Collège anglais de Douai

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Les collèges de l’université de Douai.

Le collège anglais de Douai (Collegium Anglorum Duacense en latin) est un séminaire catholique créé vers 1561 par le cardinal William Allen dans le but de former le clergé anglais catholique lors des persécutions sous Élisabeth Ire d’Angleterre et supprimé en 1793. Associé à l’université de Douai, il servait en quelque sorte de point de ralliement à la communauté récusante d’Angleterre.

La célèbre bible de Douai y fut produite avant la Bible du roi Jacques. Edmond Campion y a notamment enseigné avec les réfugiés d’Oxford. D’importantes personnalités politiques seraient venues visiter le cardinal Allen dans une sombre atmosphère. En conséquence, le gouvernement anglais envoyait régulièrement des espions pour obtenir des renseignements sur l’institution, quelques-uns d’entre eux ayant même feint leur conversion à la religion catholique et reçu leur éducation religieuse des maîtres en exil.

Le collège anglais de Douai, les récusants et la bible de Douai[modifier | modifier le code]

Le fondateur du collège anglais de Douai.

La fondation de l’université de Douai coïncida avec la présence à Douai d’un grand nombre de catholiques anglais, à la suite de l’avènement d'Élizabeth Ire et du rétablissement du protestantisme en Angleterre. Cette présence, jointe au rôle de l’Université, incita William Allen en 1569 à fonder à Douai un séminaire pour la formation de prêtres anglais dont le programme d’études était partiellement lié à celui de l’université. C’est dans le collège anglais de Douai que fut achevée en 1609 la traduction en anglais de la Bible connue sous le nom de « bible de Douai[1],[2],[3]. La première Bible catholique en anglais comprenant le Nouveau Testament de Reims et l’Ancien Testament de Douai en un seul volume ne fut pas effectivement imprimée avant 1764.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article principal : Université de Douai.

En 1560-1562, Philippe II d’Espagne a établi, dans le cadre d’un programme général d’affermissement de son autorité sur les Pays-Bas espagnols, une université à Douai, qui serait en quelque sorte une université sœur de celle de Louvain en 1426. De récentes études ont montré que l’université de Douai était, en son temps, une importante institution. Cette institution d’un caractère résolument catholique comprenait cinq facultés : théologie, droit canonique et civil, médecine et arts. Dans les premières années, l’influence anglaise fut forte, plusieurs des principaux postes étant détenus par des professeurs qui avaient fui l’université dl’Oxford. C’est également là qu’après avoir fait sa licence en 1560, William Allen est devenu professeur royal de théologie.

Le collège anglais[modifier | modifier le code]

La bible de Douai (1609).

La fondation de l’université a coïncidé avec la présence d’un grand nombre de catholiques anglais vivant à Douai, dans le sillage de l’accession au trône d’‪Élisabeth Ire et de sa réimposition du protestantisme en Angleterre. Parmi eux, le premier chancelier de l’université, Richard Smyth qui, ayant étudié à Oxford, avait par conséquent déjà placé la nouvelle université sous l’influence d’Oxford.

C’est lors d’une conversation avec le professeur Jean Vendeville, avec lequel Allen était allé en pèlerinage à Rome à l’automne 1567, que ce dernier eut le premier l’idée d’un séminaire pour les prêtres catholiques anglais, dont les études seraient jointes à celles de l’université. La fondation commença à prendre sa forme définitive lors de la location par Allen d’une maison à Douai le jour de Saint-Michel Day de 1568. Le collège fut fondé en 1569, tandis que voyaient le jour à Douai des collèges similaires pour le clergé catholique écossais et irlandais, ainsi que des maisons bénédictine, franciscaine et jésuite. Les autres séminaires ou maisons d’étude destinés à la formation des prêtres anglais et gallois sur le continent européen (tous généralement connus comme collèges anglais) se trouvaient à Rome (à partir de 1579), Valladolid (à partir de 1589), Séville (à partir de 1592) et Lisbonne (à partir de 1628).

Allen et le collège aspiraient à rassembler une partie des nombreux catholiques anglais vivant en exil dans différents pays du continent et de leur fournir des établissements afin de pouvoir poursuivre leurs études dans ce qui était dans les faits l’université catholique d’Oxford en exil, et ainsi produire une réserve toute prête de du clergé catholique anglais instruit prêts pour une reconversion au catholicisme de l’Angleterre escompté par Allen dans un avenir proche. Le collège de Douai correspondait, par la même occasion, au type de séminaire prescrit le concile de Trente, dont il constituait le premier exemple, c’est à ce titre qu’il reçut l’approbation pontificale peu de temps après sa création. Le roi Philippe II prit également sous sa protection et lui attribua une subvention annuelle de 200 ducats.

