Collection de la Maison d'Orléans

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Philippe d'Orléans, fondateur de la collection.

La collection de la Maison d’Orléans était une importante collection de plus de 500 tableaux formée par le prince Philippe d'Orléans, pour la plupart acquis entre 1700 et sa mort en 1723. À l'exception des grandes collections royales nationalisées, c'est sans doute la plus grande collection d'art occidental, et particulièrement italien, jamais réunie, et probablement la plus célèbre, puisque la majorité de la collection est accessible au public depuis sa formation, que ce soit à Paris, ou par la suite à Londres, à Édimbourg et ailleurs.

Le cœur de la collection fut d'abord constitué de 123 tableaux provenant de la collection de la reine Christine de Suède, qui elle-même avait été assemblée à partir du butin des troupes suédoises à Munich en 1632 et à Prague en 1648 durant la guerre de Trente Ans. Après la Révolution, la collection fut vendue par Philippe Égalité, duc d'Orléans, et fut essentiellement acquise par un consortium aristocratique britannique dirigé par Francis Egerton, duc de Bridgewater. Elle a ensuite été en grande partie dispersée, mais d'importants groupes restent intacts, ayant été transmis par héritage. L'un de ces groupes est le lot de Bridgewater ou de Sutherland, incluant seize œuvres de la collection des Orléans, prêté à la National Gallery of Scotland. Un autre est au château Howard, dans le Yorkshire. Il y a 25 tableaux de la collection qui sont aujourd'hui à la National Gallery de Londres, provenant de différentes sources.

Cette collection est d'un intérêt capital en ce qui concerne histoire de l'art et de la collection, ainsi que l'accessibilité de l'art au public. Elle a figuré dans deux périodes de l'histoire où les collections d'art étaient les plus sujettes aux perturbations et à la dispersion, le milieu du XVIIe siècle et la période post-révolutionnaire.

La collection à Prague, Stockholm et Rome[modifier | modifier le code]

Portrait de Christine de Suède
Sébastien Bourdon
huile sur toile, 72×58 cm
Nationalmuseum, Stockholm, (Suède)

Les peintures volées au château de Prague ont pour la plupart été réunies par le collectionneur obsessionnel Rodolphe II du Saint-Empire (1552-1612), dont les nombreux autres achats comprenaient la célèbre collection du cardinal Granvelle, ministre de l’empereur Charles Quint, ayant forcé le neveu et héritier de Granvelle à lui vendre cette collection. Granvelle fut le « plus grand collectionneur privé de son temps, l’ami et mécène du Titien, de Leone Leoni et de nombreux autres artistes » dont son protégé Antonio Moro. Les Suédois prirent seulement la plus belle partie de la collection des Habsbourgs, comme le démontre les œuvres restées à Vienne, Madrid et Prague.

Le gros du butin resta en Suède après le départ en exil de Christine de Suède : elle ne prit que 70 à 80 tableaux avec elle, dont près de 25 portraits d’amis et de membres de sa famille, 50 peintures principalement italiennes venant du vol de Prague, 72 tapisseries, ainsi que des statues, bijoux et autres œuvres d’art. Inquiète que les collections royales soient réclamées par son successeur, elle les envoya par précaution en bateau à Anvers avant d’abdiquer.

Christine de Suède agrandit fortement sa collection lors de son exil à Rome : on peut citer les cinq éléments de la prédelle du Retable Colonna de Raphaël, dont l’Agonie dans le jardin des oliviers maintenant réuni avec le panneau principal à New York, qui furent achetés dans un couvent près de Rome. Apparemment elle se vit offrir La Mort d’Actéon de Titien par le plus grand collectionneur de l’époque, l’archiduc Léopold-Guillaume de Habsbourg, vice-roi de Bruxelles. Elle reçut de nombreux cadeaux de la part de la monarchie catholique après sa conversion, et en donna aussi beaucoup d’autres, notamment les panneaux d’Adam et Ève de Dürer à Philippe IV d’Espagne (musée du Prado).

