Conciergerie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Conciergerie
Conciergerie Paris.jpg
Présentation
Type Palais de justice
Date de construction XIIIe siècle
Protection  Classé MH (1975)[MH 1]
Géographie
Pays France
Région Île-de-France
Localité Paris
Coordonnées 48° 51′ 22″ N 2° 20′ 44″ E / 48.8561034, 2.345666948° 51′ 22″ Nord
       2° 20′ 44″ Est
/ 48.8561034, 2.3456669
  

Géolocalisation sur la carte : Paris

(Voir situation sur carte : Paris)
Conciergerie
La Conciergerie. De gauche à droite : la tour de l’Horloge, la tour de César, la tour d’Argent et la tour Bonbec.
La Conciergerie et les bouquinistes.

La Conciergerie est le principal vestige de l’ancien Palais de la Cité qui fut la résidence et le siège du pouvoir des rois de France, du Xe au XIVe siècle et qui s’étendait sur le site couvrant l’actuel Palais de justice de Paris. De nos jours, l’édifice longe le quai de l’Horloge, sur l’île de la Cité, dans le Ier arrondissement de Paris. Il fut converti en prison d’État en 1370, après l’abandon du palais par Charles V et ses successeurs.

La prison occupait le rez-de-chaussée du bâtiment bordant le quai de l’Horloge et les deux tours ; l’étage supérieur était réservé au Parlement. La prison de la Conciergerie était considérée pendant la Terreur comme l’antichambre de la mort. Peu en sortaient libres. La reine Marie-Antoinette y fut emprisonnée en 1793.

Le monument est géré par le Centre des monuments nationaux à qui il a été attribué à titre de dotation par un arrêté du 2 avril 2008[1]. Il est aujourd'hui possible de le visiter ; des expositions temporaires y sont organisées[2].

De vastes travaux ont été entrepris sur le bâtiment début 2011.

(M) Ce site est desservi par les stations de métro CitéSaint-Michel et Châtelet.

Sommaire

[modifier] Origine du mot Conciergerie

Le mot Conciergerie désigne d’abord le logement du concierge, puis par extension la prison dans laquelle il maintenait ses prisonniers. Le concierge avait la charge d'un édifice important, par exemple un château ou un palais. Cette définition est attestée dès 1195 par cumcerge. L'étymologie du mot est douteuse. On a supposé un latin obscur concerius, de cera ("cire"), plus souvent un latin hypothétique conservius (dérivé du latin classique conservus, "compagnon d'esclavage")[3], et plus récemment ancien français hypothétique canchiarche, "directeur de la prison"[4].

[modifier] Historique : Du palais de la Cité à la Conciergerie

Le palais de la Cité fut la demeure des comtes de Paris. Il fut habité par le roi Eudes Ier et Hugues Capet y établit la Curia Regis (le Conseil royal) et divers services de son administration.[réf. nécessaire]. Robert II le Pieux le fit rebâtir. Le palais de la Cité fut la résidence des rois de France jusqu'en 1358.

[modifier] Les Mérovingiens

La période mérovingienne est mal connue du fait de la pauvreté des sources textuelles. Il est vraisemblable que les rois mérovingiens, losqu'ils séjournaient à Paris, résidaient dans la Citadelle de la Cité, toujours ceinte des murs du Bas-Empire[5]. Dagobert, roi des Francs de 629 à 638, avait une cour itinérante, mais on sait qu'il séjourna en son palais de la Cité. L'importance du lieu est confirmée par le fait qu'il y fit établir un atelier monétaire : les pièces issues de cet atelier portent l'inscription Palati moneta et représentent Saint Éloi[6]. En 635, fut fondée, sous la direction de ce saint homme et sous la protection du roi, face au palais (en bordure nord de l'actuelle préfecture de police), une abbaye de femmes consacrée à saint Martial de Limoges et connue ensuite sous le nom de Saint-Eloi.

