Claude Louis François Régnier de Guerchy

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Claude-Louis-François de Régnier, comte de Guerchy, marquis de Nangis, baron de la Guierche, né en 1715 et décédé en 1767 est un militaire et diplomate français.

Biographie[modifier | modifier le code]

D'une ancienne famille de Bourgogne[1], il est le fils de Louis de Régnier, marquis de Guerchy, comte de Druy et de Jeanne-Louise de Marion de Druy. Il épouse en 1740 Gabrielle-Lydie d'Harcourt, troisième fille du maréchal duc d'Harcourt.

Chevalier des Ordres du roi et lieutenant général de ses armées, sa carrière est essentiellement militaire. Entré au service en 1729, il fait ses premières armes dans les mousquetaires du roi en 1730 sous le marquis de Guerchy son père.

Il s'illustre pendant les campagnes d'Italie (1733 -1734), du Rhin (1735), en Bavière (1741), en Flandre (1741- 1747), aux Pays-Bas (1748) et en Allemagne (1757 – 1760). Héroïque aux batailles de Fontenoy (où, à la tête de son régiment, il chargea trois fois la colonne anglaise) et de Minden, Voltaire lui dédie un vers de son Poème de Fontenoy.

En 1748, il fut gouverneur de Huningue et fut du siège de Maestricht. La même année, il fut fait lieutenant général du roi.

De 1751 à 1761, il servit en Allemagne.


Ambassade de France à Londres[modifier | modifier le code]

Six mois après le traité de paix de 1763, il remplace le duc de Nivernais à l'ambassade de France à la Cour de Londres dans les circonstances les plus critiques : sont à l'ordre du jour les questions des prisonniers de guerre, des fortifications de Dunkerque, les litiges que suscitent la pêche en Terre-Neuve et les îles Falkland.

Son prédécesseur estime ses capacités tout à fait médiocres. Le secrétaire d'État aux Affaires étrangères lui-même est circonspect et craint « ses dépêches comme le feu ». La correspondance secrète du duc de Broglie le désigne d'ailleurs sous les noms de code de Novice, de Bélier ou de Mouton cornu.

Deux secrétaires, Leboucher et Bontemps, le secondent et fournissent la majeure partie du travail quand le marquis de Blosset le remplace pendant ses séjours annuels en France. Charles de Beaumont, chevalier d'Éon, doit lui servir de guide et tenir sa plume.

Son ambassade est marquée par un conflit avec le chevalier d'Éon de Beaumont. Au départ un simple problème de compétence, Éon, refuse son poste subalterne. Puis les crises se font de plus en plus scandaleuses et publiques et Éon prétend qu'on a voulu l'empoisonner à la table de l'ambassadeur. L'adversaire de Guerchy, disgracié par le roi, est devenu un renégat. Cependant, la double politique de Louis XV complique l'affaire [2]. Le souverain soutient ouvertement son ambassadeur et donne dans le même temps des gages de tranquillité au chevalier d'Éon, allant jusqu'à lui demander de surveiller l'ambassadeur.

« Incapable de mener à heureuse fin par lui-même ce complot, qui exigeait toute l'expérience d'une plume exercée (l'ambassadeur savait à peine tenir la sienne), il emprunta celles de deux hommes de lettres réunis[3] » à savoir celles d'Ange Goudar et de Treyssac de Vergy.

L'ambassadeur, invoquant le droit des gens, demanda une réparation en justice ; si le premier procès fut gagné, ses espérances furent vite déçues. Il adressa un mémoire à Lord Halifax, suite à ceux d'Éon, le 17 mai 1764, pour réclamer la protection des lois et du droit des gens[4] mais sans succès.

Le retournement de Treyssac de Vergy contre son ancien patron, fait pencher la balance du côté du chevalier en septembre 1767. Cet épisode devait marquer la mémoire de l'ambassade jusqu'aux dernières années de l'Ancien Régime. En définitive, l'affaire ne prit fin qu'avec la mort de l’ambassadeur voire au retour en France sous ses habits féminins, du chevalier d'Éon.

Lors de ses dernières vacances, Guerchy demande son rappel : ses querelles avec d'Éon de Beaumont, les procès qu'il vient de perdre à Londres contre l'aventurier le rend incapable de représenter comme il se doit la couronne de France. Selon Octave Homberg et Fernand Jousselin, Guerchy, à la suite de son procès contre Éon, est hué par la population londonienne et doit se faire passer pour son secrétaire afin de na pas être malmené par la foule.

Âgé, malade, très fatigué, son rappel est accordé par Louis XV. Le 20 juillet 1767, Guerchy quitte définitivement son poste.

« Cette ambassade si bien remplie eut un triste épilogue : à peine de retour de France, Guerchy reçut un paquet contenant une copie d'environ 600 vers du premier chant d'un poème héroï-comique intitulé la Guerchiade ; c'était une abominable charge de son ambassade de Londres, remplie d'injures à son adresse et à celle de Choiseul[5]. » Treyssac Vergy propose de remettre le manuscrit contre la somme de cent guinées, si le 1er septembre la somme n'est pas versée, le libelle est publié. Le chantage ne prend pas car le comte meurt à Paris le 17 septembre. L’ouvrage ne fut pas imprimé[6].

Bibliographie et sources[modifier | modifier le code]

  • Édgard Boutaric, Correspondance secrète inédite de Louis XV sur la politique étrangère avec le comte de Broglie, Tercier, etc., et autres documents relatifs au Ministère secret publiés d'après les originaux conservés aux Archives de l'Empire, Paris 1866, 2 vol. in-8°.
  • Pierre Coquelle, Le comte de Guerchy, ambassadeur de France à Londres (1763-1767), Paris, Picard et fils, 1908, 44 p.
  • Frédéric Gaillardet, Mémoires sur la Chevalière d'Eon, avec son portrait d'après Latour : la vérité sur les mystères de sa vie d'après des documents authentiques suivis de douze lettres inédites de Beaumarchais, Paris, Dentu, 1866, 2 vol.
  • Octave Homberg et Fernand Jousselin, Un Aventurier au XVIIIe siècle. Le Chevalier d'Eon (1728-1810) ; Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1904, 312 p.
  • Louis-Gabriel Michaud (ed.), Biographie universelle ancienne et moderne, t. XXI, Leipzig, 1856.
  • Paul Vaucher, Recueil des instructions aux ambassadeurs et ministres de France depuis le traité de Westphalie jusqu’à la Révolution française, t. III (Angleterre), Paris, CNRS, 1965, 583 p.

Notes[modifier | modifier le code]

Le comte de Guerchy apparaît de façon anecdotique dans le roman de Diderot, Jacques le fataliste et son maître.

  1. Emmanuel de Blic, Les Derniers Guerchy: leur descendance dans les familles de Chabenat de Bonneuil et Jacobé de Haut, 1951
  2. Voir sur ce point les Mémoires secrets de Bachaumont en date du 15 janvier 1776
  3. Frédéric Gaillardet, op. cit., t. II, p. 31
  4. Archives des Affaires étrangères, Angleterre, Supplément 13 / f. 175r – 176r
  5. P. Coquelle, article cité
  6. AAE CP Ang. 474 / f. 286 et 325