Coenwulf de Mercie

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Coenwulf de Mercie
Image illustrative de l'article Coenwulf de Mercie
Titre
Roi de Mercie
décembre 796821
Prédécesseur Ecgfrith
Successeur Ceolwulf Ier
Biographie
Date de décès 821
Père Cuthberht
Conjoint Ælfthryth
Enfant(s) Cynehelm (saint Kenelm)
Cwoenthryth
Rois de Mercie

Coenwulf, ou Cenwulf ou Coenwolf ou Kenulf, fut roi de Mercie de décembre 796 jusqu'à sa mort, en 821. Il descendait d’un frère du roi Penda, roi de Mercie au milieu du VIIe siècle.

Histoire et tradition[modifier | modifier le code]

Lorsque le roi Offa mourut, en 796, son fils Ecgfrith lui succéda, mais il ne régna que cinq mois, et Coenwulf monta sur le trône la même année. Dès son avènement, il dut écraser une révolte des habitants du Kent, dont Offa s'était rendu maître.

Eadberht Præn revint de son exil en Francie pour faire valoir ses droits. Pour pouvoir mater la révolte, Coenwulf dut attendre que le pape Léon III lui donnât raison ; dès que l’anathème papal eût été lancé contre Eadberht, Coenwulf envahit le Kent, captura le roi, puis lui fit crever les yeux et couper les mains. Le royaume d'Est-Anglie, entraîné par Eadberht, se souleva aussi contre le nouveau roi Coenwulf, comme en atteste la réapparition d’une frappe de monnaies locale qui dura jusqu’en 805, année de la reconquête de l’Est-Anglie par les Merciens. Coenwulf mena aussi plusieurs campagnes contre les Gallois, et apparemment une seule contre les Northumbriens (en 801), bien qu’il semble avoir soutenu en sous-main les adversaires du roi northumbrien Eardwulf de Northumbrie.

Coenwulf entra aussi en conflit avec Wulfred, archevêque de Cantorbéry, en particulier pour savoir si le pouvoir séculier pouvait ou non contrôler les maisons religieuses, comme les monastères. L’antagonisme entre le roi et l’archevêque Wulfred fut tel que ce dernier ne put exercer son ministère pendant au moins quatre ans. Un début d’accord entre les deux parties survint après la mort de Coenwulf, sous son successeur le roi Ceolwulf Ier (en 822), mais le problème ne trouva vraiment de solution qu’en 826, après négociations entre l’archevêque et la fille de Coenwulf, Cwoenthryth, qui avait bénéficié de larges dotations en terres d’église.

Selon une légende postérieure à la conquête normande, Cynehelm, fils de Coenwulf et futur saint Kenelm (fêté le 17 juillet[1]), aurait été assassiné par son oncle Ceolwulf, qui lui-même ne régna que deux ans avant d'être déposé : la famille de Coenwulf perdit ensuite définitivement le pouvoir. Coenwulf fut le dernier roi de Mercie à exercer une réelle domination sur les autres royaumes anglo-saxons : dix ans après sa mort, l’ascension du Wessex commença avec le roi Egbert, et le royaume de Mercie perdit toute influence.

Contexte historique et sources[modifier | modifier le code]

Pendant la plus grande partie du VIIe siècle, le royaume de Mercie domina le territoire qui s’étendait au sud du Humber. Æthelbald, couronné en 716, était devenu dès 731 le suzerain des Anglo-Saxons du Sud[2]. Il fut assassiné en 757 : Beornred lui succéda brièvement, puis fut chassé au bout d'un an par Offa. En 789, Offa se fit un allié de Beorhtric de Wessex en lui offrant en mariage sa fille Eadburh[3]. Il envahit le Kent en 780[4], puis étendit son influence sur l'Est-Anglie, dont il fit décapiter le roi Æthelred en 794[5].

Offa semble avoir cherché à éliminer tous les rivaux potentiels de son fils Ecgfrith[6], mais, comme l'a écrit Alcuin, conseiller et clerc à la cour de Charlemagne[7], « le sang répandu par le père retomba sur le fils ». Il ajoute que « cela ne fortifia pas le royaume, mais le mena à sa ruine »[8]. En effet, après la mort d'Offa, en juillet 796, Ecgfrith ne régna que cinq mois, puis mourut, laissant le trône à Coenwulf[9]. Les sources n'indiquent pas la nature de son décès, mais la correspondance d'Alcuin laisse penser qu'il fut assassiné.

