Clodoald

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Saint-Cloud (homonymie).

Clodoald
Saint Cloud

Description de cette image, également commentée ci-après

Statue de saint Cloud à l'hôpital Saint-Cloud en Minnesota, États-Unis.

Titre

Prince des Francs puis Prêtre

Biographie
Dynastie Mérovingiens
Naissance 522
Décès 7 septembre 560
Novigentum
Père Clodomir
Mère Gondioque
Conjoint Aucun
Enfants Aucun
L'assassinat de Thibault et Gonthaire. Manuscrit du XVe siècle. Chroniques de France, Bibliothèque nationale, Paris.

Clodoald ou Clodoaldus, plus connu sous le nom de saint Cloud (né en 522 - mort le 7 septembre 560), était un prince mérovingien du VIe siècle, petit-fils de Clovis Ier, qui préféra renoncer à la royauté et devint ermite et moine. Sa vie exemplaire lui valut d'être reconnu par l'Église comme un saint, et d'être le premier prince franc qu'elle ait honoré d'un culte public.

Biographie[modifier | modifier le code]

Clodoald était l'un des trois fils de Clodomir, roi d'Orléans, et de Gondioque.

Mort de son père[modifier | modifier le code]

En 523-524, à l'instigation de Clotilde, Clodomir et ses deux frères, Childebert et Clothaire - qui s'étaient partagés, avec leur demi frère Thierry, le royaume de leur père Clovis à la mort de celui-ci en 511 - se joignent dans une expédition contre les Burgondes du roi Sigismond. Après l'arrestation de celui-ci et de sa famille, Clodomir rentre à Orléans. Mais le frère de Sigismond, Godomar III revient triomphant en Burgondie à la tête des troupes envoyées par son allié et parent, le roi ostrogoth Théodoric le Grand. Là, il fait massacrer la garnison que les Francs avaient laissée. En représailles, Clodomir fait alors assassiner Sigismond et les fils de ce dernier : Gisald et Gondebaud, le 1er mai 524, puis, il se lance dans une seconde expédition contre les Burgondes. Il est tué lors de la bataille de Vézeronce le 25 juin de la même année.

Assassinat de ses frères[modifier | modifier le code]

Après la mort de Clodomir, ses trois fils Thibault, Gonthaire et Clodoald furent recueillis par sainte Clotilde, leur grand-mère, qui les éleva chrétiennement, en attendant qu'ils puissent se partager les États de leur père, gouvernés pendant ce temps par des lieutenants. Mais Childebert Ier, roi de Paris, et son frère Clotaire Ier, roi de Soissons, qui convoitaient le royaume d'Orléans, leur héritage, cherchèrent le moyen de parvenir à leurs fins. Clotaire épousa Gondioque, la veuve de Clodomir. Mais cela ne suffit pas pour que ce dernier obtienne le territoire de son défunt frère : la loi salique imposait le partage du royaume entre les fils de Clodomir.

Pour contourner le problème, Clotaire s'allia à son frère Childebert, qui partageait le même dessein que lui, pour organiser l'assassinat des jeunes héritiers (525). Une version veut que Childebert et Clotaire firent demander à leur mère Clotilde, de leur envoyer les enfants de Clodomir pour les proclamer successeurs de leur père. La sainte femme revêtit Clodoald, qui n’avait que deux ans, et ses deux frères de leurs plus beaux habits et les envoya avec confiance, ne se doutant pas de ce qui attendait ses petits-enfants. Les deux oncles firent alors massacrer les enfants de Clodomir. Certains prétendent même que les deux oncles barbares auraient égorgé de leurs propres mains les deux aînés, Thibault et Gonthaire, âgés de dix et sept ans, au grand désespoir de sainte Clotilde, qui voyait ses petits enfants tués par ses propres fils assassins. Seul le plus jeune, Clodoald, âgé de seulement deux ans, fut miraculeusement sauvé du massacre, par le dévouement de quelques fidèles. On le cacha dans un monastère, et il put ainsi échapper à toutes les recherches de ses oncles. Une autre version veut que Childebert et Clotaire ait envisagé de couper les cheveux des enfants, car les cheveux étant source de puissance dans la culture franque, leur absence aurait empêché les jeunes héritiers de revendiquer le partage du royaume de feu leur père. Mais les cheveux devant immanquablement repousser, ils demandèrent à Clotilde (car la culture familiale franque était empreinte de germanisme, et était donc matriarcale) ce qu'ils devaient faire. Celle-ci répondit qu'elle les préférait voir morts que tondus. Ne se le faisant pas dire deux fois, les oncles félons choisirent de tuer les jeunes neveux. Se chargeant de cette peu honorable besogne, ils tuèrent d'abord Gonthaire, avant que Thibault ne se jette à leurs pieds pour les implorer de le laisser en vie. Alors, Childebert hésita, et son frère lui rappela que c'était son idée. C'est donc ainsi que prit fin la courte vie des descendants de Clodomir, du moins deux des trois puisque Clodoald avait pu s'échapper.

