Codex Sinaiticus

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Manuscrits du Nouveau Testament
PapyriOncialeMinusculesLectionnaire
Onciale 01
Matthieu 6,4-32
nom Codex Sinaiticus
texte Nouveau Testament
langue Grec ancien
date IVe siècle
maintenant à British Library
dimension 37 x 34 cm
type Texte alexandrin
Catégorie I

Le Codex Sinaiticus (Gregory-Aland no. א ou 01) est un manuscrit en onciales complet du Nouveau Testament datant du IVe siècle (rédigé entre 330 et 350[1]). Il contient également des parties de la Septante[2].

Sommaire

[modifier] Histoire du manuscrit

À l'origine, selon Tischendorff, le Codex Sinaïticus représente l'un des cinquante exemplaires de la Bible grecque commandées par l'empereur Constantin Ier à Eusèbe de Césarée, peu après le Concile de Nicée (325) IVe siècle, d'après Eusèbe lui-même[3]. Les autres exemplaires ont disparu ou n'ont jamais été réalisés ; le Vaticanus en est peut-être un autre exemplaire. Mais cette hypothèse est mise en doute par certains spécialistes[4].

C'est en 1844 qu'un érudit allemand de 29 ans, Constantin von Tischendorff (sous le parrainage de Frédéric Auguste roi de Saxe), visita le monastère orthodoxe de Sainte-Catherine sur le mont Sinaï. En parcourant les lieux, son attention fut attirée par une corbeille contenant de vieux parchemins allant servir de combustible pour le feu. Il s'agissait de 129 grandes pages de parchemin contenant des extraits de la traduction grecque de l'Ancien Testament : la Septante. Elles sont conservées à Leipzig par la bibliothèque universitaire.

Tischendorff retournera au monastère afin de retrouver les parties manquantes mais le Père Supérieur qui se méfiait de l'excitation du jeune Allemand ne l'aida plus dans ses recherches.

Lors de sa troisième visite en 1859, alors qu'il était sur le point de quitter les lieux, le moine économe lui présenta un vieil exemplaire de la Bible qu'ils conservaient. En réalité, c'étaient toutes les parties manquantes qu'il recherchait : un codex reprenant non seulement la plupart des textes de l'Ancien Testament mais également le Nouveau. Tischendorff persuada le Père Supérieur d'en faire cadeau au Tsar Alexandre II qui financait les recherches sur le site. Ce dernier remerciera le monastère par plusieurs dons en argent et en nature. En 1933, suite à la révolution russe, les autorités soviétiques vendirent le Codex Sinaïticus à la Grande-Bretagne pour 100 000 livres. Il fut déposé à la British Library (Additional Manuscripts 43725) de Londres[5].

Malheureusement, lors des différentes tribulations qu'il connut, différentes pages du codex furent dispersées. C'est dans ce cadre que la British Library a annoncé la mise en place d'un programme de recherche interdisciplinaire (coût estimé : 680 000 livres) autour du célèbre manuscrit à partir du 11 mars 2005. Le travail a porté sur trois axes : la conservation, la numérisation et la traduction. Quatre institutions (possédant chacune une partie du manuscrit) y participent : la British Library elle-même, le monastère Sainte-Catherine du Sinaï, l'université de Leipzig et la Bibliothèque d'État de Russie[6]. Le manuscrit est consultable dans son intégralité sur Internet, depuis le lundi 6 juillet 2009, sur le site de la British Library[7].

Signalons que les moines de Sainte-Catherine réclament toujours officiellement le retour de l'ouvrage au monastère[8].

[modifier] Contenu

Codex Sinaiticus

Écrit en onciales grecques sur du vélin, l'excellente qualité de l'encre et des feuilles de parchemin ont permis sa conservation. Le codex se compose de 346 folios et 1/2, soit: 199 pour l'Ancien Testament et 147 1/2 pour le Nouveau Testament.

Il utilise fréquemment des Nomina sacra: ΘΣ ΚΣ ΙΣ ΧΣ ΠΝΑ ΠΝΙΚΟΣ ΥΣ ΑΝΟΣ ΟΥΟΣ ΔΑΔ ΙΛΗΜ ΙΣΡΛ ΜΗΡ ΠΗΡ ΣΩΡ[9].

L'ensemble du Nouveau Testament est repris, dans l'ordre: Évangiles - Épîtres de Paul - Actes des Apôtres - Épîtres catholiques - Apocalypse. Suivent aussi l'Épître de Barnabé et le Pasteur d'Hermas.

  • Ce codex est le représentant d'un type alexandrin particulier, où se mêlent des influences d'autres origines. Il reproduit la recension de la Bible faite à Césarée vers 300 par Pamphile et signalée par Jérôme.
  • La copie semble avoir été faite sous la dictée, ce qui expliquerait les nombreux sauts du même au même (homéotéleutes), complétés de seconde main, qui seraient dus au lecteur. La copie du Vaticanus est contemporaine, elle présente une écriture voisine, mais beaucoup moins de fautes de copie ; et les modèles qu'elle utilise sont différents.

