Conclave de 1939

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Conclave de mars 1939
Armoiries pontificales de Pie XII.
Dates et lieu
Début du conclave 1er mars 1939
Fin du conclave 2 mars 1939
Lieu du vote Chapelle Sixtine
Vatican
Élection
Nombre de cardinaux 62
Nombre de votants 62
Nombre de tours 3
Personnages clefs
Camerlingue Flag of Italy (1861-1946).svg Eugenio Pacelli
Doyen Flag of Italy (1861-1946).svg Gennaro Granito Pignatelli di Belmonte
Cardinal protodiacre Flag of Italy (1861-1946).svg Camillo Caccia-Dominioni
Pape élu
Nom du cardinal élu Flag of Italy (1861-1946).svg Eugenio Pacelli
Nom de pape Pie XII
Listes des papes : chronologie · alphabétique
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Le conclave de 1939 pour l'élection d'un pape se tient les 1er et 2 mars, à quelques mois du début de la Seconde Guerre mondiale, suite à la mort de Pie XI le 10 février. Il réunit 62 cardinaux. Après trois tours de scrutin, ils choisissent le cardinal Eugenio Pacelli, jusqu'alors camerlingue et secrétaire d'État. Celui-ci accepte et prend le nom de règne de Pie XII.

Papabili et scrutin[modifier | modifier le code]

Pie XI, comme Pie X avant lui, était considéré comme un homme au franc parler, qui allait droit au but. Pour les guider dans la guerre qui s'annonçait, les cardinaux sentent qu'ils ont besoin cette fois d'un diplomate.

Parmi les candidats considérés comme susceptibles d'être élus (« papabili ») figurent les archevêques August Hlond (Gniezno-Poznań) et Karl Joseph Schulte (Cologne), le cardinal Eugène Tisserant (membre de la Curie), Ildefonso Schuster (archevêque de Milan), Adeodato Giovanni Piazza (patriarche de Venise), Maurilio Fossati (archevêque de Turin), et le camerlingue et secrétaire d'État Eugenio Pacelli[1]. La perspective d'un pape non italien (le dernier étant alors Adrien VI en 1522) est clairement envisagée, du moins plus nettement que dans les conclaves précédents[2].

Lors du premier tour de scrutin, le cardinal Pacelli reçoit 35 votes ; les autres votes sont répartis entre Luigi Maglione, Elia Dalla Costa de Florence, et Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve de Québec[3]. Lors du deuxième tour, Pacelli obtient cinq voix supplémentaires, atteignant un total de 40 voix[2].

L'élection de Pacelli[modifier | modifier le code]

Le jour du deuxième tour de scrutin, Pacelli, qui fêtait alors son soixante-troisième anniversaire, obtint la majorité requise des deux tiers, mais, selon la rumeur, il demanda un nouveau tour de scrutin pour confirmer la validité de son élection. Il fut à nouveau désigné lors du troisième tour, avec cette fois 61 votes en sa faveur, accepta l'élection et prit le nom de Pie XII. Avec son élection, ce n'était que la quatrième fois depuis 1823 (en comptant les conclaves de 1829, 1878 et 1914) qu'un cardinal considéré comme papabile était effectivement élu. De plus, Pacelli était le premier secrétaire d’État du Vatican à devenir pape depuis le pape Clément IX (1667), le premier camerlingue depuis le pape Léon XIII (1878), le premier membre de la Curie depuis le Grégoire XVI (1831), et le premier cardinal romain depuis Clément X (1670).

La fumée blanche, signalant l'élection d'un nouveau pape, apparut à 17h30 le 2 mars 1939, mais, de manière étrange elle commença à devenir noire au fil des minutes[1]. Cependant, Monsignor Vincenzo Santoro, secrétaire du conclave, envoya alors une note à Radio Vatican pour confirmer que la fumée était bien blanche et qu'Eugenio Pacelli avait été élu sous le nom de Pie XII[4]. Le protodiacre Camillo Caccia-Dominioni prononça la formule latine Habemus Papam au balcon de la Basilique Saint-Pierre de Rome, et, dans la joie de l'élection de Pacelli, la foule réunie place Saint-Pierre commença à chanter l'hymne Christus Vincit.

