Codex Mani de Cologne

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Le Codex Mani de Cologne (Codex Manichaicus Coloniensis) est un codex en papyrus, de la taille d'une boîte d'allumettes[1], daté du Ve siècle selon la paléographie, et qui aurait été trouvé en 1969 près d'Assiout (ancienne Lycopolis) en Haute-Égypte[2]. C'est toutefois au Caire qu'il apparaît, sans que l'on puisse être assuré de sa provenance précise. Il contient un texte grec décrivant une partie de la vie et de l'enseignement du prophète Mani, le fondateur de la religion manichéenne[3]. Cette découverte a permis d'en savoir beaucoup plus sur le fondateur de l'une des religions les plus influentes du passé.

Le codex a été acheté à des antiquaires par l’Institut für Altertumskunde de l'Université de Cologne en 1969, et deux de ses spécialistes, Albert Henrichs (de) et Ludwig Koenen (de), ont produit un rapport préliminaire en 1970[4], ainsi que la première édition de ce manuscrit ancien. Il est par conséquent connu sous le nom de « Codex Mani de Cologne », qu'ils ont publié en quatre articles dans la revue Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik (1975-82). Plusieurs amendements et lectures alternatives ont été proposés au cours de la décennie suivante, et il a été constaté que certains des fragments infimes associés au codex pouvaient être intégrés avec succès dans le corps du texte[5]. Une deuxième édition a été publiée en 1988[6].

Deux colloques ont été consacrés au codex, et leurs articles publiés : à Rende en Calabre (1984) et à Cosenza (1988).

Article détaillé : Elkasaïtes.

Dans ce document, également appelé Vita Mani du Codex manichéen de Cologne (CMC)[7], le texte donne des renseignements sur la forme iranienne de l'elkasaïsme au IIIe siècle[8].

Il porte le titre ambigu Sur l'origine de son corps et raconte l'initiation de Mani à la secte baptise judéo-chrétienne des elkasaïtes. Les enseignements de Mani lui sont révélés par son compagnon spirituel et double céleste (syzygos). Le texte grec porte des traces qui montrent qu'il a été traduit à partir d'un original en araméen oriental ou en vieux syriaque. Des logia de Mani lui-même sont souvent cités. Qu'il soit une compilation de textes antérieurs est suggéré par les noms – apparemment ceux des rabbi à la base de cet enseignement – qui figurent à la tête de chaque section du texte[9].

Découverte et restauration[modifier | modifier le code]

Le Codex Mani de Cologne a été trouvé en 1969 dans un endroit indéterminé de la région d'Assiout (ancienne Lycopolis) en Haute-Égypte[2]. Le codex a été connu par l'intermédiaire d'antiquaires du Caire. L'année même de la découverte, il a été acheté par l’Institut für Altertumskunde de l'Université de Cologne.

La tâche apparemment désespérée de rétablir le codex a été effectuée avec succès quelques mois plus tard par A. Fackelmann (de) à Vienne. Ce qui en est ressorti est le plus ancien original manichéen, écrit en grec[10]. L’œuvre restaurée comprend des fragments de quatre-vingt-seize feuillets d'un codex, mesurant 4,5 × 3,8 cm, et quelques autres fragments encore plus petits. Le nombre initial de feuillets dans le manuscrit ne peut plus être déterminée, car les premières et dernières pages sont manquantes. Chaque page contient une seule colonne de texte, comportant généralement vingt-trois lignes, écrites d'un seul tenant, mais dont le texte est clairement lisible.