Il existe un important corpus de lettres datant de l’époque : la plupart ont été écrites par Alcuin, qui correspondait avec des rois, des nobles et des religieux de toute l’Angleterre[7], et nous disposons aussi des lettres échangées par Coenwulf et le pape[10]. Une autre source importante est la Chronique anglo-saxonne, une collection d’annales en vieil anglais ; mais elle émane du Wessex, et on pense donc qu’elle peut être partiale en faveur du Wessex[11]. Il existe aussi des « chartes », documents attestant l’octroi de terres par les rois à leurs vassaux ou à des religieux[12],[13], avec en appendice les noms des témoins des bénéficiaires et du donateur : ainsi, dans le Diplôme Ismere, Æthelric, fils de Oshere, roi des Hwicce, est désigné comme subregulus ( « sous-roi ») de Æthelbald[14].

La Mercie et l'Angleterre du Sud à la mort d'Ecgfrith[modifier | modifier le code]

Selon la Chronique anglo-saxonne, Ecgfrith ne régna que 141 jours[15]. Comme on sait qu'Offa mourut le 26 ou le 29 juillet 796, on peut en déduire que le règne de Coenwulf débuta le 14 ou le 17 décembre de la même année[16]. Le père de Coenwulf était un certain Cuthbert, peut-être l’ealdorman (« alderman » en anglais moderne) qui apparaît comme témoin de remise de chartes sous le règne de Offa. Coenwulf apparaît aussi dans ces listes[17]. Selon l’arbre généalogique des rois de Mercie inclus dans l'Anglian Collection, Coenwulf descendrait d’un certain Cenwealh, frère de Penda[17] et inconnu par ailleurs. Il est possible qu’il s’agisse en fait d’un certain Cenwealh de Wessex, qui épousa puis répudia une sœur de Penda[18].

La famille de Coenwulf était peut-être apparentée à la famille royale des Hwicce, un sous-royaume de la Mercie centré sur la vallée basse de la Severn[19]. Il semble que la famille de Coenwulf ait été puissante, mais pas de sang royal[16]. Dans une lettre de 797 à l'adresse du peuple du Kent, Alcuin déplorait qu'« il ne reste plus personne de la vieille race des rois »[20]. Mais comme Eardwulf de Northumbrie était devenu roi la même année que Coenwulf, et dans les mêmes circonstances, on ne sait qui est visé exactement par l’insinuation d’Alcuin : Coenwulf, Eardwulf ou les deux[21]. Alcuin avait certainement une opinion très négative de Coenwulf, qu'il considérait comme un tyran et à qui il reprochait d’avoir cavalièrement changé de femme. Il écrivit à un noble mercien d'accueillir Coenwulf paisiblement, « si cela est possible » : la politique de Coenwulf à l'égard des Carolingiens était donc peu claire[16].

Au début du règne de Coenwulf, la domination des Merciens sur l’Angleterre du Sud paraît faiblir. En Est-Anglie, le roi Eadwald frappa monnaie, montrant ainsi qu’il reprenait son indépendance[22]. Selon une charte de 799, il semble que la Mercie et le Sussex s’étaient séparés à cette date, mais l’authenticité de cette charte est contestée[23],[24]. Le Kent aussi commença à se soulever, soit à la mort d’Ecgfrith[22], soit plus tôt, peut-être même avant la mort de Offa[25],[26]. Eadberht Præn menait le révolte dans le Kent : au retour de son exil à la cour de Charlemagne (il est évident que les Carolingiens le soutenaient[27]), il se fit couronner roi du Kent. Æthelheard, l’archevêque de Cantorbéry, quitta alors sa chaire et prit la fuite, et Christ Church fut sans doute livrée au pillage[22].

Règne[modifier | modifier le code]

L'Angleterre du sud sous le règne de Coenwulf.

