Colomba (nouvelle)

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Colomba
Image illustrative de l'article Colomba (nouvelle)
Édition de 1862.
Publication
Auteur Prosper Mérimée
Langue Français
Parution Drapeau de la France France, 1841,
Magen et Comon
Intrigue
Lieux fictifs La Corse
Personnages Colomba
Orso della Rebbia
L'avocat Barricini et ses deux fils

Colomba est une nouvelle de Prosper Mérimée, parue le 1er juillet 1840 dans la Revue des deux Mondes puis publiée en volume en 1841 chez Magen et Comon.

Contexte d'écriture[modifier | modifier le code]

Considérée, avec Carmen, comme le chef-d’œuvre de l’auteur, cette nouvelle écrite à l’âge de trente-six ans par Mérimée à l’issue d’un voyage de deux mois en Corse effectué dans le cours de l’année 1840 le mit, d’une façon définitive, au premier rang parmi les favoris du public et lui ouvrit les portes de l’Académie française.

Thème[modifier | modifier le code]

Colomba a pour thème la vendetta[1], guerre privée de vengeance entre familles qui se « faisaient elles-mêmes justice », et dans le cadre de laquelle la famille dont un membre avait été offensé se devait d’exercer sa vengeance contre la famille de l’offenseur.

Résumé[modifier | modifier le code]

Colomba della Rebbia a vu périr son père assassiné par son ennemi, l’avocat Barricini. L’assassin a su dérober son crime aux yeux de la justice, mais Colomba n’a pas mis l’espoir de sa vengeance dans la loi. Elle a un frère, Orso della Rebbia, lieutenant en demi-solde dans la garde impériale, qui doit bientôt revenir en Corse. C’est lui qui est maintenant le chef de la famille, et c’est lui qui, selon les idées de la Corse, doit venger son père : quand on a un ennemi, il lui faut choisir entre les trois S : « schioppetto, stiletto o strada » (fusil, stylet ou fuite, expression corse).

Lorsque Orso si longtemps attendu revient enfin au pays, Colomba découvre que son séjour sur le continent lui a fait concevoir, de l’honneur et de la justice, d’autres sentiments que ceux de ses compatriotes et surtout de sa sœur : il déteste la vendetta. Colomba pousse alors avec un mélange d’amour fraternel et d’ardeur de vengeance son frère à un meurtre expiatoire, qu’elle aurait accompli elle-même si elle n’eût cru que l’exécution de la vengeance appartenait à son frère comme chef de la famille.

Craignant qu’il ne soit abattu dès son retour à Pietranera, le village ancestral, Colomba a soin de couvrir Orso de son corps lorsqu’il passe devant la maison des Barricini. Pour aviver sa colère et sa haine contre ses ennemis, elle le mène à la place où son père a été tué puis, de retour à la maison, elle lui montre la chemise couverte de larges taches de sang de leur père et la lui jette sur ses genoux, avant de poser dessus les deux balles qui l’ont frappé.

Excité par sa sœur et par l’opinion de ses compatriotes, Orso n’en continue pas moins de répugner à la vendetta lorsqu’il est attaqué dans la montagne par les deux fils de l’avocat Barricini. En état de légitime défense, Orso les tue et accomplit la vengeance de Colomba.

Forcé, dans les premiers moments, de se cacher dans les maquis impénétrables qui servent de retraite aux bandits corses, une ordonnance de non-lieu sera rendue en sa faveur lorsque l’examen des cadavres et la déposition du colonel démontreront qu’il était seul au moment du combat et qu’il n’a fait que riposter à ses attaquants.

Sources d'inspiration[modifier | modifier le code]

Prosper Mérimée avait visité la Corse en 1839, en tant qu'inspecteur des monuments historiques. Son intérêt d'ethnologue s'attache au-delà des monuments aux constructions quotidiennes et à ce qu'elles révèlent des traditions. Il décrit les maisons corses comme des habitations austères en granit aux fenêtres étroites qui peuvent servir de meurtrières en temps de vendetta. Souvent ces habitations comportent un four et un puits pour soutenir un siège...

Dans ses pérégrinations, on lui raconta une vendetta qui opposa en 1833 deux familles du village de Fozzano, près de Sartène, les Carabelli et les Durazzo. Il fit également la connaissance de Colomba Carabelli, qui servit de modèle à sa Colomba, l'héroïne « qui excelle dans la fabrication des cartouches et s'entend même fort bien pour les envoyer aux personnes qui ont le malheur de lui déplaire »[réf. nécessaire].

L'écrivain a suivi dans les grandes lignes l'histoire de cette vendetta, la seule différence notable étant qu'au moment des faits, l'héroïne n'était pas une jeune fille, mais une femme âgée de 57 ans. Pour reprendre les évènements dans leur exactitude, en 1830, un Durazzo refuse d'épouser une jeune fille Carabelli qu'il a compromise. Le 26 juin 1830, trois hommes sont tués, au cours d'une tentative d'explication, dont deux Carabelli. Colomba, âme et animatrice du camp Carabelli, organise la mobilisation et, en décembre 1833, quatre hommes meurent dans un affrontement, deux Durazzo et deux Carabelli, dont François, son fils.

On montre aujourd'hui à Fozzano la maison et la tombe de Colomba.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Colomba a fait l’objet de nombreuses adaptations au cinéma, à la télévision, à l'opéra ou en bande dessinée :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Du latin vindex, répondant, vengeur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Saint-Marc Girardin, Cours de littérature dramatique, Paris Charpentier, 1857, p. 94.
  • (en) Kathryn J. Crecelius, « Narrative as Moral Action in Mérimée’s Colomba », Nineteenth-Century French Studies, Spring-Summer 1986, n° 14 (3-4), p. 225-37
  • (en) Corry Cropper, « Mérimée’s Colomba and the July Monarchy », Nineteenth-Century French Studies, Fall 2000-Winter 2001, n° 29 (1-2), p. 35-46
  • (en) C. H. Grandgent, « A Corsican Couplet », Modern Language Notes, May 1898, n° 13 (5), p. 143
  • Pierre Laforgue, « Les Noces de Colomba , Littératures, 2004, n° 51, p. 75-93
  • Lorenzi de Bradi (1869-1945, « La vraie Colomba », ouvrage réédité par le Cyrnos d'Antibes, 1983
  • Gisèle Mathieu-Castellani, « Mérimée et la Corse », Littératures, 2004, n° 51, p. 95-115
  • Thierry Ozwald, « Une Figure propitiatoire : le touriste anglais dans trois nouvelles de Mérimée », French Studies Bulletin, Summer 2005, n° 95, p. 8-12
  • Henri Poydenot, « Colomba, ou, Les Métamorphoses d’un sujet de roman », Nouvelle Revue des Deux Mondes, 1er juillet 1966, p. 90-6
  • (en) Albert Schinz, « Data on Mérimée’s Colomba », Modern Philology, 1er avril 1904, p. 569-78
  • Kris Vassiler, « Colomba : la vengeance entre classicisme et romantisme », Revue d’Histoire Littéraire de la France, Sept-Oct 2000, n° 100 (5), p. 1311-36
  • (en) B. M. Woodbridge, « Mérimée’s Colomba », Romanic Review, 1935, n° 26, p. 244-6

Liens externes[modifier | modifier le code]

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