À sa mort, elle léguât sa collection au cardinal Decio Azzolino qui mourut dans l’année, laissant la collection à son neveu qui la vendit à Don Livio Odescalchi, commandant de l’Armée papale. Cette collection était alors composée de 275 peintures dont 140 italiennes. En 1713, un an après la mort d’Odescalchi, son héritier commençât de longues négociations avec l’expert et collectionneur français Pierre Crozat, intermédiaire pour Philippe, duc d’Orléans. La vente fut conclue et les peintures délivrées en 1721. Les experts français se plaignirent que Christine de Suède avait recadré plusieurs peintures pour pouvoir rentrer sous ses plafonds et avait fait trop restaurer certaines des plus belles pièces, notamment celles du Corrège et de Carlo Maratta.

La collection à Paris[modifier | modifier le code]

La Résurrection de Lazare (1519)
Sebastiano del Piombo
National Gallery, Londres

La collection du duc d’Orléans était placée dans le magnifique cadre du Palais-Royal, demeure des ducs d’Orléans. Philippe II n'hérita de son père Philippe I d’Orléans que de 15 peintures du catalogue de 1727. Cette « collection » n’était pas tout ce que possédait les ducs, mais seulement la partie exposée au Palais-Royal pour le public. Il hérita aussi des petites mais très belles collections de Henriette d’Angleterre, la première femme de son père, en 1701 et de l’amant de son père, le chevalier de Lorraine en 1702.

Selon Reitlinger, il se mit à collectionner en 1715, l’année où il devint régent suite à la mort de son oncle Louis XIV, ayant alors acquis un avantage indéniable dans les négociations. On commença à lui présenter de nombreuses peintures, notamment les trois poésie de Titien (aujourd’hui à Édimbourg et Boston) qui furent donnés par Philippe V d’Espagne à l’ambassadeur de France, le duc de Gramont, qui les montra ensuite au régent.

Les collections de Christine et de Philippe ne furent réunies que peu de temps avant la mort de celui-ci. La plupart des autres œuvres furent achetées en France, comme La Résurrection de Lazare de Sebastiano del Piombo et certaines aux Pays-Bas ou en Italie, comme Les Sept Sacrements de Nicolas Poussin acheté par le cardinal Dubois en 1716 dans une collection néerlandaise. D’autres œuvres viennent des héritiers des cardinaux Richelieu et Mazarin, du cardinal Dubois ; un grand nombre de l’héritier de Colbert le marquis de Seignelay, et des duc de Noailles, Gramont, Vendôme ainsi que d’autres collectionneurs français.

Les toiles étaient exposées dans deux galeries les unes à côté des autres et les plus petites œuvres néerlandaises et flamandes dans les plus petites pièces du palais. Les deux enfilades de pièces conservaient encore les meubles, la porcelaine et les décorations murales d’origine, lorsqu’elles servaient de salles de réception au père de Philippe. Selon un visiteur de 1765 il était alors « impossible d’imaginer quelque chose de plus richement décoré et meublé avec autant d’art et de goût ». Des réarrangements furent faits pour accueillir les peintures, les connaisseurs faisaient notamment l’éloge de la Galerie à la Lanterne dont la coupole diffusait une lumière homogène. Au XVIIIe siècle il était facile de venir admirer la collection et beaucoup de personnes vinrent grâce au catalogue Description des Tableaux du Palais Royal imprimé en 1727 puis réédité en 1737. Celui-ci contenait 495 peintures même si quelques œuvres furent ajoutées et certaines retirées.