[modifier] La Septante

L'Ancien Testament[10] est très incomplet et réparti entre quatre biliothèques ; la plus grande partie est à la British Library (Londres) ; les cahiers 35-36, 37/1-3 et 47-49 sont à la Bibliothèque universitaire de Leipzig ; les f. 3/4, 11/2, 38/8 et une partie du f. 93/7 sont encore à la Bibliothèque nationale de St Pétersbourg ; enfin, le nouveau fonds du monastère Ste Catherine du Sinaï, découvert en 1975, a livré les f. 3/3, 10/1 et les restes des cahiers 12-29 et 95.

  • du Pentateuque, primitivement les cahiers 1-15, il ne reste que
    • Genèse 21,26 ... 24,43 (cahier 3, f. 3-4 fragmentaires)
    • Lévitique 20,27-22,30 (cahier 10, f. 1)
    • Nombres 5,26 ... 7,20 ; 16,7–20,28 ; 23,22-26,2 (f. 11/2 fragmentaire ; 12/1-3.6)
    • Deutéronome 3,8-4,21 ; 28,68-30,16 (f. 13/8 ; 15/7)
  • des Livres historiques, primitivement les cahiers 16-27, il subsiste
    • Jésus (Josué) 12,2-14,4 (f. 17/1)
    • Juges 2,20 ; 4,6-11,2 (f. 18/2 fragmentaire ; 18/3-7)
    • il manque Ruth et 1-4 Règnes
  • des autres livres historiques, primitivement cahiers 28-42, on a encore
    • 1 Chroniques 17,14–18,11 ; (duplicata) 9,27-19,17 (f. 29/7 ; duplicata 34/8 - 35/4)
    • il manque la fin de 1 Chroniques, 2 Chroniques, Esdras A' et le début d'Esdras-Néhémie
    • EsdrasNéhémie 9,9-fin (f. 35/4 - 36/5)
    • Esther grec 1,1-fin (f. 36/5 - 37/3)
    • Tobie 1,1-fin (f. 37/3 - 38/2)
    • Judith 1,1-fin (f. 38/2 - 39/2)
    • 1 Maccabées 1,1-fin (f. 39/3 - 41/4) avec titre final
    • 2-3 Maccabées ne semblent pas avoir figuré entre les livres 1 et 4
    • 4 Maccabées 1,1-fin (f. 42/1-8) avec titre final
  • les Livres prophétiques occupaient les cahiers 43-58 (il manque 50-56) : la place et l'ordre des livres correspondent à l'hébreu, mais avec probablement Daniel grec en plus
  • les Livres poétiques sont au complet, dans un ordre apparenté à celui du Codex Vaticanus, seul Job occupant une place différente
  • Au total, il ne reste que la moitié de la Septante : après le Pentateuque, les livres historiques étaient groupés, suivis des livres prophétiques dans l'ordre de l'hébreu, avec en plus Daniel, et les livres poétiques prennent place en dernier. C'est une forme du recueil plus ancienne que la disposition adoptée dans le Vaticanus et l'Alexandrinus

[modifier] Le Nouveau Testament

  • Après la Septante, un cahier manque : il devait contenir les canons d'Eusèbe et à lettre à Carpien, qui forment une introduction aux évangiles.
  • Le Nouveau Testament, entièrement conservé à la British Library (Londres), est absolument complet, avec les épîtres de Paul avant les Actes. Il comprend :
  • Viennent enfin des écrits des Pères apostoliques, dont un fragment du f. 93/7 est encore à la Bibliothèque nationale de St Pétersbourg et les f. 95/1.8 ont été retrouvés en 1975, dans le nouveau fonds du monastère du Sinaï :
Lacune en Jean 7,52-8,12
Lacunes

Nouveau Testament[11]:

  • Versets omis
  • Membres de versets omis
    • Matthieu 6,13b οτι σου εστιν η βασιλεια και η δυναμις και η δοξα εις τους αιωνας. αμην "Car à toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire à jamais. Amen." omis.
    • Matthieu 23,35 υιου βαραχιου (fils de Barachie);
    • Marc 1,1 υιου θεου "le Fils de Dieu" omis.
    • Marc 10:7 και προσκολληθησεται προς την γυναικα αυτου (et s'attachera à sa femme)[14].
    • Luc 11:4 αλλα ρυσαι ημας απο του πονηρου (mais délivrez-nous du mal)[15].

[modifier] Auteur

Des analyses minutieuses portant sur la graphie, l'orthographe et les marques en bas de page ont permis d'identifier trois scribes ayant contribué à la rédaction de ce manuscrit.

