Combustion spontanée

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On parle de combustion spontanée d'un corps quand celui-ci prend feu sans qu'il soit enflammé. Par exemple l'huile végétale a une température de combustion spontanée de 450 degrés Celsius, et le papier de 233 degrés Celsius, températures auxquelles ils s'enflamment. On parle aussi d’autocombustion, ou combustion humaine spontanée, lorsqu'une personne prend feu sans cause apparente. Ce phénomène, connu à travers de très rares témoignages difficilement vérifiables, est également proposé comme explication pour les cas, rares également, de corps réduits en cendres, découverts dans un environnement intact ou presque. Le caractère « spontané » de la combustion est rejeté quasi-unanimement par la communauté scientifique. On tend plutôt à penser à des accidents par « effet de mèche ».

Description[modifier | modifier le code]

Dans le Dictionnaire de médecine usuelle (1849), le docteur Lagasquie donne de la combustion humaine spontanée la définition suivante :

« Accidents rares, mais avérés, dans lesquels, avec ou sans la présence d'une matière quelconque en ignition, le corps humain, plein de vie et de santé, s'enflamme, se brûle partiellement ou se consume en presque totalité. »[1]

On parle de combustion spontanée lorsqu'un être humain brûle « de l'intérieur » sans qu'aucun élément extérieur apparent soit en cause ; l'environnement reste intact ou peu touché, alors que le corps peut finir en cendres. La croyance en la possibilité d'un tel phénomène repose sur deux sortes d'incidents peu fréquents :

  • Témoignages de gens prétendant avoir vu de leurs propres yeux une personne prendre feu sans raison explicable : le phénomène est typiquement décrit comme très rapide, la personne atteinte semblant entrer en transe, mais le corps n'est pas systématiquement réduit en cendres. Deux cas récents (années 1950 et années 1980) concernant deux jeunes filles ayant « pris feu » respectivement dans une salle de bal et une discothèque n'ont pas fait disparaître les corps. La première victime serait morte de ses brûlures à l'hôpital et la seconde aurait survécu en gardant quelques traces. Les témoignages les plus anciens semblent remonter au XVIe siècle, où un certain chevalier Polonus Vorstius aurait pris feu à Milan sous le règne de la duchesse Bona Sforza[2] ; à la même période, on trouve la déposition auprès du Sénat académique de Copenhague du cas d'une personne morte après avoir craché des flammes[3]. Ces témoignages sont difficilement vérifiables : dans les rares cas récents, les sources ne citent pas les noms réels des victimes ni des témoins, ou ne citent aucun nom.
  • La découverte, en dehors de circonstances d'incendie, de cadavres entièrement ou partiellement réduits en cendres, fait qui a longtemps été considéré comme inexplicable. En effet, les incendies produisent généralement des dépouilles calcinées mais non entièrement consumées, et les os nécessitent, pour être entièrement détruits, une température de 1 650 degrés Celsius constante durant un certain temps[4]. L'incinération des dépouilles dans les fours modernes montre qu'il reste toujours quelques fragments d'os, réduits par la suite en poudre pour être mélangés aux cendres. De plus, il arrive souvent que la seule partie centrale du corps soit détruite, les extrémités restant intactes. En outre, la personne est parfois retrouvée dans une position naturelle, couchée dans son lit ou assise sur un fauteuil, donnant l'impression d'une disparition instantanée. Ces cas, constatés dans le passé, comme celui de la comtesse Cornelia di Bandi de Cesena, découverte en 1731 réduite en cendres dans sa chambre, exception faite de ses jambes (gainées de bas) et d'une partie de sa tête, sont également connus à l'époque moderne des services de police. Récemment « l'effet de mèche »[5] a été proposé comme explication (voir plus bas Une explication, l'effet de mèche).

Hypothèses diverses[modifier | modifier le code]

Dans les cas connus, il a été révélé que les victimes de combustion spontanée étaient souvent des personnes âgées et seules, ou de plus jeunes personnes suicidaires. Nombreux étaient alcooliques. Selon certains, à leur état de santé grandement affaibli s'ajoutaient des facteurs psychologiques (dépression, solitude).