Les toiles étaient exposées non par école ou par sujet mais de manière à maximiser l’effet de juxtaposition, comme on pouvait le voir dans la grande collection privée de Pierre Crozat dans son hôtel particulier de Paris. Le mélange d’œuvres érotiques et religieuses n’était pas du goût de tous les visiteurs. La collection était renommée pour ses peintures italiennes datant de la Haute Renaissance et de la Renaissance Tardive, en particulier les œuvres vénitiennes. La collection ne contenait pas moins de cinq des poésies peintes pour Philippe II d’Espagne, dont deux sont maintenant à Édimbourg, deux à Londres (Wallace Collection et National Gallery) et une à Boston. Une série de quatre allégories mythologiques de Véronèse est répartie entre le Fitzwilliam Museum de Cambridge, The Frick Collection et le Metropolitan Museum of Art de New York. Une autre série de Véronèse, les quatre tableaux de l'Allégorie de l'Amour, est au National Gallery, accrochée en dessus de porte dans le salon central où on peut aussi retrouver une plus grande série de Véronèse, trois poésie du Titien et des Corrèges.

Les Sept Sacrements : L'Ordination (5)
Nicolas Poussin (vers 1630s)
Fort Worth, Kimbell Art Museum

La collection comprenait 28 Titiens, aujourd’hui pour la plupart vus comme des œuvres d’atelier mais aussi plusieurs de ses plus belles œuvres, 12 Raphaëls, 16 Guido Renis, 16 Véronèses, 12 Tintorettos, 25 peintures de Annibale Carrache et 7 de Ludovic Carrache, 3 œuvres majeures de Le Corrège et dix autres qui ne lui sont plus attribuées, et 3 de Le Caravage. 2 tableaux de Michel-Ange et 3 de Léonard de Vinci ne leur sont plus attribués. Il y avait quelques pièces du XVe siècle, excepté pour un Giovanni Bellini. La collection reflétait la confusion contemporaine hors de l’Espagne comme les œuvres de Vélasquez le montrait ; les toiles qui lui avaient été attribuées étaient de très bonnes qualité mais provenant d’autres artistes comme Orazio Gentileschi.

Les œuvres françaises, assez rares dans le catalogue, comprenaient un ensemble de Les Sept Sacrements et de 5 autres toiles de Poussin. Il y avait des peintures de Philippe de Champaigne aujourd’hui au Wallace Collection et au Metropolitan Museum, et un Eustache Le Sueur qui fut trouvé au-dessus d’une porte au Naval and Military Club et est maintenant au National Gallery. Les œuvres flamandes étaient essentiellement de Rubens avec 19 peintures dont un ensemble de 12 études aujourd’hui dispersées à travers le monde, Van Dyck avec 10 pièces et David Teniers avec 9. Les œuvres néerlandaises étaient composées de 6 Rembrandts, 7 pièces de Caspar Netscher (une au Wallace Collection) et 3 de Frans van Mieris (une au National Gallery) qui étaient plus admirées à l’époque que maintenant. Il y avait aussi 3 Dous et 4 Wouwermans.

Louis d'Orléans, fils de Philippe, religieux et névrosé, attaqua au couteau une des plus belles toiles, Léda et le Cygne de Le Corrège, aujourd’hui à Berlin, et demanda au peintre Charles Antoine Coypel de couper les trois plus belles œuvres mythologiques de Le Corrège en présence de son chapelain, ce qu’il fit mais en sauvant et restaurant les morceaux. Le Leda alla à Frédéric II de Prusse, le Danaë à Venise où il fut volé et vendu à un consul anglais à Livourne, et Jupiter et Io alla dans la Collection impériale de Vienne. Quelques peintures flamandes furent vendues aux enchères à Paris en juin 1727.

À partir de 1785, un abonnement à une série de 352 gravures des peintures de la collection fut publié jusqu’à être abandonné lors de la Terreur, durant laquelle les peintures elles-mêmes furent vendues. La série fut finalement vendue sous la forme d’un livre en 1806. Ces tirages ont grandement réduit les doutes autour de l’identité d’œuvres d’anciennes collections. Il y avait déjà eu de nombreux tirages de la collection ; Les Sept Sacrements était particulièrement populaire parmi la classe moyenne de Paris des années 1720.

