Collège pour femmes

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Un collège pour femmes est une institution à vocation éducationnelle, exclusivement ou quasi-exclusivement pour les femmes. Le sens du terme diffère significativement de pays en pays. Voir la liste de collèges pour femmes actuels et historiques (en).

Définition[modifier | modifier le code]

Harwarth et al. définissent les collèges pour femmes comme des collèges, en particulier dans le contexte des États-Unis, qui ont comme mission la promotion et l'expansion de l'éducation des femmes. Tandis que la plupart des universités ont une majorité de femmes comme étudiants, les collèges pour femmes comportent une prédominance d'étudiantes[1].

D'autres modes de fonctionnement existent. En Arabie saoudite, la plupart des principales universités sont composées de deux branches : l'une pour femmes seulement et l'autre pour les hommes seulement.

En outre, le terme collège est ici employé dans le sens « établissement d'enseignement supérieur de niveau universitaire, premier cycle ». Il est à noter qu'en France, on utilise ce terme pour le premier cycle secondaire.

Monde occidental[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Francophone ou bilingue[modifier | modifier le code]

Le Collège Saint-Joseph est la première université francophone des Provinces atlantiques, au Canada

Historiquement, en Acadie, la Congrégation de Notre-Dame-du-Sacré-Cœur ouvre le premier établissement ouvert aux femmes au Collège Saint-Joseph de Memramcook (1943), qui est par la suite déplacé à Moncton (1949). La même année, les hospitalières de Saint-Joseph ouvrent un autre collège pour femmes à Saint-Basile.

En 1963, lorsque l'Université de Moncton est créée, le Collège Saint-Joseph s'y affilie puis ferme ses portes en 1972.

Anglophone[modifier | modifier le code]

Les Sœurs de Saint Vincent de Paul fondent en 1873 à Halifax, l'Université Mount Saint Vincent. À une époque où les femmes n'avaient pas encore le droit de voter, sa mission est d'éduquer des novices religieuses et aussi de permettre aux femmes d'accéder à une éducation universitaire[2]. L'université devient mixte en 1967.

En 1887, Donald Alexander Smith, négociant de fourrure, financier, magnat du chemin de fer et homme politique canadien, fait un don de un million de dollars pour la construction d’un nouvel hôpital à Montréal : l’hôpital Royal Victoria. L’Université McGill bénéficia aussi largement de la fortune de Smith qui versa au total plus d’un million de dollars pour la construction de nouveaux pavillons et l’implantation de nouvelles facultés, dont un collège pour les femmes, le Royal Victoria College[3]. Ce collège a servi cette mission d'origine jusqu'en 1971.

En 1897, l'Ewart College est fondé à Toronto, afin de former des femmes missionnaires affiliées à l'Église presbytérienne du Canada. Le College est fusionné avec le Knox College de l'Université de Toronto en 1991.

Contemporainement, le Brescia University College est le seul collège pour femmes canadien de niveau universitaire. Brescia est affilié avec l'University of Western Ontario et est situé sur son campus[4].

États-Unis[modifier | modifier le code]

Les collèges pour femmes américains (en) ont en majorité été fondés au début du XIXe siècle, en réponse à un besoin d'éducation supérieure pour les femmes à une époque où elles n'étaient pas admises dans la plupart des institutions appropriées[5]. L'Oberlin College est la première institution d’enseignement supérieur américaine à admettre des étudiants de sexe féminin (1837) et afro-américains (1835).

La fin du XIXe siècle aux États-Unis est marquée par l'importance accrue des collèges pour femmes, laquelle a engendré des emplois pour les femmes scientifiques ainsi que davantage de possibilités d'éducation. À cette époque, les autres collèges et universités ont commencé à permettre l'admission des femmes : on y recense environ 3 000 femmes en 1875, et presque 20 000 en 1900[6].

Par exemple, en 1880, la future astronome américaine Annie Jump Cannon débute ses études aux Wellesley College, Massachusetts, un des meilleurs collèges pour femmes du pays.

Tsuda Umeko (1864-1929) a étudié aux Bryn Mawr College et St Hilda's College et a fondé ce qui est devenu le collège Tsuda

Sept universités Sœurs[modifier | modifier le code]

Les Sept Sœurs (Seven Sisters en anglais) sont un regroupement d'universités féminines américaines créé en 1927 pour promouvoir l'éducation des femmes. Les membres sont parmi les premières universités féminines créées aux États-Unis, fondées entre 1837 et 1889. Les Sept Sœurs sont :

Un article du 3 juin 2008 du New York Times discute la stratégie de promotion des collèges pour femmes américains (en), et en particulier des Sept Sœurs, au Moyen-Orient. L'article fait aussi le contraste entre les collèges pour femmes au Moyen-Orient et aux États-Unis[7].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Angleterre[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Mary Astell proposant un collège pour femmes, 1694