De nombreuses tentatives d’explication de bouleversements physiologiques ont été mises en avant, mais rien n’a dépassé le stade de l'hypothèse. L’un des plus grands spécialistes, un dénommé John Heymer, ex-enquêteur de police, expliquerait le phénomène par une réaction avec l’hydrogène au niveau des cellules.

Une hypothèse crédible est que le patient décède de cause naturelle et que sa cigarette enflamme lentement les graisses du corps, par effet de mèche.

Certains se penchent même sur l'hypothèse des mitochondries[6], organites de la cellule humaine servant à transformer les nutriments des aliments en énergie utilisable par le corps. Une défaillance dans la transformation de l'énergie pourrait résulter en une mini-explosion des mitochondries en question, ce qui entraînerait par le fait même une réaction en chaîne. En éclatant du fait d'un dysfonctionnement, la mitochondrie défaillante entraînerait les autres dans son explosion et, par la proximité très étroite des cellules humaines, l'embrasement de tout le corps, et uniquement le corps, puisqu'une cellule humaine est microscopique. En effet, la série d'explosions n'atteindrait pas les tissus ou matériaux environnants et pourrait tout aussi bien cesser d'elle-même avant d'atteindre les extrémités du corps.

Une explication, l'effet de mèche[modifier | modifier le code]

Les corps découverts entièrement ou partiellement réduits en cendres sont généralement présentés comme « inexplicables », donc impliquant une cause paranormale comme la combustion humaine spontanée, car ce phénomène ne s'observe habituellement pas en cas d'incendie ni après passage sur un bûcher funéraire ou dans un four crématoire : il reste une dépouille calcinée, ou au moins des fragments d’os. Or, des expériences ont montré que la réduction en cendres peut bel et bien se produire à la suite d'une mise à feu extérieure si certaines conditions sont réunies : il faut qu'il y ait embrasement à l'aide d'une petite quantité d'accélérant (produit hautement inflammable) ou d'une source ponctuelle de chaleur intense d'un cadavre vêtu suffisamment « gras », qui se consume ensuite lentement par effet de mèche. Le phénomène n'a donc rien de mystérieux.

Une de ces expériences, dans laquelle le « cadavre » est une carcasse de porc dont la répartition en graisse se rapproche de celle d'un humain, a été filmée et présentée dans un documentaire de la chaîne Discovery Channel[7]. Elle s'inspire d'un crime commis dans le sud de la France, dans lequel le corps d'une femme âgée avait été retrouvé presque entièrement réduit en cendres. Les coupables ayant été arrêtés, les circonstances de la mise à feu sont bien documentées : après avoir tué la victime lors d'une tentative de cambriolage, ils avaient versé sur le col de son vêtement le contenu d'une bouteille de parfum qui se trouvait à proximité, puis mis le feu au liquide avant de s'enfuir. Leur intention était d'incendier les lieux pour effacer toute trace de leur effraction ; mais le cadavre s'était consumé lentement à l'intérieur de la pièce close sans que le feu se communique à l'ensemble du local. La carcasse de porc fut placée dans un environnement reproduisant celui de la victime (tapis, meubles et télévision) pour rendre compte des traces (noircissement, déformation…) observées sur les lieux du crime à proximité du corps.

L'accélérant produit dans un premier temps une chaleur suffisante pour initier une combustion de la graisse mais, étant en faible quantité, il est vite épuisé et ne provoque pas d'incendie. C'est la graisse du corps qui prend le relais ; cette combustion, accompagnée de flammes très courtes, est propagée le long du corps par les vêtements, qui jouent le rôle de la mèche d'une bougie. Le processus, très long (plusieurs heures), nécessite une quantité suffisante de graisse, c'est pourquoi il touche en priorité la partie centrale du corps et peut laisser une partie des extrémités intactes. En dehors des crimes où la mise à feu est effectuée volontairement par le criminel, une mise à feu accidentelle à proximité d'une source de chaleur, telle une cigarette ou le foyer d'une cheminée, est envisageable après le décès naturel de la victime ou lorsque celle-ci se trouve dans l'incapacité de réagir, comme lors d'un coma éthylique[8].