Coenwulf hésita à envahir le Kent sans avoir reçu l’approbation du pape Léon III : il voulait faire admettre la thèse selon laquelle Eadberht, qui semble-t-il était prêtre, devait abandonner toute prétention au trône[22]. Par ailleurs, Coenwulf demandait au pape de déplacer le siège de l'archevêché de Cantorbéry à Londres, afin de réduire le pouvoir de Æthelheard, mais surtout en raison de la perte du Kent[22],[28]. Le pape refusa le déplacement de l'archevêché à Londres, mais reconnut qu’un clerc ne pouvait prétendre au trône du Kent[29] :

« ... en ce qui concerne le clerc apostat qui est monté sur le trône [...] nous l’excommunions et le rejetons, par égard envers la sûreté de son âme. Car s’il devait persister dans cette conduite pécheresse, informez-nous-en rapidement, afin que nous puissions écrire à tous les princes et tous les habitants de l’île de Bretagne, les exhortant à le faire sortir de sa conduite abominable, et à lui procurer la paix de l’âme. »

Coenwulf dut attendre l’autorisation papale jusqu’en 798, et se lança aussitôt à l’attaque[22]. Les Merciens capturèrent Eadberht, lui crevèrent les yeux, lui tranchèrent les mains[30], et le ramenèrent enchaîné en Mercie. Selon des sources ultérieures, il fut emprisonné à Winchcombe, un monastère dépendant fortement de la famille de Coenwulf[31]. Au plus tard en 8O1, Coenwulf installa son frère Cuthred sur le trône du Kent[32], trône qu’il occupa jusqu’à sa mort en 807. Par la suite, Coenwulf prit le Kent sous son égide[33] : en 809 il signa une charte en tant que « roi des Merciens et de la province de Kent » (« rex Merciorum atque provincie Cancie »)[34].

Coenwulf continua à exercer la domination mercienne qu'Offa avait instaurée sur l'Essex. Le roi Sigeric, parti pour Rome en 798 selon la Chronique anglo-saxonne[35], avait pourtant placé sur le trône son fils Sigered. Mais Sigered, après être apparu sur deux chartes de Coenwulf (en 811) comme roi (« rex ») d'Essex voit son titre réduit ultérieurement à « sous-roi » (« sub-regulus »), puis à « ealdorman » (« dux »)[36],[37].

La chronologie des événements en Est-Anglie est moins claire, mais comme on constate que les monnaies à l’effigie d'Eadwald cèdent la place à celles de Coenwulf vers 805, on peut sans doute en déduire que la domination mercienne fut rétablie à cette époque[32].

Tant que Beorhtric régna sur le Wessex, les relations entre les deux royaumes furent cordiales, mais elles se rafraîchirent nettement à la mort de ce dernier, quand Egbert monta sur le trône : il avait, comme Eadberht, été exilé et accueilli à la cour de Charlemagne[38]. Selon la Chronique anglo-saxonne, le jour même du couronnement d'Egbert, un chef des Hwicce nommé Æthelmund passa la Tamise à Kempsford à la tête d’une troupe armée, mais fut repoussé par le chef Weohstan[39], qui commandait une troupe de guerriers du Wiltshire. Par ailleurs, selon la Chronique, Egbert avait aussi des droits sur la couronne de Kent, mais il ne chercha pas à les faire valoir pendant le règne de Coenwulf[40]. Il semble que le Wessex d'Egbert fut indépendant de la Mercie dès son avènement : Coenwulf aurait abandonné toutes prétentions sur le sud de l’Angleterre, qui avait auparavant appartenu à Offa et Æthelbald[25], bien qu'il se soit intitulé « empereur » sur une de ses chartes. Il fut le seul roi anglo-saxon à se désigner ainsi avant le Xe siècle[41].

En 796 ou 797, les Gallois attaquèrent la Mercie à Rhuddlan. En 798, Coenwulf fut capable de riposter : Caradog ap Meirion, le roi de Gwynedd, fut tué[42]. Une guerre civile s’ensuivit en Gwynedd, qui prit fin lorsque Hywel ap Caradog ceignit la couronne. Coenwulf l’attaqua alors, ravagea le Snowdonia et fit main basse sur le petit territoire de Rhufoniog, près de Rhos. On ignore si les Merciens participèrent à la bataille qui eut lieu à Anglesey en 817 ou 818, mais l’année suivante, Coenwulf et son armée dévastèrent le Dyfed[43].