À l'intérieur du Vatican, Eugenio Pacelli continuait d'occuper son appartement de secrétaire d’État. Il avait donné ordre de tout déménager pour faire place nette au nouveau secrétaire d’État, chaque pape ayant le pouvoir de procéder à de nouvelles nominations. Plus tard, Sœur Pascalina se souviendra de cet appartement au Vatican avec ses volets fermés :

« À environ 17h30, nous étions encore tous occupés à l'emballage et au nettoyage des locaux, lorsque nous avons entendu de la place Saint-Pierre s'élever des cris et des applaudissements. Nous n'avons pas osé ouvrir les fenêtres et regarder (ce qui était strictement interdit) et personne n'est venu nous dire. Nous avons donc attendu… jusqu'à ce que la porte du bureau s'ouvre. Dans l'entrée se trouvait une figure grande et mince — maintenant vêtue de blanc. Ce n'était plus le cardinal Pacelli, c'était désormais le pape Pie XII.

Comment peut-on oublier un tel moment ? Nous, les sœurs, nous sommes mises à pleurer et nous nous sommes agenouillées devant lui et avons embrassé la main du Saint-Père, pour la première fois. Il avait les yeux humides lui aussi. Baissant les yeux, il dit : « Regardez ce qu'ils ont fait de moi »[5]. »

CONCLAVE PAPAL DE 1939
Durée 2 jours
Nombre de tours 3
Électeurs 62
Absent 0
Afrique 0
Amérique latine 2
Amérique du Nord 4
Asie 1
Europe 55
Océanie 0
Italiens 35
PAPE DÉCÉDÉ PIE XI (1922–1939)
PAPE ÉLU PIE XII (1939–1958)

Programme à l'issue de l'élection[modifier | modifier le code]

Après son élection, Pie XII rendit publics ses trois objectifs prioritaires en tant que souverain pontife[6] :

  1. une nouvelle traduction des psaumes, récités chaque jour par les prêtres et religieux, afin de permettre aux membres du clergé de mieux apprécier la beauté de l'Ancien Testament. Cette traduction fut achevée en 1945 ;
  2. une définition du dogme de l'Assomption. Cela nécessita de nombreuses études de l'histoire de l’Église et des consultations avec les épiscopats dans le monde entier. Ce dogme fut proclamé en novembre 1950 ;
  3. la reprise des fouilles archéologiques sous la basilique Saint-Pierre de Rome, pour déterminer si les restes de saint Pierre y étaient ensevelis ou si cette croyance était, depuis 1500 ans, infondée. Ce point fut sujet à controverses en raison de la possibilité de découvrir une réalité embarrassante pour l’Église d'une part, et de la faisabilité technique de fouilles sous l'autel principal, à proximité des colonnes de Bernini soutenant la coupole de Michel-Ange[7]. Les premiers résultats concernant la tombe de Saint-Pierre furent publiés en 1950[7].

Divers[modifier | modifier le code]

  • Le conclave de 1939 fut le plus court du XXe siècle, celui d'août 1978 arrivant deuxième.
  • Le Cardinal Pacelli, qui fut élu pape, aurait voté pour le Cardinal Federico Tedeschini.
  • Pendant une pause après le deuxième tour de scrutin, le cardinal Pacelli fit une chute dans les escaliers, mais s'en sortit avec quelques bleus[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • (it) Domenico Cardinale Tardini, Pio XII, Tipografia Poliglotta Vaticana, 1960
  1. a et b (en) Time Magazine, « Death of a Pope », 20 février 1939 (sur souscription)
  2. a et b Ibid.
  3. a et b Time Magazine, « Habemus Papam », 13 mars 1939
  4. (en) Inside the Vatican. The "Siri Thesis" Unravles
  5. (de) Pascalina Lehnert, Ich durfte ihm dienen, Erinnerungen an Papst Pius XII., Würzburg, Naumann, 1986, p. 69 (ISBN 3885670410 et 9783885670414)
  6. {{#Tardini|Tardini}}, p. 75
  7. a et b {{#Tardini|Tardini}}, p. 76