[modifier] Les Carolingiens

A l'époque carolingienne, Paris cessa de jouer un rôle prédominant. Charlemagne ne séjourna qu'épisodiquement à Paris[7]. Sous le règne de son petit-fils, Charles II le Chauve, les remparts de la Cité furent endommagés, suite aux attaques des Normands et c'est le roi Eudes qui les fit restaurer, bien qu'il n'habita pas à Paris[8]. De nombreuses chapelles furent érigées dans l'île de la Cité à partir du milieu du IXe siècle[9].

[modifier] Robert II le Pieux

Selon le témoignage du moine Helgaud, Robert II le Pieux, fils d'Hugues Capet, entreprit à la fin de son règne de reconstruire à Paris un palais tout à fait remarquable[10].

  • Il transforma profondément l'ancienne citadelle du Bas-Empire en demeurant dans les limites du rempart, qui format un quadrilatère d'environ 100 à 135 mètres de côté. Ce fut le premier "Logis du Roi" : le bâtiment, situé à l'ouest du Palais, est visible sur une des miniatures des Très Riches Heures du duc de Berry. Cette partie résidentielle s'ouvrait sur la pointe de l'île peut-être déjà occupée par un jardin, en retrait par rapport aux bâtiments dévolus à l'administration royale et à la justice, qui prenait une place prééminente au sein du Palais.
  • Robert II fit aussi réédifier l'ancien Tribunal du prétoire, hérité des temps gallo-romains, qui s'élevait au nord-est du Palais. S'établissant sans doute sur les fondations antiques, le nouveau corps du bâtiment abrita la Salle du Roi, que les chartes dénomment Aula Regis (la future Grand-Salle mais de surface plus réduite). Une Chambre du Roi fut construite dans son prolongement occidental.
  • A l'emplacement de la future Sainte-Chapelle, le roi fit édifier une chapelle Saint-Nicolas[11].

A partir du règne de Robert II, le palais demeura, jusqu'au règne de Philippe IV, contraint dans son quadrilatère fortifié du Bas-Empire, le rempart étant défendu par des tours en nombre inconnu[12].

[modifier] Louis VI

La Conciergerie et le Pont au Change la nuit.

Les documents relatifs aux règnes d'Henri Ier et Philippe Ier (1031-1108) ne fournissent que de rares indications sur le Palais. Cependant, l'existence d'une Salle du Roi y est bien confirmée dès le XIe siècle. A parti de 1043, plusieurs diplômes font état de la réunion de la Curia Regis, instance qui rassemblait les seigneurs palatins autour du roi et l'aider à administrer le royaume, dans l'Aula Regis.

Louis VI (1108-1137) semble avoir procédé à des adjonctions et réfections importantes.

  • Selon la Chronique de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, il fit construire une "Grosse Tour", dont les soubassements existent encore dans les sous-sols du Palais de justice[13]. Celle-ci s'élevait, avec sa haute toiture, en position centrale par rapport aux corps de bâtiments qu'elle dominait. C'était un haut cylindre, percé de deux étroites meurtrières. Elle avait des créneaux et sa base avait un diamètre de 11,70 mètres, ses murs avoisinant 3 mètres d'épaisseur[14]. Le donjon du Mouvre, constrruit par Philippe Auguste, fut appelé "Tour neuve" par oppposition à la Grosse Tour qui subsista jusqu'en 1778.
  • Louis VI fit modifier le Logis du Roi, entre les deux tours quadrangulaires qui l'encadraient, la Tour carrée et la tour dite plus tard "de la Librairie". Le logis était caractérisé par façade puissamment structurée : quatre arcades surbaissées ornées d'un important corps de moulures étaient portée par de hauts contreforts et surmontées d'une sorte de chemind e rondre percé de onze ouvertures rectangulaires. Le contrefort situé entre la deuxième et la troisième arcade abritait un escalier à vis. Un bandeausoulignait la limite entre rez-de-chaussée et premier étage.
  • Louis VI fit également achever la chapelle Saint-Nicolas et pourvut généreusement à l'entretien d'un chapelain qu'il y nomma.

