Colin de Cayeux

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Colin de Cayeux, complice de François Villon dans le vol au collège de Navarre et accusé de nombreux méfaits, a sans doute été pendu en 1460 ou 1461, peut-être au gibet de Montfaucon. On a prétendu qu'il avait appartenu à la bande des coquillards de Dijon, mais son nom n'apparaît dans aucune des pièces du procès de la bande qui s'est ouvert en 1455 et notamment pas dans la liste des bandits recensés dans le dossier [1] ; cette appartenance n'est pas mentionnée non plus dans les pièces d'archives concernant ce clerc devenu "mauvais garçon".
Le triste sort de Colin de Cayeux est évoqué par Villon dans la « belle leçon aux enfants perdus » du (grand) Testament et dans le premier huitain de la seconde des ballades du Jargon et Jobellin dudit Villon attribuées au poète dans l'édition imprimée de Levet (1489) : au vers 4 de cette ballade, les spécialistes s'accordent pour repérer le nom de Colin de Cayeux sous le jeu de mots "collin lescailler".
Selon Thierry Martin[2], Colin de Cayeux aurait pu être l'auteur de deux parmi cinq autres ballades jargonnesques anonymes et sans titre contenues dans un manuscrit de la fin du XVe siècle (après 1477) conservé à Stockholm[3]. T. Martin est le seul des éditeurs-traducteurs modernes à déceler dans ces deux ballades une pratique plus quotidienne et moins littéraire de ce qu'il appelle « bref langage », y voyant l’argot des prostitués et des homosexuels (acception non admise dans le Dictionnaire du Moyen français 2010 du laboratoire ATILF du CNRS) et rangeant Colin de Cayeux parmi les seconds[4], mais en supposant à celui-ci un statut purement imaginaire de poète, jamais indiqué par aucune source : il invoque pour cela le fait que ces deux ballades contiendraient des picardismes[5] et que Colin viendrait de Cayeux, en Picardie, alors que la plupart des auteurs le décrivent comme le fils d'un serrurier parisien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Denis Delaplace, Le jargon des Coquillars au milieu du XVe siècle, Classiques Garnier, 2011.
  2. François Villon : Ballades en argot homosexuel. Mille et une nuits, 1998 et 2001. L'éditeur Thierry Martin est le premier à donner ce titre abusif à ces ballades sous le nom de François Villon et à donner une traduction homosexuelle qui rompt, sans démonstration probante, avec les interprétations généralement admises.
  3. Ces cinq ballades sont copiées, dans un ensemble délimité par des pages blanches, entre un florilège de ballades d'auteurs divers non nommés (dont Villon) et une série de rondeaux (non villoniens) précédant le "Premier Testament Maistre François Villon" qui ouvre la série des textes explicitement attribués au poète.
  4. « On peut supposer sans excès que Colin de Cayeux fut le mauvais génie de Villon et son maître en plusieurs domaines, art du cambriolage, langage et mœurs des Coquillards, peut-être homosexualité, plus importante dans l’œuvre qu’on ne l’a dit, à en juger par les attaques et les plaisanteries contre certains personnages (Thibaud d’Aussigny, la petite Macée, Lomer, Jean Valée devenu Valette...) et le troisième niveau de signification que P. Guiraud a cru déceler dans les ballades en jargon. » (Jean Dufournet, Nouvelles recherches sur Villon, Champion, 1980, p. 245.). Les formulations de Jean Dufournet ("on peut supposer" et "peut-être") invitent à approfondir les recherches, sans se laisser influencer par les hypothèses très controversées de Guiraud ("a cru").
  5. Outre les «rimes picardes», on y trouverait des idiotismes picards comme « engandrer » ou « brocquans ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]