Renonciation à la royauté[modifier | modifier le code]

Quelques années plus tard, il se coupa lui-même les cheveux au cours d'une cérémonie par laquelle il déclarait qu'il renonçait à la royauté, ayant préféré sacrifier sa chevelure, symbole de la royauté franque. Et même s'il eut plusieurs occasions de recouvrer les États de son père, il ne voulut point en profiter. Il préféra une vie humble et tranquille dans les rigueurs de la solitude, à une vie éclatante, mais périlleuse dans un palais royal, au milieu d'une foule de courtisans. Il se consacra entièrement au service de Dieu.

Initiation religieuse[modifier | modifier le code]

Après avoir distribué aux églises et aux pauvres les biens que ses oncles n'avaient pu lui ravir, il se retira auprès d'un saint religieux, nommé Séverin, qui menait une vie solitaire et contemplative dans un ermitage aux portes de Paris (à l'emplacement de l'actuelle Église Saint-Séverin dans le Ve arrondissement).

Le jeune prince devint son disciple et reçut de ses mains l'habit religieux. Il demeura quelque temps en sa compagnie, pour s'y former à toutes les vertus monastiques. Childebert et Clotaire n'ignoraient pas son identité, mais, comme ils le virent sans prétention, ils le laissèrent en liberté et lui donnèrent même quelques héritages pour vivre plus commodément dans le lieu de sa retraite.

Départ en Provence[modifier | modifier le code]

Clodoald ou saint Cloud (522-560)

Cependant, ne se croyant pas assez solitaire, ou pour quelques raisons qui nous sont inconnues, il quitta les environs de Paris et se retira secrètement en Provence, loin de toutes les personnes de sa connaissance. Alors qu'il était en train de construire, de ses propres mains, une petite cellule, un pauvre se présenta devant lui et lui demanda l'aumône. Il était lui-même si pauvre, qu'il n'avait ni or, ni argent, ni provisions qu'il pût lui donner; mais il se dépouilla généreusement de sa propre cuculle et lui en fit présent. Cet acte de charité fut si agréable à Dieu, que, pour en découvrir le mérite, il rendit la nuit suivante cette cuculle toute lumineuse entre les mains du pauvre qui l'avait reçue. Les habitants des environs furent témoins de ce miracle, et reconnurent par là que Clodoald était un excellent serviteur du Christ. Ils vinrent donc le trouver pour honorer sa sainteté et pour recevoir ses instructions ; mais leurs trop grandes déférences leur firent perdre un si précieux trésor : car saint Cloud, voyant qu'il n'était pas plus caché en Provence qu'à Paris, s'en retourna dans son premier ermitage.

Retour à Paris[modifier | modifier le code]

À peine fut-il revenu qu'Eusèbe, alors évêque de Paris, l'ordonna prêtre vers l'an 551, malgré les protestations de son humilité, à la sollicitation du peuple, qui ne put souffrir de voir un si saint homme dans un Ordre inférieur. Clodoald fut le premier des princes de France à consacrer sa vie à la religion. Il accomplit pendant quelque temps les fonctions de son ministère dans l'église de Paris. Les vertus qu'il y fit paraître le firent encore plus respecter qu'auparavant. On admirait en lui le pouvoir de la grâce, qui, d'un prince, ou pour mieux dire d'un roi légitime, avait fait un humble serviteur de la maison de Dieu. On louait son humilité, sa modestie, son détachement des choses du monde, son amour pour la pénitence et sa charité incomparable. Ce grand homme ne put souffrir longtemps ces honneurs, et, pour les éviter, il se retira sur une colline, le long de la Seine, à deux lieues au-dessous de Paris, en un lieu que l'on appelait Novigentum (l'actuelle commune de Saint-Cloud). Ayant trouvé refuge dans ces lieux retirés, il y mena une vie de solitude et de prière.