La théologienne anglaise Mary Astell est l'une des premières femmes anglaises à promouvoir l'idée que les femmes sont aussi rationnelles que les hommes, et méritent tout autant une éducation. En 1694, son ouvrage Serious Proposal to the Ladies for the Advancement of their True and Greatest Interest présente un plan pour un collège exclusivement pour femmes [8]. Ce projet est ridiculisé par plusieurs auteurs populaires : Susanna Centlivre dans La Table à bassette (1705), Swift et Steele dans Le Babillard. Après deux échecs de financement, Astell publie la deuxième partie de sa Proposition. Elle parvient finalement à aider Lady Elizabeth Hastings, Lady Catherine Jones et Lady Ann Coventry à la fondation d'une école pour filles de militaires retraités, laquelle a existé jusqu'en 1862[9].

Le Bedford College de Londres est, en 1849, le premier collège pour femmes au Royaume-Uni.

En Angleterre, une fois les femmes admises à l'université, on décide que les sexes doivent être séparés et les universités d'Oxford et de Cambridge créent des colleges séparés pour les femmes[10]. C'est au premier de ces collèges à Cambridge, le Girton College, que l'économiste Joan Robinson, l'une des figures importantes de l'École de Cambridge et du keynésianisme, a étudié à partir de 1922[11]. La féministe japonaise et pionnière de l'éducation des femmes de l'époque Meiji, Tsuda Umeko, a étudié au St Hilda's College d'Oxford, en plus du Bryn Mawr College aux États-Unis.

En 2003, quatre de ces colleges existent toujours et les étudiants défendent leur existence[12].

Liste des collèges[modifier | modifier le code]
Historiquement
En fonction

Écosse[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle et XVIIe siècle, la théologie chrétienne était le département central des université, alors vu la place des femmes dans l'Église, elles en étaient automatiquement exclues. Ce n'est que plus tard, lorsque l'université prend acte des arts et lettres, que la question de l'admission des femmes devient pratique, puisque ces sujets correspondent à la conception de l'époque du rôle de la femme[13]. En avril 1874, on présente au Parlement écossais « un projet de loi pour lever le doute quant aux pouvoirs des universités d'Écosse d'admettre des femmes comme étudiants et de leur accorder des diplômes ».

C'est en 1889 que le Parlement britannique adopte une loi permettant l'admission des femmes dans les universités écossaises, le Universities (Scotland) Act (en). Par contre, beaucoup de cours de leur sont toujours pas ouverts. Pour pallier cela, l'université de St Andrews crée le titre de Lady Literal in Arts (LLA), considéré comme supérieur à un certificat pour se trouver un emploi en éducation[14].

Asie[modifier | modifier le code]

Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

Afnan Al-Shuaiby (en), graduée de l'université du Roi-Saoud, Ph.D. de l'université George Washington, secrétaire générale et exécutive de l'Arab British Chamber of Commerce

La plupart des principales universités d'Arabie saoudite sont composées de deux branches : l'une pour femmes seulement et l'autre pour les hommes seulement. C'est le cas des institutions suivantes :

Ces institutions sont seulement pour les femmes :

Histoire[modifier | modifier le code]

À partir des années 1950, l'Arabie saoudite interdit la mixité dans l'éducation (sauf pour les jardins d'enfants). Le code du travail allait de même, mais à partir de 2006, cette interdiction n'est plus précisée[15].

Durant le premier boom du pétrole, plusieurs hommes arabes qui ont étudié à l'étranger reviennent au pays avec des femmes étrangères, causant des soucis aux pères saoudiens qui avaient des filles à marier[16]. Vers la fin des années 1970, le gouvernement augmente le nombre de places universitaires pour les femmes afin de rendre les Saoudiennes plus désirables comme épouses pour les Saoudiens éduqués[17].

En 1975, l'université du Roi-Saoud (fondée en 1957) accepte des femmes étudiantes à plein temps et dans un programme, bien qu'à partir de 1961, il ait été possible pour des femmes d'assister à des cours[18].

Émirats arabes unis[modifier | modifier le code]

À Dubaï, au Dubai Women's College (en) se trouve la seule chaire de l'UNESCO en technologie des communications et journalisme pour les femmes de la région, en 2005[19].

Inde[modifier | modifier le code]

Vers la fin des années 1990, le développement des collèges communautaires en Inde inclut un projet d'échange entre des collèges américains et le Stella Maris College (en), un collège catholique pour femmes à Madras[20].

Iran[modifier | modifier le code]

Les premières Iraniennes universitaires, vers 1935

En septembre 2012, les femmes forment plus de 60% de la population universitaire, en Iran[21].

