Concert de casseroles

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Manifestation et cacerolazo en 2002. La bannière se lit «Banques voleuses - redonnez-nous nos dollars».
Cacerolazo contre Nicolás Maduro à Caracas le 15 Avril, 2013

Un concert de casseroles ou casserolade, nommé en espagnol cacerolazo ou une cacerolada, est une forme de protestation populaire pratiquée à la fin de la guerre d'Algérie dans les villes d'Algérie, et utilisée plus tard dans certains pays hispanophones - en particulier le Vénézuéla, le Chili, l'Argentine et l'Uruguay — qui consiste à frapper des ustensiles domestiques de métal, dont des casseroles, qui nomment la pratique. L'intention de cette manifestation est d'appeler l'attention par le biais du bruit produit.

En Algérie française[modifier | modifier le code]

Le phénomène prend forme en Algérie vers 1961 comme une protestation populaire des Pieds-Noirs favorables au maintien de l'Algérie française, contre la politique gaullienne d'autodétermination et contre l'indépendance de l'Algérie, souvent à l'initiative de l'OAS. Il consiste en des concerts nocturnes, où les habitants, montés sur les terrasses, ou depuis leur balcon, scandent sur des casseroles en style télégraphique trois brèves et deux longues symbolisant Al-gé-rie Fran-çaise.

« L'an 1961 finissait dans le bruit et le sang. On ferait semblant. [...] Minuit sonna à tous les clochers de la ville [ il s'agit d'Oran ]. Quelqu'un dit : "Les casseroles !" Une immense clameur s'élevait de la ville : derrière les volets des balcons, dans les cours, depuis les terrasses sombres, jaillirent des concerts improvisés de casseroles, sous un ciel serein, lui. En un rien de temps, chacun s'était débrouillé, sa casserole et sa cuillère à la main, tapait avec l'énergie du désespoir "Algérie française" [...] Après ce concert de casseroles, réconfortant et éprouvant à la fois, l'ambiance aux petites heures du jour se fit mélancolique. »

— Helyett Ben Amara[1]

« Ces casseroles, ces sifflets, ces klaxons Al-gé-rie française, ont quelque chose d'émouvant. Cela a duré deux heures sans une seconde d'interruption. Ce n'est plus de l'hystérie, mais un cri désespéré, interminable, qui remue les plus endurcis. Voilà comment on est balancé continuellement entre deux mondes qui s'entretuent, pleurent, souffrent, appellent au secours : cri dérisoire des casseroles, quête pathétique d'un impossible miracle. Cela ne me fait pas oublier les autres, les miens qui ne finissent pas de tomber, de se faire haïr et ne parviendront sans doute jamais à émouvoir leur vis-à-vis car il y a longtemps qu'on se refuse à les prendre pour des hommes. »

— Mouloud Feraoun[2]

Au Chili, en Argentine, en Uruguay[modifier | modifier le code]

Il faut noter que le mot cacerolazo vient de cacerola en espagnol, qui signifie "casserole". Le suffixe "azo" désigne un coup (de perforation ou de suppression) d'action, et a été étendu métaphoriquement à toute sorte de manifestation de choc.

Une particularité des différents modes de manifestation qui ont eu lieu au Chili le 1er décembre 1971, est que les manifestations ont pris lieu depuis les domiciles et furent de caractère spontanée.

Au Québec et ailleurs[modifier | modifier le code]

Le phénomène de cacerolada ou cacerolazo fut introduit au Québec à partir du 18 mai 2012 pendant la grève étudiante québécoise de 2012. Ce jour-là, le gouvernement du Québec faisait adopter la Loi 78, une loi visant à mettre un frein aux piquets de grève et à plusieurs délits commis dans les manifestations, comme la casse ou l'outrage au travail de la police. Des amendes salées sont notamment prévues dans cette législation, prévues pour les grévistes commettant ces délits. Ce mode de protestation se répandit très vite dans tout le Québec et surtout dans les quartiers du centre de l'île de Montréal[3]. Ce phénomène de protestation se développe aussi peu à peu, en Europe, parallèlement au mouvement des indignés[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Helyette Ben Amara, Il était une fois...là-bas, éd. Alzieu, Grenoble 2000, p.228-230 (citée par Jeannine Verdès-Leroux, Les Français d'Algérie de 1830 à aujourd'hui, Arthème Fayard 2001, (ISBN 2-7028-4685-8), p.322).
  2. Mouloud Feraoun, Journal, 1955-1962, Éditions du Seuil, 1962, p.337 (26 septembre 1961)
  3. 13 octobre 2012 : Global noise, site lesindignesduquebec.wordpress.com.
  4. Casserolade pour dire stop à la précarité à l'occasion du sommet social, 6 juillet 2012, site de l'Humanité.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]