Neutralité carbone

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Compensation-carbone)
Aller à : navigation, rechercher

Le principe de neutralité carbone consiste à compenser (« compensation carbone ») les émissions de dioxyde de carbone dans l'atmosphère d'une activité utilisant des énergies fossiles.
De plus en plus, ce principe s'inscrit dans le cadre du marché des crédits carbone (cf. protocole de Kyoto) ou non, il s'appuie sur le concept de compensation volontaire.

La "Nederlands eerste internetbos" ou première forêt-Internet néerlandaise est un exemple de compensation-carbone ; Ce boisement de bouleaux (essence à croissance rapide) a été planté le 22 avril 2008 près d'Apeldoorn aux Pays-Bas à l'initiative de Cleanbit, une entreprise visant à compenser les émissions de dioxyde de carbone induites par les serveurs de l'Internet. Ce boisement encore symbolique, illustre le principe de la compensation carbone appliqué aux serveurs de l'Internet

S'il s'inscrit dans une logique de marché du carbone, c'est en France, sous l'égide de l'ADEME), la compensation volontaire un mécanisme de financement permettant à une entité (administration, entreprise, association, individu) de substituer (pour tout ou partie) à ses propres émissions de gaz à effet de serre (GES) une quantité équivalente de "droits carbone" en les achetant auprès d'un tiers. Ceci implique de pouvoir mesurer les émissions de GES d'activités productives, du transport, chauffage etc. Puis, si possible après avoir réduit ces émissions, il s'agit de financer un projet de séquestration ou de réduction des GES ailleurs ou sur le même site, mais porté par un autre acteur compétent pour ce faire.
C'est un des moyens et exemples de remboursement d'une dette écologique, éventuellement ailleurs dans l'espace et dans le temps.

Origine[modifier | modifier le code]

L'utilisation d'énergie fossile augmente le taux de dioxyde de carbone dans l'air et contribue au réchauffement climatique global du fait de l'effet de serre. Le principe de neutralité carbone est basé sur le fait que le CO2 étant un gaz très miscible dans l'atmosphère, une quantité de CO2 émise dans un lieu peut être "compensée" par la séquestration ou la réduction d'une quantité équivalente de CO2 ailleurs, en termes de bilan global au moins, car les problèmes d'acidification de l'eau ou des pluies près de la source, et d'impacts indirects sur la biodiversité et donc les puits de carbone peuvent parfois exister. Ce principe de neutralité géographique, permet de donner une logique à un système de « compensation volontaire » et quantitativement mesurée, visant à sinon réduire la quantité de carbone dans l'air, à au moins ne pas en ajouter. C'est une des bases des mécanismes du Protocole de Kyoto.

La s'inscrit dans une logique de neutralité carbone : elle doit accompagner la mise en œuvre de solutions énergétiques alternatives ou d'efforts de réduction des émissions.

Principes généraux[modifier | modifier le code]

La neutralité carbone :

  • repose sur la connaissance des émissions de l'entité qui vise cette neutralité, il passe donc par un bilan des émissions de gaz à effet de serre
  • admet que certaines activités peuvent moins facilement que d’autres compenser leurs impacts en Gaz à Effet de Serre (GES), mais qu’on peut les compenser dans le cadre d’autres activités, l’essentiel étant au minimum d’atteindre un bilan équilibré (neutralité) en compensant toute émission nouvelle de GES par le soutien à des projets réduisant les émissions de GES.
  • concerne les investissements nouveaux, comme le fonctionnement (soutien aux activités).
  • peut être atteinte en conditionnant des investissements à une meilleure efficience énergétique grâce par exemple aux labellisations de Très Haute Performance Énergétique (THPE), et en développant les énergies renouvelables, les transports collectifs, etc.
  • s’évalue in fine, comme la compensation au sein du territoire concerné (ex : région, pour le cas des Contrats de Plan État-Région (CPER), sans possibilité de compensation entre régions).
  • vise aussi à aider les territoires vulnérables dans un contexte d'incertitude énergétique et climatique.
  • est un processus vertueux et pédagogique, comme le calcul de l’empreinte écologique lorsqu'il s’accompagne de mesures compensatrices (compensation carbone) et de réduction.

Évaluation et monétisation[modifier | modifier le code]

La compensation ne se monétise pas (comme dans le cas des permis à polluer où la tonne de carbone a un prix fluctuant selon le marché).

La neutralité-carbone s’évalue en tonnes de carbone économisées ou absorbées par un puits de carbone, constituant ainsi un dispositif fixant un objectif politique clair aux partenaires régionaux lorsqu'il s'agit d'un projet public. Ce principe qui est un élément d’une première approche du remboursement de la dette écologique, intègre les contraintes liées aux modalités de la contractualisation des CPER.

Ce principe se traduit par de meilleures comparaisons énergétiques des diverses solutions dans les études d’impacts. Les contractants sont ainsi obligés de mieux prendre conscience de leurs émissions nouvelles directes et indirectes de GES. Ils sont invités à produire des objectifs crédibles à court et moyen terme; en s'inscrivant dans le processus de long terme du facteur 4 et de développement durable de leur territoire. Certaines filières courtes devraient ainsi retrouver de leur attractivité. C’est aussi un encouragement au progrès technologique et à l’efficience énergétique lors du renouvellement des équipements.

