Claude Eatherly

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Claude Robert Eatherly (né le 2 octobre 1918 au Texas, mort le 1er juillet 1978) était un officier de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale, et le pilote d’un avion de reconnaissance météo, le Straight Flush qui a assisté le largage de la bombe atomique sur Hiroshima au Japon, le 6 août 1945.

Biographie[modifier | modifier le code]

Chef-pilote d'un avion de reconnaissance météo, le B29 Superfortress "Straight Flush" qui survole Hiroshima le 6 aout 1945, le major Eatherly envoie à Paul Tibbets pilote de l'Enola Gay qui transporte la bombe atomique destinée à être larguée sur l'une des trois villes japonaises Hiroshima, Kokura, Nagasaki un message météo indiquant un niveau de 3/10e d'ennuagement, ce qui est largement favorable au largage de la bombe atomique sur la ville. À 8h14 heure locale, la bombe atomique surnommée little boy explose au-dessus de la ville.

Démobilisé après avoir participé au test nucléaire de Bikini, Claude Eatherly travaille dans une société pétrolière de Houston où il devient responsable commercial itinérant de stations-services. Rongé par le remords, une légende veut qu'il ait envoyé une partie de son salaire aux survivants d'Hiroshima. En 1950, sans lien aucun avec l'annonce par Truman de la construction d'une future bombe à hydrogène, il tente de se suicider par médicaments dans un hôtel de la Nouvelle-Orléans. Il en réchappe et est soigné à Waco dans un hôpital psychiatrique réservé aux militaires. Son état mental lentement se détériore. Au début de 1953 il est jugé pour différentes escroqueries et falsification de chèques. Il est condamné à 9 mois de prison, mais il commet quelque temps après une attaque à main armée contre un magasin à Dallas. Jugé irresponsable il bénéficie d'un non-lieu. Il devient ensuite représentant de commerce dans un garage et aurait peut-être tenté de se suicider, à nouveau par médicaments, sans que cette deuxième tentative ne soit clairement établie. De 1954 à 1959, c'est une suite alternée de braquages divers et de séjours en institutions psychiatriques. À la fin des années 1950 après un article dans Newsweek sur le "complexe de culpabilité lié à Hiroshima", il accède à la célébrité mondiale et entretient une correspondance avec Günther Anders un philosophe autrichien qui veut à travers lui mobiliser l'opinion publique internationale contre l'arme nucléaire. Malgré des rumeurs et élucubrations diverses, encore véhiculées en France au début des années 1980 lors d'une émission et d'un article d'Alain Decaux, l'homme n'a jamais été retrouvé ensanglanté dans une chambre d'hôtel, n'a jamais participé à l'opération de bombardement sur Nagasaki, n'était pas présent à New York lors de la grande manifestation contre le péril nucléaire — il était en cavale à Galveston — et n'est jamais allé à Hiroshima faire un voyage pour battre sa coulpe et rencontrer les victimes (il n'a jamais mis les pieds au Japon). Celui qui dans le monde entier a porté la légende du « pilote repentant d'Hiroshima devenu fou » meurt d'un cancer de la thyroïde en 1978.

Le cas Eatherly vu par l'écrivain Marc Durin-Valois[modifier | modifier le code]

En aout 2012, le romancier français Marc Durin-Valois fait paraître aux éditions Plon La dernière nuit de Claude Eatherly qui retrace la vie du pilote tenaillé par la culpabilité pour avoir donné son feu vert météo à l'opération de bombardement d'Hiroshima et connu dans le monde entier pour avoir voulu casser son image de héros en braquant des commerces et des banques. L'itinéraire chaotique du jeune homme est relaté par une jeune photographe-reporter texane, Rose Martha Calter, fascinée et obsédée par la personnalité énigmatique de celui que l'on appelle "Bob", le "skipper" ou encore Poker Face". À partir d'une documentation très précise, Marc Durin-Valois élimine dans ce roman un faisceau de légendes autour du pilote (il n'a pas largué lui-même la bombe atomique, il n'a jamais reçu la Distinguished Service Cross, il n'a jamais envoyé de chèques à Hiroshima (élément qui figurait dans un scénario à Hollywood), il n'a jamais fait de voyage de contrition au Japon…) mais insiste sur son bras de fer silencieux et féroce avec Paul Tibbets, le pilote de l'Enola Gay, pour entrer de plain-pied dans l'histoire. Devenu au début des années 1960 une icône du pacifisme mondial, notamment par le truchement du philosophe autrichien Gunther Anders, Claude Eatherly tombe dans l'oubli quand un certain nombre de faits sont révélés par le journaliste américain William Bradford Huie : sa tricherie à un examen pour s'engager professionnellement dans l'armée de l'air, sa participation à un complot militaire à Cuba dit complot Marsalis (il évite de justesse la prison), ses nombreux mensonges et approximations dans la presse, sa fureur de ne pas avoir été choisi lui-même pour larguer la bombe atomique, sa participation aux essais militaires nucléaires du Pacifique, ses errements de joueur de poker, de coureur de jupons, de psychotique (une dizaine de fois interné) et d'alcoolique. Autant d'éléments qui selon le romancier le rendent profondément ambigu mais ne le discréditent pas pour autant dans son combat sincère contre l'atome. L'ironie veut qu'il soit mort en 1978 d'un cancer de la thyroïde, maladie des Hibakusha qu'il aurait contractée au-dessus de Bikini, en volant à travers un immense nuage radioactif qu'il était chargé de repérer. Archétype du contre-héros repentant portant la mauvaise conscience nucléaire américaine, plusieurs films ont été programmes à Hollywood sur la vie de Claude Robert Eatherly, toujours empêchés ou arrêtés en cours de route.

Culture populaire[modifier | modifier le code]

La pièce de théâtre Little Boy de Régis Vlachos est inspirée de sa correspondance avec Günther Anders.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La dernière nuit de Claude Eatherly, éditions Plon 2012
  • Alain Decaux, revue Historia no 412, mars 1981
  • (en)William Bradford Huie, The Hiroshima Pilot, Ed Heinemann 1964
  • Oakland T., Qu'arrive-t-il à un pilote qui tue 100 000 personnes ? 1962
  • Avoir détruit Hiroshima, Correspondance de Claude Eatherly, le pilote d'Hiroshima, avec Gunther Anders. Préface de Bertrand Russell et Robert Jungk. Robert Lafont, 1962.
  • Réflexion sur la paix dans le contexte actuel, de Maximilien Rubel, étude commandée à l'auteur par l'Unesco en 1987 reprise dans Guerre et paix nucléaires p.75-152, ouvrage préfacé par Louis Janover .Paris Méditerranée 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]