Gonzague et Charles I[modifier | modifier le code]

Paysage avec Saint George et le Dragon (1630)
Peter Paul Rubens
Royal Collection, Windsor Castle

Une autre collection qui a vu son histoire embrasser la collection d’Orléans est celle des Gonzague de Mantoue, notamment François II et son fils Frédéric II. Ils avaient comme artistes dans leur cour Andrea Mantegna et Giulio Romano, et commandaient des œuvres auprès de Titien, Raphaël, Le Corrège et d'autres. Certaines de ces œuvres étaient offertes à Charles Quint, Mantoue étant un État-client. Le plus important de ces cadeaux étaient les pièces mythologiques de Le Corrège, détériorées plus tard à Paris. Au début du XVIIe siècle la dynastie était sur le déclin et la majeure partie de leur collection d'art fut achetée par le fervent collectionneur Charles Ier d'Angleterre en 1625-27. Les autres achats notables de Charles étaient Les Cartons de Raphaël et de nombreux dessins de Léonard de Vinci, et ses plus belles commandes sont celles auprès de Rubens et Van Dyck. Lorsque sa collection de peintures fut saisie et vendue après son exécution en 1649 par le Commonwealth d'Angleterre c'était une des plus belles hors d'Italie. Pendant ce temps, trois ans après la vente à Charles, Mantoue fut saccagée par les troupes impériales qui ajoutèrent ce qui y restait comme œuvres à la collection impériale de Prague où elles rejoignirent les cadeaux diplomatiques du siècle précédent.

Quelques peintures de Mantoue passèrent donc de Prague à la collection d'Orléans via Christine de Suède, pendant que d'autres furent achetées par des collectionneurs français dans la "Vente des Derniers Biens des Rois" en 1650 à Londres, œuvres retrouvées plus tard au Palais-Royal. Par exemple, Infancy of Jupiter de Giulio Romano, achetée à Mantoue, quitta la collection de Charles pour la France, passa par la Collection d'Orléans et les ventes de Londres et après un retour en France fut achetée par la National Gallery en 1859. D'autres peintures de la même série furent récupérées pour la Royal Collection en 1660 : Charles II d'Angleterre était capable d'exercer des pressions sur la plupart des acheteurs anglais de la collection de son père mais ceux à l'étranger étaient hors d'atteinte. Un des plus importants Rubens de Charles, Paysage avec Saint George et le Dragon (saint George ayant les traits de Charles, la princesse ceux de la reine), qui passa via les ducs de Richelieu au Palais-Royal puis Londres, a toujours été reconnu pour ce qu'il était et fut acheté pour la Royal Collection par Georges IV en 1814.

Une autre œuvre commandée par Charles, Moïse sauvé des eaux de Gentileschi, peint pour la Maison de la Reine à Greenwich, retourna à la veuve de Charles, Henriette Marie de France en 1660. Lorsqu'elle entra dans la collection d'Orléans un demi-siècle plus tard, elle était attribuée à Vélasquez. Elle fut ensuite une des peintures du château Howard, et fut seulement correctement identifiée après que l'existence de la seconde version de Gentileschi au Prado fut connue en Angleterre. Après une vente en 1995, elle est maintenant prêtée à la National Gallery par son propriétaire actuel. La première femme du père de Philippe, Henriette d'Angleterre, était la fille de Charles I, et sa petite mais sélective collection lui fut donnée par son frère Charles II pour son mariage en 1661 à partir de la collection royale récupérée. À sa mort quarante ans plus tard elle la légua à Philippe.

La dispersion à Londres[modifier | modifier le code]

Portrait de Louis Philippe Joseph d'Orléans (1747-1793)
Antoine François Callet
Château de Versailles

En 1787, Louis Philippe d'Orléans, arrière-petit-fils du régent, dont les gros revenus ne suffisaient pas à couvrir les habitudes de jeux d'argent, vendit sa non moins célèbre collection d'intailles à Catherine II de Russie. En 1788 il était en sérieuses négociations avec un consortium mené par le commissaire priseur londonien James Christie, fondateur de Christie's. Christie obtint que la collection lui soit cédée après le dépôt de 100 000 guinées à la Banque d'Angleterre avant que les négociations cessent lorsque le prince de Galles eut souscrit pour 7 000 guinées et ses frères les ducs d'York et de Clarence pour 5 000 chacun. Aucun autre souscripteur ne fut trouvé. C'était l'avis de Dawson Turner que l'échec était dû au sentiment général que dans la répartition des profits, la part du lion irait à la famille royale.

