Conférence catholique des baptisé-e-s francophones

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La Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) est un mouvement de catholiques réformateurs né en 2008. Elle entend promouvoir un « catholicisme ouvert et fraternel » ; deux mots d’ordre définissent son attitude : « Ni partir, ni se taire » et « Nous ne demandons rien mais nous espérons tout »[1]. Elle revendique aujourd’hui 2 000 sympathisants[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

La CCBF est une extension du Comité de la jupe, qui s’est constitué en réaction à une déclaration du cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dans l'émission Face aux chrétiens sur RCF et Radio Notre-Dame le , à propos du rôle des femmes dans l’Église. Mgr Vingt-Trois y déclarait : « Le plus difficile, c’est d’avoir des femmes qui soient formées, le tout n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir quelque chose dans la tête[3]. »

Indignées par ce qu’elles considèrent comme une offense à l’égard des femmes, Christine Pedotti, éditrice, et Anne Soupa, journaliste et bibliste, décident de porter plainte devant le tribunal ecclésiastique du diocèse de Paris au nom d’un « Comité de la jupe » réunissant alors 13 femmes et 2 hommes[4].

Quand André Vingt-Trois nuance son propos, la plainte est retirée[5]. Mais le Comité de la jupe est rejoint par de nombreux sympathisants, dont des religieuses, des prêtres et des religieux[6].

Les « affaires » de 2009 (affaire Williamson, excommunication de la mère d’une fillette brésilienne ayant avorté à la suite d’un viol incestueux, déclaration de Benoît XVI sur la distribution du préservatif qui aggraverait l'épidémie de sida) amènent les membres fondateurs à s’exprimer sur d’autres questions que celle des femmes dans l’Église[7]. La CCBF prend le relais du Comité de la jupe à l’occasion d’une « marche des baptisés » qui réunit environ 500 personnes à Paris le [8].

Activité[modifier | modifier le code]

La CCBF se définit essentiellement par son discours public. Sa position est présentée dans l’ouvrage des fondatrices, Les Pieds dans le bénitier, sur son site internet, dans des interventions régulières dans les médias et dans des lettres ouvertes[9].

Elle déclare ne mettre en cause aucun dogme (de l'Église catholique romaine) et être attachée à la tradition catholique. Elle considère en outre représenter les catholiques engagés dans la vie des paroisses et les mouvements d’inspiration catholique (scoutisme, CCFD, groupes d’étude biblique, etc.)[10].

Cependant, elle analyse sévèrement le fonctionnement et certaines attitudes de l’institution. Elle dénonce notamment ce qui lui apparaît comme l’arrogance de la hiérarchie, la tendance de l’Église à priver les femmes de toute responsabilité, son homophobie, sa complaisance à l’égard des valeurs ultra-conservatrices, son abandon des intuitions du concile Vatican II et son indifférence à l’égard de l’œcuménisme[11]. Pour elle, ces attitudes expliquent l'hémorragie de toute une génération de baptisés et le désarroi des laïcs en mission.

La CCBF souhaite contribuer à l’éveil des consciences et à la culture du débat[12]. Elle rappelle également que l’Église se doit d’accueillir tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté. En ce sens, elle proteste contre le catholicisme « identitaire ». Selon Anne Soupa : « Le risque actuel, c’est que l’Église ne soit plus catholique, c’est-à-dire ouverte et universelle, mais qu’elle apparaisse fermée à la souffrance humaine, moralisatrice, empreinte de juridisme[13]. ».

Cependant la CCBF ne se définit pas comme un mouvement militant et, à la différence de la plupart des mouvements "progressistes", n’a pas de programme. Elle n'entend pas faire pression sur les épiscopats ou le Vatican, mais se borne à rendre publiques ses convictions[14]. Contrairement à une opinion parfois soutenue, la CCBF ne réclame pas l’ordination sacerdotale des femmes[15].

Le conclave des Femmes[modifier | modifier le code]

Le 9 mars 2013, la CCBF et le Comité de la jupe organisent le conclave des femmes pour protester contre l'absence de femmes cardinales et promouvoir la participation des femmes dans l’Église. "Ce Conclave des femmes prend acte du fait que les femmes ont des choses à dire sur les demandes spirituelles de nos contemporains, sur les moyens qui nous paraissent nécessaires à l’Église pour être en état de remplir sa mission dans l’avenir. À la veille de l’ouverture du Conclave, ce conclave d’hommes, ce « demi conclave », il convient de rappeler la valeur de la contribution des femmes sur ces questions essentielles."[16] 72 femmes, en référence aux 72 disciples que Jésus avait envoyés en mission (Luc 10), y ont participé[17]. Dans le communiqué final, quatre propositions sont avancées[18],[19]:"

  • Que notre Église se dote d’un observatoire des pratiques de parité dans l’Église. Nous demandons aux catholiques d’exercer leur vigilance sur les positions diplomatiques du Vatican, à propos des femmes.
  • Que les femmes, partout où elles le peuvent, avec les hommes qui le veulent, organisent des cercles de silence autour des sièges des conférences épiscopales.
  • Que des femmes deviennent diaconesses et cardinales.
  • Enfin, parce que l’humour va plus loin que l’humour, nous souhaitons que les hommes d’Église ne portent plus de robe."

