Composition (argumentation)

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Paul Louis Martin des Amoignes, Dans la salle de classe, 1886.

Une composition, souvent appelée « dissertation », est un exercice d'argumentation pratiqué dans les établissements scolaires français, que ce soit en lycée (dans les séries préparant au bac général), en classes prépa, en université (dans les départements de lettres et de sciences humaines) ou dans certaines grandes écoles (ENS, IEP, etc.).

Définition[modifier | modifier le code]

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Au sens scolaire, une composition est un devoir fait par un écolier sur le sujet qui lui est donné par son professeur, spécialement lors d'un concours, mais son usage dans les textes officiels désigne en particulier l'argumentation structurée en histoire et en géographie dans les lycées français.

« En histoire comme en géographie, il [le candidat] doit montrer qu'il maîtrise les connaissances du programme. Pour traiter le sujet choisi, il produit une réponse organisée et pertinente, comportant une introduction, plusieurs paragraphes et une conclusion. »

— Note de service de 2010 définissant l'épreuve du bac S[1].

Selon cette circulaire, une composition est donc une réponse à un sujet donné. Cette réponse est organisée (structurée en parties et sous-parties), pertinente (pas hors-sujet), s'appuie sur des connaissances solides et compte introduction et conclusion.

Variantes[modifier | modifier le code]

Cette argumentation peut porter différents autres noms selon la matière enseignée, le pays ou la période : la dissertation (en français, en philosophie, en droit et en sciences économiques et sociales[2]), le commentaire composé (en français, anciennement appelé « commentaire de texte »), le paragraphe argumenté (en histoire et en géographie, pratiqué uniquement au collège ; il est bien plus court que la composition)...

Évolution[modifier | modifier le code]

Article connexe : L'origine de la dissertation.

L'argumentation connait quelques évolutions, notamment dans son appellation.

Description[modifier | modifier le code]

La méthode de la composition varie selon le niveau de l'établissement, qui influe sur les exigences du professeur : l'argumentation peut être souhaitée plus ou moins longue, avec des méthodes d'introduction légèrement différentes selon l'enseignant.

Introduction[modifier | modifier le code]

Une argumentation écrite débute obligatoirement par une introduction, qui est souvent particulièrement soignée (c'est la première impression donnée au lecteur-évaluateur). Les copies les plus originales peuvent commencer par une « accroche » (d'une ou deux phrases), comprenant une courte citation (et son explication), un fait historique ou géographique pertinent ou la présentation des documents s'il y en a. Les éléments obligatoires d'une introduction sont :

  • une analyse du sujet, qui fournit une définition des termes de l'énoncé et fixe les bornes spatiales ou chronologiques du sujet ;
  • la définition d'une problématique, qui consiste à poser un problème, sous forme interrogative par exemple (au lycée, la problématique est parfois fournie par le sujet, il suffit dans ce cas de faire une simple reformulation) ;
  • l'annonce de plan, qui indique les grands axes (c'est-à-dire les parties) de l'argumentation.

Corps de texte[modifier | modifier le code]

Le corps de texte est une argumentation organisée qui répond à la problématique donnée. Cette organisation se fait en plusieurs parties, chacune divisée en quelques sous-parties, chaque sous-partie subdivisée par des couples d'arguments et d'exemples.

Les conventions dans l'enseignement de l'histoire et de la géographie en France sont de se limiter à deux ou trois parties divisées chacune en deux ou trois sous-parties, séparés par des sauts de ligne (une forme de perfection étant d'avoir trois parties chacune avec trois sous-parties subdivisées en trois arguments). Ces divisions sont dans l'idéal de tailles approximativement égales, sans titre de partie (les titres sont parfois tolérés, notamment en géographie), avec pour chacune une courte introduction (une ou deux phrases) au début et une phrase de conclusion à la fin servant de transition avec la partie ou sous-partie suivante.

Conclusion[modifier | modifier le code]

La conclusion termine la composition avec deux éléments, l'ensemble étant de taille approximativement équivalente à celle de l'introduction :

  • d'une part un bilan, une synthèse, un résumé qui répond à la problématique donnée dans l'introduction ;
  • d'autre part une « ouverture » c'est-à-dire une nouvelle problématique liée au sujet qui vient d'être traité. Une ouverture en géographie correspond à un changement d'échelle pour poursuivre le sujet ; une ouverture en histoire correspond aux suites chronologiques du sujet.

