Roms de Roumanie

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Les Roms [ròm][1](en Romani : Roma, en Roumain : Rromi), aussi dénommés Tsiganes sont un groupe ethnique initialement originaire de l'Inde, présent en Roumanie comme dans d'autres pays d'Europe. Selon le recensement officiel roumain de 2011, on comptait 619 007 personnes, soit 3,25 % de la population du pays[2]. Ces chiffres sont cependant considérés par les démographes et les sociologues comme sous-évalués pour deux raisons : la difficulté des enquêteurs du recensement à recueillir des informations fiables de la part des communautés tsiganes, et le souhait de nombre de ces derniers de ne pas se déclarer eux-mêmes "Rom" officiellement[3],[4]. Une autre source estime le nombre de Roms à 2 millions[5]. Ils font partie, tout comme la communauté Magyare, des minorités ethniques de Roumanie reconnues comme telles par la Constitution. Les Roms ont migré au Moyen Âge de l'Inde vers l'Europe et leurs langues, proches du sindhi et du pendjabi, proviennent du sanskrit, tandis que les Roumains sont des aborigènes des Balkans et leur langue romane, le roumain, est un héritage de la romanisation des Thraces/Daces. Les Roms sont présents depuis environ un millénaire dans toute l'Europe et la proche-Asie, ainsi que dans certains pays arabes et, depuis une centaine d'années, en Amérique (États-Unis, Mexique et Brésil).

En Roumanie, le terme « Roms », adopté par l'Union romani internationale (IRU)[6], s'écrit « Rromi », avec deux r, pour éviter les confusions avec les nombreux mots dérivant de Rome. Les Roms y sont cependant plus communément appelés Țigani (Tsiganes). Le terme de Rromi, mis en avant de manière relativement récente[7], n'est pas couramment employé en Roumanie, les Roumains n'appréciant pas ce terme qui tend à les les confondre avec les Tsiganes. On le trouve par contre de plus en plus souvent dans la littérature spécialisée, souvent en conjonction avec le mot courant "Tsigane".

Le terme Roms, phonétiquement proche du mot roumain român (roumain), n'a aucun lien étymologique ou sémantique avec le second: Rom qui signifie simplement être humain en romani.

Taraf (orchestre) rom de Bucarest (Ochii albi) en 1860

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Roms sont arrivés en Roumanie au XIVe siècle, à travers l'Asie centrale, l'Anatolie et le sud de l'ex-URSS, où ils s'étaient mis, comme charrons, éleveurs de chevaux, servants et éclaireurs, au service des Mongols et des Tatars, qui les protégèrent et leur laissèrent, en échange, une part du butin[8]. Avec la Horde d'or et Tamerlan, les Roms parvinrent ainsi en Moldavie, d'où ils passèrent en Transylvanie et en Valachie[9].

La Robie[modifier | modifier le code]

Les Roms, une fois parvenus dans ces trois voévodats, se mirent sous la protection des boyards et des monastères, continuant à exercer leurs métiers traditionnels au service de leurs nouveaux maîtres à travers une servitude de type féodal nommée Robie, ce qui ressemble à la fois à leur nom de Roma et au mot slave « Robota » : travail. Au XVe siècle, la plupart des groupes de Roms avaient achevé leur installation en pays roumain.

La présence des Roms sur l'actuel territoire de la Roumanie a été mentionnée pour la première fois dans un document datant du 3 octobre 1385, par lequel Dan Ier, prince de Valachie, faisait donation de 40 familles de robs roms au monastère de Tismana. La Robie est un statut traduit en français et en roumain moderne par « esclavage », mais qui s'apparente davantage à un contrat féodal de servitude personnelle. Le rob appartenait certes à son maître qui pouvait le vendre, mais ce maître ne pouvait être qu'un voïvode, un boyard ou un monastère, et le rob lui-même pouvait racheter sa liberté, et la revendre ailleurs : c'est pour cela que traditionnellement les Roms portent leur or sur eux, bien visible, sous forme de colliers, bijoux ou dents, afin de montrer leur solvabilité et leur capacité à se racheter. Il est la marque de leur dignité. Le mot rob dérive du slave robota, le travail. En 1428, le voïvode moldave Alexandre le Bon fait don de 31 familles tsiganes au monastère Bistrița en Moldavie. Ces principautés roumaines, vassales des Ottomans, jouissent de leur autonomie contre paiement d’un tribut à Istanbul.