Publications[modifier | modifier le code]

Albert Henrichs (de) et Ludwig Koenen (de) ont publié un rapport préliminaire sur leur travail en 1970[4]. Il est par conséquent connu sous le nom de Codex Mani de Cologne, qu'ils ont publié en quatre articles dans la revue Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik (1975-82). Depuis lors, de nombreuses corrections et des lectures alternatives ont été publiées[5], principalement dans Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, en particulier par Reinhold Merkelbach (de)[11]. Ludwig Koenen et Cornelia Römer (de) ont continué à travailler sur le codex, leur édition en fac-similé avec une transcription du texte est parue en 1985. L'examen de ce texte a révélé que dans nombre de cas, des fragments pouvaient être assemblés pour former des passages plus longs[12]. Cette découverte les a conduit à la publication d'une deuxième édition de l'intégrale du Codex en 1988[6], quoique le volume de commentaires sur les pages 121-192 du codex et un glossaire des termes relatifs à l'édition entière doivent encore paraître. Une concordance à la première édition a été publiée en 1985 (Cirillo, Concolino Mancino, et Roselli).

La « Vita Mani »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Elkasaïtes.

« La Vita Mani, intitulée « Sur l'origine de son corps », relate les premières années de Mani au sein d'une communauté baptiste de Mésène[13]. » Le texte fragmentaire conservé dans le codex de Cologne traite de la jeunesse de Mani et des débuts de son activité missionnaire, cependant, à cause de l'étendue des dégâts dans les feuillets, en particulier dans les dernières sections, les connexions logiques les plus élémentaires font souvent défaut. Le récit de l'intronisation de Mani à la secte baptiste Elkasaïte (p. 11) fournit la première date vérifiable de sa vie. Toutefois, « les chercheurs ne sont pas d'accord sur l'identification elkasaïte ou non de cette communauté, au point de parler de complexité des formes religieuses du baptisme elkasaïte[13]. » Pour Simon Claude Mimouni, « il paraît préférable cependant de considérer, du moins dans l'état actuel de la recherche, le caractère elkasaïte de la communauté baptiste dans laquelle Mani a passé ses vingt-quatre premières années, tout en reconnaissant la diversité sans doute extrême du point de vue rituel et doctrinal du mouvement elkasaïte[13]. »

Dans le récit, l'enfant Mani est accompagné par les anges gardiens et des « forces sacrées » pendant toute cette période, et il connaît des visions merveilleuses, qu'il ne comprend pas toujours. La fin de la période est marquée par la « maturation » (tò akmaîon) du « corps de Mani », qui a été initialement datée à sa vingt-cinquième année par les éditeurs, puis par la suite à la fin de sa douzième année[14].

La date certaine qui suit est celle de la révélation de l'enseignement fourni par le compagnon spirituel et double céleste de Mani, « le syzygos », lors de sa vingt-cinquième année (pp. 17-18). À partir de cet instant, la description de la vie de Mani devient plus détaillée, y compris ses activités de prédication initiales et les conflits avec les baptistes (probablement les Sabéens), son échec dans ce débat, et sa séparation définitive d'avec eux. Cette section, qui forme la partie principale du texte préservé (pp. 14-114), contient également des homélies apologétiques et exégétiques (par exemple, sur la vérité du témoignage du Paraclet à la révélation et sur la bonne compréhension de la parousie de Mani). La dernière section préservée (pp. 114-192) couvre le début de la mission dans le monde manichéen en termes épisodiques et légendaire. Les événements concrets mentionnés incluent la conversion de Pattikios, le père de Mani (pp. 118-120), le port de Pharat sur le golfe Persique, au sud de la Mésopotamie est mentionné (pp. 140 lig. 4; 144 lig. 4), comme étant le mède Ganzak («trésor», est une forme mède, par opposition à la forme perse gazn-) (Gk. Gounazák, Ganazák; p. 121 lignes 8, 12). Les éditeurs situent la comparution de Mani dans le palais de l'empereur sassanide, Šāpūr Ier (vers 240-270; pp. 163-164) lors de sa vingt-sixième année.

