Complément au Voyage vers l'Ouest de Wu Cheng'en

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Complément au Voyage vers l'Ouest de Wu Cheng'en (en chinois : 西遊补, pinyin Xiyou bu) est un roman publié par Dong Yue au début de la dynastie Qing. Le récit comporte 16 chapitres et, comme son nom l'indique, complète Le Voyage en Occident de Wu Cheng'en.

Présentation et structure de l'œuvre[modifier | modifier le code]

La dynastie Ming, qui s’étend de 1368 à1644, fut certainement l’une des plus corrompues de l’histoire de la Chine et ne saurait rivaliser avec les grandes périodes des dynasties Hàn (汉) ou Táng durant laquelle se déroule l’histoire du Xīyóu jì. Cependant, la famille des Zhū (朱), qui est à l’origine de sa création, demeure celle qui a su délivrer le pays du pouvoir mongol imposé un siècle auparavant par Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan. Son premier empereur, Hóngwǔ (洪武), dont le nom signifie « vaste armée », est de plus le second souverain fondateur issu de la classe paysanne, mille ans après Gāozǔ (高祖) de la dynastie Hàn. Durant près de trois cent ans, le pays va ainsi connaître différentes phases : s’ouvrant un certain temps au monde grâce, notamment, aux expéditions de Zhèng Hé 郑和 sous les règnes des empereurs Yǒnglè (永乐) et Xuándé (玄德); puis se repliant sur lui-même, gangrené par la centralisation de l'autorité impériale, la corruption et la répression.
C’est en cette fin de dynastie que naquît, en 1620, Dǒng Yuè – initialement prénommé Ruòyǔ (若雨) – à Wūchéng (乌程), dans la province du Zhèjiāng (浙江). Comme beaucoup d’écrivains de cette époque, sa biographie est incertaine. Il est cependant connu pour son amour du rêve et ses excentricités parmi lesquelles une tendance à l’autodafé de ses propres ouvrages et de fréquents changements de noms. Ainsi, à la chute de la dynastie Míng, il adopta celui de Nánqián qui signifie « plonger dans l’eau dans le Sud ». Le rapport à l’eau en ce lieu et en cette période n’est pas anodin. En effet, à la dynastie Míng a succédé la dynastie Qīng (清), ou qīng cháo (清朝), des Mandchous qui prirent le pouvoir en 1644. 清 peut-être traduit par « claire » et sert généralement à désigner l’eau. Le caractère lui-même est porteur de la clef de l’eau que l’on nomme « sān diǎn shuǐ » . L’analogie serait hasardeuse si elle ne se retrouvait dans une œuvre écrite durant cette période de trouble : le Xīyóu bǔ . En effet, l’œuvre se présente comme un complément du Xīyóu jì, à la suite du chapitre LXI et plonge Sun Wukong dans un rêve provoqué par un démon maquereau. Si ce poisson d’eaux salées devait être familier à l’auteur qui vivait près de l’océan Pacifique, il semble erroné à première vue de le placer dans une histoire se situant au-delà de la montagne de feu dans la province du Xīnjiāng (新疆) au nord-ouest de la Chine. Cependant, si l’on écarte l’hypothèse d’une maladresse, il parait évident que l’auteur ait voulu allégoriser ce démon. En effet, « maquereau » se dit qīng yú (鲭鱼) en chinois, le « poisson qīng ». Si le caractère est différent, le son et le ton sont identiques au qīng (清) de la dynastie Qīng. Nous avons donc ici une double référence à la fois à travers un démon évoluant dans l’eau et la similitude des sons. De plus, la couleur du maquereau, se situant entre le vert et le bleu, pourrait être traduite par le mot chinois 青, qui se prononce également qīng. Ainsi, le monde que crée le démon se nomme qīng qīng shì jìe (青青世界), « le monde vert vert » et lève complètement le doute sur un éventuel hasard : le son de la dynastie résonne dans toute l’œuvre, entre démon maquereau, couleur bleu-vert et monde onirique du même nom. Sur près de 43000 caractères, 鲭 revient 34 fois, 青 108 fois et 清 22 fois. Dans une œuvre d’une quarantaine de pages en chinois le son qīng est donc répété en moyenne 4 fois par page : comme le son d’une cloche obsédante rappelant sans cesse au lecteur la situation de l’époque. Dǒng Yuè prétendit avoir composé son œuvre en 1641 afin d’éviter les représailles. Les spécialistes datent cependant son œuvre au début des années 1950 : auteur et personnage se confondent ainsi en un seul rêveur perdu dans le monde qīng. Ce fait souligne dores et déjà la modernité et l’originalité du Xīyóu bǔ. En effet, alors que de nombreux compléments ont été composés sur le Xīyóu jì, l’œuvre de Dǒng Yuè fut l’une des rares à s’être imposées en cette période et jusqu’à nos jours. Témoin de toute une période de désenchantement pour le peuple Hàn, elle marque le désir d’évasion de l’auteur et de nombre de ses contemporains dans le rêve, dans la religion, et plus tard dans la drogue. Témoin de la réflexion d’un homme qui vécut toute sa vie à travers la tentation de sombrer dans le songe, le Xīyóu bǔ explore le rêve jusqu’aux frontières de l’inconscient.

Analyse et commentaires[modifier | modifier le code]

Édition et traduction[modifier | modifier le code]

  • Dong Yuè, Xīyóu bǔ, Édition Guang Dong Ren Min, 1981
  • Dong Yue, Complément au voyage vers l’Ouest de Wu Cheng’en, texte traduit et annoté par André Segarra et Xiong Hang, Éditions You Feng, Collection « Édition Bilingue », Paris, 2010.

Références[modifier | modifier le code]