Affiche de 1852 annonçant la vente d'un « lot » de robs Roms.

L'entrée de presque tous les Roms en « Robie » va contribuer au paiement de ce tribut, tandis que les monastères envoient d'immenses richesses au Mont Athos. Les Roms appartiennent dès lors soit au voïvode, soit aux monastères, soit aux propriétaires terriens : les boyards. Les robs du voïvode sont libres d’aller et venir, mais payent tous les ans une redevance pour ce droit. Ils pratiquent toutes sortes de métiers : commerçants ambulants, forains, ferronniers, forgerons, rétameurs, bûcherons, maquignons, fossoyeurs, chiffonniers, saltimbanques, musiciens. Quant aux monastères et aux boyards, ils utilisent leurs « robs » comme domestiques ou comme contremaîtres pour faire travailler les paysans serfs. Ils offrent à quelques-uns une formation et des postes de majordomes ou de comptables. Les « robs » peuvent être donnés, légués ou vendus aux enchères.

L'abolition[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, des fils de boyards étudiants à Paris, initiés à l'esprit des Lumières, lancent un mouvement abolitionniste. Le processus se fait en plusieurs étapes. En 1825, en Moldavie, le Hospodar Ioniță Sandu Sturza délie les Roms de leurs liens envers les monastères et les boyards. Cet acte officiel part d'une bonne intention : mettre fin à la « robie ». Mais en pratique, cela laisse les Roms sans protection face aux agriculteurs sédentaires qui réclament des réformes agraires. De nombreux Roms reprennent alors le nomadisme, alors qu'ils s'étaient sédentarisés en majorité autour des domaines seigneuriaux (konaks) et abbatiaux. De toute façon, Sturdza est renversé en 1828 et la « robie » est aussitôt rétablie.

En 1856, à la suite de l'influence des idées propagées par la révolution de 1848 et par Victor Schoelcher, le prince humaniste Alexandru Ioan Cuza sécularise les immenses domaines ecclésiastiques et abolit la « robie » en Moldavie et Valachie[10]. Toutefois il faut attendre 1923 pour que des lois leur donnent des droits égaux aux sédentaires et les protègent contre les discriminations[11]. Mais ces lois sont remises en question entre 1940 et 1944[12].

La Porajmos[modifier | modifier le code]

Au début de la Deuxième Guerre mondiale, le roi Carol II mène d'abord une politique favorable aux Alliés (la Roumanie sauve l'armée, le gouvernement et le trésor polonais, et les transporte par sa flotte en territoire britannique). Mais l'effondrement de la France le contraint à faire des concessions aux Allemands et aux nationalistes, pour finalement abdiquer en octobre 1940 en faveur de son fils Michel. Un gouvernement de coalition constitué d’officiers d’extrême-droite, sous la direction du général Ion Antonescu et de représentants de la Garde de fer arrive au pouvoir. Le 20 novembre 1940, la Roumanie rejoint officiellement les puissances de l’Axe. Le ministère de l’intérieur interdit aux Roms "nomades" de "rôder pendant l’hiver".

En 1941, Hitler offre la Transnistrie à la Roumanie en compensation de la Transylvanie du Nord, cédée à la Hongrie. Le 1er juin débute la déportation de "nomades et semi-nomades" en Transnistrie. Suit, à partir de septembre 1942 la déportation des Roms sédentaires. Toutefois, la priorité du régime, c'est l'élimination des Juifs (près de la moitié d'entre eux, soit plus de 300 000 personnes, périt), ce qui fait que la Porajmos[13] des Roms est loin d'avoir l'ampleur (et la renommée) de la Shoah des Juifs. En Transnistrie, les conditions de vie sont effroyables pour tous : famine, froid, épidémies. Dès fin 1943, Antonescu réalise que l’Allemagne ne gagnera pas la guerre. Le grand rabbin Alexandre Safran intercède aussi en faveur des Roms et les déportations cessent[14]. L’universitaire américain R.J Rummel estime que de 1941 à 1943, 36 000 Roms sont morts en déportation en Transnistrie.

Il n'y a eu aucune discussion sur ce sujet durant le Procès de Nuremberg et la reconnaissance internationale du « génocide rom » est surtout le fait des communautés Roms et des organisations de défense des droits de l'homme.