Le roi de Northumbrie Æthelred fut assassiné en avril 796, et moins d’un mois plus tard, son successeur Osbald fut déposé par Eardwulf[44]. En 800, Eardwulf fit tuer Alcmund, fils du roi Alhred de Northumbrie (765-774), ce qui en fit un saint martyr. Comme le culte de St Alhmund se développa à Derby, en Mercie, on peut penser que la Mercie avait pris parti dans les querelles dynastiques de Norhumbrie. Coenwulf hébergea les ennemis de Eardwulf, et en conséquence, Eardwulf envahit la Mercie en 801. Mais ce ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau, et la paix fut signée sur un pied d'égalité. Cependant, il est probable que Coenwulf aida en sous-main les Northumbriens qui se révoltèrent contre Eardwulf et le renversèrent en 806[45], et qu’il continua à les soutenir après que Eardwulf fut revenu sur le trône en 808[46].

Relations avec l'Église[modifier | modifier le code]

Les diocèses d'Angleterre durant l'existence de l'archevêché de Lichfield (787-803).

En 787, afin de diviser l’archidiocèse de Cantorbéry, Offa avait persuadé l'Église de créer un nouvel archevêché à Lichfield, lequel englobait les diocèses de Worcester, Hereford, Leicester, Lindsey, Dommoc, et Helmham. Lichfield regroupait donc des diocèses se trouvant en majorité dans le centre de l'Angleterre, Cantorbéry conservant sous sa houlette les diocèses du sud et du sud-est[47],[48]. Hygeberht, l'évêque de Lichfield, fut le premier et le seul archevêque de Lichfield[49].

Les lettres échangées en 798 entre Coenwulf et le pape Léon III montrent deux visions des choses : Coenwulf affirmait qu'Offa avait précédemment demandé la création de l’archevêché de Lichfield faute de pouvoir s’entendre avec Jaenberht, l'archevêque de Cantorbéry à l'époque, mais Léon III répondait que c’était uniquement en raison de la grande taille du royaume de Mercie qu’il acceptait d'y créer un deuxième archevêché[50]. Chacun des deux soutenait ses intérêts : Coenwulf voulait pousser Léon III à transférer à Londres le siège de l’unique archevêché du Sud de l’Angleterre, et Léon ne voulait pas donner l’impression qu’il se rendait complice des menées d'Offa et Coenwulf[51]. Si Coenwulf désirait tant ce transfert, cela était sans doute dû à la situation dans le Kent : l’archevêque Æthelheard avait été mis en fuite par Eadberht Præn, et le moment était favorable pour mettre la main sur le Kent, encore indépendant de la Mercie à l’époque où Coenwulf écrivait[52].

Æthelheard fut abbé du monastère de Louth, au Lindsey[25] avant de succéder à Jaenberht en 792. Le 18 janvier 802, il reçut du pape le privilège de reprendre la tête de toutes les églises de Lichfield, en plus de celles de Cantorbéry. Aussi convoqua-t-il un concile à Clovesho, le 12 octobre 803, à l’issue duquel la création de l’archevêché de Lichfield fut abolie. Hygeberht avait sans doute déjà quitté sa chaire, puisqu’un clerc portant ce nom assista au concile comme chef de l’église de Mercie, mais signa les conclusions comme simple abbé[53].