Quelques cas connus[modifier | modifier le code]

Le docteur Joseph-Marie Socquet, au début du XIXe dans son livre Essai sur le Calorique, énumère une douzaine de cas rapportés dans de sources diverses qu'il cite[9].

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  • 1731 : Comtesse Cornelia Bandi : Le premier cas rapporté a lieu en Italie, près de Vérone. Après avoir regagné sa chambre après un dîner, la comtesse âgée de 62 ans est retrouvée en cendres (excepté bras et jambes) dans sa chambre remplie de suie.
  • 1782 : une vieille dame est retrouvée en cendres à Caen.
  • 1885 : À Noël, une femme est retrouvée calcinée dans sa cuisine et son mari asphyxié (Famille Rooney).
  • 1938 : une jeune fille prend feu et meurt dans une salle de bal à Chelmsford en Angleterre.
  • 1951 : En Floride, Mary Reeser, une femme de 67 ans est retrouvée en cendres dans son appartement. Les experts ont évalué qu’une température de 2 500 degrés Celsius pendant une durée de 3 heures était nécessaire à une telle combustion. Des experts en pyromanie, des pathologistes et des agents du FBI n’ont pas trouvé d’explication.
  • 1958 : Le 7 avril, à Upton-by-Chester en Angleterre, George Turner se consume spontanément dans son camion. Deux autres cas eurent lieu le même jour, au même instant.
  • 1964 : En novembre, à Upper Darby en Pennsylvanie, Helen Conway, une femme de 51 ans est retrouvée incinérée sur son fauteuil, à l'exception de ses deux jambes intactes (après enquête, la photo a été prise une fois le buste enlevé par les ambulanciers et la combustion serait due à un endormissement cigarette allumée, ce cas-ci n'est donc pas valable).
  • 1966 : Le 5 décembre, le Dr John Irving Bentley, médecin à Coudersport (Pennsylvanie), a été retrouvé en cendres, provoquant un trou dans le plancher de sa salle de bain.
  • 1967 : Le 13 septembre à Londres, en Angleterre, un pompier retrouve un sans-abri nommé Robert Francis Bailey, en train de brûler au niveau de l’abdomen.
  • 1968 : Mai 1968, Glendale en Arizona, Andrew Patterson, éleveur, assiste impuissant à la combustion spontanée de deux de ses bêtes bovines.
  • 1977 : Ginette Kazmierczak, mère de famille seule, dans le bourg lorrain d'Uruffe, est retrouvée carbonisée dans sa chambre. Seuls ses bras et ses jambes sont intacts.
  • 1979 : Lors du week end de Thanksgiving, Beatrice Oczki, une femme de 51 ans est retrouvée carbonisée chez elle, aux États-Unis.
  • 1980 : Une jeune anglaise brûle dans une discothèque à Darlington.
  • 1982 : À Edmonton, dans les faubourgs de Londres le 15 septembre, Jack Saffin était assis dans sa cuisine avec sa fille, Jeannie Saffin, quand il aperçut un éclair lumineux. Il se retourna et il vit que le visage et les mains de celle-ci étaient en feu. Jeannie succomba à ses brûlures huit jours plus tard.
  • 1986 : Le 26 mars, à Ticonderoga aux États-Unis, George I. Mott, un ancien pompier de 58 ans est retrouvé complètement calciné sur son lit.
  • 2010 : Le corps de Michael Faherty, 76 ans, est retrouvé carbonisé le 22 décembre dans sa maison de Galway. Aucun accélérant ou indication de crime n'ont été retrouvés, et l'enquête conclut à un cas de combustion spontanée[10].
  • 2013 : Un cas de combustion spontanée est suspecté dans l'Oklahoma, sur la personne d'un sexagénaire retrouvé mort calciné dans sa cuisine[11]
  • 2013 : Rahul, un bambin indien âgé de trois mois, se serait enflammé pour la quatrième fois depuis sa naissance. Les médecins du Kilpauk Medical College, dans la ville de Chennai, évoquent l'hypothèse que des gaz sécrétés par la peau de l'enfant seraient la cause de cet étrange phénomène[12].

Dans les arts[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Gaston Bachelard, après avoir cité une liste extensive de cas connus, examine le phenomène dans le cadre de sa poétique, en le reliant à ce qu'il nomme 'complexe de Hoffmann'[13].

