Cloître des Cordeliers (Saint-Émilion)

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Cloître des Cordeliers
Cloître des Cordeliers
Cloître des Cordeliers
Présentation
Type Cloître
Date de construction XIIIe siècle[1]
Destination initiale Monastère
Protection Logo monument historique Classé MH (2005)
Géographie
Pays France
Région Aquitaine
Département Gironde
Commune Saint-Émilion
Localisation
Coordonnées 44° 53′ 36″ N 0° 09′ 16″ O / 44.89333, -0.15444 ()44° 53′ 36″ Nord 0° 09′ 16″ Ouest / 44.89333, -0.15444 ()  

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Cloître des Cordeliers

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Cloître des Cordeliers

Le cloître des Cordeliers se situe au cœur de la cité médiévale de Saint-Émilion, en Gironde (France). Il est l’un des sites pittoresques les plus emblématiques de la ville, avec l’église monolithe. Classé monument historique et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le site renferme également des caves souterraines où sont élaborés des vins pétillants.

Histoire du cloître des Cordeliers[modifier | modifier le code]

Les Cordeliers avant leur arrivée au cloître[modifier | modifier le code]

On doit le nom des Cordeliers à leurs occupants originels, les Cordeliers, qui étaient des frères franciscains suivant les préceptes que François d'Assise développa en 1210. Ce nom leur fut donné par Jean de Beauffort lors de la septième croisade en raison de leurs vêtements faits d'un gros drap marron ou gris et d'une ceinture de corde.

Avant d'occuper le cloître actuel, les moines cordeliers siégeaient vraisemblablement au lieu-dit « Les Menuts », en dehors des murs de la ville. Avant l'apparition du labourage mécanique, on pouvait d'ailleurs encore trouver des vestiges de l'ancienne église des Cordeliers, sur le terrain aujourd'hui occupé par le clos des Menuts. En gascon, le terme « menut » signifie « petit » ou « détail ». C'était aussi à cette époque le surnom que l'on prêtait aux Cordeliers.

Au XIVe : la construction du cloître[modifier | modifier le code]

Au XIVe, de nombreuses guerres opposant les Rois de France aux Ducs d'Aquitaine semèrent le trouble dans la région. Le couvent fut notamment entièrement pillé en 1337 lors d’affrontements entre seigneurs de Guyenne et comtes d’Eu et de Guines. Vivant dans le risque permanent d'une nouvelle attaque, les Cordeliers firent la demande de s'installer à l'intérieur des murailles de Saint-Émilion. On les y autorisa en 1338, année où ils débutèrent l'édification de la chapelle intra-muros. En 1343, le pape leur accorda le droit d'implanter leur couvent en ville. Le cloître et une partie du couvent furent alors bâtis. Par la suite, Les Cordeliers entreprirent la transformation de la chapelle en église, actuellement visible. Aujourd'hui, le reste des bâtiments antérieurs est prisonnier des murs. En 1383, le roi d'Angleterre céda définitivement aux moines une parcelle constructible, juste à l'aplomb de leur ancien emplacement, mais du bon côté de la muraille cette fois.

A la Révolution française : le cloître laissé à l’abandon[modifier | modifier le code]

Quatre siècles durant, jusqu'à la révolution française de 1789, les Cordeliers ont occupé ces lieux. À cette époque, le couvent comptait une église, la cour d'entrée, un chai, un cuvier, une cave, un jardin et un corps de logis avec six chambres. La Révolution bouleversa la vie du cloître et l'ordre fut interdit. Les 284 couvents occupés par des moines Cordeliers sur l’ensemble du territoire français furent fermés. Le bâtiment devint un bien national et les occupants furent dispersés. Ce n'est qu'en 1850 que l'ordre des Cordeliers fut à nouveau autorisé mais personne ne vint réclamer le couvent de Saint-Émilion.

Le cloître fut alors laissé à l'abandon et la nature reprit ses droits. Le lierre envahit les ruelles et grimpa sur les édifices. L'endroit devint le lieu de rendez-vous des amoureux, des originaux, des romantiques ou encore des gothiques. L'écrivain Maurice Graterrole, au XIXe, décrivait l'ambiance atypique du lieu en ces mots :

« Un silence lourd et presque effrayant pèse sur ses pieuses ruines qu'habite seul maintenant l'oiseau de nuit. A l'aspect de ces murs croulants, de ces pierres brisées et moussues, de cette végétation capricieuse et sauvage formant au-dessus du cloître un dôme presque impénétrable aux rayons du soleil, le cœur se serre peu à peu malgré lui, et on ne sait quelle mélancolique tristesse vous envahit, comme si l'on était tout à coup transporté dans cette solitude si lugubrement chantée par le prophète des Lamentations. Et cependant il y a une poésie infinie au fond de tout cela ! »[2]

Fin XIXe : une nouvelle vie pour le cloître[modifier | modifier le code]

Vue latérale du cloître

À la fin du XIXe, de nouveaux propriétaires eurent l'idée d'utiliser les sous-sols et les caves souterraines pour vinifier et élaborer des vins pétillants sous le nom de MM.G.MEYNOT et Compagnie. Par la suite, les hommes se sont succédé au cloître, apportant chacun leurs idées, leur savoir-faire et puisant dans la longue histoire des Cordeliers. Aujourd’hui ils perpétuent la tradition et produisent un célèbre vin pétillant.

