Comedian Harmonists

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photo : le groupe en 1934
Les Comedian Harmonists en 1934 pendant une tournée.

Les Comedian Harmonists formaient un sextuor vocal allemand, actif entre 1928 et 1935. Pendant l'entre-deux-guerres, l'ensemble était renommé dans toute l'Europe. Les Comedian Harmonists se sont séparés avant d'être déclarés « interdits de paraître en public » (Auftrittsverbot) par la Reichskulturkammer, trois de leurs membres étant Juifs. Ils ont donné leur dernier concert allemand à Munich le , pour se produire à l'étranger, et effectuer leur dernier enregistrement (clandestin) début 1935.

Composition[modifier | modifier le code]

photo : le groupe
Les Comedian Harmonists dans les années 1930.

Composition de l'ensemble :

Ari Leschnikoff (de) (1897–1978) Ténor 1
Erich A. Collin (de) (1899–1961) Ténor 2 Collin ne devient membre du groupe qu'en 1929. La première année la partie de second ténor était tenue par Walter Nussbaum.
Harry Frommermann (de) (1906–1975) Ténor 3 (bouffe) arrangeur
Roman Cycowski (de) (1901–1998) Baryton
Robert Biberti (en) (1902–1985) Basse
Erwin Bootz (en) (1907–1982) Pianiste arrangeur

Carrière[modifier | modifier le code]

photo : l'ensemble en 1930
Les Comedian Harmonists en 1930.

Création[modifier | modifier le code]

Les membres fondateurs du groupe sont Harry Frommermann et Robert Biberti. Frommermann passionné d'harmonisation vocale est un grand admirateur d'un quintette vocal américain en vogue, The Revelers, dont il veut adapter rythmes et harmonies à l'allemand[1]. Il passe une simple annonce dans le Berliner Lokalanzeiger le [2] pour recruter des chanteurs. Par ce biais, il rencontre d'abord Robert Biberti. Si Frommermann est une personnalité effacée, Biberti est tout son contraire, mondain et surtout, il a le sens des affaires[2].

Les Cycowski et Leschnikoff sont d'origine diverses, mais ont pour centre le Grand Théâtre de Berlin où ils sont choristes[2]. Quant au pianiste Erwin Bootz, il est une connaissance de Leschnikoff.

Débuts[modifier | modifier le code]

Pour commencer, Harry Frommermann se contente d'écrire des arrangements pour l'ensemble qui porte le nom de « German's Revelers ». Mais lorsqu'il rejoint l'ensemble, il apporte sa voix de troisième ténor (ténor buffo) en imitation d'instruments. Erwin Bootz pendant toute la durée du sextuor écrira aussi nombre d'arrangements. Le groupe participe d'abord à des comédies musicales à Berlin, Hambourg ou Cologne et ne donne son premier récital à Leipzig que le [3]. Côté enregistrement, ils ont déjà un catalogue de trente titres pour le label Odéon. Puis ils signent pour Electrola[3] un nouveau contrat, avant une tournée dans toute l'Allemagne, où leur triomphe est fulgurant[3].

Succès[modifier | modifier le code]

programme 1934
Programme de concert, 1934.

Le succès de leur groupe était dû d'une part à la juxtaposition, alors nouvelle, d'une polyphonie parfaitement maîtrisée et de tenues classiques sophistiquées; et d'autre part à de textes, musiques et jeux de scènes décalés. Ce succès se trouva aussi coïncider avec la montée du nazisme en Allemagne : il est donc possible que leur univers souriant ait constitué en Europe un exutoire à ces tensions. Roman Cycowski dira : « Nous fûmes une lumière brillante dans un temps bien sombre »[3]. Enfin, la généralisation de la radio, et phonographe dans les foyers – où il se juxtapose peu à peu au classique piano –, a également servi leur popularité[3].

L'Allemagne est alors loin d'être aussi souriante que leurs chansons. À mesure que l'antisémitisme nazi devient plus tangible, Harry Frommermann – étant juif – incite les autres membres du groupe à faire une tournée en France d'abord, puis aux États-Unis. Après un dernier concert devant les Allemands le à Munich, moins de sept ans après leur création, en juin 1934, invité par la NBC, il se produit devant 85 000 marins dans le port de New-York[4]. Frommermann envisageait que le groupe continue plutôt sa carrière là-bas. Les conditions plus âpres du show-biz outre-Atlantique qu'en Europe, le refus de Biberti[4] et la nostalgie du pays de trois des chanteurs les firent revenir dans leur patrie.

En 1935, malgré les protections dont le groupe dispose en Allemagne, y compris dans des milieux puissants du Reich (dont curieusement le gauleiter antisémite Julius Streicher lui-même), le régime nazi exige que le groupe se sépare de ses trois membres juifs. Le Comedian Harmonists est officiellement démembré par les autorités le 22 février, faute de pouvoir se dissoudre : une longue série de contrats déjà signés engageait en effet celui-ci. Ils enregistrent illégalement un dernier disque quelques jours plus tard : la cinquième des Danses hongroises de Brahms et la Barcarolle d'Offenbach, pour Electrola[5],[4]. Plus jamais le groupe ne se reconstituera et les membres ne se reverront plus. Les non-juifs du groupe tiendront pour responsables les autres en leur intentant des procès en dédommagement.