[modifier] Louis VII

En 1141, Louis VII (1137-1180) établit auprès du Palais et de façon exclusive, les changeurs sur le Grand-Pont, dès lors nommé Pont-aux-Changeurs. Moyennant redevance, ceux-ci y louaient des boutiques pour exercer leur commerce. Du côté oriental, l'entrée principale du palais se faisait dans la Grande Cour où existait un escalier d'honneur. Ainsi, vers 1165-1166, le roi accueillit officiellement les moines de Vézelay sur les "degrés du Palais". Ces degrés devaient donner accès à l'étage d'une galerie reliant la Salle du Roi à la chapelle Saint-Nicolas[15].

Lous VII fit édifier dans son palais un oratoire royal, dédié à la Vierge, situé à l'emplacement de l'actuelle chapelle des Girondins.

Dans la chapelle Saint-Michel, située au sud-est du palais, l'évêque de Paris, Maurice de Sully, célébra un dimanche de la deuxième quinzaine d'août 1165, le baptême du fils de Louis VII, le futur Philippe Auguste[16]. Cependant, cette chapelle resta en dehors de l'enceinte du palais jusqu'au règne de Jean II le Bon.

[modifier] Philippe II Auguste

Philippe Auguste élargit les fonctions du palais en lui attribuant en 1190, avant son départ pour la croisade, la conservation des archives royales. Le roi fit réaliser de nombreux travaux dans le palais comme en témoigne le premier compte général connu, celui de 1202-1203[17]. C'est sous le règne de Philippe Auguste que des lettres patente mentionnent pour la première fois la charge de concierge du Palais qui exerçait les fonctions de basse et moyenne justice sur le territoire du palais et ses dépendance[18].

Le chroniqueur Rigord rapprte que le roi, incommodé par les odeurs nauséabondes des rues, ordonna de paver les abords du palais, ainsi que plusieurs rues importantes de Paris. Les crues de la Seine isolaient régulièrement l'île, obligeant le souverain à se réfuguer à l'abbaye Sainte-Geneviève, par exemple en 1197[19].

A l'ouest, le Jardin du Roi occupait la point de l'île, au-delà d'une cour délimitée par le mur d'enceinte du palais datant de l'antiquité. C'est sans doute sous le règne de Philippe Auguste qu'il fut clos par une muraille[20].

C'est sous le règne de Philippe Auguste que le palais de la Cité perdit son statut de principale forteresse de Paris quand le roi fit ériger le château fort du Louvre et ceindre la ville d'un nouveau rempart.

[modifier] Saint Louis

La tour de César et la tour d’Argent.

A partir du règne de Saint Louis (années 1240) et durant près d'un siècle de travaux, le Palais connut une expansion et une structuration remarquables correpndant au développement du rayonnement et de la centralisation du pouvoir royal. Saint Louis partagea durablement l'espace du quadrilatère initial : la partie occidentale réservée aux appartements privés de la famille royale, une partie orientale ouverte sur la Cité, une partie méridionale dévolu aux chanoines de la Sainte-Chapelle et aux chapelains du roi.

