Concerto pour piano nº 3 de Rachmaninov

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Concerto pour piano no 3
Opus 30
Image décrite ci-après
Le compositeur recopiant lui-même la partition.

Genre Concerto
Nb. de mouvements 3
Musique Sergueï Rachmaninov
Effectif Piano et orchestre symphonique
Durée approximative env. 41 à 43 minutes
Dates de composition 1909
Dédicataire Józef Hofmann
Création 28 novembre 1909
Century Theatre (en)

Drapeau : États-Unis New York

Interprètes Sergueï Rachmaninov (pno.) ;

Orchestre Symphonique de New York, Walter Damrosch (dir.)

Versions successives
  • Version originale pour piano et orchestre (1909)
  • Arrangement pour deux pianos (1909)

Le Concerto pour piano en ré mineur, op. 30 (appelé familièrement « Le Rach 3 ») est le troisième des quatre Concertos pour piano écrit par Sergueï Rachmaninov. Il fut créé par l'auteur le 28 novembre 1909 à New York sous la direction de Walter Damrosch.

Considéré comme l'une des partitions les plus difficiles du répertoire pour l'extrême virtuosité technique exigée du pianiste, son exécution en public représente pour l'interprète, étant donné sa facture pianistique monumentale et foisonnante, une vraie prouesse artistique. Il est avec son deuxième concerto son œuvre la plus populaire. Le concerto suit la structure classique en trois mouvements :

  1. Allegro ma non troppo
  2. Intermezzo : Adagio
  3. Finale : Alla breve

Son exécution complète dure 41 à 43 minutes en moyenne[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Composé dans le cadre paisible de la propriété de campagne de sa famille, Ivanovka, le concerto est achevé le 23 septembre 1909. Rachmaninov a écrit cette pièce dans le but de montrer ses propres talents de compositeur mais également de pianiste. Le concerto est contemporain de sa Première sonate pour piano et de son très célèbre Poème symphonique L'Île des morts. Le concerto est respecté, craint et réputé pour sa difficulté diabolique. Rachmaninov ne pouvait même pas jouer un rappel après l'exécution de son 3e concerto ; en témoigne ce commentaire d'un journal américain : « Monsieur Rachmaninov fut rappelé plusieurs fois par le public qui insista pour qu'il rejoue, mais il leva les mains dans un geste signifiant qu'il était d'accord pour rejouer mais que c'étaient ses doigts qui ne l'étaient pas. Ceci fit beaucoup rire le public qui, à ce moment-là seulement, le laissa partir[2]! ». Josef Hofmann, le pianiste à qui l'œuvre est dédicacée et que Rachmaninov considérait meilleur que lui, n’a jamais tenté de la jouer, disant d’elle que « ce n’était pas pour lui ».

À cause de contraintes de temps, Rachmaninov n'a pu travailler la pièce en Russie. C'est pourquoi il a pris avec lui un piano silencieux sur le bateau qui l'emmena aux États-Unis, sur lequel il put s'exercer.

Le concerto est pour la première fois donné le 28 novembre 1909 par la maintenant défunte Société symphonique de New York avec Walter Damrosch à sa tête et Rachmaninov apparaissant comme artiste invité au piano du New Theater (plus tard renommé en Century Theater). L'œuvre est redonnée quelques semaines plus tard sous la baguette de Gustav Mahler. Le manuscrit est quant à lui pour la première fois publié en 1910 par Gutheil. La création en Angleterre est donnée par Georges Thalben-Ball au Royal College of Music à Londres.

Il est popularisé en 1996 par le film Shine, lequel trace un portrait du fameux pianiste australien David Helfgott, jouant l'« œuvre la plus difficile au monde » lors d'une compétition au Royal College of Music d'Angleterre.