L’archevêque Æthelheard mourut en 805, et Wulfred lui succéda[54]. Il fut autorisé à battre monnaie, sans qu’apparaisse sur l’avers des pièces l’effigie de Coenwulf : peut-on en déduire que l’entente régna d’abord entre l’archevêque et le roi de Mercie ? En tous cas, un conflit survint entre eux : preuve en est qu'en 808, Léon III écrivait à Charlemagne que Coenwulf et Wulfred n’avaient toujours pas fait la paix. Tout semble ensuite bien aller jusqu’en 816 : c’est alors que Wulfred présida à Chelsea un concile remettant en question la mainmise du pouvoir temporel sur les biens de l’église[55]. Le concile soutint que Coenwulf n’avait pas le droit de nommer les supérieurs des monastères, tant d’hommes que de femmes. Cependant, Léon III, tout comme son prédécesseur Adrien Ier, avaient autorisé Offa et Coenwulf à procéder à ces nominations, et ce dernier venait justement de nommer sa fille Cwoenthryth abbesse de Minster-in-Thanet. Léon III mourut en 816, et son successeur Étienne IV au mois de janvier suivant. Ce fut donc le pape suivant, Pascal Ier, qui confirma Coenwulf dans ses privilèges. La dispute ne cessa pas pour autant[42] : si en 817, Wulfred signa comme témoin deux chartes royales par lesquelles Coenwulf concédait des terres à Deneberht, évêque de Worcester, par la suite aucune mention de Wulfred n’apparaît plus dans les actes officiels, et ce jusqu’à la fin du règne de Coenwulf[42]. Selon une source, Coenwulf empêcha Wulfred d’exercer son apostolat pendant six ans, période pendant laquelle aucun baptême n’eut lieu, mais il semble que la suspension n'ait duré que quatre ans[55],[56].

En 821, année de la mort de Coenwulf, un concile eut lieu à Londres, et Coenwulf y menaça Wulfred de l'exiler s'il ne lui restituait pas un domaine d’une superficie de trois cent hides, et s'l ne lui réglait pas une amende de cent vingt livres[42],[57]. Wulfred semble s'être soumis, mais à la mort de Coenwulf le litige n’était toujours pas réglé : ce ne fut finalement qu’en 826 ou 827 que Wulfred parvint à un accord avec Cwoenthryth, la fille du roi. Cependant, Wulfred officia pendant la cérémonie d’intronisation de Ceolwulf, frère de Coenwulf, le 17 septembre 822, et la dispute devait donc avoir été oubliée à cette date : Wulfred avait probablement recouvré ses prérogatives archiépiscopales début 822[42],[54].

Frappe de monnaies[modifier | modifier le code]

La frappe de Coenwulf hérite du format (large penny d’argent) apparu sous Offa et ses contemporains. Ses premières pièces sont presque identiques aux lourds exemplaires mis en circulation pendant les trois dernières années du règne d'Offa, et proviennent certainement des ateliers de Londres, puisque les ateliers de Cantorbéry étaient sous le contrôle de Eadberht Præn, et ceux de l’Est-Anglie entre les mains de Eadwald. L’apparition du « nouveau tribrache », avec ses trois lignes radiales convergeant au centre, date d’avant 798. Ce dessin apparut d’abord à Londres, puis fut adopté à Cantorbéry après que les rebelles en furent chassés, mais ne fut pas frappé en Est-Anglie. Cependant, il existe des tribraches portant le nom de Cuthred, sous-roi du Kent. Aux alentours de 805, une frappe avec effigie apparaît dans les trois ateliers du Sud. Après 810 (environ), une ligne de dessins divers apparaît sur l’avers des pièces, mais ces dessins sont d’un type très répandu[58]. C’est aussi à cette date qu’apparaît un nouvel atelier de frappe à Rochester, dans le Kent[59].

Un exemplaire notable de la frappe de Coenwulf est récemment apparu : en 2001, on découvrit à Biggleswade (Bedforshire), sur un sentier près de la rivière Ivel, une pièce d’or portant le nom de Coenwulf[60],[61]. Ce « mancus » de 4,33 g, qui valait environ trente pennies d’argent, est donc l’une des huit pièces d’or connues actuellement provenant du milieu/fin de la période anglo-saxonne. L’inscription « DE VICO LUNDONIAE » indique qu'elle fut frappée à Londres[61]. Elle fut vendue au collectionneur américain Allan Davisson pour la somme de 230 000 £, lors d’une vente aux enchères chez Spink, en octobre 2001, mais le gouvernement britannique exerça son droit de préemption[60],[62],[63], afin de la garder et de l’exposer au public. La pièce fut achetée en février 2006 par le British Museum pour la somme de 357 832 £ (avec l’aide du National Heritage Memorial Fund), devenant ainsi la pièce de monnaie britannique la plus chère jamais achetée, jusqu’à la vente en juillet 2006 d’un florin double léopard[60],[64]. Elle est exposée actuellement dans la galerie des monnaies du Museum.