En France[modifier | modifier le code]

Outil français « neutralité carbone »[modifier | modifier le code]

Permettant de mesurer les émissions de GES des plans et programmes produis par l'État et les grandes collectivités, il a été mis au point avec plusieurs services de l'État et promu par la DATAR. Il offre un appui méthodologique et un calculateur qui estime les émissions potentielles de GES à partir des montants financiers du contrat CPER. Il a été mis au point par le bureau d'études Énergies Demain recommandé par la Mission interministérielle de l'effet de serre (MIES) et reconnu par l'ADEME, sous l'égide d'un comité de pilotage créé par la DATAR avec le MEDD, le Ministère de l'Industrie, la MIES, l'ADEME, avec présentation des hypothèses de travail pour les CPER aux Ministères de l'Équipement et de l'Agriculture. Ce calculateur offre une aide à la décision, par catégories de projet, via :

  1. une évaluation a priori des projets de mandat CPER au cours des négociations (analyse macro, à partir des programmes LOLF détaillés vis-à-vis d'un référentiel de catégories d'intervention), avec un objectif de neutralité carbone qui sera expliqué à la DATAR par les Préfets qui remonteront les projets de contrat avec les Conseils Régionaux.
  2. suivi continu des impacts en GES des financements des Programmes Opérationnels (PO) européens et des CPER, sur la base des informations financières des opérations.

Fin 2006, la DATAR et ses partenaires travaillaient à adapter l'outil « évaluation carbone» à PRESAGE, l’outil européen de suivi des opérations des PO (programmes opérationnels) pour les années 2007-2013, les PO complétant souvent les financements des CPER. Sans saisies supplémentaires, l’outil devrait calculer l’impact des PO en termes de contribution à l’effet de serre, ce qui était une obligation légale (les subventions européennes ne devant pas normalement générer d’impacts environnementaux qui n’aient pas été évalués et compensés) dans le cadre de l’Évaluation Stratégique Environnementale. : L'outil « neutralité carbone » des CPER offre une approche nouvelle, car on mesure actuellement mal les émissions de GES des activités et des territoires. Il sera affiné avec les évaluations et les connaissances apportées par les observatoires des gaz à effet de Serre (déjà opérationnel dans le Nord Pas-de-Calais) nouvelles en matière d'émissions de GES que ne manqueront pas d'acquérir les collectivités territoriales et les entreprises, notamment grâce à la généralisation des bilans carbone développés par l'ADEME.

Un tel dispositif devra, par la suite, être étendu facilement à d'autres catégories de projets de territoire, comme cela a été proposé par la DATAR dans le document d'actualisation de la Stratégie Nationale de Développement Durable et validé en réunion Interministérielle.

Outil Chantier Carbone[modifier | modifier le code]

Il est en préparation[1] pour adapter aux problématiques du BTP la méthode Bilan carbone. En effet, le Bilan Carbone prend en compte de manière approximative l'impact de la construction sur le réchauffement climatique. C'est ainsi que le projet Chantier Carbone consiste en l'affichage précis des quantités équivalentes en carbone émises par l'activité de construction. Cet outil est développé avec le soutien de l'ADEME ce qui lui confère une crédibilité certaine. Chantier carbone peut être considéré comme une extension BTP du Bilan Carbone. Il n'est cependant pas encore inscrit dans les mécanismes officiels de compensation.

Bilan carbone personnel[modifier | modifier le code]

Chaque individu peut utiliser le Bilan carbone personnel pour évaluer ses contributions et s'il le souhaite cherche à les compenser.

CDM Decision Tool[modifier | modifier le code]

Le CDM Decision Tool est un outil d'aide à la décision, gratuitement téléchargeable. Il a été créé par une ONG (GERES) et ses partenaires[2] (en anglais dans un premier temps). Il a été présenté par Nexus-Carbon for Development en 2012. Partant du principe que la complexité ou opacité des mécanismes de la finance carbone, il intègre la compensation carbone par des acteurs du développement, visant à financer ou cofinancer certains projets évitant des émissions, ou simplement économes en CO2 dans les Pays dits les moins avancés.

Initiatives[modifier | modifier le code]

L'idée de la neutralité comptable rejoint la démarche de l'empreinte écologique déjà largement étudiée dans le cadre international.

De la neutralité carbone, la neutralité énergétique , la neutralité eau voire la neutralité déchets sont de nouveaux champs d'expérience qui sont tentés par des collectivités, ONG et/ou multinationales.

La recherche d'un nouveau modèle passera par une méthodologie irréprochable de l'objectif de neutralité défendu. Une expérimentation qui suscitera sans doute de longues années de tests par cycle visé.

