], confirmé par Ulpien[4] :

« [Les femmes] entrent [aussi] dans la manus par le pain d'épeautre, à travers un genre particulier de sacrifice offert à Jupiter Farreus ; dans ce sacrifice, on emploie un pain d'épeautre, d'où le nom de confarreatio. Par ailleurs, pour la réalisation de cet acte juridique, plusieurs rites sont mis en œuvre et on prononce des formules déterminées et solennelles, en présence de dix témoins[5]. »

On ne sait rien de la teneur des formules solennelles (certis et sollemnibus uerbis) qui étaient prononcées en cette occasion ; aucun témoignage antique n'assure que le pain était partagé par les futurs époux, c'était peut-être seulement une offrande au dieu. Quant à Jupiter, il n'est qualifié de Farreus qu'à propos de ce sacrifice.

D'autres auteurs apportent des informations complémentaires. On sait grâce à Servius[6] que le pontifex maximus et le flamen Dialis, les deux prêtres les plus importants de la religion romaine, assistaient au sacrifice, ce qui donnait à celui-ci le caractère d'une cérémonie solennelle et publique[7]. Dans un autre passage de Servius[8], qui concerne explicitement la confarreatio des flamines et de leur épouse, mais qui peut peut-être s'appliquer en tout ou en partie aux autres cas de confarreatio, il est indiqué que le flamine et la flaminica sont assis, leur tête couverte d'un voile, sur deux sièges conjoints recouverts de la peau – encore garnie de sa laine[9] – du mouton offert à cette occasion en sacrifice, ce dont on peut déduire que le sacrifice était la première étape du rituel.

Lorsqu'un coup de tonnerre éclatait, la cérémonie était interrompue : on considérait que Jupiter exprimait sa désapprobation[10].

Les auteurs modernes sont très partagés sur la question de savoir si la confarreatio était à elle seule le mariage ou si elle accompagnait des rites nuptiaux connus par ailleurs, comme la dextrarum iunctio ou le prononcé de la formule Ubi tu Gaius, ego Gaia ; en effet, les textes anciens ne sont pas clairs sur ce point[11].

Effets[modifier | modifier le code]

L'effet essentiel de la confarreatio est de faire entrer dans l'instant la femme sous l'autorité juridique (manus) de son mari ; en cela, parmi les trois formes d'acquisition de la manus, elle se rapproche de la coemptio, qui a le même effet immédiat, et se distingue de l’usus, qui n'a cet effet qu'au bout d'un an. Les enfants d'un couple uni par la confarreatio sont dits patrimi et matrimi[12].

Le caractère hautement religieux de ce rite en explique un autre effet : seuls ceux qui étaient nés d'un couple ainsi uni (ex farreatis nati) et qui avaient eux-mêmes satisfait à ce rite pouvaient occuper certains sacerdoces : cela concernait les flamines majeurs et leurs épouses ainsi que le rex sacrorum[1].

Dissolution du mariage par confarreatio[modifier | modifier le code]

Le lien créé par cette forme de mariage était particulièrement sacré[13]. C'est pourquoi il ne pouvait être rompu que par un rite opposé (contrarius actus), celui de la diffarreatio[14]. Ce divorce n'était peut-être pas possible dans les premiers temps ; d'après Plutarque[15] – mais sa remarque concerne seulement le flamine de Jupiter et non la confarreatio en général –, il n'a été autorisé que tardivement, à l'époque de Domitien, et les prêtres[16] qui présidèrent à cette cérémonie accomplirent des rites effrayants, étranges et lugubres (φριϰώδη, ἀλλόϰοτα, σϰυθρώπα).

Origine indo-européenne selon Georges Dumézil[modifier | modifier le code]

Selon Georges Dumézil[17], les trois formes traditionnelles du mariage cum manu avaient une origine indo-européenne et renvoyaient à la tripartition fonctionnelle. Dans ce cadre, la confarreatio, fondée sur la sacré et sanctionnée par un sacrifice à Jupiter, se rattachait à la première fonction[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Gaius, Institutes, I, 112
  2. Festus, 78 L s.v. farreum.
  3. Le far est en général considéré comme de l'épeautre, mais cette identification n'est pas absolument certaine. Sur ce point, voir Susan Treggiari, Roman Marriage, Oxford, Oxford University Press, 1991, p. 22.
  4. 9, 1.
  5. Farreo in manum conueniunt per quoddam genus sacrificii quod Ioui Farreo fit ; in quo farreus panis adhibetur, unde etiam confarreatio dicitur. Complura praeterea huius iuris ordinandi gratia cum certis et sollemnibus uerbis, praesentibus decem testibus, aguntur et fiunt.
  6. Ad Georg., I, 139.
  7. De ce fait, certains commentateurs modernes en ont conclu que la cérémonie devait se dérouler dans un lieu public ; on a proposé le siège de la curie à laquelle appartenaient les deux époux – ou l'un d'eux –, la Regia ou le temple de Jupiter capitolin. Pour le détail, voir C. Feyer, La familia romana : aspetti giuridici ed antiquari. Sponsalia, matrimonio, dote, Roma, 2005, p. 229 et n. 127.
  8. Ad Aen., 4, 374.
  9. Précision donnée par Paul.-Fest., 102 L. : in pelle lanata.
  10. Servius, ad Aen., 4, 166 et 339.
  11. Voir C. Fayer, op.cit., pp. 233-234.
  12. Servius, Ad Georg., 1, 31. Cf. C. Fayer, op. cit., p. 236 n. 156 et 157.
  13. In sacris nihil religiosius confarreationis uinculo erat. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 18, 10.
  14. Festus, 74 L. : Diffarreatio genus erat sacrificii, quo inter uirum et mulierem fiebat dissolutio. Dicta diffarreatio, quia fiebat farreo libo adhibito.
  15. Questions romaines, 50.
  16. Une inscription d'Antium (CIL X, 6662) mentionne un sacerdos confarreationum et diffarreationum (« prêtre chargé des rites de la confarreatio et de la diffarreatio ») ; cette inscription de l'époque de Commode est la seule qui porte une telle mention. Cf. C. Fayer, loc. cit., pp. 240-241 et n. 169.
  17. « Les modes d'acquisition de la manus à Rome », cité en bibliographie.
  18. G. Dumézil fait surtout des rapprochements avec le monde indien. Pour un rapprochement avec le monde scandinave, voir Jean-Marie Maillefer, « Le mariage en Scandinavie médiévale », in Mariage et sexualité au Moyen Âge. Accord ou crise ?, sous la direction de Michel Rouche, Paris, Presses de l'université de Paris-Sorbonne, 2000, p. 105. (ISBN 2-84050-136-8) (En ligne.)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Dumézil, « Les modes d'acquisition de la manus à Rome », in Mariages indo-européens, suivi de quinze Questions romaines, Paris, Payot, 1979, p. 47-54.
  • Nicole Boëls-Janssen, La vie religieuse des matrones dans la Rome archaïque (« Collection de l'École française de Rome », n° 176), Rome, École française de Rome ; Paris, de Boccard, 1993, X-512 p. (spécialement pp. 148 et suiv.). (ISBN 2-7283-0282-0)
  • Carla Feyer, La familia romana : aspetti giuridici ed antiquari. Sponsalia, matrimonio, dote (coll. « Problemi e ricerche di storia antica »), Roma, L'Erma di Bretschneider, 2005, 908 p. (spécialement pp. 223-245). (ISBN 9788882653019) (En ligne.)