Concession française de Shanghai

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Carte de Shanghai en 1935, avec les limites de la Concession française inscrites en rouge.

La concession française de Shanghai est un territoire chinois qui fut sous administration française de 1849 à 1946 dans la ville de Shanghai (法租界 fǎzūjiè en Chinois, Changhaï dans la graphie française officielle de l'époque). le territoire recouvre les quartiers actuels de Xuhui (anciennement Zi-Ka-Wei) et Luwan. Ce lieu résidentiel préservé est un point d'attraction des touristes de la ville.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue d'une partie de la concession aujourd'hui.

Le traité de Huangpu, signé le 24 octobre 1844 entre la France de Louis-Philippe et la Chine de Daoguang, représente le signe d'une ouverture du marché chinois au commerce international, jusqu'alors réduit au seul port de Canton. L'une des cinq villes concernées est Shanghai[1]. En janvier 1847, Charles de Montigny, l'un des participants aux négociations du traité, y est nommé consul de France. Il y arrive en janvier 1848 et présente ses lettres de créance au Daotai (chef de circonscription, dao) Lin Kouei. La ville ne compte alors qu'une petite communauté d'une trentaine de Français, presque tous missionnaires ou jésuites, qui viennent d'ouvrir leur collège Saint-Ignace en 1847, et peu de commerçants. Mais un négociant en vins venu de Canton demande l'aide de Montigny pour développer son activité. Le consul, suivant la ligne établie en 1842 par son homologue anglais Georges Balfour, parvient à signer, le 6 avril 1849, une proclamation qui fixe l'emplacement du territoire de résidence des Français, malgré le manque d'enthousiasme de l'ambassadeur Forth-Rouen. La concession, constituée de marécages inhabités, est située au nord de la ville chinoise. Elle est limitée, à l'est, par le Huang Pu, à l'ouest, par Defense Creek, au sud, par le rempart de la vieille ville et, au nord, par la concession britannique dont elle est séparée par un canal, le Yang King Pang[2]. Ses dimensions (66 hectares) sont nettement plus modestes que celles de sa consœur britannique (199 hectares) [3].

Bâtiment de la concession.

Montigny œuvra au développement économique de la concession, n'hésitant pas à solliciter les religieux français de toute la Chine pour lui fournir des produits à exporter vers la France. Cependant, en 1853, l'invasion de la ville par les Xiaodao hui, mouvement rebelle chinois, mit à mal les concessions française, britannique et américaine, qui construisirent alors une muraille de protection. Un second assaut de l'armée Taiping eut lieu le 20 août 1860 [4]. Après plusieurs mois de lutte, les rebelles furent difficilement repoussés par une milice d'une centaine, puis d'un millier d'hommes, emmenée par un aventurier américain, Frederick Townsend Ward, assisté d'un Français : Albert-Édouard Le Brethon de Caligny. Ces années de trouble inciteront la concession à s'organiser et à mettre en place une force publique propre. En outre, alors que plus de 20 000 réfugiés des campagnes chinoises, fuyant les violences des Taipings, s'étaient précipités vers les concessions étrangères, la concession française fut agrandie de 59 hectares en 1861 et un pont la reliant à la concession britannique fut construit.

Cathédrale Saint-Ignace, construite par les jésuites français.

L’église Saint-Joseph fut édifiée la même année, alors qu'était créé un Conseil municipal, composé de cinq propriétaires français et présidé par le consul lui-même. Cent personnes constituaient alors la communauté française. Dès 1856, le consul Benoît Edan avait mis en place une petite police qui deviendra la « Garde municipale », d'environ vingt-cinq hommes. Avec le conseil municipal, la garde s'organisa, elle atteindra d'ailleurs 3 000 hommes à l'aube de la Première Guerre mondiale. Le conseil nomma aussi un collecteur d'impôts ainsi qu'un inspecteur des routes.

Mais le nouveau consul, le vicomte Antoine Brenier de Montmorand, entra rapidement en conflit avec le Conseil. S'ensuivit une longue période de désorganisation, accentuée par le départ des réfugiés chinois après la guerre, le déclin des affaires commerciales et le surgissement de sombres affaires d'opium. De graves incidents entre Chinois et Français en 1874 ranimèrent de vives tensions au sein de la concession.

Nonobstant, les affaires continuent de prospérer. L'arrivée en 1863 des Messageries nationales participe au développement du commerce, en particulier des précieuses soieries exportées vers la région lyonnaise. Plusieurs banques viennent aussi s'installer au sein de la concession.

Mais en mai 1899, l'extension signée par le consul de France ne fut que de 68 hectares, alors que, au même moment, la concession internationale (fusion des concessions britannique et américaine) s'agrandissait de 760 hectares. Le refus d'alliance entre les deux concessions eut raison de la France, qui s'en trouva défavorisée. Parallèlement, le mouvement de révolte des Boxers s'étendait et multipliait les exactions contre les chrétiens des provinces chinoises. En 1900, les missions étrangères sont prises pour cibles et les légations, attaquées. Mais les troupes alliées se préparent. Après la libération de Pékin par l'Alliance des huit nations, le contingent de 8 000 hommes stationné à Shanghai quitte la ville.

C'est ici que se trouvait la plus grande université de Chine de l'époque, l'université Jésuite Aurore (1903-1952), avenue Dubail.

Vue d'une maison de la concession française.
Buste de Pouchkine dans un square de la concession française, installé par les Russes blancs en 1937, détruit pendant la révolution culturelle et remis en place en 1987.