L'utilisation la plus célèbre du mythe en littérature est celle qu'en fit Charles Dickens à propos de la mort de l'ivrogne Krook dans son roman Bleak House (1852), traduction de Sylvère Monod :

« Voici les reste calcinés d'une petite liasse de papiers, mais ils sont d'une densité inhabituelle, car ils ont l'air d'être imprégnés de quelque chose. […] Oh, horreur, c'est LUI qui est ici ! et cette chose qui nous fait prendre la fuite […] c'est tout ce qui le représente. […] C'est la même mort éternellement naturelle, infuse, engendrée par les humeurs corrompues du corps vicié lui-même et de lui seul … la Combustion Spontanée[14]. »

Émile Zola, dans le dernier roman de la série des Rougon-Macquart, Le Docteur Pascal (1893) présente le cas d'un vieil ivrogne, quotidiennement imbibé d'eau de vie, qui se consume complètement. Par souci scientifique, Zola indique que c'est le tabac incandescent d'une pipe renversée qui est à l'origine de cette combustion, et que celle-ci a pu se propager à l'ensemble du corps par la présence massive d'alcool.

Autre roman du XIXe siècle dans la veine de la combustion spontanée d'un alcoolique à la chair imbibée d'alcool, Un Capitaine de quinze ans (1878) de Jules Verne.

En 1998 Patricia Cornwell évoque le cas de Mary Reeser dans le roman Combustion et avance l'hypothèse selon laquelle une fibre végétale - comme du coton - peut faire office de mèche et faire brûler lentement et à haute température les tissus humains.

Dans leur roman Le Violon du diable (paru originellement en 2004 sous le titre Brimstone), Douglas Preston et Lincoln Child mettent en scène un meurtrier qui tente de faire passer ses meurtres pour des cas de combustion spontanée causée par le diable lui-même.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Combustion humaine spontanée in Dictionnaire de médecine usuelle, Didier, Paris, 1849 p. 416.
  2. Emile C. Schurmacher, Strange Unsolved Mysteries, Warner Paperback Library
  3. Thomas Bartholin, Historiarum Anatomicarum Rariorum
  4. (fr) Auto-combustion sur reguite.free.fr
  5. (fr) « La combustion humaine spontanée », sur www.charlatans.info (consulté le 30 août 2010)
  6. (fr) Article : Les chroniques de l’étrange. La combustion spontanée sur www.polyscope.qc.ca
  7. (en) Court extrait vidéo du documentaire (en anglais)
  8. (fr) « Les combustions humaines : réalité biophysique ou mystère paranormal », sur www.pseudo-sciences.org (consulté le 30 août 2010)
  9. Joseph-Marie Socquet, Essai sur le Calorique, Paris: Desray, 1801, p.192 et suiv. (Googlebooks); son texte est reproduit par G. Bachelard, La psychanalyse du feu, Paris: Gallimard, 1934
  10. Brian McDonald, « Man died from spontaneous human combustion, inquest finds », The Irish Independent,‎ 23 septembre 2011 (consulté le 23 septembre 2011)
  11. « Human combustion suspected in man's death »,‎ 20 février 2013
  12. « Un bébé prend feu pour la 4e fois », sur tvanouvelles.ca
  13. Gaston Bachelard (1934), La psychanalyse du feu, Paris: Gallimard, 1992, Chap.6, part2. p158-66
  14. La Maison d'Âpre-Vent, Gallimard, Pléiade, 1979, p. 547-548

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) James Apjohn, Spontaneus combustion,in Cycoplédia of patrical medicine, Londres, 1833
  • A. Lagasqui, Combustion humaine spontanée in Dictionnaire de médecine usuelle, Didier, Paris, 1849 pp. 416-417.
  • Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Tome 19, Masson et Asselin, Paris, 1876, pp. 269-292 Lien Gallica
  • Michael Harrison, Le feu qui vient du ciel, Éditions Albin Michel, Paris, 1980 (ISBN 2-226-00907-8)
  • Charles Fort, Le livre des damnés, Éditions Néo, 1989 (ISBN 2-7304-0527-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]