Les Roms de Roumanie sous le communisme[modifier | modifier le code]

En Roumanie, le Communisme a duré du 6 mars 1945 au 23 décembre 1989. Durant cette période de dictature, les Roms, comme toute la population, ont subi un contrôle étroit de leur vie et de nombreuses tentatives de sédentarisation forcée. Toutefois, leur position modeste économiquement et socialement (ils formaient ce que dans la nomenclature officielle l'on appelait un « sous-prolétariat ») leur a épargné les persécutions ciblées dont furent victimes les anciens bourgeois, les anciennes classes moyennes, les intellectuels, les religieux, les syndicalistes ou les minorités « remuantes » tels les Hongrois. Pour la plupart, les Roms de Roumanie ont été ouvriers agricoles ou agents de la voirie, du recyclage et du ramassage des déchets. Beaucoup ont aussi travaillé dans les métiers du transport. Certains ont même réussi à faire fortune dans l'économie parallèle, indispensable à la survie des populations dans un système de pénurie institutionnalisée[15].

Les Roms de Roumanie ne sont pas tous pauvres: lorsqu'ils en ont les moyens, comme ici à Buzescu, ils bâtissent de grandes villas de style rromanès, pouvant recevoir toute une parentèle.

Les Roms de Roumanie après 1989[modifier | modifier le code]

Après la chute du Communisme, dans les années 1990-2000, la terre arable a souvent été un enjeu dans des conflits dont les Roms furent les « pions ». Lorsque les paysans ont réclamé la restitution de leurs terres aux ex-communistes (anciens directeurs de kolkhozes devenus PDG d'entreprises agro-alimentaires), ces derniers ont placé des ouvriers agricoles, souvent Rom, sur ces terres, pour ne pas les rendre (la loi protégeant les cultivateurs occupant le terroir, contre les revendications de propriétaires antérieurs). Ils ont même offert à ces Roms de quoi construire des maisons (selon la loi de l'époque, une construction rendait la parcelle définitivement incessible). Exaspérés, les paysans ont, ici ou là, expulsé les Roms manu militari et brûlé leurs maisons. Avec l'entrée de ces pays dans l'Union européenne, un système de compensation a mis fin à ces conflits, parfois présentés par une presse avide de sensations comme des « guerres ethniques ».

Les Roms de Roumanie depuis 2002[modifier | modifier le code]

En tant que minorité ethnique reconnue officiellement, les Roms sont représentés de façon permanente par un (ou plusieurs) député(s) dans la Chambre des députés de Roumanie, soit comme représentants du parti des Roms (Partida le Romenge), soit sur d'autres listes[16].

Depuis 2002 les citoyens roumains peuvent circuler librement dans l'UE sans visa et on assiste à une émigration des Roms les plus pauvres vers les pays d'Europe occidentale, dont la France, dans des proportions tout à fait comparables au taux d'émigration national de 10 % : 90 000 Roms roumains seraient installés en Europe occidentale (dont 12 000 en France), les Roumains non-Roms étant quant à eux plus de 2 millions (essentiellement en Italie et en Espagne, où Roms et non-Roms travaillent à bas prix dans les exploitations horticoles).

Conditions d'entrée dans l'Union européenne[modifier | modifier le code]

L'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne, le 1er janvier 2007, a facilité la circulation des Roms roumains, ceux-ci n'ayant plus besoin de visa pour entrer en Union européenne. Les expulsions de Roms hors de France sont passées de 2 000 en 2003 à environ 8 000 en 2008[17].

Cependant, jusqu'en 2014, les ressortissants de la Bulgarie et de la Roumanie n'étaient pas totalement bénéficiaires du principe de libre circulation européen et, pour travailler officiellement, eurent besoin d'un titre de séjour et d'une autorisation de travail. De plus, la directive communautaire de 2004 sur la libre circulation des ressortissants de l'UE n'a pas été totalement transposée en droit français, notamment ses dispositions relatives aux garanties accordées aux personnes expulsées[18]. Depuis le 1er janvier 2014, les Roms ont le droit de travailler sur le territoire français sans obligation de détenir un titre de séjour [19].