En 1792, Louis Philippe vendit d'un coup de tête la collection entière à un banquier de Bruxelles qui la revendit immédiatement, faisant une belle plus-value, à l'amateur éclairé Jean-Joseph de Laborde qui se mit à ajouter une galerie à son hôtel particulier rue d'Artois pour l'accueillir. Ruiné par les évènements, il fut forcé de vendre la collection.

La même année, le duc d'Orléans vendit les 147 toiles allemandes, néerlandaises et flamandes à Thomas Moore Slade, un courtier britannique en association avec deux banquiers de Londres et le septième Lord Kinnaird pour 350 000 livres. Elles furent amenées à Londres pour être vendues. Il y eut des protestations de la part des artistes et du public français, ainsi que des créanciers du duc. Slade trouva alors plus prudent de dire aux français que les toiles seraient acheminées par voie terrestre vers Calais, mais en fait les sortit furtivement une nuit par bateau sur la Seine jusqu'au Havre. Ces peintures furent mises en vente dans la West End de Londres en avril 1793, au 125 Pall Mall où l'on atteignit 2 000 entrées par jour à 1 shilling l'entrée.

Philippe Égalité, comme se renomma lui-même Louis Philippe, fut arrêté en avril 1793 et guillotiné le 6 novembre. Pendant ce temps des négociations pour les peintures italiennes et françaises furent renouvelées, et elles furent vendues pour 750 000 livres à Édouard Walkiers, banquier à Bruxelles, qui les vendit peu après, déballées, à son cousin le comte François-Louis-Joseph de Laborde-Méréville, qui espérait les ajouter à la collection nationale française. Après la Terreur et l’exécution de son père aussi bien que le duc d'Orléans, Laborde-Méréville sut qu'il devait quitter la France et emmena la collection à Londres début 1793.

Les toiles françaises et italiennes restèrent cinq ans à Londres chez Laborde-Méréville, elles étaient sujettes à de complexes manœuvres financières dont une tentative soutenue par le Roi George III et le Premier ministre William Pitt le Jeune de les acheter pour le pays. Elles furent finalement achetées en 1798 par un consortium composé du magnat des canaux et du charbon Francis Egerton, son neveu et héritier, Earl Gower (plus tard 1er duc de Sutherland), et Frederick Howard (5e comte de Carlisle). Gower, qui était peut-être le moteur du projet et devait bien connaitre la collection ayant été ambassadeur d’Angleterre à Paris, contribua à hauteur de 1/8 des 43 500 livres sterling dépensées, Carlisle 1/4 et Bridgewater les 5/8 restants.

Le Moulin (1645-1648)
Rembrandt
National Gallery of Art, Washington

Les peintures furent exposées pendant 7 mois en 1798 dans la galerie de Michael Bryan située dans Pall Mall, et les plus grandes dans un lycée de The Strand. Le but de cette exposition était de vendre quelques œuvres et l'entrée était fixée à 2/6 de penny plutôt que le shilling habituel pour un tel évènement. En voyant la collection pour la première fois William Hazlitt écrivit « J'étais bouleversé lorsque je vis les peintures... Un nouveau sens me tomba dessus, un nouveau ciel et une nouvelle terre s'étendait devant moi ». En 1798, 1800 et 1802 les peintures non vendues dans la galerie furent vendues aux enchères, généralement à bas prix. Mais 94 des 305 toiles restèrent aux mains du consortium, comme il semble avoir été prévu, et sont toujours aujourd'hui dans ces familles. Cependant ces peintures représentaient plus de la moitié de la valeur de la collection achetée par le consortium. Même à bas prix, la vente des autres peintures rapporta un total de 42 500 livres sterling, donc même en tenant compte des frais dû à l'exposition et à la vente aux enchères, les membres du consortium obtinrent leurs œuvres à très bon marché. Le château Howard, demeure des comtes de Carlisle, accueillait à l'origine de 15 toiles, aujourd'hui moins à cause des ventes, dons et d'un incendie. Mais celles du duo Bridgeweter/Sutherland sont intactes dans une large mesure.