L'écrit porte le titre quelque peu énigmatique Perì tês génnēs toû sṓmatos autoû (Sur l'origine de son corps), que Koenen a d'abord interprété dans le sens Paulinien, comme une référence à la création de l'église de Mani, son corps mystique (1978, pp 164 -66). Le codex serait donc un traitement hagiographique de Mani dans le cadre d'une histoire complète de l'église. Koenen a depuis rétracté cette interprétation, car à de nombreux endroit du texte, le mot grec sôma se réfère spécifiquement au corps de Mani et est donc utilisé comme un terme pour désigner la personne terrestre du fondateur de la religion[15]. On peut donc supposer que le titre se réfère à la croyance manichéenne en un Mani spirituel qui ne revêt que temporairement une forme terrestre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Chaque côté mesure 3,5 x 4,5 cm ; le Codex Mani est le livre ancien le plus petit découvert à ce jour. » Werner Sundermann, « Cologne Mani-Codex », dans Encyclopædia Iranica, s.v.
  2. a et b L. Koenen, « Das Datum der Offenbarung und Geburt Manis », dans Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 8, 1971, p. 240-241.
  3. Werner Sundermann, « Cologne Mani-Codex », dans Encyclopædia Iranica.
  4. a et b A. Henrichs et L. Koenen, « Ein griechischer Mani-Codex (P. Colon. inv. nr 4780) », dans Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 1970.
  5. a et b Les dix premières années de transcription, traduction et interprétation du Codex Mani ont été résumées par Albert Henrichs, « The Cologne Mani Codex Reconsidered », dans Harvard Studies in Classical Philology, 83, 1979, p. 339-367.
  6. a et b Ludwig Koenen et Cornelia Römer (éd.), Der Kölner Mani-Kodex. Über das Werden seines Leibes. Kritische Edition, Opladen, Abhandlung der Reinisch-Westfälischen Akademie der Wissenschaften, coll. « Papyrologica Coloniensia, 14 », 1988.
  7. Simon Claude Mimouni, « Les elkasaïtes : État des questions et des recherches », dans Peter J. Tomson et Doris Lambers-Petry (dir.), The Image of the Judaeo-Christians in Ancient Jewish and Christian Literature, Tübingen, Mohr Siebeck,‎ 2003, 209-229 p. (ISBN 9783161480942), p. 222
  8. Simon Claude Mimouni, « Les elkasaïtes : État des questions et des recherches », dans Peter J. Tomson et Doris Lambers-Petry (dis.), The Image of the Judaeo-Christians in Ancient Jewish and Christian Literature, Tübingen, Mohr Siebeck,‎ 2003, 209-229 p. (ISBN 9783161480942), p. 215
  9. Henrichs et Koenen, « Ein griechischer Mani-Codex (P. Colon, inv. nr. 4780 ; vgl. Tafeln IV-VI) », dans Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 1970, 97-216, p. 110-114, cité dans Encyclopædia Iranica.
  10. A. Henrichs, Mani and the Babylonian Baptists. A Historical Confrontation, Harvard Studies in Classical Philology 77, 1973, pp.  342-51.
  11. Pour une liste des contributions de Reinhold Merkelbach (de), voir Koenen et Römer, 1988, p. XXIX note 50)
  12. Koenen and Römer, 1985b, pp. 47-54.
  13. a, b et c Simon Claude Mimouni, Les chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Ed. Albin Michel, Paris, 2004, p. 204.
  14. Henrichs and Koenen, 1975, p. 15 n. 25 ; pour un autre point de vue, voir Sundermann, 1975, pp. 205-14
  15. Koenen et Römer, 1988, pp. XV n. 2, 51 n. 2.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Cologne Mani Codex (P. Colon. inv. nr. 4780) "Concerning the Origin of His Body" Edited and translated by Ron Cameron and Arthur J. Dewey. Society of Biblical Literature Texts and Translations Series 15. Missoula, MT: Scholars Press, 1979.
  • The Cologne Mani Codex - Reproductions, Université de Cologne, Papyrus Collection
  • The Cologne Mani Codex Reconsidered, Harvard Studies in Classical Philology 83 (1979:339-367).

Liens externes[modifier | modifier le code]