Famille et succession[modifier | modifier le code]

Arbre généalogique de Coenwulf.

Une charte de 799, fausse, mais peut-être pertinente, mentionne une épouse de Coenwulf nommée Cynegyth[65],[66]. Des chartes plus fiables, datant de 804 à 817, nous donnent un autre nom d’épouse : Ælfthryth[67]. La fille de Coenwulf, Cwoenthryth, lui survécut et reçut en héritage le monastère de Winchcombe que son père avait incorporé aux biens familiaux[68], ce qui entraîna naturellement une longue chicane avec l’archevêque Wulfred[42]. Coenwulf avait aussi un fils, Cynehelm, qui mourut en odeur de sainteté et fut l’objet d’un culte à partir des années 970[69]. Selon l’évêque Asser, biographe d'Alfred le Grand, son épouse Ealhswith descendait de Coenwulf par sa mère Eadburh, mais Asser ne précise pas de quel enfant de Coenwulf descendait Eadburh[70].

Coenwulf mourut en 821 à Basingwerk, près de Holywell (Flintshire), sans doute alors qu’il préparait une campagne militaire contre les Gallois. Cette campagne eut lieu en 822 sous son frère Ceolwulf, qui lui succéda[71]. Selon une source du XIe siècle, le fils de Coenwulf, Cynehelm, encore enfant, serait monté sur le trône, mais aurait été rapidement assassiné par son tuteur Æscberht à l’instigation de sa sœur Cwoenthryth ; mais cette version, comme le dit un historien, « fourmille de problèmes historiques ». Il est possible aussi que Cynehelm ait été l’ealdorman qui fut témoin de la signature de chartes sous le règne de Coenwulf, et qui mourut semble-t-il autour de l’an 812[69],[72]. Mais les opinions des historiens divergent sur ce point, et Simon Keynes pense que le prince Cynehelm et l’ealdorman en question sont deux personnes différentes : le prince aurait donc survécu à son père[9]. Quoi qu’il en soit, le début du règne de Ceolwulf semble avoir été troublé par des luttes dynastiques : un document de 825 indique qu’après la mort de Coenwulf, « une grande discorde et des troubles innombrables survinrent entre plusieurs rois, nobles, évêques et ministres de l’Église de Dieu, à propos d’un grand nombre de problèmes séculiers »[43].