  • Saint Louis fit construire la Sainte-Chapelle entre 1242 et 1248. Les travaux commencèrent avec la démolition de la chapelle Saint-Nicolas. En janvier 1246, le roi fonda un collège de chanoines et de marguilliers chargé de la garde des reliques. Le 26 avril 12448, la chapelle haute de la Sainte-Chapelle, dédiée à la Sainte-Couronne et à la Sainte-Croix, fut consacré par le légat du Pape, Eudes de Châteauroux, tandis que la chapelle basse, dédiée à la Vierge, l'était par l'archevêque de Bourges, Nicolas Berruyer[21]. Se plaçant dans la lignée architecturale et symbolique de l'antique modèle de Saint-Vital de Ravennes (526-547) et des chapelles palatines carolingiennes comme celle d'Aix-la-Chapelle (vers 800), la Sainte-Chapelle est une version magnifiée de chapelle à deux étages, aussi élevée qu'une cathédrale gothique[22] (36 mètres de long, 17 mètres de largen 42,5 mètres de haut sans la flèche).
  • A côté de la Sainte-Chapelle, jouxtant par un passage la première travée nord de son abside, Saint Louis fit édifier le Revestiaire, qui abritait les sacristies et le Trésor des Chartes. Très proche sur le plan architectural mais de dimensions plus restreintes, ce petit bâtiment comptait deux travées droites et une abside à cinq pans. Un escalier polygonal desservait ses deux niveaux au nord-ouest. Le voisinage direct de la Sainte-Chapelle conféra une dimension protectrice très particulière aux archives royales[23]. A proximité fut aménagée la parcheminerie où l'on préparait les supports sur lesquels étaient transcrits les actes royaux. Le trésor des Chartes a subsisté jusqu'en 1783.
  • Au nord-ouest du Palais, hors de l'enceinte de Philippe Auguste, Louis IX fit élever la salle sur l'Eau, qui était vraisemblablement destinée à accueillir des cérémonies solennelles ou d'apparat[24]. De plan rectangulaire, l'édifice était scandé au nord comme au sud par sept contreforts et par deux autres sur ses murs pignons. L'étage abritait une vaste salle alors que le rez-de-chaussée était divisé en deux et abritait des cuisines. La salle sur l'eau a été peu modifiée jusqu'au milieu du XVIIIe siècle et elle a partiellement subsisté jusqu'en 1865. La tour connue sous le nom de Tour Bonbec fut longtemps la tournelle des Réformateurs. Elle ne comportait comme la salle sur l'eau que deux étages. Elle fut haussée d'un niveau sous le Second Empire. C'est dans cette tour que l'on mettait à la question[25], sur ordre du juge de la Tournelle, juridiction criminelle. Cette tour aurait été ainsi appelée par la suite tour "bon bec" devenu Bonbec car c'est là qu' était pratiquée la « question » (la torture) qui faisait avouer les suppliciés[26].

On sait que Saint Louis consomma son mariage dans la Chambre verte, pièce jouxtant l'oratoire, située au nord du logis du roi, même s'il couchait habituellement dans la Chambre du Roi, chambre haute contiguë à la Salle du roi, et prenait ses repas dans le niveau inférieur de cette dernière[27].

Dans le Palais, au milieu de la cour de Mai, on plantait chaque année au printemps un arbre d'une quinzaine de mètres afin de célébrer les bienfaits de la nouvelle saison. Dans la cour, le magnifique escalier appelé Grand Degré montait jusqu'à la galerie des merciers que Saint Louis avait fait construire pour accéder directement de ses appartements à la Chapelle Haute de la Sainte Chapelle.

[modifier] Philippe III

Sous le règne de Philippe III le Hardi, le palais s'agrandit à l'ouest, au nord, au sud, au-delà de l'enceinte du IIIe siècle. Autour du palais, les berges ont été étendues. On connaît la destination des bâtiments sous le règne du fils de Saint Louis[28].

  • En 1278, la Salle du Roi cessa d'être l'endroit où se tenaient les sessions juridiques de la Curia Regis pour devenir la chambre d'attente des plaideurs avant leur entrée dans la Chambre "aus Paiz". En dehors des séances des plaids, le roi y prenait ses repas, tandis que le "Commun" se restaurait sous la Salle du Roi.
  • Le roi dormait dans la Chambre du Roi dite Chambre Haute.
  • La tour qui jouxtait la Chambre du roi abritait la garde-robe dans laquelle mangeaient les chambellans.
  • Entre la Galerie des Merciers et le flanc nord de la Sainte-Chapelle, se trouvait la Maison d'audience du Roi qui voisinait avec le Trésor des Chartes.
  • Au cœur du palais, la Chambre aux deniers ou caisse de l'hôtel du Roi citée dans un document de 1286.

