Clisthène (Athènes)

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Clisthène d'Athènes (en grec Κλεισθένης / Kleisthénês) fut un réformateur et un homme politique athénien, qui instaura les fondements de la démocratie athénienne. Après la fuite et l'exil d'Hippias en Asie Mineure, le jeu politique laissant plus de place aux grandes familles aristocratiques, Clisthène revint sur le devant de la scène. Il se pose alors en champion de l'isonomie et renverse les aristocrates.

La question des sources[modifier | modifier le code]

La figure de Clisthène est paradoxale : il a établi les fondements de la première démocratie au monde, or c'est un personnage qui a laissé peu de traces dans les sources hellènes, contrairement à Solon par exemple. Pour Claude Mossé, cette énigme historique résulte d'une « conspiration par le silence ». La tradition écrite a gommé systématiquement l’œuvre de Clisthène ; ainsi les raisons de la réforme, son contexte, les faits du personnage n'apparaissent que dans deux sources qui ne sont pas contemporaines. C'est chez les adversaires de la démocratie que Clisthène et ses réformes sont le plus souvent cités.
Les lois de Clisthène sont inédites mais on ignore si elles ont été écrites. On connaît ce personnage grâce à une source majeure, l'Enquête d'Hérodote (en grec ancien Ἱστορίαι, V, 66). Aristote évoque également Clisthène dans la Constitution des Athéniens au chapitre XXI, mais son récit s’inspire principalement d'Hérodote, et développe d’autres arguments explicatifs.

Biographie[modifier | modifier le code]

Représentant de la prestigieuse famille des Alcméonides, il est le fils de Mégaclès, chef politique dont la fille passe pour avoir épousé Pisistrate. Par sa mère, Agaristè, il est le petit-fils du tyran de Sicyone, Clisthène, tyran radical qui a pratiqué l'anadasmos dans sa cité et prit des mesures vexatoires contre l'aristocratie dans le domaine religieux et politique vers -600 avant J.-C.
En 525-524, il figure au nombre des archontes élus à Athènes et donc ne semble pas en mauvais terme avec le tyran. Exilé sous la tyrannie d'Hippias, il prend en charge la reconstruction du sanctuaire de Delphes, détruit en -548 dans un incendie, et se montre à l'occasion d'une grande prodigalité.
Cet acte d'évergésie est souvent interprété comme une manœuvre politique. Hérodote rapporte ainsi que c'est en promettant que sa famille participerait à la reconstruction du sanctuaire qu'il persuada la Pythie de dire à tous les Spartiates venus la consulter qu'ils devaient d'abord renverser la tyrannie des Pisistratides à Athènes. Quelle que soit la réalité de cette interprétation malveillante, il reste que les soins apportés au sanctuaire lui valurent le soutien du clergé pythien.

Lorsque le roi de Sparte Cléomène Ier chassa le tyran Hippias (510) et que les exilés revinrent à Athènes, un certain Isagoras, adversaire de Clisthène soutenu par l'aristocratie, parvint au pouvoir. Hérodote toujours, nous apprend qu'il était « fils de Teisandros, d'une famille distinguée [dont] les membres sacrifiaient à Zeus Carios ». Isagoras et ses partisans tentèrent d'établir une oligarchie avec l'aide de Cléomène. Pour l'emporter, Clisthène fit, selon l'image d'Hérodote, « entrer le peuple - le démos - dans son hétairie » c'est-à-dire qu'il l'associa aux institutions et au gouvernement, que les Grecs anciens désignaient sous le terme politeia. Cette mesure inédite, voire révolutionnaire, devait modifier profondément les données de la vie politique à Athènes : en effet, Clisthène s'appuie sur le peuple, non pas pour prendre le pouvoir mais pour changer les institutions et pour donner à ce démos plus de pouvoir.

Il entreprit ensuite de faire voter des réformes politiques déterminantes pour la démocratie athénienne. À sa mort, il eut droit à des funérailles publiques dans le Céramique.

Œuvre politique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : réformes clisthéniennes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Lévêque, Clisthène l'Athénien : Essai sur la représentation de l'espace et du temps dans la pensée politique grecque de la fin du VIe siècle à la mort de Platon, Macula, coll. « Deucalion », 1983 (ASIN 2865890066) ;
  • Claude Mossé, Histoire d'une démocratie : Athènes des origines à la conquête macédonienne, Seuil, coll. « Points Histoire», 1971 (ISBN 2020006464).
  • Maurice Sartre, Histoires grecques, Seuil, 2006.
  • Edmond Lévy, La Grèce au Ve siècle, de Clisthène à Socrate, Seuil, collection « Points Histoire », 1995