Soutien au pape François[modifier | modifier le code]

En septembre 2013, la CCBF manifeste publiquement sa confiance au pape François. Elle se réjouit de ce que le pape « regarde l’Église avec lucidité et s’exprime avec courage et sans faux-semblants »[20].

Synode sur la famille[modifier | modifier le code]

En janvier 2014, la CCBF a synthétisé quatre cents contributions qui lui ont été écrites en réponse au questionnaire adressé par le pape François en vue du synode sur la famille . Cette synthèse rendue publique [21] et soutenue par plus de six mille lecteurs sera envoyé aux organisateurs du synode sur la famille qui se tiendra à Rome à l’automne 2014[22]. .

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon Libération, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, a reproché verbalement aux fondatrices de faire du mal à l’Église[23]. Le P. Laurent Villemin, professeur d’ecclésiologie à l’Institut catholique de Paris qui avait plutôt bien accueilli les initiatives du Comité de la Jupe, a proposé en revanche dans La Croix du 13 octobre 2009 une analyse critique de la CCBF. Selon lui le nom même de « conférence des baptisés » marque une vision incorrecte de l'Église. Il reproche d'une part à cette instance de vouloir se placer ainsi en contrepoint de la Conférence des évêques et d'entrer dans une logique de pouvoirs et contre-pouvoirs incompatible avec la vie de l'Église, voire dans une logique de compétition entre ministères ordonnés et sacerdoce commun. Il dénonce d'autre part le fait de s'arroger indûment la représentation de l'ensemble des baptisés. Il critique enfin l'attitude qui consiste à vouloir transposer directement dans le corps ecclésial des concepts séculiers tels que celui de parité[24].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Pedotti et Anne Soupa, Les Pieds dans le bénitier, Presses de la Renaissance, 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Pedotti et Anne Soupa, Les Pieds dans le bénitier, Presses de la renaissance, 2010, p. 139-141.
  2. La Croix, 20 septembre 2011, « La Conférence des baptisé-e-s se structure ».
  3. « André Vingt-Trois accusé de propos sexistes », Le Figaro, 5 décembre 2008.
  4. Libération, 26 mars 2009, « Jupe contre soutane ».
  5. Le Parisien, 5 décembre 2008, « L'archevêque de Paris poursuivi pour sexisme ».
  6. La Croix, 10 octobre 2009, article d'Anne Soupa dans les pages « forum ».
  7. Libération, 13 mars 2009, « Ces tartuffes du droit divin ».
  8. Le Monde, 11-12 octobre 2009, « Des « cathos de l’intérieur » expriment une parole critique au sein de l’Église » et l’Express, 3 mars 2010, « Conférence des baptisés de France, fidèles rebelles ».
  9. Par exemple une lettre adressée à l'ensemble des évêques de France en octobre 2009 et La Vie du 30 juin 2010, « Lettre au pape pour une année de baptisés »
  10. Les Pieds dans le bénitier, p. 134-136.
  11. Interview de Christine Pedotti sur RTL le 6 décembre 2010.
  12. Ouest-France Bretagne, 8 août 2011, « Christine Pedotti, une certaine forme de féminisme - Saint-Jacut-de-la-Mer » et Interview d'Anne Soupa sur Radio Canada le 27 octobre 2011.
  13. Le Monde, 11-12 octobre 2009, art. cit.
  14. Slate.fr, 19 octobre 2009, article d’Henri Tincq, « Les emmerdeuses de bénitier »
  15. Telerama, 13 novembre 2010 « Ni partir ni se taire »
  16. Le « Conclave des femmes », comité de la jupe, 27 février 2013.
  17. Un "conclave des femmes" organisé par le Comité de la jupe à Paris , RTBF, 8 mars 2013
  18. Conclave des femmes, samedi 9 mars 2013
  19. le conclave des femmes à Paris, juste ciel, RTS, 11 mars 2013
  20. François Vercelletto (journaliste à Ouest-France), chronique du 23 septembre 2013
  21. « La Conférence des baptisé-e-s rend publique sa synthèse en vue du synode », La Vie, 12 janvier 2014
  22. Conférence des baptisé-e-s : synthèse des réponses en vue du Synode sur la famille
  23. Libération, 26 mars 2009, art. cit.
  24. Voir l'article, suivi d'une mise au point sous forme de dialogue avec Christine Pedotti paru sur le site du Comité de la jupe.