Le marché londonien à l'époque était inondé par deux autres collections: l'une de la France elle-même; et l'autre venant des invasions françaises des Pays-Bas et de l'Italie (dont Rome en 1802). Comme c'est souvent le cas avec les anciens collectionneurs, leurs choix de garder ou vendre les œuvres semblent étranges aujourd'hui : les deux Michel-Anges furent vendues aux enchères pour seulement 90 et 52 guinées. Plusieurs Titiens furent vendues mais de nombreuses peintures baroques de l'école de Bologne ainsi que des Raphaëls furent gardées. L'unique Watteau partit pour 11 guinées seulement tandis qu'un Carrache était évalué à 4 000 guinées, 33 autres Carraches furent vendues alors que des œuvres attribuées à Giovanni Bellini et Le Caravage restaient en vente. L'emplacement actuel de bon nombre de ces œuvres est inconnu et celles-ci sont maintenant attribuées à des artistes moins connus ou des copistes. Dans l'ensemble les prix des plus belles toiles étaient élevés et pour certaines on n'atteignit pas de nouveau ces prix avant un siècle ou plus. Dans un cas plus extrême, le duc de Sutherland acheta pour 2 guinées en 1913 un Carrache évalué à 60 guinées en 1798.

La Mort d'Actéon (1559-1575)
Le Titien
National Gallery, Londres

Les peintures des deux parties de la collection furent achetées par un large éventail de riches collectionneurs pour la plupart anglais, puisque les guerres avec la France rendait le voyage vers Londres difficile. Les acheteurs principaux étaient Thomas Hope, un banquier néerlandais (d'origine écossaise) s'abritant à Londres des guerres napoléoniennes, qui avec son frère (connu pour le diamant Hope acheta deux grandes allégories de Véronèse aujourd'hui au Frick et des œuvres de Michel-Ange, Vélasquez et du Titien; John Julius Angerstein, un banquier russo-germanique dont la collection fut à l'origine de la National Gallery; le comte de Darnley; le comte de Harewood qui acheta La Mort d'Actéon du Titien; et le comte Fitzwilliam, dont la collection fonda le Fitzwilliam Museum.

Une analyse de Gérard Reitlinger répartit la plupart des acheteurs des peintures italiennes et françaises comme suit :

  • Nobles : 12, dont le consortium
  • Marchands : 10, dont 4 députés et 3 chevaliers; surtout des spéculateurs selon Reitlinger, leurs achats ayant été revendus quelques années plus tard
  • Négociants : 6, dont Bryan qui s'occupait des affaires du consortium
  • Banquiers : Hope et Angerstein (tous deux étrangers)
  • Peintres : 4, Walton, Udney, Cosway et Skipp
  • Amateurs d'art : 6, dont William Beckford et le critique Samuel Rogers

Une répartition qu'il décrit comme « assez contraire à ce qu'on observe en Europe et grotesque par rapport à la situation durant la période pré-révolutionnaire en France », où les principaux collectionneurs étaient les fermiers. On retrouve les mêmes personnalités sur les listes d'acheteurs de peintures du Nord.

Une grande partie des informations sur les ventes vient des Mémoires sur la peinture : histoire chronologique de l'importation des tableaux des grands maitres dans la Grande-Bretagne depuis l'époque de la Révolution française de William Buchanan, publié en 1824 dont les 200 premières pages du volume 1 sont dédiées à la vente de la collection d'Orléans, listant les œuvres, prix et acheteurs. Buchanan était lui-même responsable de l'importation d’œuvres d'art à partir de 1802, et obtint des informations de négociants d'art. Il présente ses « efforts » dans ce domaine et ceux des autres comme un élan patriotique faisant partie de la grande lutte nationale contre les français. Nicholas Penny remarque la « différence comique » entre les « paroles retentissantes » de Buchanan sur le sujet et les « lettres d'affaires grossières et mercantiles » qu'il réimprime.