Les frictions sociales entre Roms et Roumains sédentaires[modifier | modifier le code]

Nicolae Păun, député et porte-parole du parti des Roms (Partida le Romenge) affirme[20] que les trois quarts des Roms de Roumanie, sédentaires et intégrés à la société roumaine, sont comptés comme « Roumains » par le recensement de 2012, qui ne reconnaît que 620 000 Roms, alors qu'ils seraient près de deux millions. Nicolae Păun déplore que les média, tant roumains qu'internationaux, ne donnent la parole qu'aux nationalistes et aux extrémistes de chaque communauté, occultant ainsi la bonne intégration, le travail et la culture de la majorité des Roms : selon lui, « en Roumanie comme ailleurs, pour être compté comme « Rom », il faut avoir ou poser des problèmes »[21]. En France, pour Eduardo Rihan Cypel et Désiré Vermeersch[22], porte-parole occasionnels des gens du voyage, le racisme anti-Roms est une peur viscérale très ancienne qui s'inscrit dans la « nomadophobie » séculaire des sédentaires.

Illustrant les propos de Nicolae Păun, d'Eduardo Rihan Cypel et de Désiré Vermeersch, les nationalistes Roumains reprochent aux Roms sui generis, en une généralisation abusive, de « ne pas s'intégrer dans la société roumaine et de se proclamer éternelles victimes d'une société qui les rejetterait ». Selon ces nationalistes qui veulent ignorer l'intégration réussie de la majorité des Roms (comptés comme Roumains), il y aurait un « divorce entre Roumains et Tsiganes, dont l'une des conséquences est l'émigration importante de la communauté Rom vers l'Europe de l'Ouest » et « les valeurs sociales et culturelles de la communauté Rom, empreintes de nomadisme millénaire, seraient distinctes de la culture roumaine ou française, de sorte que les Roms n'auraient pas leur place » dans ces pays. Ainsi, le député français Lionnel Luca, d'origine roumaine, affirmait en 2010 que les Roms de Roumanie y sont tous misérables et persécutés, et que la Roumanie « doit rendre des comptes pour cela »[23], tandis que Manuel Valls déclarait l'été 2013 que « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner »[24].

Afin de combattre le rejet des Roms et de mieux les faire connaitre, les instituts culturels roumains à l'étranger s'efforcent de promouvoir la culture rom à travers des conférences, des concerts, des expositions[25].

Les Roms de Roumanie en France[modifier | modifier le code]

Le nombre de Roms en France se situerait entre 20 000 et 25 000. Selon la DIHAL il y aurait près de 400 campements illicites dans lesquels vivraient près de 17 000 personnes, toutes origines ethniques[26].

Depuis 2007, le nombre de reconduites à la frontière de Roms roumains en France se situe entre 8 000 et 9 000 par an, représentant environ 30 % des objectifs chiffrés de reconduite à la frontière. Ces retours furent assortis de primes de 300 € par adulte et 100 € par enfant et de la prise en charge du billet d'avion. Elles ont été supprimées fin 2012 par le ministre de l'intérieur Manuel Valls.

8 030 Roms de Roumanie et de Bulgarie en situation irrégulière ont ainsi été reconduits par la France dans leur pays d'origine entre le 1er janvier et le 25 août 2010. Selon l'ancien ministre Éric Besson, 1291 l'ont été de manière contrainte, et 6739 de manière volontaire, au moyen de 27 vols « spécialement affrétés »[27].

Fin juillet 2010, le président Nicolas Sarkozy décide, à la suite de deux faits divers impliquant des membres français de la communauté des gens du voyage, de l'organisation de retours massifs de Roms en Roumanie[28], déclenchant une vaste polémique[29].

Une circulaire du ministère de l'Intérieur diffusée le 5 août 2010 demande aux préfets de faire évacuer « 300 campements ou implantations illicites d'ici trois mois, en priorité ceux des Roms », et d'engager une « démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms »[30]. D'après certains experts en droit constitutionnel, l'expression « en priorité ceux des Roms » contrevient aux principes de non-discrimination, tandis que l'ensemble de la circulaire contrevient à ceux de libre circulation des personnes et de leur droit de séjour garantis par les traités européens et détaillés par la directive de 2004 (38/2004). Elle serait aussi potentiellement contraire à la Convention européenne des droits de l'homme qui interdit les discriminations fondées sur la nationalité, la race ou l'appartenance ethnique[31].

