Compagnons de Jeanne d'Arc

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Les Compagnons de Jeanne d'Arc sont une association qui a organisé de 1937 à 1939 à Domrémy des manifestations de masse patriotiques et religieuses, en l'honneur de la sainte[1] .

Acteurs des manifestations[modifier | modifier le code]

À l'origine de ces manifestations, on trouve deux associations distinctes, aux objectifs similaires et qui ont fini par fusionner en 1938. La première s'appelle les Compagnons de Jeanne d'Arc, fondée par le sculpteur royaliste Maxime Real del Sarte. En 1935, cette association confie au curé-doyen de Domrémy un reliquaire contenant de la terre de Rouen recueillie à l'emplacement du bûcher. La seconde se nomme la Société des Amis du berceau de Jeanne d'Arc, fondée en 1933 par un avoué de Neufchâteau, Gilbert Getten[2] . Le maréchal Lyautey en a pris la présidence. À sa mort en 1934, lui succèdent l'académicien Louis Madelin, puis le député de Neufchâteau Marcel Boucher. Ce dernier prend la présidence des Compagnons de Jeanne d'Arc en 1938.

Les manifestations organisées par ces deux associations se veulent apolitiques. Elles visent à entretenir le souvenir et le culte de Jeanne d'arc et à favoriser par ce biais "la réconciliation entre tous les Français de bonne volonté pour un pays épuisé de luttes intestines" dans un souci "d'apostolat de civilisation et de paix"[3]. Toutefois, leurs animateurs sont clairement marqués à droite. Les Compagnons de Jeanne d'Arc sont issus de l'Action française. Charles Berlet, son secrétaire général pour la Lorraine jusqu'en 1939, est le chef des royalistes d'Action française dans cette région. La société des Amis du berceau de Jeanne d'Arc est dirigée par un militant républicain national actif[4], Gilbert Getten, puis par un député de la Fédération républicaine, tous deux membres et acteurs dans les Vosges du Rassemblement national lorrain .

Manifestation du 9 mai 1937[modifier | modifier le code]

Elle est organisée par les Amis du berceau de Jeanne d'Arc, avec la collaboration des Compagnons de Jeanne d'Arc. 50 parlementaires y prennent part, dont 21 appartiennent au groupe URD à la Chambre, parmi lesquels Louis Marin, François Valentin, Xavier Vallat et Philippe Henriot. 20 000 personnes y assistent. Les cérémonies se composent d'une messe, avec un sermon de l'évêque de Saint-Dié Mgr Louis-Augustin Marmottin, et de discours, de Louis Madelin, de Charles Berlet - qui remplace Maxime Real del Sarte - et du sénateur Charles Reibel.

Manifestation du 1er mai 1938[modifier | modifier le code]

Elle est organisée conjointement par les deux associations. Marcel Boucher a obtenu le patronage du gouvernement et la présence de l'armée, représentée par la musique militaire et le commandant du XXe corps. La manifestation élargit son audience mais elle reste liée au monde catholique. L'Église, l'Action catholique et les périodiques catholiques lorrains apportent leur concours. La messe est servie par le cardinal Verdier, entouré de deux évêques. La foule entend les discours de Louis Marin, de Marcel Boucher, de Maxime Real del Sarte et du maréchal Franchet d'Espèrey. Les parlementaires présents siègent au centre-droit ou à droite à la Chambre.

Manifestation du 4 juin 1939[modifier | modifier le code]

Elle bénéficie de l'éclat apporté par la visite en Lorraine du cardinal légat Villeneuve, entouré de nombreux archevêques et évêques. Plusieurs dizaines de milliers de personnes assistent à la grand-messe en plain air - devant la nouvelle basilique -, à la procession et aux discours, de Maxime Real del Sarte, de Marcel Boucher, du général Weygand notamment. les parlementaires présents appartiennent toujours au centre-droit et à la droite.

Toutefois, un ministre en exercice, Auguste Champetier de Ribes, ministre des anciens combattants et des pensions, catholique membre du PDP est présent, ainsi que le préfet des Vosges. En outre, les plus hautes autorités de la République font désormais partie du comité d'honneur de l'association[5] .

Depuis 1938, un arrêté municipal interdit la vente et la distribution de journaux ainsi que la vente et le port d'insignes politique sur le territoire de la commune au moment de ces célébrations. Le Parti social français avait profité de l'événement en 1937 pour distribuer des journaux du parti, grâce à des militants venus en cars des quatre départements lorrains[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-François Colas, "Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux", Thèse de doctorat, Université de Paris X-NANTERRE, 2002, T. II, p. 372-377
  2. Futur membre de la seconde Assemblée constituante en 1946, élu en Haute-Garonne sur la liste du MRP
  3. "Les Compagnons de Jeanne d'Arc", no 1, janvier 1939, périodique trimestriel de l'association
  4. Gilbert Getten, avoué, fonde un comité des républicains nationaux à Liffol-le-Grand en 1993. Il collabore au périodique de droite local La Plaine des Vosges. Il a soutenu la campagne électorale de Marcel Boucher en 1936 contre le Front populaire. Il est secrétaire général de la Société des Amis du berceau de Jeanne d'Arc en 1937.
  5. Le président de la République, Albert Lebrun, le président de la Chambre des députés, Herriot, les présidents du conseil Daladier, Camille Chautemps, Tardieu, Pierre Laval et Pierre-Étienne Flandin, les maréchaux Pétain et Franchet d'Espèrey, les généraux Weygand, Édouard de Castelnau et Gouraud. Daladier a donné son adhésion au moment de la crise de Munich, à la demande de Marcel Boucher. Font aussi partie du comité d'honneur la plupart des parlementaires lorrains, dont Marc Rucart et Gaston Thiébaut, député de Verdun, radicaux-socialistes, et trois cardinaux, les cardinaux Verdier, archevêque de Paris, Emmanuel Suhard, archevêque de Reims, et Alfred Baudrillart, recteur de l'Institut catholique. Cf. le périodique de l'association, "Les Compagnons de Jeanne d'Arc", no 1, janvier 1939.
  6. Jean-François Colas, op. cit., t. II, p. 376