Jusqu'en 1940, la concession française connut un développement spectaculaire, les ruisseaux furent comblés et de grandes avenues furent tracées. On plante des platanes en 1902 avenue Joffre, qui font aujourd'hui le caractère de la vieille ville. Ils sont depuis appelés par les Chinois « arbres français ». La concession s'étendait au centre, au sud et l'ouest de la partie urbaine de la ville. Une bande de territoire allait en plus à l'est par la rue du consulat[5], jusqu'au quai de France au sud du Bund. Le tramway fit son apparition en 1906[6], de même que l'automobile, dont le nombre dépassa 4 000 en 1931[7]. Une dernière extension est réalisée en 1914. Même les troubles de la Première Guerre mondiale n'affectent qu'à peine la concession.

Le 23 juillet 1921, fut une aussi une date importante pour l'avenir politique de Chine puisque ce fut aussi au sein de la concession française, dans une maison de briques grises sise rue Huangpi, que ce tînt le congrès fondateur du Parti communiste chinois[8]

En 1930, la concession française de Shanghai est à son apogée. C'est aussi à l'époque un quartier résidentiel prisé, où les étrangers aiment demeurer, surtout dans la partie nouvelle de la concession, où ils peuvent construire des maisons plus spacieuses. Les Américains y installent leur American College, rue Pétain[9]. Un afflux de Russes blancs après la révolution de 1917 fait croître leur population dans la concession de 41 (en 1915) à 7 000, et à 8 260, après l'occupation japonaise de la Mandchourie en 1934. En 1934, la concession française compte 498 193 habitants, dont 18 899 étrangers, parmi lesquels 8 200 Russes-Blancs et seulement 1 430 Français[10].

Lors de la bataille de Shanghai, l'aviation chinoise bombarde lourdement par deux fois la concession par erreur et fait plusieurs centaines de morts, l'attaque du 14 août faisant 445 morts et 828 blessés [11].

Lorsque les Japonais ont pris Shanghai lors de la bataille, leurs troupes ont traversé sans opposition aucune la Concession Internationale, mais à l’entrée de la Concession Française, le vice-amiral Jules Le Bigot commandant les Forces navales en Extrême-Orient s’est assis sur un pliant au milieu de la rue devant leurs véhicules et les a obligés à négocier pour ne faire passer finalement qu’un convoi de ravitaillement désarmé. Le 4 décembre 1937, des convois non-armées japonais sont autorisés à traverser la concession[12].

Dès 1941, l'occupation de Shanghai par les troupes de l'empire du Japon force des dizaines de milliers de Chinois à se réfugier dans les concessions. L'accord sino-britannique de février 1943 instaure la restitution de la concession internationale à la Chine, tandis que le 30 juillet 1943, le consul général, Roland de Margerie remet les clefs de la concession française au maire de Shanghai[13]. C'est un accord franco-chinois qui met officiellement fin à la concession française de Shanghai le 1er mars 1946. La victoire en 1949 du parti communiste chinois lors de la guerre civile chinoise contraint les étrangers à évacuer la ville.

Littérature[modifier | modifier le code]

Dans Les tribulations d'un Chinois en Chine de Jules Verne, paru en 1879, le héros Kin-Fo, qui doit échapper à Wang, voulant l'assassiner, parcourt la Chine et relate, dans le Chapitre III (intitulé où le lecteur pourra, sans fatigue, jeter un coup d'œil sur la ville de Shang-Haï), l'histoire de la ville :

« [...] Après le Traité de Nankin, [...] le gouvernement [chinois] a [...] concédé, moyennant une rente annuelle, trois portions de territoire aux Français, aux Anglais et aux Américains [...]. De la concession française, il y a peu à dire. C'est la moins importante. Elle confine presque à l'enceinte nord de la ville, et s'étend jusqu'au ruisseau de Yang-King-Pang, qui la sépare du territoire anglais. Là s'élèvent les églises des Lazaristes et des Jésuites, qui possèdent aussi, à quatre milles de Changhaï, le collège de Tsikavé[14], où ils forment des bacheliers chinois. Mais cette petite colonie française n'égale pas ses voisines, à beaucoup près. Des dix maisons de commerce, fondées en 1861, il n'en reste plus que trois, et le Comptoir d'escompte a même préféré s'établir sur la concession anglaise. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. avec Amoy, Fuzhou (ex Fou-Tchéou), Canton et Ningbo.
  2. Voir une photographie.
  3. La création de la Concession Française de Changhai, par Charles Lagrange.
  4. Charles de Montigny et les débuts de la concession.
  5. Aujourd'hui rue Jinling-Est
  6. Modernisation de Shanghai.
  7. La concession française de Shanghai : bref historique, de Marie-Laure des Dorides.
  8. « Dans un quartier branché de Shanghaï, la maison natale du PCC » - Article du Monde 25 septembre 2009
  9. Aujourd'hui rue Hengshan
  10. Jacques Guillermaz, Une vie pour la Chine, Robert Laffont, collection « Pluriel », 1989
  11. Albert Moreau, « L'histoire du croiseur Lamotte-Picquet », sur Net-Marine (consulté le 16 septembre 2014).
  12. Guy Brossollet, Les Français de Shanghaï: 1849-1949, Belin,‎ 25 avril 2000, 350 p. (ISBN 978-2701125145), p. 135.
  13. (en) The curtain falls, par Dominique Camus.
  14. Il s'agit du collège Saint-Ignace dans le quartier de Zi-Ka-Wei

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]