La collection Bridgewater[modifier | modifier le code]

Diane et Callisto (1556-1559)
Le Titien
National Gallery, Londres & National Gallery of Scotland, Édimbourg

À la mort de Bridgewater, cinq ans après ses achats, il légua sa collection à Gower qui l'exposa avec la sienne dans la Maison de Bridgewater à Westminster. Elle est toujours en exposition depuis. La collection comprenait plus de 300 peintures, dont 50 de la collection d'Orléans, et était connue comme la "Galerie Stafford" de la Maison de Cleveland jusqu'à ce que la maison soit reconstruite et renommée Maison de Bridgewater en 1854 puis "Galerie Bridgewater". Elle fut ouverte en 1803 et pouvait être visitée les mercredis après-midi pendant quatre puis trois mois en été par les connaissances des membres de la famille (en pratique des tickets pouvaient être demandés en leur écrivant) ou par les artistes recommandés par un membre de la Royal Academy. Les peintures d'Angerstein étaient aussi exposées dans sa maison de Pall Mall, qui devint en 1824 le premier bâtiment de la National Gallery.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata en septembre 1939, la collection fut déménagée en Écosse. Depuis 1946, 26 peintures, dont 16 de la collection d'Orléans, connues comme le « prêt de Bridgewater » ou le « prêt de Sutherland » sont prêtées au National Gallery of Scotland d’Édimbourg, bien que jusqu'en 2008 cinq d'entre elles aient été achetées par le Gallery.

La collection se transmit jusqu'à Francis Egerton, 7e duc de Sutherland (dont la richesse provenait essentiellement de la collection), mais fin août 2008 celui-ci annonça son souhait de vendre quelques œuvres afin de diversifier ses revenus. Il offrit d'abord Diane et Callisto et Diane et Actéon du Titien aux British national galleries pour 100 millions de livres (1/3 de sa valeur estimée). Le National Gallery of Scotland et le National Gallery de Londres annoncèrent qu'ils combineraient leurs forces pour réunir cette somme: 50 millions pour l'achat de Diane et Actéon réparti sur trois ans puis 50 millions pour Diane et Callisto de la même manière jusqu'en 2013. La campagne obtint l'appui de la presse, bien qu'elle reçut aussi quelques critiques sur les motivations du duc (de John Tusa et Nigel Carrington de l'université des arts de Londres) ou parce qu'elle gênerait le financement des étudiants en art. En 2009 les 50 premiers millions étaient réunis: la toile tournera tous les 5 ans entre Édimbourg et Londres. Les 50 autres millions sont en train d'être levés.

Emplacements actuel des œuvres[modifier | modifier le code]

Et bien d'autres à Berlin, Vienne, Dresde, Malibu, Paris, Rome, Boston, Tokyo, Kansas City...

Références[modifier | modifier le code]

  • Description des tableaux du Palais Royal, avec la vie des peintres à la tête de leurs ouvrages, Version en ligne
  • Italian and Spanish Paintings in the National Gallery of Scotland, de Hugh Brigstocke
  • Memoirs of Painting, with a Chronological of the Importation of Pictures of Great Masters into England by the Great Artists since the French Revolution, de William Buchanan
  • The Sixteenth Century Italian Schools, de Cecil Gould
  • The Queen's Pictures, Royal Collectors through the centuries, de Christopher Lloyd
  • The Sixteenth Century Italian Paintings, volume II : Venice 1540-1600, de Nicholas Penny
  • The Economics of Taste, volume I : The Rise and Fall of Pictures Prices 1760-1960, de Gerald Reitlinger
  • Princes and Artists, Patronage and Ideology at Four Habsburg Courts 1760-1960, de Hugh Trevor-Roper
  • Wisdom and Strength, the Biography of a Renaissance Masterpiece, de Peter Watson