[modifier] Philippe IV

Salle des Gens d'Armes.

Philippe IV le Bel fit reconstruire le palais. Les travaux furent achevés en 1313 sous l’impulsion d’Enguerrand de Marigny. La source essentielle pour étudier ces travaux est constituée par les journaux du Trésor[29]. Des enclaves morcelaient alors le terrain royal, et Philippe IV expropria les occupants et on a conservé de nombreuses chartes réglant les indemnités d'expropriation[30]. De vastes salles furent construites au nord et au sud du palais de la Cité.

  • Ainsi, le roi fit bâtir une enceinte bordant la Seine et qui renforçait les tours toujours existantes dites « tour d’Argent » (allusion au trésor royal qui y avait été gardé) et « tour César » (ainsi nommée en souvenir de la présence des Romains et dû au fait que la tour est bâtie sur des fondations romaines).*Il fit construire une Salle des Gardes vers 1310 et servait d’antichambre au rez-de-chaussée de la Grand-Salle.
  • Sur l'emplacement de l'ancienne Grande salle de Robert II le Pieux, elle-même devant être bâtie sur le prétoire romain, et doublant sa surface en profitant d'un espace libre au nord, Philippe IV le Bel fit aménager la Grand-Salle. La Grand-Salle était la pièce où le roi tenait ses « lits de justice » et dans laquelle avaient lieu les réceptions. Les repas étaient servis sur la table de marbre noir (dont il reste un vestige à la Conciergerie). C’était une salle immense supportée par une file de piliers qui la séparait en deux nefs couvertes de berceaux lambrissés. Murs et piliers étaient ornés de statues représentant chacun des rois de France depuis Pharamond à Philippe IV Le Bel, le souverain contemporain de ces travaux. Cette salle est exceptionnelle (le plus grand vestige de salle civile médiévale d’Europe) : longue de 64 mètres, large de 27,5 mètres et haute de 8,5 mètres à la clé, elle fut édifiée en 1302 et 1313 par Enguerrand de Marigny. La Salle des Gens d'Armes aménagée sous la Grand-Salle servait de réfectoire aux très nombreux personnels (environ 2 000 personnes) employés au service du roi.
  • La façade est, donnant sur la rue de la Barillerie, absorbée depuis par le boulevard du Palais, fut également remodelée et complétée. En 1298, la nouvelle enceinte était construite : c'est donc de cette époque que dater les deux portes d'entrée fortifées ouvertes sur le front oriental du palais, placées au droit de deux voies d'antique origine, traversant l'île vers la cathédrale. Au nord-est, la grande porte encadrée par deux échauguettes, se situait en face de la rue de la Vieille-Draperie, et au sud-est, la porte Saint-Michel, flanquée de deux tours, donnait sur la rue de la Barillerie.
  • Du côté de l’ouest (en direction de l’actuelle pointe du Vert-Galant), on dessina les jardins.

[modifier] Jean II

Vers 1350, Jean II le Bon fit construire à l’angle du palais de la Cité le pavillon carré des cuisines qui était destiné au « commun » de l’hôtel du roi. Les quatre travées ouest de la salle des Gens d’armes furent isolées du reste de la salle par des grilles et par un mur.

[modifier] Tour de l’Horloge

L’Horloge du XVIe siècle

Jean II fit construire une tour à l’angle nord-est du palais de la Cité. De forme Carrée, massive, haute de 47 mètres, aux murs épais de près d'un mètre, elle accueillit vers 1370 la première horloge publique à Paris, construite par Henri de Vic, horloger lorrain. Cette tour de guet rectangulaire fut ainsi nommée tour de l’Horloge.