Le collège ne disposait cependant pas de revenu régulier durant ses les premières années et Allen était tributaire de dons privés provenant d’Angleterre et de la générosité de quelques amis locaux, en particulier les monastères voisins de Saint-Vaast d’Arras, Anchin et Marchiennes, qui avaient souscrit de temps à autre, à la suggestion de Vendeville, à cette œuvre. Allen, qui avait, entretemps, poursuivi ses propres études en théologie et obtenu son doctorat, était devenu professeur royal à l’université, mais il abandonnait sa totalité de ses émoluments au collège pour le maintenir à flot. Quelques années après la fondation, Allen postula pour un financement régulier auprès du pape Grégoire XIII, qui accorda au collège, en 1565, une pension mensuelle de 100 couronnes d’or, dont le versement se poursuivit jusqu’à la Révolution.

La reconversion de l’Angleterre au catholicisme espérée par Allen n’eut jamais lieu. Les évêques catholiques étaient morts, en prison ou en exil, et les prêtres catholiques qui avaient séjourné en Angleterre en voie de disparition ou de conversion au protestantisme. Le collège se mit donc à envoyer clandestinement en Angleterre des prêtres missionnaires ou « prêtres du séminaire », exercer leur ministère auprès des catholiques existants et tenter de convertir les autres. L’exercice du ministère de prêtre catholique constituait, à cette époque, un délit de haute trahison puni de la pendaison et de l’écartèlement. Des quelque 300 prêtres envoyés par Douai en Angleterre à la fin du XVIe siècle, plus de 160 (appartenant principalement au clergé séculier, connus sous le nom de martyrs de Douai) furent exécutés de cette manière. De nombreux autres furent en outre emprisonnés et près de 160, bannis, durent rejoindre le continent. À Douai, le collège avait reçu le privilège spécial de chanter une messe solennelle d’action de grâces chaque fois que parvenait la nouvelle d’un nouveau martyre d’un prêtre de Douai.

En quelques années après la fondation du collège, la personnalité et l’influence de Allen y attira plus de 150 étudiants. Un flux régulier d’œuvres controversées, certains dues à Allen lui-même, d’autres par des hommes tels que Thomas Stapleton et Richard Bristowe, sortit de Douai. C’est au collège anglais de Douai que fut achevée, en 1609, la traduction anglaise de la Bible connue sous le nom de bible de Douai.

Lorsque le collège eut à subir l’opposition de l’université et de la ville de Douai, et que tous les Anglais résidant à Douai furent expulsés en 1578, le Collège dut trouver une base temporaire à Reims. Le collège conserva néanmoins sa maison à Douai et y revint en 1593, mais sans Allen, qui avait été appelé à résider à Rome, où il mourut le 16 octobre 1594.

XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Richard Barrett, le successeur d’Allen, étendit l’œuvre du collège pour inclure un cours préparatoire en sciences humaines, de sorte que celui devint également une école. En 1603, un collège ordinaire fut construit, sous la direction de Thomas Worthington, le troisième président, en face de l’ancienne église paroissiale de Saint-Jacques, dans la rue des Morts. Dans les années 1620, le martyr franciscain Arthur Bell enseigne l’hébreu à Douai.

Au XVIIe siècle, des différends similaires aux conflits affectant les affaires catholiques anglaises en général, survinrent entre prêtres séculiers et réguliers. Quoique lui-même séculier, Worthington était sous l’influence du père jésuite Parsons. Pendant longtemps, les étudiants fréquentèrent les écoles jésuites et toute la direction spirituel fut entre les mains des jésuites. Une visite du collège mit cependant en évidence de nombreuses lacunes administratives qui amenèrent le remplacement de Worthington comme président par Matthieu Kellison (en). À la tête du collège de 1631 à 1641, ce dernier réussit à en rétablir la réputation et à prendre des dispositions pour que le collège reprenne progressivement le contrôle de l’enseignement aux jésuites.

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle et les premières années du XVIIIe siècle, le collège anglais connut une période troublée. Au cours de la présidence du Dr Hyde (1646-1651), l’université de Douai réussit à obtenir certains droits de regard sur le collège, auxquels Hyde résista bien. George Leyburn, qui lui succéda de 1652 à 1670, se brouilla avec le corps de prêtres séculiers connu en Angleterre sous le nom de « Vieux Chapitre », qui dirigeait, en l’absence d’évêque, l’Église catholique en Angleterre. Leyburn s’en prit à Thomas White, dit « Blacklo », un membre éminent du « Vieux Chapitre », et organisa une condamnation de ses écrits par l’université de Douai, dont la ville, dans l’entremise, avait été capturée par les Français en 1677. En fin de compte, Leyburn se trouva obligé de se retirer en faveur de son neveu, John Leyburn, qui devait devenir vicaire apostolique en Angleterre. À peine le différend avec les "blackloïstes" était-il épuisé, que survint nouvelle commotion de nature plus grave encore, dont le centre étant le Dr Hawarden qui fut dix-sept ans professeur de philosophie puis de théologie au collège anglais. Sa réputation était devenue si grande que lorsque le poste de professeur royal de théologie devint vacant en 1702, l’évêque, les principaux membres de l’université, et les magistrats de la ville le prièrent d’en accepter la succession. Cependant, sa candidature fut contestée par un parti dirigé par le vice-chancelier. Les jésuites prirent également position contre lui, l’accusant et, à travers lui, le collège anglais, de jansénisme. En fin de compte, Hawarden prit sa retraite de Douai et se rendit en mission en Angleterre. Une visite du collège, effectuée sur ordre du Saint-Siège, aboutit à exonérer entièrement le collège de cette accusation.