Comme souvent lorsqu'il s'agit de manuscrits si anciens, l'identité des auteurs et le lieu de la rédaction restent inconnus. Les critiques les plus pertinents pensent tout de même qu'il fut écrit dans une des grandes cités du monde gréco-romain. Alexandrie, Constantinople et Césarée de Palestine ont été citées tour à tour.

Pour compliquer un peu plus ce travail de recherche, de nombreuses corrections ont été ajoutées au fil des siècles.

[modifier] Importance du codex

Le Sinaïticus est l'un des deux plus anciens manuscrits (avec le Codex Vaticanus) reprenant l'ensemble du canon biblique tel que nous le connaissons actuellement. Il représente donc une étape cruciale dans le développement de la chrétienté.

C'est probablement à l'empereur Constantin Ier, suite à sa conversion au christianisme, que nous devons l'ambition de réunir sous un même format l'ensemble des textes constituant les Saintes Écritures. Auparavant les textes « sacrés » n'étaient pas compilés mais copiés séparément sur des rouleaux ou des parchemins. De plus le passage au christianisme de l'empereur signe la fin des persécutions et permet ainsi une large diffusion des textes chrétiens.

Le codex en général marque l'histoire de l'écriture et du livre en particulier. Un bond « technologique » est franchi grâce à la reliure et il faudra attendre l'avènement de l'imprimerie avant d'en franchir un autre.

[modifier] Notes et références

Édition de Saint-Pétersbourg en latin pour l'empereur Alexandre II
  1. Ouest France 19421 du mardi 22 juillet 2008, page Cultures
  2. Aland, Kurt and Aland, Barbara (1995). The Text of the New Testament: An Introduction to the Critical Editions and to the Theory and Practice of Modern Textual Criticism, trad. Erroll F. Rhodes, Grand Rapids, Michigan: William B. Eerdmans Publishing Company, pp. 107-108.
  3. Eusebius, Vie de Constantin, 4,36
  4. (en) Bruce M. Metzger et Bart D. Ehrman, The Text of the New Testament : Its Transmission, Corruption and Restoration, Oxford, Oxford University Press, 2005, 4e éd. (ISBN 978-0-19-516122-9), p. 15-16, 69 
  5. T. C. Skeat, A four years work on the Codex Sinaiticus: Significant discoveries in reconditioned ms., in: T. C. Skeat and J. K. Elliott, The collected biblical writings of T. C. Skeat, Brill 2004, p. 9.
  6. Sources : http://www.bl.uk Redacteur : Dr Marianna Saad
  7. (fr) « L'intégralité de la plus ancienne des bibles, le "Codex Sinaiticus", a été mise en ligne », article du quotidien Le Monde, daté du 6 juillet 2009.
  8. Ί. Ό. Σ. Αθηνώ, « Σιναϊτικός Κώδικας ». Consulté le 2010-03-18
  9. Jongkind, Dirk (2007), Scribal Habits of Codex Sinaiticus, Gorgias Press LLC, pp. 67-68.
  10. Würthwein Ernst (1987). Der Text des Alten Testaments, Stuttgart: Deutsche Bibelgesellschaft, p. 85.
  11. Bruce M. Metzger (2001). "A Textual Commentary on the Greek New Testament", Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart: United Bible Societies.
  12. Nestle-Aland, Novum Testamentum Graece, 26th edition, p. 273. [NA26]
  13. Bruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament (Deutsche Bibelgesellschaft: Stuttgart 2001), pp. 315, 388, 434, 444.
  14. The Greek New Testament, ed. K. Aland, A. Black, C. M. Martini, B. M. Metzger, and A. Wikgren, in cooperation with INTF, United Bible Societies, 3rd edition, (Stuttgart 1983), p. 164. [UBS3]
  15. UBS3, p. 256.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Bibliographie

  • Janet Soskice, Les aventurières du Sinaï, éditions JCLattès
  • (la) Constantin von Tischendorf, Fragmentum Codicis Friderico-Augustani ex Iesaia et Ieremia in: Monumenta sacra inedita (Leipzig 1855), vol. I, pp. 211 ff.
  • (en) H. T. Anderson, The New Testament Translated from the Sinaitic Manuscript Discovered by Constantine Tischendorf at Mt. Sinai, The Standard Publishing Company, 1910 [lire en ligne] 
  • Victor Gardthausen, Griechische paleographie, vol. 2, Leipzig, 1913 [lire en ligne], p. 119-134 
  • (en) Dirk Jongkind, Scribal Habits of Codex Sinaiticus, Gorgias Press LLC., 2007 
  • Constantin von Tischendorf, Die Sinaibibel ihre Entdeckung, Herausgabe, und Erwerbung, Leipzig, Giesecke & Devrient, 1871 [lire en ligne] 
  • (ru) Antonin Kapoustine, Notes à propos du Codex Sinaiticus (Из записок синайского богомольца), Kiev, 1872

[modifier] Liens externes

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