En 1418, la municipalité réclama que l'horloge comportât un cadran extérieur "pour que les habitants de la ville puissent régler leurs affaires de jour comme de nuit". Les plus importantes restaurations du cadran furent faites en 1472 par Philippe Brille, en 1585 par le sculpteur Germain Pilon (auvent, sculptures), puis 1685, 1852 et 1909, dates apparaissant au bas du cadran.

L'horloge est encadrée de deux grandes figures allégoriques qui représentent la Loi et la justice.

Deux plaques posées au-dessus et au-dessous de l'horloge portent des inscriptions latines :

  • en haut : « Celui qui lui a déjà donné deux couronnes lui en donnera une troisième », allusion aux couronnes de Pologne et de France portée par son contemporain le roi Henri III ;
  • en bas : « Cette machine qui fait aux heures douze parts si justes enseigne à protéger la Justice et à défendre les lois ».

Le cadran actuel, est de forme carrée, d'un diamètre d'un mètre et demi et est orné au centre de rayons flamboyants et dorés ; il est placé sur le manteau royal de la France au fond d'azur fleurdelisé.

Les aiguilles en cuivre repoussé et bronzé, la grande en fer de lance, la petite terminée en fleur de lis, marquent les heures sur des chiffres romains colorés en relief sur la pierre.

L'horloge est encadrée de deux grandes figures allégoriques qui représentent la Force et la justice.

[modifier] Charles V

Charles V le Sage décida de quitter le Palais de la Cité pour l’hôtel Saint-Pol ; il y maintint son administration (Parlement, Chambre des Comptes, Chancellerie) et nomma un concierge. Au Moyen Âge, la Conciergerie constitue alors la prison du palais. C’est alors que débute l’histoire de la prison de la Conciergerie.

[modifier] Le Palais de Justice

C’est aussi à partir de cette époque que se constituera progressivement sur le site du « Palais de la Cité », l’ensemble architectural de l’actuel Palais de justice de Paris, qui abrite notamment la Cour de Cassation et l'essentiel des tribunaux de Cour d'appel de Paris.

[modifier] La Conciergerie sous la Révolution

Le 6 avril 1793, le Tribunal révolutionnaire s’était installé au premier étage, dans l’ancienne grande-chambre du parlement de Paris. L’accusateur public, Fouquier-Tinville, avait aménagé ses bureaux au même étage, entre les tours de César et d’Argent. Dès lors, tous les prisonniers qui étaient détenus dans les différentes prisons de Paris, ainsi que dans certaines prisons de province, et qui devaient comparaître devant le tribunal, furent progressivement transférés à la Conciergerie. Leur nombre ne cessa d’augmenter, surtout après le vote de la loi des suspects du 17 septembre.

Portrait de Marie-Antoinette réalisé à la Conciergerie quelques jours avant son exécution.

[modifier] « L’antichambre de la guillotine »

Les détenus qui avaient comparu devant le Tribunal révolutionnaire qui siégeait au Palais de justice attenant et avaient été condamnés à mort n’étaient pas ramenés dans leur cachot. Ils étaient immédiatement séparés des autres prisonniers et conduits, pour les hommes dans l’arrière-greffe, pour les femmes dans de petites cellules situées dans le couloir central. Dès que le bourreau et ses aides arrivaient, tous étaient regroupés dans le vestibule baptisé salle de la toilette pour y être dépouillés de leurs effets personnels, tondus et attachés. Encadrés par des gendarmes, les condamnés - parfois plusieurs dizaines - traversaient la salle du guichet et gagnaient la cour du Mai, donnant sur la rue de la Barillerie (qui se trouvait à l’emplacement de l’actuel boulevard du Palais). C’est là que les détenus attendaient les charrettes qui devaient les conduire à la guillotine.

[modifier] Détenus célèbres

Il passe à la Conciergerie, durant la Terreur, 2 768 personnes suspectées d'actes anti-révolutionnaires ou coupables de faits avérés, dont :

[modifier] Les principales pièces de la prison

[modifier] La salle des Gardes

Anciennement réfectoire du Palais, elle fut réservée à la prison des hommes et sommairement compartimentée en cachots. Devant l’afflux des prisonniers, elle fut divisée par un plancher installé à mi-hauteur, permettant d’aménager ainsi deux salles superposées.