Douai devint de plus en plus important pour les catholiques anglais lorsque leurs espoirs de retour en Angleterre au catholicisme furent déçus par l’échec des rébellions jacobites. Lorsqu’il fut président de 1715 à 1738, Robert Witham reconstruisit le collège anglais de Douai sur une grande échelle et il réussit à éteindre la dette écrasante dans laquelle l’avait plongé la perte de la quasi-totalité de son fonds de dotation lors du krach de 1720 de la compagnie des mers du Sud.

Révolution[modifier | modifier le code]

Au début de la Révolution, Douai fut beaucoup moins affectée que beaucoup d’autres villes françaises et, dans les premiers temps, l’université et les collèges affiliés conservèrent leur caractère catholique. Lors de la Terreur, celle-ci fut soumise au même sort que de nombreux établissements de même genre. Lorsque les membres du clergé de Douai furent invités en 1791 à prêter serment à la constitution civile du clergé, les membres du collège anglais demandèrent à en être exonérés en vertu de leur nationalité britannique, ce qui leur fut autorisé pendant quelque temps.

L’exécution de Louis XVI et la déclaration de guerre de l’Angleterre à la France se solda par la fin de leur immunité des supérieurs et des étudiants de la plupart des autres établissements britanniques qui s’enfuirent pour l’Angleterre, laissant derrière eux les membres du collège anglais, avec leur président, le révérend John Daniel, restés dans l’espoir de sauver le collège. En octobre 1793, ceux-ci furent emprisonnés à Doullens, avec six moines anglo-bénédictins restés pour la même raison et le Dr Stapleton, président de Saint-Omer et ses élèves. En novembre 1794, les collégiens anglais furent autorisés à retourner à Douai et, quelques mois plus tard, Stapleton réussit à obtenir leur libération et la permission de retourner en Angleterre.

Le collège anglais ne devait jamais revenir à Douai. La récente abrogation, en Angleterre, des lois pénales permit aux catholiques d’y fonder deux collèges pour poursuivre l’œuvre du collège anglais, l’un à Crook Hall (avant son transfert pour Ushaw College, près de Durham) dans le Nord et du collège Saint-Edmond (Ware) (en) à Ware dans le Sud du Hertfordshire. La pension romaine fut divisée à parts égales entre ces deux collèges jusqu’à ce que l’occupation de Rome par les Français en 1799 entraine la cessation de paiement.

Après la Révolution, Bonaparte unifia tous les établissements britanniques en France sous un administrateur irlandais, le révérend Francis Walsh. Lors de la Restauration, les Bourbons versèrent au gouvernement britannique une forte indemnité pour ceux qui avaient souffert de la Révolution, dont les catholiques anglais ne virent jamais le premier sou. Il fut décidé que, comme les collèges catholiques avaient fonctionné en France pour la seule raison qu’ils étaient illégaux en Angleterre, ceux-ci devaient être considérés comme des établissements français et non anglais. Les bâtiments furent néanmoins restitués à leurs propriétaires légitimes et, pour la plupart, vendus.

Étudiants au collège anglais de Douai[modifier | modifier le code]

Le collège anglais de Douai, ainsi que les collèges irlandais et écossais, est associé à la faculté de théologie de l'université de Douai et aux séminaires où étudient des personnalités récusantes destinées à être prêtres catholiques en Grande-Bretagne :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Gregory Martin, Richard Bristow et William Allen, The Holie Bible, faithfully translated into English : Doway, 1609-1610, Douai,‎ 1610 (1re éd. 1609), 2 vol. in-4°
    (notice BnF no FRBNF30895086c)
  2. a et b (en) Richard Challoner et Francis Blyth, The New Testament of Jesus Christ ; with arguments of books and chapters : with annotations, and other helps for the better understanding the text… To which are added tables of the Epistles and Gospels, controversies, and heretical corruptions. The text is faithfully translated into English, out of the authentical Latin, diligently conferred with the Greek, and other editions in divers languages... by the English College then resident in Rhemes., Douai,‎ 1738 (1re éd. 1738)
    (notice BnF no FRBNF35945201)
  3. a et b (en) Translated from the Latin Vulgate, Diligently Compared with the Hebrew, Greek, and Other Editions in Divers Languages, The Old Testament First Published by the English College at Douay A.D. 1609 & 1610 and The New Testament First Published by the English College at Rheims A.D. 1582, With Annotations, The Whole Revised and Diligently Compared with the Latin Vulgate by Bishop Richard Challoner A.D. 1749-1752, « Wikilivre: Bible (Douay-Rheims) », Collège anglais de Douai,‎ 1752
  4. « Worthington, Thomas 1549-1627 », sur worldcat.org
  5. « Southwell, Robert (1561-1595) - Biography, major works and themes, critical reception », sur encyclopedia.jrank.org

Sources[modifier | modifier le code]