Problèmes[modifier | modifier le code]

Choix des sujets[modifier | modifier le code]

La question du choix des sujets se pose d'abord au professeur qui doit préparer les énoncés, puis à l'élève ou au candidat au tout début de l'épreuve. Pour l'épreuve du bac passé en terminale lors des sessions 2005 à 2012 comme pour l'épreuve anticipée passée en première à partir de la session 2012, il y a deux sujets au choix du candidat. Les textes officiels limitent le nombre de sujets possibles aux grands thèmes du programme :

« En histoire comme en géographie, des éléments peuvent être éventuellement fournis pour aider le candidat (chronologie, données statistiques, indications spatiales...). Les sujets portent sur un ou plusieurs thèmes ou ensembles géographiques du programme. En histoire, les sujets doivent privilégier une période large mais ils peuvent porter aussi sur un tableau à un moment de l’évolution historique. Si un sujet ne portant que sur les dix dernières années est exclu, des sujets envisageant une période plus large, allant jusqu’à nos jours, sont possibles »

— Note de service de 2004 définissant l'épreuve d'histoire et de géographie du bac ES, L et S[3].

« La formulation du sujet peut prendre des formes diverses : reprise (partielle ou totale) d'un intitulé du programme, question ou affirmation, problématique explicite ou non ; elle peut être brève ou plus détaillée. »

— Note de service de 2010 définissant l'épreuve anticipée d'histoire et de géographie du bac S[1].

Choix des axes[modifier | modifier le code]

En termes de méthode pour l'élève ou le candidat à un examen, l'analyse du sujet choisi et la définition de ses limites doivent permettre de définir une problématique ainsi que les grands axes de l'argumentation (développés dans les parties et sous-parties du corps de texte) et d'éviter les hors-sujets. Pour un sujet donné, il y a rarement une seule problématique et un seul plan corrects, mais bien plusieurs. Une bonne problématique et un bon plan sont ceux qui couvrent « le sujet, tout le sujet, rien que le sujet »[4], pour éviter les oublis et les hors-sujets.

En histoire, les différents types de plans pour une composition sont les plans chronologiques (les parties correspondent à des périodes), les plans thématiques (les parties correspondent à des thèmes), les plans chrono-thématiques (parties chronologiques et sous-parties thématiques, ou l'inverse) ou les plans mixtes (une partie sur la chronologie et une autre partie sur les aspects thématiques).

En géographie, tout ce qui est chronologique est remplacé par l'étude spatiale (on n'étudie pas le temps, mais les territoires), les différentes parties pouvant correspondre aux échelles géographiques (échelles mondiale, nationale et locale par exemple).

Notation[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Note scolaire et Docimologie.

Chaque enseignant est libre de choisir sa méthode de notation. Pour la correction de l'épreuve écrite du baccalauréat, un document ayant pour titre Orientations pour la correction est distribué à chaque correcteur, leur fournissant des « consignes et indications de correction »[5] ; ces consignes sont avant tout des extraits des différents textes encadrant l'épreuve :

« L’évaluation de la copie de chaque candidat est globale et doit utiliser tout l’éventail des notes : de 0 à 20. La répartition des points, 12 pour la première partie et 8 pour la seconde[6], peut guider les correcteurs. »

— Note de service de 2004 définissant l'épreuve d'histoire et de géographie du bac ES, L et S[3].

Lors de la remise des copies corrigées par les correcteurs, l'établissement servant de centre d'examen leur fait compléter un tableau représentant la répartition des différentes notes : le plus souvent ce tableau de notes représente une courbe de Gauss.

« Rappel des consignes données aux correcteurs pour l’évaluation de la composition. Dans la composition, le correcteur évalue :
– la compréhension du sujet ;
– la maîtrise des connaissances privilégiant les approches synthétiques et les notions centrales des programmes ;
– la capacité à organiser un plan ou une démonstration autour de quelques axes, répondant au questionnement initial ;
– la pertinence des exemples d’appui et des productions graphiques (schémas, etc.), ces dernières seront valorisées dans la notation ;
– la maîtrise de l’expression écrite. »

— Texte d'orientation de l'Inspection générale d'histoire et de géographie de décembre 2006[7].

Toute note est forcément relative, selon les exigences du professeur, mais aussi selon le niveau de la classe (d'où l'importance de la moyenne de classe) et de l'établissement. Selon le correcteur, les erreurs d'orthographe ou de grammaire (plus rarement de typographie), la mise en page, le soin, le style ou la calligraphie seront ou non pris en compte dans la notation. Un usage au baccalauréat est de se limiter à quatre points sur vingt retirés pour ces questions de forme.

