Concordisme

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Le concordisme est un système d'exégèse consistant à interpréter les textes sacrés d'une religion de façon à ce qu'ils ne soient pas contradictoires avec les connaissances scientifiques d'une époque. Né dans la sphère chrétienne au XIXe siècle afin de justifier les données de la Bible, il est de nos jours particulièrement vivace dans le monde musulman, à travers le mouvement de l'I`jaz `Ilmiy (« Contenu scientifique miraculeux ») tendant de faire concorder à la fois le Coran et la Sunna avec les sciences contemporaines et dans le néo-créationnisme protestant.

Le concordisme vise deux objectifs :

  • Le concordisme s'est développé dans un contexte de confrontation croissante entre des descriptions du monde établies à partir de textes sacrés et des savoirs dégagés par une méthodologie scientifique autonome, à la faveur du développement et de la vulgarisation des sciences modernes (âge du positivisme) : il s'agit de rejeter l'idée d'une contradiction entre des textes sensément révélés par un Dieu créateur et omniscient, ne pouvant donc se méprendre sur la description de sa propre création, et les connaissances scientifiques sur le réel.
  • A fin d'apologétique et de prosélytisme, le concordisme peut poursuivre cette approche en prétendant dévoiler dans les textes sacrés des connaissances scientifiques modernes que les hommes de l'époque de sa rédaction n'auraient pu avoir, la science moderne révélant un « miracle ».

Sommaire

[modifier] Dans le christianisme

Au sein du catholicisme, le concordisme se développe avec la crise moderniste. Bien que Léon XIII, dans l'encyclique Providentissimus Deus (1893) n'appelait, citant Saint Augustin, qu'à répliquer à ceux qui contredisaient la Bible sur la base des découvertes scientifiques « qu'il s'agit d'hypothèses, ou que nous ne doutons nullement de la fausseté de ces affirmations », des écrits de type concordiste avaient déjà fleuri :

Ainsi, l'abbé A. Arduin publiait en 1883 La religion en face de la science. Leçons sur l'accord entre les données de la révélation biblique et les théories scientifiques moderne qui cherchaient à assimiler les jours bibliques aux grandes périodes géologiques.

En 1993, un document de la commission biblique pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église préfacé par le cardinal Ratzinger et précédé d'une allocution de Jean-Paul II posait un refus des interprétations concordistes fondamentalistes, donnant le caractère de vérité scientifique à des détails de la Bible, qui, bien que perçue comme une écriture inspirée, ne pouvait qu'être acceptés que comme des vérités symboliques.

[modifier] Dans l'islam

Le profil du concordisme musulman est moins défensif (rejeter les critiques scientifiques) que apologétique et prosélyte : il vise à démontrer que l'Islam serait la seule religion conforme aux connaissances scientifiques modernes et que, mieux, Coran et Sunna contiendraient des « miracles scientifiques », c'est-à-dire des connaissances scientifiques inconnues à l'époque de sa rédaction et des prophéties sur le développement des technologies modernes.

Si les développements du concordisme musulman les plus intenses sont contemporains et s'inscrivent dans la lignée de l'ouvrage du médecin Maurice Bucaille La Bible, le Coran et la Science de 1976, d'où le surnom de « bucaillisme » donnée à cette exégèse musulmane, il existe bien une tradition concordiste dans l'Islam, se fondant sur le verset « Nous n'avons rien omis d'écrire dans le Livre » [1], interprété comme l'attestation que tout est contenu d'une manière ou d'une autre dans le Coran, notamment les principes scientifiques.

Bien que l'idée d'une nécessaire concordance entre Coran et science figure déjà chez Al-Suyuti ou Al-Ghazali (notamment dans Les Joyaux du Coran où est affirmé que tout principe scientifique est contenu dans le Coran et que celui-ci permet la convergence entre les savoirs antiques et médiévaux), il faut attendre la fin du XIXe siècle pour qu'un concordisme apologétique visant à découvrir « miraculeusement » des idées scientifiques et des techniques précises prenne forme.

Ainsi on citera le réformiste Abd al-Rahman al-Kawakibi annonça la présence de la majorité des découvertes des occidentaux dans les versets coraniques, ou le médecin Al-Iskandarani publiant La révélation des secrets lumineux coraniques à propos des corps célestes et terrestres, des animaux, des plantes, et des substances métalliques dans les années 1880, ou dans une approche plus systématique le Cheikh Tantawi Jawhari qui rédigea une encyclopédie illustrée tentant de démontrer la présence dans le Coran d'un grand nombre de découvertes scientifiques contemporaines. Dans l'aspect « prophétique », Dariusch Atighetchi prend comme exemple un groupe d'érudits musulmans invoquant le verset 55:33 [2] du Coran en 1957 pour proclamer la présence dans le livre sacré d'une prophétie annonçant le lancement de Spoutnik[3]

De nos jours, les tenants de l'Islam cherchent à montrer que le Coran annonce des vérités scientifiques qui ne pouvaient pas être connues à l'époque de sa rédaction. Pour eux, cela prouverait l'origine divine des écrits coraniques. Ce mouvement a pour leaders Harun Yahya et Maurice Bucaille. Tous les sites musulmans cherchent à reprendre leurs thèses.

Une variante appelée concordisme du « Dieu-bouche-trou » consiste à faire appel au divin pour expliquer les lacunes des théories scientifiques, c'est aussi l'idée que la science peut conduire à la religion.

Exemple : la création divine pour le Big Bang et la précision des constantes universelles ; des interprétations de textes allégoriques du Coran, par exemple, qui en font une Révélation divine de descriptions scientifiques, comme le Big Bang.[4]

[modifier] Critique du concordisme

[modifier] Voir aussi

[modifier] Références

  1. Coran, 6:38
  2. «ô peuple de djinns et d’hommes ! si vous pouvez sortir du domaine des cieux et de la terre, alors faites-le. Mais vous ne pourrez en sortir qu’à l’aide d’un pouvoir [illimité]», traduction de Muhammad Hamidullah
  3. Dariusch Atighetchi, Islamic bioethics, Problems and perspectives, Springer, 2007
  4. Dieu et le big-bang : une rencontre au sommet, Courrier UNESCO


[modifier] Bibliographie

Dominique Lambert, Le `réenchantement' des sciences : obscurantisme, illusion ? Revue des Questions Scientifiques, n°166, 1995, p. 287-291.

Dominique Lambert, Sciences et Théologie, les figures d'un dialogue, PUN, 1999.

Nidhal Guessoum, Réconcilier l'islam et la science moderne - L'esprit d'Averroès, Presses de la Renaissance, 2009.

[modifier] Liens externes

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