Le 22 août 2010, le Pape Benoît XVI exhorte les pèlerins à savoir « accueillir les légitimes diversités humaines », ce qui a été interprété par certaines personnes comme une critique de l'action menée par les autorités françaises spécifiquement contre les Roms[32], interprétation contestée par d'autres personnes[33],[34]. Le 27 août 2010, le Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD) de l'ONU demande à la France de « garantir l'accès des Roms à l'éducation, à la santé, au logement et autres infrastructures temporaires dans le respect du principe d'égalité » et se demande pourquoi elle n'a « toujours pas mis à la disposition des gens du voyage le nombre nécessaire d'aires d'accueil conformément à la loi du 5 juillet 2000 dite loi Besson »[35]. Le coût annuel de la reconduite des Roms pour le budget de la France est estimé entre 200 et 250 millions d'euros (selon les chiffres du Sénat français).

Le 9 septembre 2010, le Parlement européen adopte une résolution dans laquelle il presse la France de « suspendre sur le champ » les expulsions de Roms. Le texte, déposé par les groupes S&D, ALDE, Verts/ALE et GUE/NGL, demande à la France et aux autres États membres de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms ». Les députés prétendent également que le relevé des empreintes digitales des Roms expulsés est illégal et contraire à la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne[36],[37].

Le 14 septembre 2010, Viviane Reding, commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, fait part de son « intention de lancer deux procédures d'infraction contre la politique de la France à l'égard des Roms »[38].

Le 26 septembre 2013, de nouveau Viviane Reding a dû dénoncer les propos tenus par Manuel Valls[39] et par Eric Ciotti[40], stigmatisant les Roms dans leur ensemble comme une population « refusant l'intégration » et « n'ayant pas vocation à être en France », et la Roumanie et Bulgarie comme étant « responsables » de cette situation[41], ce qui a fait dire à divers commentateurs que « chaque fois qu'un pouvoir veut faire oublier les vrais problèmes, les Roms font des boucs émissaires faciles et des cobayes d'une politique sécuritaire »[42] et que « les discours ghettoïsants diffusant du F.N. aussi bien à droite qu'à gauche, suivent tous le même schéma : "chacun dans sa réserve et tout ira bien", les arabes marseillais ne devraient pas sortir des quartiers nord de Marseille, les Roms ne devraient pas sortir des pays de l'Est et, peut-être, les catalans ne devraient pas sortir de Catalogne »[43].

Types de Roms de Roumanie, par le caricaturiste rom Horia Tziganus

L'humoriste rom Horia Tziganus affirmait que dans les relations entre les Roms de Roumanie et la France, tout le monde y gagne : leur président gagne des électeurs xénophobes qui croient voter contre nous, et nous, on gagne l'argent de ces mêmes électeurs, qui nous payent l'aller-retour pour voir nos familles. Merci, merci le gouvernement français, vous êtes vraiment des nôtres. Grâce à vous, nous avons le plaisir de faire la nique à des xénophobes, c'est très très malin ![44]

Dans un rapport [45] de septembre 2013 Amnesty International "constate que les populations roms migrantes continuent à être victimes d’expulsions forcées ; elles continuent à être chassées de leurs lieux de vie de façon répétitive sans être consultées, informées et relogées de façon adéquate, en infraction avec des engagements internationaux pris par la France." [46]

Le gouvernement a procédé en 2013 à un nombre record d'évacuations de campements roms, 165 au total, avec près de 20 000 personnes expulsées, deux fois plus qu'en 2012, selon le rapport présenté le 14 janvier 2014 par la Ligue des droits de l'homme LDH et l'European Roma Rights Center [47]. Selon l'association PEROU une évacuation, comme celle de Ris-Orangis en décembre 2013, coûte 125 000 euros.

Le 31 décembre 2013 marque la fin de la "période transitoire" imposée aux ressortissants roumains et bulgares par le traité d'adhésion de leurs deux pays à l'Union européenne du 25 avril 2005. Ces ressortissants ne sont plus obligés de passer par la procédure de l'autorisation préalable de travail pour occuper un emploi salarié. Cependant les préfectures peuvent "continuer à notifier des refus de séjour accompagnés d'une mesure d'éloignement, estimant que les personnes concernées sont des « inactifs » ne démontrant pas réunir les deux conditions exigées pour prétendre à un droit au séjour : ressources suffisantes et assurance maladie." [48]

Démographie[modifier | modifier le code]

Pourcentage des Roms sur l'ensemble des départements de la Roumanie (recensement de 2002).