Fondation d'un monastère[modifier | modifier le code]

Après y avoir vécu quelque temps solitaire, Clodoald, vit accourir de toutes parts des disciples, dès qu’on sut le lieu de la retraite du serviteur de Dieu, pour se mettre sous sa direction. Quelques cellules furent d’abord bâties, bientôt un monastère devint nécessaire. D'après la tradition, Clodoald aurait fait construire un monastère avec chapelle qu'il dota des biens que les rois, ses oncles, lui donnèrent. Il le fit dépendant, avec son église et tous ses revenus, de l'église cathédrale de Paris, dont il était le prêtre. Clodoald y vécut sept ans au milieu de ses frères, leur donnant l’exemple de toutes les vertus. Il y mourut saintement le 7 septembre 560.

Sa mort, qu'il aurait prédite avant qu'elle arrivât, fut, selon la légende, suivie de plusieurs miracles, qui se seraient produits près de son tombeau. Clodoald est alors canonisé et le modeste hameau se transforme rapidement en un lieu de pèlerinage, qui voit accourir des foules immenses. Novigentum change alors de nom pour devenir « Sanctus Clodoaldus » (Saint-Cloud).

L'église Saint-Clodoald[modifier | modifier le code]

Article détaillé : église Saint-Clodoald.
Église Saint-Clodoald

Cette chapelle, agrandie ou reconstruite, notamment par le roi Dagobert Ier, devint collégiale au VIIIe siècle. En 1376, on transféra les reliques du saint de la crypte dans le chœur de l'église haute reconstruite une nouvelle fois. À cette occasion, Aimery de Magnac, alors évêque de Paris, fit don à sa famille d'un bras entier du saint. Conservé au domaine familial du Châtelard (près de Saint-Junien en Haute-Vienne), le bras fut porté le 5 juillet 1405 par dame Perennelle de Maignac, nièce de l'évêque de Paris et veuve de Clément de Reilhac, seigneur de Brigueil, pieds nus, du Châtelard jusqu'à l'église de Saint-Junien, qui eut l'obligation d'organiser chaque année, « à perpétuité », une procession en l'honneur de cette relique. (Plus tard cependant, cette relique de saint Cloud ne semble pas concernée par les "ostentions" de Saint-Junien, et au moment de la Révolution, elle était de retour en l'église St Clodoald)

La collégiale de Saint-Cloud connaît son heure de gloire en 1589, lorsque les funérailles du roi Henri III, assassiné par le moine Jacques Clément, y sont célébrées. À partir de 1635, la collégiale sert d'église paroissiale. Vers 1750, l'église fortement délabrée est rasée en 1778. N'en subsistent alors que les soubassements du chœur et du transept, l'abside de la crypte et la dernière travée à chevet plat du bas-côté nord. On peut encore voir ces vestiges, de nos jours, rue de la Faïencerie, à Saint-Cloud. La première pierre d'une nouvelle église - l'actuelle église Saint-Clodoald de Saint-Cloud - est posée le 22 mai de la même année par la reine Marie-Antoinette. Mais à peine les murs commencent-ils à s'élever que la Révolution éclate. Il faut interrompre les travaux qui ne reprendront qu'en 1819. Le 25 août 1820, l'église est enfin consacrée. Les reliques du saint ont été détruites par les révolutionnaires, à l'exception du fameux bras, conservé dans un reliquaire d'argent, qui fut sauvé par une institutrice, Mme Pottée. Le 12 juin 1848, cette vénérable relique est solennellement restituée à l'église paroissiale ainsi qu'une vertèbre dorsale, sauvée par un porte-châsse, qui effectue son retour dans l'église en 1863.

Mais devenue vite trop petite, ladite église est une nouvelle fois reconstruite sous Napoléon III. En août 1861, le prince impérial, âgé de 5 ans, pose la première pierre de la nouvelle église qui est consacrée en 1878, dans un style néo-gothique.

En 1929, le peintre et maître-verrier Maurice Tastemain, réalise deux vitraux sur la vie du saint dans cette église.

Clodoald par Grégoire de Tours[modifier | modifier le code]

Dans son Histoire des Francs, Grégoire de Tours raconte les luttes pour le pouvoir entre les enfants de Clovis, et après avoir évoqué l'assassinat de ses deux frères, consacre quelques lignes à Clodoald :

« Ils ne purent prendre le troisième, Clodoald, qui fut sauvé par le secours de braves guerriers ; dédaignant un royaume terrestre, il se consacra à Dieu, et, s’étant coupé les cheveux de sa propre main, il fut fait clerc. Il persista dans les bonnes œuvres, et mourut prêtre. »

À noter[modifier | modifier le code]

Un tableau de Sébastien-Melchior Cornu (1804-1870) représentant Saint-Clodoald décore la chapelle du Palais de l'Élysée.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]