Claude Buffet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Buffet.

Claude Gabriel Buffet, né le 19 mai 1933 à Reims, dans la Marne, et guillotiné à Paris le 28 novembre 1972 (à 39 ans), est un ancien légionnaire français, devenu délinquant et criminel récidiviste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille modeste, fils d'une embouteilleuse et d'un peigneur de laine, violent, buveur et dépensier, le jeune Claude devient un adolescent rebelle et désocialisé. Appelé au 3e RIC, il ne le rejoint pas. Pour rompre avec son milieu, il s'engage dans la Légion étrangère à 20 ans. Envoyé en Indochine, il quitte son unité le 6 octobre 1954 et reste absent pendant 5 mois et 29 jours. Repris, il est placé en détention. Il est rapatrié en Algérie pour parfaire ses 5 ans d'engagement et sert notamment au 4e REI au Maroc. À sa démobilisation le 4 août 1958, il est titulaire de la médaille coloniale et des médailles commémoratives de la campagne d'Indochine et des opérations de sécurité et de maintien de l'ordre avec agrafe AFN. Il travaille plus ou moins régulièrement comme majordome et chauffeur routier.

Premier crime[modifier | modifier le code]

Il se spécialise dans les vols à l'arraché et les agressions à main armée. En 1959, il se marie et devient père. Mais son parcours le conduit peu à peu de délits à des crimes de sang. Le 18 janvier 1967, Claude Buffet vole un taxi. Le lendemain, en quête d'un mauvais coup, il joue les chauffeurs et il charge Mme Françoise Bésimensky, une jeune femme élégamment vêtue qui le hèle. Buffet la prend en charge comme un vrai chauffeur de taxi mais, au lieu de suivre la direction demandée, il l'entraîne dans une voie isolée près du Bois de Boulogne. Se retournant vers elle, il la menace d'un pistolet et réclame son sac. La jeune femme refuse et hurle. Buffet tire, et la victime s'écroule. Pour détourner les soupçons, il maquille le crime en acte sadique, dénudant le corps de sa victime et enfonçant un poudrier dans son sexe.

Procès[modifier | modifier le code]

La police pense d'abord que la victime, un mannequin marié à un médecin, a été assassinée par un satyre. Mais des détails font douter les enquêteurs qui parviennent rapidement à remonter jusqu'à Buffet qui est arrêté le 8 février 1967. Trois ans et demi après, devant la cour d'assises de Paris, l'avocat général Dubost ne réclame pas la peine capitale arguant que Buffet n'est pas destiné à la guillotine et qu'il vaut mieux qu'il expie son crime sa vie durant derrière les barreaux. Le 15 octobre 1970, le jury condamne Claude Buffet à la réclusion criminelle à perpétuité. Mécontent du verdict car il voulait être condamné à mort, Buffet quitte le prétoire en vociférant qu'on n'a pas fini d'entendre parler de lui. Après un passage à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, il est envoyé à la centrale de Clairvaux dans l'Aube. Il partage sa cellule avec un autre condamné du nom de Roger Bontems.

Prise d'otage[modifier | modifier le code]

Buffet entraîne Bontems dans un projet d'évasion. Le matin du 21 septembre 1971, à l'heure du petit déjeuner, Buffet et Bontems se plaignent de douleurs abdominales. Ils sont envoyés à l'infirmerie accompagnés par quatre gardiens. À peine y sont-ils entrés que Buffet repousse un jeune surveillant qui en entraîne deux autres dans sa chute. Avec Bontems, il s'enferme dans l'infirmerie avec trois otages : le gardien Guy Girardot, l'infirmière Nicole Comte, mère de deux enfants, et un détenu-infirmier, finalement relâché. Tous trois sont tenus sous la menace de couteaux que Buffet et Bontems ont tirés de leur poche : Bontems a un Opinel acheté à la cantine, Buffet a acheté par le biais d'un réseau de détenus une arme avec une lame longue de 20 centimètres, effilée comme un rasoir. Toute la journée, la France suivra l'événement via la télévision. Aux premières heures du 22 septembre, la police donne l'assaut et neutralise les deux mutins. Les deux derniers otages gisent sur le sol dans une mare de sang, la gorge tranchée.

Second procès[modifier | modifier le code]

Jugés devant la cour d'assises de l'Aube du 26 au 29 juin 1972, Roger Bontems et Claude Buffet sont tous deux condamnés à mort, avec exécution prévue dans l'enceinte de la prison de la Santé à Paris.

L'instruction et le procès ont montré que Bontems n'a tué aucun des otages, mais sa complicité active à la prise d'otages pousse les jurés à le frapper de la même peine que Buffet qui cette fois-ci est ravi. Pendant le procès, à plusieurs reprises, Buffet fait d’ailleurs part de son désir de finir guillotiné :

« Comme vous l'ont dit mes avocats, Maître Thierry Lévy et Maître Crauste, on dit que je vous réclamerais la peine de mort... je vous le confirme, et vous me la donnerez ! Mardi, quand j'ai quitté le palais de justice dans les fourgons, la foule réclamait "A mort fumier !" Si elle savait qu'au fond, ça me rendait service... »

Il est à noter que seul Bontems signe un pourvoi en cassation (lequel est rejeté à la fin de l'été). Buffet, pressé d'en finir, refuse de signer le sien.

Exécution[modifier | modifier le code]

En novembre 1972, ses avocats, Thierry Lévy et Rémi Crauste, vont plaider devant le président de la République, Georges Pompidou la cause de leur client, en même temps que les défenseurs de Roger Bontems (Robert Badinter et Philippe Lemaire). Même si Georges Pompidou n'a jamais laissé exécuter un condamné à mort depuis son arrivée au palais de l'Élysée en 1969, l'attitude de Buffet ne l'incite pas à la clémence. Le 27 novembre au soir, les quatre avocats reçoivent un coup de téléphone leur annonçant que l'exécution de leurs clients a lieu le lendemain matin, vers 5 heures.

Le 28 novembre 1972, vers h 30, à la maison d'arrêt de la Santé, Buffet et Bontems sont réveillés et conduits au greffe pour l'ultime « toilette ». Buffet se montre satisfait, mais ne fait aucun coup d'éclat et demande au sous-directeur de la prison de donner un message à Bontems : « Au revoir et à tout à l'heure », avant de refuser l'alcool apparemment soucieux que cela se passe le plus rapidement possible. A h 13, Bontems est guillotiné par le bourreau André Obrecht. Sept minutes plus tard, c'est le tour de Buffet.

Cette exécution est la dernière qui a lieu à Paris. Après Buffet et Bontems, seuls quatre condamnés sont guillotinés en France. L'avocat général Dubost se refuse par la suite à tout commentaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Badinter, Roger Bontems et Claude Buffet, L'Exécution. (Le procès contre Claude Buffet et Roger Bontems, « les assassins de Clairvaux »), Lausanne : Editions Ex Libris, 1974 (OCLC 81693915)

Voir aussi[modifier | modifier le code]