Biberti, Leschnikoff et Bootz montent une nouvelle formation avec trois autres chanteurs, le Meistersextet[4].

Harry Frommermann se réfugie à l'étranger où il chante avec Collin et Cycowski un temps, sous le nom de Comedy Harmonists[4]. Finalement ils s'installent aux États-Unis où ils fondent le Harry Frommermann and his Harmonists. Frommermann rentre en Allemagne en 1960, pour y mourir en 1975[4].

Chansons[modifier | modifier le code]

Enregistrement de In einem kühlen Grunde sur un disque vinyle His Master's Voice.

Les paroles de leurs chansons combinent allemand châtié et assonances inattendues :

Der Onkel Bumba aus Kalumba tanzt nur Rumba.
Die große Mode in Kalumba ist jetzt Rumba.
Sogar der Oberbürgermeister von Kalumba
Tanzt jetzt leidenschaftlich Rumba,
Rumba, Rumba, Rumba, Rumba, Rumba, Rumba, Rumba, ... Rum-ba
Was ist denn los in ganz Kalumba mit dem Rumba - Rumba?
Die Politik ist ganz vergessen in Kalumba.
Man ist vor Rumba ganz besessen in Kalumba.

et tirent parti des sonorités de la langue allemande, comme dans Marie, Marie (extrait) :

Marie, Marie, ich bin verliebt in Sie.
Es gibt nur eine, denn so ist keine wie die.
Und steht Marie, Marie, am Fenster vis-a-vis,
schau ich hinüber
und sie schaut rüber,
doch weiter kommen wir nie.
Marie, Marie, du hast mir's angetan.
Immer spät und früh schau' ich dich an
wie trunken, die Blicken funken.
Marie, Marie, warum kommst du denn nie
beim Mondenscheine zu mir, du kleine Marie?

Ein kariertes Baumwollkleidchen, einen hellen Schurz,
und ein breites Band am Röckchen, das beinah' zu kurz.
Dann den großen Zackenkragen unterm blonden Haar
hat das Mädel mit dem strahlend blauen Augenpaar.

Ils chantaient souvent dans d'autres langues, comme le français, notamment Au revoir, bon voyage[6], Amusez-vous, Les gars de la marine, Quand la brise vagabonde... Ils enregistrèrent également à Paris.

Quelques succès[modifier | modifier le code]

photo : plaque à Berlin
Plaque commémorative à Berlin.
  • 1928 : Ich küsse Ihre Hand Madame
  • 1930 : Veronika, der Lenz ist da
  • 1931 : Marie, Marie (chantée dans le film)
  • 1934 : Tea for two
  • 1934 : Au revoir, bon voyage
  • 1937 : Tabou (enregistré à Paris)

Postérité[modifier | modifier le code]

Le groupe a influencé les orchestres de Jack Hylton en Grande-Bretagne et de Ray Ventura en France. Son style fit par la suite de nombreux émules allant des Frères Jacques à Chanson plus bifluorée en passant par Les Quatre Barbus, Les Octaves et Indigo.

Un premier film The Comedian harmonists leur fut consacré par le réalisateur du Nouveau Cinéma allemand, Eberhard Fechner, en 1976 ; un deuxième film Comedian Harmonists fut réalisé par Josef Vilsmaier en 1997. Ce dernier met l'accent sur cette synergie entre deux cultures qui avait permis un succès mondial et qui fut cassée pour des raisons politiques.

À noter aussi l'influence du groupe sur Max Raabe et son orchestre, Palastorchester.

Enfin, comme les Beatles, les Comedian Harmonists ont inspiré des groupes de revival les clonant de façon parfois impressionnante. Parmi eux, les Berlin Comedian Harmonists[7], qui ont participé parfois aux spectacles d'André Rieu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Douglas Friedman dans son The Comedian Harmonists (2010) , les deux ensembles, Comedian Harmonists et The Revelers, se rencontrent sur la même scène berlinoise en août 1929.
  2. a, b et c Charlot 2011, p. 26
  3. a, b, c, d et e Charlot 2011, p. 27
  4. a, b, c, d, e et f Charlot 2011, p. 28
  5. Le 28 février ou le selon les sources.
  6. Traduction de leur Lebe Wohl, gute Reise
  7. [vidéo] kleiner Grüner Kaktus Disponible sur YouTube (Concert à Maastricht)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Douglas Friedman, The Comedian Harmonists BookLocker[1] (2010) p. 320. (ISBN 9780971397910)
  • (fr+en) Philippe Charlot (ill. Cédric Perez), Comedian Harmonists, Paris, Éditions BDMusic, coll. « BD voices »,‎ 2011, 32 p. (ISBN 2-84907-209-5, OCLC 812503436, notice BnF no FRBNF42566760), p. 26–32
    Livre-disque-BD avec biographie. Deux disques, dont l'un de morceaux chantés en français, soit quarante pièces enregistrées entre 1929 et 1935.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. http://comedianharmonistsbook.com/