La population de Roms selon les recensements présente des chiffres très variables dus aux limites floues de la communauté, avec de nombreuses unions mixtes, et aux définitions plus ou moins restrictives (en 1966 seuls les locuteurs usuels et exclusifs de la langue romani ont été décomptés comme « Tsiganes ») :

Religions[modifier | modifier le code]

Les Roms de Roumanie sont majoritairement chrétiens :

  • Christianisme orthodoxe : 81,9 %
  • Catholicisme : 3,8 %
  • Autres chrétiens : 12,2 %
  • Islam : 0,15 %

Source : recensement de 2002[49]

Personnalités[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sébastien Thiéry, Collectif d'auteurs, Considérant qu'il est plausible que de tels événements puissent à nouveau survenir, POST éditions, 2014
  • Eric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard, Aurélie Windels, Roms & riverains : Une politique municipale de la race La Fabrique Editions, 2014
  • Samuel Délépine, Alexandre Nicolas Atlas des Tsiganes : Les dessous de la question rom, Collection Atlas Monde, Editions Autrement, 2012
  • Etienne Liebig, De l'utilité politique des roms - Une peur populaire transformée en racisme d'État, Collection Essai, Editeur MICHALON, 2012
  • Valentine Goby, Ronan Badel, Lyuba ou la tête dans les étoiles : Les Roms, de la Roumanie à l'Ile-de-France Collection : Français d'ailleurs, peuple d'ici, Editions Autrement 2012
  • Leonardo Piasere, Patrick Williams, Viviane Dutaut, Roms : une histoire européenne, Bayard jeunesse, 2011
  • Martin Olivera, Rom en (bidon)villes : Une conférence-débat de l'Association Emmaüs et de Normale Sup Collection : La rue ? Parlons-en ! Editeur : Rue d'Ulm, 2011
  • Roms de Roumanie, la diversité méconnue, Études tsiganes no 38, 2010
  • Martin Olivera, « Introduction aux formes et raisons de la diversité rom Roumanie », Études tsiganes no 38, 2010
  • Claire Auzias Roms, Tsiganes, Voyageurs : L’éternité et après ?, Éditions Indigène, 2010, notice.
  • Jean-Pierre Liégeois, Roms et Tsiganes, Collection : Repères Sociologie, Editions La Découverte, 2009
  • Samuel Delépine, Quartiers tsiganes. L’habitat et le logement des Rroms de Roumanie en question Collection « Aujourd’hui l’Europe » Editions L’Harmattan 2007.
  • Emmanuelle Pons,Les Tsiganes en Roumanie : des citoyens à part entière ? Collection « Pays de L'Est » L’Harmattan 2000.
  • Vania de Gila-Kochanowski, Parlons tsigane: Histoire, culture et langue du peuple tsigane, Editions L'Harmattan, 2000
  • Bernard Houliat, Antoine Schneck-Rosenfeld, Tsiganes en Roumanie, Editions du Rouergue, 1999
  • Henriette Asséo, Les Tsiganes : Une destinée européenne Découvertes Gallimard - Histoire, 1994

Filmographie[modifier | modifier le code]