Enfin, aucune note est « juste » : les expériences de multicorrection montrent des écarts de notes souvent importants pour un même devoir selon le correcteur[8],[9]. Ces écarts sont sensés être corrigés par la concertation entre les professeurs ainsi que par les commissions d'harmonisation au moment de l'examen.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Note de service no 2010-267 du 23 décembre 2010 définissant l'épreuve obligatoire d'histoire-géographie applicable à compter de la session 2012 des épreuves anticipées de l'examen en série S, publiée au BO no 5 du 3 février 2011.
  2. Le terme de dissertation est l'ancien nom de la composition en histoire dans le secondaire français, terme toujours utilisé dans le supérieur et dans les autres pays francophones (Suisse, Burkina Faso, etc.).
  3. a et b Note de service no 2004-021 du 2 février 2004 publiée dans le BO no 7 du 12 février 2004, p. 286 définissant l'épreuve obligatoire d'histoire-géographie du baccalauréat général, séries ES, L et S, applicable à compter de la session 2005 de l'examen.
  4. Dominique Olivesi, op. cit., p. 25.
  5. Exemples : [PDF] « Orientations pour la correction, baccalauréat 2009 Séries L/ES », sur http://www2.ac-rennes.fr ; « Consignes de correction de l'épreuve écrite d'histoire et de géographie série ES-L-S 2005 », sur http://artic.ac-besancon.fr.
  6. L'épreuve d'histoire et de géographie des baccalauréats séries L, ES et S des sessions 2005 à 2012 est composée de deux parties, la première dite longue est une composition ou une étude d'un ensemble documentaire, tandis que la seconde dite courte se limite à une étude de document ou un croquis.
  7. Inspection générale d'histoire et de géographie, « Orientations en histoire et en géographie pour la mise en œuvre des programmes des classes de terminales générales des lycées et pour la préparation de l'épreuve du baccalauréat (Séries ES, L et S) », sur http://www.histoire.ac-versailles.fr,‎ décembre 2006.
  8. [PDF] Bruno Suchaut, « La loterie des notes au bac : un réexamen de l’arbitraire de la notation des élèves », sur http://www.brunosuchaut.fr/,‎ 2008. Des études semblables ont été menées antérieurement : Laugier et Weinberg en 1936 ; Pieron, Reuchlin et Bacher en 1962.
  9. Pierre Merle, « Qu'est-ce qu'une notation éthique ? Fondements, principes et pratiques », Administration et éducation, no 122 « La performance, sa mesure : enjeux éthiques »,‎ 2009, p. 53-61.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Saly et Jean-Paul Scot, La dissertation en histoire, Paris, Armand Colin, coll. « Cursus série Histoire »,‎ 1994, 188 p. (ISBN 2-200-21550-9).
  • Caroline Triaud, Composition, étude et commentaire de documents : histoire & géographie, baccalauréat L, ES, S, Paris, Vuibert, coll. « Studio méthode »,‎ 1998, 127 p. (ISBN 2-7117-6223-8).
  • Vincent Morineaux, Préparer les épreuves, la dissertation de géographie : CAPES et agrégations, Paris, Édition du Temps,‎ 2001, 141 p. (ISBN 2-84274-124-2).
  • Vincent Feré, Réussir la dissertation d'histoire pour Sciences-Po, Rosny-sous-Bois, Bréal éd., coll. « Méthode et conseils »,‎ 2002, 239 p. (ISBN 2-7495-0074-5).
  • André Leblanc, Qu'est-ce qu'une dissertation ?, Paris, H & K, coll. « Méthodes »,‎ 2006, 2e éd., 95 p. (ISBN 2-914010-96-6).
  • Dominique Olivesi, Les épreuves d'histoire à l'entrée de Sciences Po : méthodologie, sujets corrigés et commentés, Paris, ellipses, coll. « Optimum »,‎ 2008, 2e éd., 416 p. (ISBN 978-2-7298-3719-8).
  • Anne Vibert (Université Stendhal-Grenoble 3), « Écriture d’invention et argumentation », Recherches & Travaux, no 73,‎ 2008, p. 35-87 (lire en ligne).
  • Pierre Merle, Les notes : Secrets de fabrication, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Éducation et société »,‎ 2007.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]