Combats esthétiques

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Octave Mirbeau (1848-1917).

Combats esthétiques est le titre sous lequel ont été recueillis, en 1993, en deux gros volumes, les articles consacrés par l’écrivain Octave Mirbeau à la peinture et à la sculpture au cours de sa longue carrière de journaliste influent, capable de ruiner les réputations les mieux établies et de consacrer des artistes inconnus qui jettent sur les choses un regard neuf.

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Ses passions[modifier | modifier le code]

Auguste Rodin, La Porte de l'enfer (Musée Rodin), dont Mirbeau nous a laissé la première description en février 1885

Chantre quasiment officiel de Claude Monet et d’Auguste Rodin, auxquels il consacre de très nombreuses chroniques et qu’il contribue plus que tout autre à faire passer, en vingt ans, d’une modeste notoriété à la gloire et à la consécration, il proclame le génie de Vincent van Gogh, de Paul Cézanne et de Camille Claudel, il chante Edgar Degas et Auguste Renoir, il rend hommage à Whistler, Eugène Carrière et Jean-François Raffaëlli, il promeut Maxime Maufra, Constantin Meunier et Aristide Maillol.

Ses exécrations[modifier | modifier le code]

En revanche, l’auteur de l'Abbé Jules tourne en ridicule, d’un côté, les symbolistes, préraphaélites, « larvistes » et autres « kabbalistes », dont il exècre l’inspiration tournant le dos à la nature ; et, de l’autre, les académistes, les pompiers, les fabricants de toiles peintes et les industriels de la statuaire, couverts de prix et de breloques et décorés comme des vaches aux comices agricoles : ses têtes de Turc sont Alexandre Cabanel, William Bouguereau, Édouard Detaille, Carolus-Duran, Benjamin-Constant, Denys Puech

Le devoir du critique[modifier | modifier le code]

Hostile au système des Salons, ces « Bazars des médiocrités à treize sous », et à l’intervention de l’État niveleur dans le domaine des beaux-arts, Mirbeau est partie prenante du système marchand-critique qui se met en place dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et qui permet aux peintres impressionnistes de subsister malgré l’ostracisme des Salons officiels. Mais il ne se fait aucune illusion sur les marchands et galeristes, et le mercantilisme en art lui semble éminemment dangereux, puisqu’il tend, à son tour, à étouffer les véritables talents et les voix originales, si elles sont jugées non rentables.

Son devoir de critique n’est pas d’analyser et d’interpréter les œuvres, exercice qui lui semble vain et arbitraire (il compare les critiques attitrés à des « ramasseurs de crottin de chevaux de bois »), mais simplement d’essayer de faire partager à ses lecteurs ses coups de cœur et ses exécrations, dans l’espoir de permettre à quelques artistes novateurs de se faire connaître et reconnaître et de vivre de leur art. Il est avant tout un porte-voix, qui fait de l’émotion esthétique, toute subjective, le critère de ses jugements en matière d’art. Mais, sans illusions sur les hommes et sur le système éducatif, il sait pertinemment qu’un nouveau snobisme risque de se mettre en place, sans que le grand public parvienne jamais à éprouver de véritables émotions esthétiques.

Citations[modifier | modifier le code]

  • "Un peintre qui n'a été qu'un peintre ne sera jamais que la moitié d'un artiste." (21 mars 1885)
  • "On peut dire de lui [Claude Monet] qu'il a véritablement inventé la mer, car il est le seul qui l'ait comprise ainsi et rendue, avec ses changeants aspects, ses rythmes énormes, son mouvement, ses reflets infinis et sans cesse renouvelés…" (13 mai 1887)
  • "Chaque fois que j'apprends qu'un artiste que j'aime, qu'un écrivain que j'admire viennent d'être décorés, j'éprouve un sentiment pénible, et je me dis aussitôt : Quel dommage !." (16 janvier 1888)
  • "Le critique est, en général, un monsieur qui, n'ayant pu créer un tableau, une statue, un livre, une pièce, une partition, n'importa quoi de classable, se décide, enfin, pour faire quelque chose, à juger périodiquement l'une de ces productions de l'art, et même toute à la fois. étant d'une ignorance notoirement universelle, le critique est apte à toutes besognes et n'a point de préférences particulières." (13 décembre 1892)
  • "Tout l'effort des collectivités tend à faire disparaître de l'humanité l'homme de génie, parce qu'elles ne permettent pas qu'un homme puisse dépasser de la tête un autre homme, et qu'elles ont décidé que toute supériorité, dans n'importe quel ordre, est, sinon un crime, du moins une monstruosité, quelque chose d'absolument anti-social, un ferment d'anarchie. Honte et mort à celui dont la taille est trop haute !" (12 juillet 1899)
  • "La vérité, c'est qu'il n'est pas d'art plus sain… il n'est pas d'art plus réellement, plus réalistement peintre que l'art de van Gogh… Van Gogh n'a qu'un amour : la nature ; qu'un guide : la nature… Il a même l'instinctive horreur de tous ces vagues intellectualismes où se complaisent les impuissants". (17 mars 1901)
  • "Nous voulons qu'on nous mente, qu'on nous mente en tout, qu'on nous mente sans cesse, par le livre, le théâtre, par le discours, par le dessin, par le marbre et par le bronze. Et c'est ce mensonge universel que nous appelons idéal !" (octobre 1909)
  • "Quand je suis triste, rien ne me déride comme de penser à l'art officiel, à ses pompes, à ses œuvres. c'est un des sujets les plus merveilleusement comiques qu'il y ait dans le monde. Et il est inépuisable." (19 mars 1910)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Octave Mirbeau, Combats esthétiques, édités, préfacés et annotés par Pierre Michel & Jean-François Nivet, Paris, Nouvelles Éditions Séguier, 1993. (ISBN 9782840490104 et 9782840490111)
  • Laure Himy, « La Description de tableaux dans les Combats esthétiques de Mirbeau », in Octave Mirbeau : passions et anathèmes, Presses de l’Université de Caen, 2007, pp. 259-268.
  • Denys Riout, « Mirbeau critique d'art », i, Un moderne : Octave Mirbeau, J. & S. éditeurs - Eurédit, Paris - Cazaubon, 2004, pp. 253-264.

Liens externes[modifier | modifier le code]