C’est au-dessus de la salle des Gardes, au premier étage, dans l’ancienne grand-chambre du parlement de Paris, que siégeait le Tribunal révolutionnaire.

[modifier] La rue de Paris

Ce que l’on a baptisé la rue de Paris, dont le nom vient de Monsieur de Paris, surnom donné au bourreau qui venaient visiter les prisonniers par ce couloir, fut, elle aussi, annexée à la prison des hommes et de ce fait compartimentée en minuscule cellules. Celles des « pailleux » étaient réservées aux prisonniers sans ressources ; celles des « pistoles » étaient louées aux prisonniers (dits les pistoliers) de classe moyenne et étaient pourvues d'un lit, enfin pour les plus fortunés étaient louées des cellules pour une seule personne avec de quoi écrire (il était d'usage d'écrire ses mémoires avant de mourir), de la lumière et bien sûr un lit.

[modifier] Le Grand Préau

Le grand préau.

Il s’agissait de l’ancien jardin du roi, auquel s’était substitué une vaste cour rectangulaire. Celle-ci était entourée d’une galerie compartimentée en cachots pour les hommes.

[modifier] Le couloir central

Sombre et étroit, il distribuait sur son parcours de nombreuses pièces : la salle du guichet, le bureau du concierge, le greffe, l’arrière-greffe, le parloir, une pièce de repos pour les guichetiers, l’infirmerie, la chapelle, quelques cellules pour femmes...

[modifier] La cour des Femmes

Ancien jardin bordant le logis du roi, cette cour était le lieu de promenade des femmes. Elle était entourée de cellules dont le confort variait suivant les possibilités pécuniaires des détenues. Dans cette cour, les femmes lavaient leur linge à une fontaine (aujourd’hui encore existante); sur l’une des tables de pierre, elles prenaient leur repas. L’endroit fut, dans la vie cellulaire révolutionnaire, un lieu important pour la vie sociale des prisonniers. Dans un coin subsiste ce qui fut le « côté des Douze » : un enclos triangulaire séparé par une grille de la cour des femmes, dépendant du quartier des hommes et, surtout qui comptait chacun des "douze" condamnés qui pouvaient une dernière fois, dans cet espace, dire au revoir à leur famille avant d'être emportés par la charette (à douze places...) vers la guillotine.

[modifier] Le bureau du greffier

La cour des femmes.

Il a été reconstitué dans le musée de la Conciergerie. C’était là que l’on inscrivait, dès leur arrivée, les noms des détenus sur les registres. Cette pièce est devenue la buvette du Palais de Justice.

[modifier] La salle de la toilette

À cet endroit, les condamnés à mort étaient dépouillés de leurs objets personnels au profit de l’État ou du bourreau, peu rémunéré et pour qui, donc, il n'y avait pas de petits gains : bijoux, tabatières, lunettes, montres. Chacun d’eux était ensuite assis sur un escabeau, avait les mains liées derrière le dos, puis le col de sa chemise était échancré afin d’avoir les cheveux coupés au ras de la nuque. Les condamnés étaient ensuite escortés jusqu’à la cour du Mai, où attendaient les charrettes qui devaient les conduire sur leur lieu d’exécution.

[modifier] La petite chapelle royale

Dite « Chapelle des Girondins », existait déjà au Moyen Âge. La tradition y situe le lieu dans lequel les vingt-et-un Girondins attendirent la mort dans la nuit du 29 au 30 octobre 1793.

[modifier] La première cellule de Marie-Antoinette

Le quartier des femmes.