Coenwulf fut le dernier des rois de Mercie à dominer la majeure partie ou la totalité de l'Angleterre du Sud, un état qui perdurait depuis Penda au VIIe siècle. Dans les années qui suivirent sa mort, la Mercie déclina, et après la bataille d'Ellendune en 825, Egbert de Wessex devint le roi le plus puissant au sud du Humber.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. nominis.cef.fr Nominis : Saint Kenelm.
  2. Simon Keynes, « Mercia », in Lapidge et al., Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England, p. 306.
  3. Stenton, Anglo-Saxon England, p. 210.
  4. Kirby, Earliest English Kings, p. 167.
  5. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 64.
  6. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 118.
  7. a et b Michael Lapidge, « Alcuin of York », in Lapidge et al., Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England, p.24.
  8. Lettre d'Alcuin au comte mercien Osbert, traduite dans Whitelock, English Historical Documents, p. 787
  9. a et b Simon Keynes, « Coenwulf », in Lapidge et al., Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England, p. 111.
  10. Voir la correspondance entre Coenwulf et Léon III dans Whitelock, English Historical Documents, 204 and 205, pp. 791-794.
  11. Campbell, Anglo-Saxon State, p. 144.
  12. Hunter Blair, Roman Britain, pp. 14-15.
  13. Campbell, The Anglo-Saxons, pp. 95-98.
  14. Whitelock, English Historical Documents, 67, pp. 453-454.
  15. Swanton, Anglo-Saxon Chronicle, p. 50.
  16. a, b et c Kirby, Earliest English Kings, p. 177.
  17. a et b Yorke, Kings and Kingdoms, p. 118-120.
  18. Williams, Kingship and Government, p. 29.
  19. Sarah et John Zaluckyj, « Decline », in Zaluckyj and Zaluckyj, Mercia, p. 228.
  20. Story, Carolingian Connections, p. 145.
  21. Kirby, Earliest English Kings, p. 156.
  22. a, b, c, d, e et f Kirby, Earliest English Kings, p. 178.
  23. Kirby, Earliest English Kings, p. 179 et note 122, p. 184.
  24. « Anglo-Saxons.net : S 154 », Sean Miller (consulté le 6 mars 2008)
  25. a, b et c Stenton, Anglo-Saxon England, p. 225.
  26. Kirby, Earliest English Kings, p. 183, note 8, citant Brooks, The Early History of the Church of Canterbury
  27. Kirby, Earliest English Kings, p. 185.
  28. Whitelock, English Historical Documents, 204, p. 791.
  29. Whitelock, English Historical Documents, 205, p. 793.
  30. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 121.
  31. Story, Carolingian Connections, p. 142.
  32. a et b Kirby, Earliest English Kings, p. 179
  33. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 32.
  34. « Anglo-Saxons.net : S 164 », Sean Miller (consulté le 6 mars 2008)
  35. Swanton, Anglo-Saxon Chronicle, p. 56.
  36. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 51.
  37. Stenton, Anglo-Saxon England, p. 305.
  38. Sarah and John Zaluckyj, « Decline », in Zaluckyj & Zaluckyj, Mercia, p. 232.
  39. Swanton, Anglo-Saxon Chronicle, pp. 58-59.
  40. Kirby, Earliest English Kings, p. 189.
  41. Patrick Wormald, « The Age of Offa and Alcuin », in Campbell et al. The Anglo-Saxons, p. 101.
  42. a, b, c, d, e et f Kirby, Earliest English Kings, p. 187.
  43. a et b Kirby, Earliest English Kings, p. 188.
  44. Kirby, Earliest English Kings, p. 155.
  45. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 95.
  46. Kirby, Earliest English Kings, p. 197.
  47. Kirby, Earliest English Kings, p. 174.
  48. D'après Brooks, la source la plus ancienne listant les diocèses attachés à Lichfield est celle de William de Malmesbury, au XIIe siècle. Brooks met l'accent sur l'aspect tardif de cette source, mais reconnaît que la division proposée est plausible. Brooks, Early History, p. 119.
  49. Stenton, Anglo-Saxon England, pp. 217-218 & 218 notes 3 & 4.
  50. Whitelock, English Historical Documents, 204 & 205, pp. 791-794.
  51. Kirby, Earliest English Kings, pp. 169-170.
  52. Brooks, Early History of Canterbury, pp. 120-125.
  53. Stenton, Anglo-Saxon England, p. 227.
  54. a et b S. E. Kelly, « Wulfred », in Lapidge et al., Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon History, p. ;491.
  55. a et b Kirby, Earliest English Kings, p. 186.
  56. Stenton, Anglo-Saxon England, p. 229 note 5.
  57. Stenton, Anglo-Saxon England, pp. 229-230.
  58. Blackburn & Grierson, Medieval European Coinage, pp. 284-;288.
  59. Gareth Williams, « Mercian Coinage and Authority », in Brown and Farr, Mercia, p. 221.
  60. a, b et c "Museum's £350,000 deal for coin", BBC.
  61. a et b EMC Number 2004.167, Early Medieval Corpus, Fitzwilliam Museum.
  62. "Ancient coin could fetch £150,000", BBC.
  63. Healey, "Museum Buying Rare Coin to Keep It in Britain".
  64. "Rare Coin Breaks Auction Record", BBC.
  65. « Anglo-Saxons.net: S 156 », Sean Miller (consulté le 7 mars 2008)
  66. Pauline Stafford, « Political Womena », in Brown & Farr, Mercia, p. 42, note 5.
  67. Ælfthryth 3, PASE.
  68. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 118-119.
  69. a et b Thacker, « Kings, Saints and Monasteries », p. 8.
  70. Kirby, Earliest English Kings, p. 212.
  71. Stenton, Anglo-Saxon England, p. 230.
  72. Yorke, Kings and Kingdoms, p. 119.

Références[modifier | modifier le code]