Outre les documentaires spécifiques, les Roms (de Roumanie et des pays voisins) et leur manière de vivre ont inspiré les cinéastes suivants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le "s" ne se prononce pas en français.
  2. (en) « Romanian 2011 census »
  3. Article "Mais combien sont les Roms ?" publié dans le journal Jurnalul Naţional, traduit en français sur le site Presseurop.eu, le 20/10/2011 - Mais combien sont les Roms ?
  4. Les caractéristiques démographiques des minorités nationales dans certains États européens, Volume 1, Werner Haug, Youssef Courbage, Paul Compton Conseil de l'Europe, Collection Minorités, (ISBN 92-871-3768-4) - Livre in extenso disponible sur Google Books
  5. Nicolae Păun, député et porte-parole du parti des Roms (Partida le Romenge) sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies.
  6. Article Rom, site Encyclopædia Universalis
  7. (fr) « Les Tsiganes (ou Roms) », sur www.tlfq.ulaval.ca (consulté le 6 juillet 2010)
  8. Stéphane Zweguintzow, « Les Roma de l'ex-URSS », in Échos de Russie et de l'Est, Éd. B. de Saisset, 1994
  9. Voir par exemple le film Latcho Drom de Tony Gatlif pour voir l'évolution géographique des peuples romané au cours du temps.
  10. Florin Constantiniu : Une histoire sincère du peuple roumain, Univers, Bucarest 2002 et Catherine Durandin : Histoire des Roumains, Fayard, Paris, 1995. ISBN 2-213-59425-2.
  11. Constitution roumaine de 1923
  12. Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale
  13. En romani, Porajmos signifie "ils nous ont mangés".
  14. Alexandre Safran sur
  15. Victor Frunză: Histoire du Communisme en Roumanie, éd. Evf, Bucarest 1999, ISBN 973 9120 05 9
  16. (fr) « Situation des Roms en France : Déplacement en Roumanie les 11 et 12 février 2010 - Les enseignements de ce voyage. », sur www.dominiqueraimbourg.fr (consulté le 6 juillet 2010)
  17. Roms : Villepin, Raffarin, Sarkozy, même combat, Le Monde, 25 août 2010
  18. Expulsions des Roms : que dit le droit ?, Le Point, 13 septembre 2010
  19. Nouveaux droits : fin de la période transitoire au 1er janvier 2014
  20. Déclarations de Nicolae Păun sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies
  21. Le point de vue du Partida le Romenge sur Nicolae Păun's page at the Romanian Chamber of Deputies
  22. Le pasteur Désiré Vermeersch sur
  23. Lionnel Luca dans Var Matin no 22793, 26 août 2010, page 4, rubrique Questions à…
  24. Manuel Valls sur [1].
  25. Par exemple l'Institut Culturel Roumain de Paris, après la vague de romophobie et de roumanophobie de l'été 2010, sur [2], et plus récemment, sur [3]
  26. DIHAL, Journée national d'échanges du 27 septembre 2013 point thématique no 6 http://www.gouvernement.fr/sites/default/files/fichiers/6_dihal_dossier_journee_27sept2013_campements_illicites_an.pdf]
  27. Selon Besson, 8 030 Roumains et Bulgares ont été reconduits depuis le 1er janvier 2010, Le Monde, 25 août 2010
  28. « Roms et gens du voyage : Sarkozy durcit le ton », Le Parisien, 29 juillet 2010.
  29. « Roms: Sarkozy veut un apaisement de la polémique, maintient les expulsions », AFP, 25 août 2010.
  30. [PDF] Texte intégral de la circulaire adressée aux préfets le 5 août 2010.
  31. « Expulsions des Roms : que dit le droit ? », Le Point, 13 septembre 2010.
  32. « Roms : appel du pape à accueillir les « légitimes diversités » », Rue89, 22 août 2010.
  33. Jean-Marie Guénois, « Pourquoi l'Église se mobilise pour les Roms », Le Figaro, 1er septembre 2010.
  34. « Pourquoi Benoît XVI bouscule son agenda pour Sarkozy », interview de Philippe Levillain par Fabrice Aubert, 8 octobre 2010
  35. « L'ONU somme la France de condamner le racisme… », Mediapart, 27 août 2010.
  36. La France et les autres États membres doivent suspendre immédiatement les expulsions de Roms Parlement européen, 9 septembre 2010.
  37. « Roms : pour la France, un eurocamouflet sans précédent », Rue89, 9 septembre 2010.
  38. « Roms : Bruxelles va déclencher deux procédures d'infraction contre la France », Le Monde, 14 septembre 2010.
  39. [4]
  40. Var-Matin du 26 septembre 2013, page 3, rubrique « Le fait du jour »
  41. [5].
  42. [6]
  43. Résistance no 77-78, septembre 2013, ISSN 1244-068X.
  44. Horia Tziganus sur « http://www.madein.ro/category/bancuri-diverse » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-04-13
  45. Rapport Amnesty International, septembre 2013[7]
  46. Communiqué de presse du 25 septembre 2013[8]
  47. Communiqué de presse commun 14 janvier 2014[9]
  48. Gisti, Fin de la période transitoire [10]
  49. Census 2002, by religion. (PDF). insse.ro. Retrieved on 2012-01-15.

Articles connexes[modifier | modifier le code]