La première cellule de Marie-Antoinette d'Autriche fut installée dans l’ancienne chambre de réunion des guichetiers (une cellule humide composée d’un lit de sangle, d’un fauteuil en canne, de deux chaises et d’une table) donnant sur la cour des femmes par une étroite fenêtre. Après une tentative d’évasion (voir Alexandre Gonsse de Rougeville), Marie-Antoinette fut transférée dans la deuxième cellule. (La reconstitution de la cellule de la reine a été faite pour une moitié sur l’authentique cellule et pour l’autre moitié sur la travée contiguë à l’est). Un paravent la séparait des gendarmes assurant sa surveillance.

[modifier] La seconde cellule de Marie-Antoinette

Située à côté de la petite chapelle royale. Louis XVIII de France fit ériger à l’endroit même de la cellule de la reine, qui fut coupée par un mur, une chapelle. La moitié ouest fut réunie à la chapelle par un local où la tradition situe les dernières heures de Maximilien de Robespierre.

[modifier] Après la Révolution

Le préau des femmes.

Au XIXe siècle, furent détenus à la Conciergerie des prisonniers célèbres tels que : Georges Cadoudal, Michel Ney, le prince Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III) et les anarchistes Felice Orsini et Ravachol.

La Conciergerie garde cette fonction carcérale tout au long du XIXe siècle et son appropriation au régime cellulaire est autorisée par arrêté du 15 mai 1855 lors des travaux de réfection des cellules par Louis-Joseph Duc. Le monument perd son statut de prison en 1914, il est classé monument historique, il est ouvert au public et abrite ponctuellement des expositions. On y trouve aussi une reconstitution des geôles révolutionnaires des cellules à pailleux, à pistole et celle de Marie-Antoinette, la lame de la guillotine qui servit à l’exécution de Lacenaire.

Le nom de Conciergerie désigne alors à la fois une partie du quartier de détention, c’est-à-dire la prison des femmes, et l’ensemble des salles gothiques, à savoir la salle des gens d’armes, la Rue de Paris, la salle des gardes et les cuisines. Ainsi, le nom de Conciergerie désigne des réalités différentes au cours des siècles mais elle a une origine pénitentiaire pratiquement depuis sa création.

Une partie de la Conciergerie nommée Dépôt est toujours utilisée pour les prisonniers en instance de jugement et les délinquants pris en flagrant délit, au 3 quai de l’Horloge. Il est aussi utilisé comme centre de rétention administrative (CRA).

On trouve un témoin de la crue de la Seine de 1910 à environ un mètre de hauteur de la salle donnant accès aux tours d’Argent et de César.

[modifier] Liens internes

[modifier] Notes et références

  1. Arrêté du 2 avril 2008.
  2. http://www.conciergerie.monuments-nationaux.fr/
  3. Article Concierge du TLFi (Trésor de la Langue Française Informatisé), http://atilf.atilf.fr/tlf.htm. L'étymologie proposée par le Online Etymology Dictionary - http://www.etymonline.com - est identique.
  4. Bernard Gineste, Onomastica 1, 2009.
  5. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 20.
  6. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 20.
  7. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 21.
  8. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 21.
  9. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 21.
  10. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 23.
  11. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 23.
  12. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 23.
  13. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 26.
  14. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 26.
  15. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 28.
  16. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 28.
  17. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 28.
  18. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 29.
  19. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 29.
  20. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 48.
  21. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 30.
  22. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 32.
  23. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 47.
  24. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 48.
  25. Tortures et supplices au XVIe siècle
  26. Histoire du siège de Paris par Henri IV, page 61.
  27. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 42.
  28. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 50.
  29. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 50.
  30. Herveline Delhumeau, Le palais de la Cité, Du Palais des rois de France au Palais de Justice, éd. Actes Sud, 2011, p. 54.

[modifier] Références MH

  1. Notice no PA00085991, sur la base Mérimée, ministère de la Culture

[modifier] Liens externes

Sur les autres projets Wikimedia :

Outils personnels
Espaces de noms
Variantes
Actions
Navigation
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils
Autres langues