Le 3e Concerto et Horowitz

À la fin des années 1910, Horowitz connaît toute l'œuvre de Rachmaninov ; il choisit le 3e Concerto pour son épreuve de sortie de conservatoire. Lorsqu'il débarque aux États-Unis pour sa première tournée de concerts, "Volodia" n'a qu'une idée en tête : rencontrer son idole. La première entrevue a lieu dans les sous-sol de l'atelier Steinway de New York, le 8 janvier 1928. Horowitz exécute 3e Concerto qu'il doit jouer à Carnegie Hall quelques jours plus tard : Rachmaninov est médusé par son interprétation, lui déclare que cette œuvre lui appartient : « Il s'est jeté sur la musique comme un tigre affamé. Avec son audace, sa bravoure, son intensité, il l'a dévorée tout cru[3]. »

Orchestration[modifier | modifier le code]

Nomenclature du Concerto pour piano no 3
Cordes
Premiers violons, seconds violons, altos,

violoncelles, contrebasses

Bois
2 flûtes, 2 hautbois,

2 [[clarinette|clarinettes en si bémol]], 2 bassons

Cuivres
4 cors en fa, 2 [[Trompette|trompettes en si bémol]]
Percussions
Timbales en do, ré et la

Analyse[modifier | modifier le code]

Allegro ma non troppo[modifier | modifier le code]

La célèbre introduction du piano

Le premier mouvement est axé sur une douce mélodie diatonique et allante qui se développe ensuite en figures pianistiques très complexes. Rachmaninov en parle en ces termes :

« Le premier thème de mon Troisième Concerto n’est emprunté ni au chant populaire, ni à la musique d’église. Il s’est tout simplement « composé lui même » ! […] je ne pensais qu’à la sonorité. Je voulais « chanter » la mélodie au piano… et lui trouver un accompagnement adéquat… Rien de plus ! »

Le second thème s’ouvre par de légers échanges entre l'orchestre et le piano avant de plonger dans un thème lent en majeur. La première partie du premier thème est traitée une deuxième fois avant que le mouvement ne passe au développement.

Celui-ci s'ouvre par une sorte de toccata en croches au piano puis atteint un passage ponctué d'accords « lourds ». L'écriture de cette section prend parfois des airs canoniques, en particulier lors d'un passage en croches au piano dans lequel les deux mains se chevauchent.

Le premier thème réapparaît juste avant la coda.

L'apogée est atteinte avec la cadence du piano. Rachmaninov en écrivit deux versions[4], la première est aujourd'hui notée comme ossia. Le compositeur jouait par ailleurs la seconde dans ses enregistrements de l'œuvre.

Piano Concerto 3 Cadenza.png
Extrait de la cadence

Intermezzo : Adagio[modifier | modifier le code]

Le second mouvement consiste en plusieurs mélodies qui se suivent sans schéma rigoureux. Il conduit au troisième mouvement sans pause.

Finale : Alla breve[modifier | modifier le code]

Le troisième mouvement suit le second sans pause (attaque). Rapide et vigoureux, il contient plusieurs thèmes qui rappellent le premier mouvement, donnant ainsi une unité cyclique au concerto. Le dernier mouvement se conclut par une mélodie triomphante.

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Les enregistrements célèbres du concerto incluent celui en 1951 de Vladimir Horowitz avec Fritz Reiner et l'orchestre symphonique de RCA. Les plus talentueux pianistes ont enregistré le troisième concerto : Byron Janis, Idil Biret, Earl Wild, Stephen Hough, Martha Argerich, Van Cliburn, France Clidat (Avec le Royal Philharmonic Orchestra, sous la direction de Zdeněk Mácal), Evgeny Kissin, Vladimir Feltsman, Vladimir Ashkenazy, Emil Guilels, Victor Eresko, André Laplante, Arcadi Volodos, Nikolai Lugansky, Boris Berezovsky, et Rachmaninov lui-même (en 1939-1940 avec l'Orchestre de Philadelphie sous la baguette d'Eugene Ormandy).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François-René Tranchefort, Guide de la musique symphonique, 1986, p. 615 (ISBN 2-213-01638-0)
  2. Commentaire du New York Herald, après l'exécution du troisième concerto avec Rachmaninov au piano
  3. Fousnaquer 1994
  4. Cox J, notice de l'enregistrement de l'œuvre par Earl Wild et Jasha Horenstein, éditions Chandos Classics

Liens externes[modifier | modifier le code]