Avant la Révolution iranienne de 1979, des femmes exigent des collèges pour femmes, car plusieurs familles traditionnelles voyaient d'un mauvais œil que les professeurs des collèges soient des hommes ou que les collèges ne soient pas islamiques[22]. La Alzahra University (en) est fondée en 1964.

Après la Révolution, les places pour les femmes en éducation et pour leur participation croît exponentiellement[23].

Japon[modifier | modifier le code]

Le collège Tsuda est l'un des plus anciens collèges privés pour femmes du Japon

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1886, le philosophe et éducateur Masakazu Toyama (外山正一?) publie en japonais Un traité pour l'éducation des femmes et une méthode pour l'expansion de la chrétienté qui appelle à la création de collèges pour femmes, à une époque où le pays en comptait un ou deux. Le but n'était pas de fournir aux femmes une éducation supérieure, tel que dans les collèges pour femmes américains, mais d'en faire des citoyennes et épouses plus « civilisées » et de statut social supérieur[24].

Au Japon, un tiers de la main d’œuvre est constituée de « dames de bureau », formées dans des collèges pour femmes. L'auteur Brian J. McVeigh y a enseigné et constate que ces institutions utilisent des procédés de « japonaisité » et d'internationalisme afin de préparer leurs étudiantes à leurs futurs rôles d'employées de bureau et de mères[25]. Ceci est cohérent avec le fait que la plupart des collèges pour femmes japonais n'offrent pas de programme de doctorat et se spécialisent dans les domaines considérés féminins. Par exemple, le collège Tsuda offre dès 1965 un programme de littérature anglaise car le Ministère de l'éducation le considère ainsi. Par ailleurs, les facultés non traditionnellement féminines, telles les sciences et les mathématiques, ont des professeurs qui sont majoritairement des hommes[26]. Le collège Tsuda, fondé en 1900 par la féministe japonaise Tsuda Umeko (津田 梅子?), est l'un des plus anciens collèges privés pour femmes du Japon et a significativement contribué à permettre l'accès des hautes études aux femmes.

Situation contemporaine[modifier | modifier le code]

La plupart des collèges pour femmes japonais sont des universités privées, quelques uns reçoivent un financement du gouvernement de leur préfecture et deux reçoivent leur financement du gouvernement national, soient l'université pour femmes de Nara et l'université pour femmes d'Ochanomizu.

Pakistan[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Harwarth et al. (1997), p. vii.
  2. Historica Canada : l'Université Mount Saint Vincent
  3. Royal Victoria College, archives de l'université McGill
  4. About Brescia University College
  5. Harwarth et al. (1997).
  6. Contributions of 20th Century Women to Physics
  7. Tamar Lewin, « ‘Sisters’ Colleges See a Bounty in the Middle East », The New York Times,‎ 3 juin 2008 (lire en ligne)
  8. Mary Astell http://rmc.library.cornell.edu/womenLit/education/Astell_L.htm
  9. Leduc (1997), p149-150.
  10. Rogers et Cacouault (2004), p. 54 et 55.
  11. Geoffrey Harcourt, L'économie rebelle de Joan Robinson, Editions L'Harmattan, 2001-04-01, 218 pages.
  12. Donald MacLeod, Hands off women's colleges, say Oxbridge students, The Guardian, 13 octobre 2003.
  13. Rogers et Cacouault (2004), p. 54.
  14. Rogers et Cacouault (2004), p. 56.
  15. Amélie Le Renard, Femmes et espaces publics en Arabie Saoudite, Dalloz,‎ 2011, 352 p. (lire en ligne).
  16. Mackey, p. 163.
  17. Mackey, p. 163-164.
  18. « Events related to roles of women » PBS, Global connexions : the Middle East, 2002.
  19. (en) Ibrahim Al Abed et al., The United Arab Emirates Yearbook 2005, Trident Press Ltd, 2004-12-01, 352 pages.
  20. Elsner et al. (2008), p. 271.
  21. Sahraei, Fariba. “Iranian University Bans on Women Causes Consternation.” BBC 21 Sept. 2012. Web. 30 Apr. 2013.
  22. Esfandiari, Golnaz. “Iran: Number Of Female University Students Rising Dramatically.” Rferl.org. Radio Free Europe/Radio Liberty, 19 Nov. 2012. Web. 10 May 2013.
  23. « Number Of Female University Students Rising Dramatically in Iran », Payvand.com,‎ 2003-11-19 (consulté le 2012-02-07)
  24. Kawamura Ishii (2004), 125-126.
  25. McVeigh (1997), résumé.
  26. Lebra-Chapman et al. (1978), p. 202

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]