Acteurs publics (États, collectivités)[modifier | modifier le code]

Le Protocole de Kyoto nous engage d’abord à stabiliser nos émissions de gaz à effet de serre (GES) au niveau de 1990 d’ici 2010. Au-delà, pour limiter le réchauffement à environ 2 °C en 2100, la loi d’orientation sur l’énergie du 14 juillet 2005, prévoit que la France divise par 4 ses émissions d’ici 2050 (Cf. « Facteur 4 »). Ceci implique une réduction d’environ 3 % par an des rejets globaux. Après 2012, les efforts devraient être encore renforcés, car stabiliser les émissions c’est encore contribuer très significativement au réchauffement.

Le 21 février 2008, cinq pays — Costa Rica, Islande, Monaco, Norvège et Nouvelle-Zélande — se sont engagés à orienter leur économie vers une neutralité carbone en réduisant fortement leurs rejets de CO2[3]. Le Costa Rica est à l'origine de cette initiative, reprise par le Programme des Nations unies pour l'environnement. Les pays signataires s'engagent à devenir « climatiquement neutre » d'ici 2021. La compensation carbone sert aussi d'outil pour plusieurs collectivités territoriales dans le monde[4].

En France, le Protocole de Kyoto a été adopté par le gouvernement et étudié par l’ARF (Association des régions de France) en 2006, qui en a fait un outil pour évaluer les contrats de plan État-Région CPER et les P.O (Plans opérationnels) européens : En 2006, le Premier Ministre français a annoncé l'objectif de « neutralité carbone » dans les contrats de plan (CPER): « Vous inscrirez le contrat de projets dans une perspective de neutralité carbone../.. Vous mettrez en place un dispositif de suivi permettant de veiller au respect de la neutralité carbone du contrat, en apportant si nécessaire des mesures correctives lors de leur révision à mi parcours ». Les projets soutenus financièrement au titre des CPER sous le contrôle des préfets de région, ne doivent désormais plus conduire globalement à des émissions additionnelles de GES (Gaz à effet de serre). Une approche de type compensatrice doit permettre aux CPER (ou équivalent) une première mise en œuvre du principe de neutralité pour l’État et les Régions.

Acteurs privés[modifier | modifier le code]

La neutralité carbone est aussi un objectif stratégique d'organisations. Les grandes banques affichent cet objectif de neutralité dans leur fonctionnement propre de structure et parfois pour certains de leurs produits financiers orientés vers la neutralité ou compensés. Cet objectif est également recherché par tous types d'entreprises, les nouvelles entreprises ou les entreprises innovantes ou technologiques (Google pour fin 2007) étant plus enclines à décliner cette exigence.

Limites[modifier | modifier le code]

La neutralité carbone est une approche ou un outil forcément peu précis qui devra être amélioré, ce qui est prévu par ses concepteurs.
Il met en avant la responsabilité directe d’un niveau de collectivité territoriale. Le niveau de responsabilité est évalué par l'entremise d'un projet macroéconomique qui ne désigne pas directement ou nommément un pollueur identifié. Cet objectif peut être également décliné à l'échelle d'un produit, d'un service, d'un processus, d'une entreprise voire d'une stratégie bancaire au titre de ses investissements à l'exemple de la caisse des dépôts et consignations.

Il n’empêche pas celui qui demande une subvention de proposer lui-même une compensation, avec le risque d’ainsi faire accepter le financement de projets qui ne sont pas nécessairement éthiques, utiles ou soutenables.

Cette approche de statu-quo permet une non-augmentation des émissions de GES, mais non une division par 4 ou 5, nécessaire pour répondre aux objectifs de Kyoto.
Ceux qui pensent qu’il y a urgence à agir ne se satisfont pas de la neutralité, et appellent par exemple des écotaxes qui pourraient plus rapidement permettre le « facteur 4 ». Néanmoins le facteur 4 est clairement annoncé comme cible minimale à moyen terme par la DATAR et d'autres. Par ailleurs, si l’outil est imparfait, certains espèrent que sa marge d’erreur sera en quelque sorte lissée par la moyenne.

La prise en compte du vrai bilan carbone de l’électricité (de l’amont à l’aval de la filière et en termes d’effets induits) ne fait toujours pas l’objet de consensus (ce pourquoi les logiciels de calcul de l’empreinte écologique ne la prennent pas encore en compte). Faut-il utiliser un facteur de conversion en équivalent tonne par CO2 pour la production électrique ? Les États n'ont pas décidé de le faire pour l'instant.

Certaines ONG dénoncent en tous les cas le mythe de la neutralité carbone au vu de premiers retours d'expérience.

Des questions éthiques se posent aussi. Par exemple : Détruire et brûler un hectare de forêt ici pour replanter un voire 2 ou 4 hectares ailleurs, ne compense pas immédiatement la perte en carbone et surtout ne prend pas en compte les autres services écosystémiques rendus par la forêt.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. développé par la société GREENLOGIC
  2. partenaires : Global Environmental Institute, Initiative Développement, Nexus – Carbon for Development (source :GERES ; outils& calculateurs, consulté 2013-02-03)
  3. Le Figaro du 22 février 2008
  4. Kebe A., V. Bellassen & A. Leseur (2011) "La compensation carbone volontaire des collectivités : pratiques et leçons", Etude Climat n.29 http://www.cdcclimat.com/IMG//pdf/11-09-30_etude_climat_29_collectivites_et_compensation_carbone_volontaire.pdf

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]