Le cloître dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

L'existence du cloître a été rythmée au gré des périodes tantôt sanglantes, tantôt pacifiées, qui en ont fait un lieu chargé d'histoire. Il en a résulté une présence dans les arts et dans la culture à différentes époques, si bien que le cloître des Cordeliers s'est immiscé dans les imaginaires. Ainsi, en 1839, le décor du cloître fut reproduit à l'Opéra de Paris, « Robert le Diable », de Giacomo Meyerbeer[3]. Symbole romantique, Pierre Gaspard-Huit vint lui y tourner quelques scènes du film La mariée était trop belle avec Brigitte Bardot et Micheline Presle.

Architecture[modifier | modifier le code]

Le cloître a été bâti à partir de la pierre calcaire, très présente dans les sols de la juridiction de Saint-Emilion. Il est construit selon une architecture romane qui côtoie l’ancienne chapelle et l’église de style gothique. Les colonnes de l'édifice sont monolithes, c'est-à-dire taillées dans une seule pierre du socle au chapiteau. Sur les abaques sont dissimulés de petits écussons. Les arcs plein cintres réalisés au milieu du XIVe siècle sont de style roman et côtoient d'autres arcs en ogive dans le fond, qui sont de style gothique. On peut aussi apercevoir une petite tour qui constitue les restes du clocher, un grand arc très pur qui traverse l’église d’un mur à l’autre, des colonnes sans chapiteaux ou encore des fenêtres.

Les vins effervescents LES CORDELIERS[modifier | modifier le code]

La méthode traditionnelle[modifier | modifier le code]

Remuage des bouteilles selon la méthode traditionnelle

Le cloître des Cordeliers abrite des caves et des galeries souterraines longues de trois kilomètres qui serpentent sous le village de Saint-Emilion. La température constante de 12° C et la totale obscurité du lieu garantissent les conditions idéales de fermentation des vins. À l’intérieur sont élaborés et stockés les vins effervescents LES CORDELIERS selon la méthode traditionnelle dite « champenoise ». Après des vendanges manuelles en clayettes ajourées, un pressurage léger (100 l de vin pour 150 kg de raisin) est effectué avec des pressoirs pneumatiques. Suivent les phases de fermentation alcoolique et d’assemblage des vins, spécifiques pour chaque cuvée proposée par la maison. Le vin est tiré en bouteille auquel on ajoute une liqueur et des levures qui enclencheront la prise de mousse, à l'intérieur même des bouteilles. Après un temps de repos de 12 mois minimum sur lies, les bouteilles sont soumises à un remuage manuel quotidien afin de préparer l’extraction du dépôt de levures avant le dégorgement. Cette dernière étape consiste à ajouter une liqueur d’expédition et à boucher les bouteilles avec des bouchons en liège accompagnés de leurs muselets.

Caractéristiques des vins[modifier | modifier le code]

Les Cordeliers produisent une dizaine de vins effervescents en blanc et en rosé, brut ou demi-sec. Ils sont élaborés à partir des plus célèbres cépages du Bordelais : Merlot, Sémillon, Cabernet Franc, Sauvignon, etc. Les blancs disposent d’une robe jaune pâle, brillante, parée de reflets verts lorsqu’ils sont jeunes et de fils d'or quand ils vieillissent. Ils produisent de très fines bulles qui se finissent en cordon. Au nez, ils rappellent les fleurs blanches ou jaunes (aubépine, tilleul, acacia), les fruits d’été (pêche, abricot) ou encore les agrumes (citron, pamplemousse).

Les vins rosés possèdent une robe saumonée, de couleur pelure d’oignon. Très aromatiques en bouche, ils se caractérisent par des saveurs de fruits rouges (cerise, framboise, fraise) et beaucoup de complexité. Les vins pétillants sont servis entre 5° C et 7° C et se marient avec toute sorte d’apéritifs, poissons, desserts et fromages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00083725 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Maurice Graterolle, Une ville curieuse, pp. 109-110.
  3. Plus de détails sur "Des Cordeliers à Satan".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Articles Connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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