Claude Auclair

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Claude Auclair

Naissance 1er mai 1943
La Barre-de-Monts (Vendée)
Décès 20 janvier 1990 (à 46 ans)
Nantes (Loire-Atlantique)
Nationalité française
Profession auteur de bande dessinée

Claude Auclair (né le 1er mai 1943 à La Barre-de-Monts et mort le 20 janvier 1990 à Nantes) est un dessinateur et scénariste de bandes dessinées. S'intéressant principalement à la science-fiction post-apocalyptique (Jason Muller, Simon du Fleuve) et au monde celte (Bran Ruz), c'est un des dessinateurs réalistes marquants des années 1970 et 1980. Son œuvre, écologiste et utopique, « empreinte d'un grand humanisme[1] », est cependant marquée par un didactisme omniprésent qui restreint sa valeur artistique[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir passé son enfance dans le marais breton, Claude Auclair déménage à 10 ans à Nantes, ce qu'il vit comme un déracinement[3]. À la suite de ses études aux Beaux-Arts de Nantes, il devient au milieu des années 1960 décorateur de théâtre[4]. Lassé, il arrête en 1967 et part en voyage autour de la Méditerranée[5]. À son retour, il se lance dans l'illustration de science-fiction pour des revues des éditions OPTA (comme Galaxie-Bis ou Fiction). Redécouvrant la bande dessinée, il étudie Jijé, Alex Raymond ou Harold Foster afin de trouver son style. Il publie une histoire dans Phénix en 1968.

Chez OPTA, Jean Giraud repère son travail et lui propose de collaborer à Pilote après un essai concluant dans Undergound Comics. Il entre dans l'hebdomadaire en 1970 avec la série post-apocalyptique Jason Muller (dont les deux premiers épisodes sont écrits par Giraud puis Pierre Christin). En 1971, il crée dans Tintin La Saga du Grizzly, western pro-indien, puis Les Naufragés d'Arroyoka (avec Greg).

L'année suivante, Goscinny, refusant de publier la suite de Jason Muller, et la collaboration avec Greg ne s'étant pas avérée fructueuse[6] il livre à Record Catriona Mac Killigan, traitant de la révolte des Écossais contre Londres (avec Jacques Acar), avant d'entamer (à la suite d'un changement de la rédaction à Record) en 1973 dans Tintin la bande dessinée qui le fait connaître auprès du grand public : Simon du Fleuve, une nouvelle série post-apocalyptique écologiste. Il en réalise six histoires avant qu'un différend avec Le Lombard la lui fasse arrêter en 1978. Cité N.W n°3, publiée dans Tintin en 1978, est la dernière bande dessinée qu'il scénarise lui-même.

Il entre alors dès le premier numéro dans l'équipe d’(A SUIVRE), où il s'intéresse tout d'abord au monde celte, déjà abordé avec Catriona Mac Killigan, dans Bran ruz (1978-1981, avec Alain Deschamps) et Tuan Mac Cairill (1982, avec Deschamps) puis à l'esclavagisme dans Sang flamboyant (1984, avec François Migeat). En 1981, Alan Stivell publie le disque Terre des vivants, dont la pochette fut illustrée par Claude Auclair. En 1988, celui-ci entame une collaboration avec Alain Riondet, réalisant en deux ans quatre nouveaux épisodes de Simon du Fleuve, moins polémiques mais néanmoins remarqués. En 1989, il publie dans (A SUIVRE) avec le même scénariste Celui-là, « épopée de la civilisation[1] », dont il laisse le second volume inachevé à sa mort le 20 janvier 1990. Afin que celui-ci puisse être proposé au public, Jacques Tardi et Jean-Claude Mézières l'achèvent.

L'œuvre d'Auclair[modifier | modifier le code]

Un initiateur de la bande dessinée post-apocalyptique[modifier | modifier le code]

Tendance lourde de la science-fiction littéraire dans la fin des années 1960, le post-apocalyptique reste cependant peu présent dans la bande dessinée francophone, les auteurs du genre lui préférant une approche plus baroque (Philippe Druillet) ou plus humoristique (le premier Jean Giraud). Dès sa première histoire, « Après », publiée en 1970 dans Underground Comics, Auclair met en scène une humanité survivant dans un monde ayant régressé technologiquement, où les villes sont abandonnées[7]. Au discours assez « lourd », cette histoire est suivie des deux premières de Jason Muller qui, manquant de cohérence, montrent l'hésitation d'Auclair entre la défense de la construction d'une société nouvelle sur les ruines de l'ancienne, ou de la restauration de celle-ci[8]. Les deux autres histoires de Jason Muller, parues deux ans plus tard, montrent plus clairement ce balancement, et l'engagement d'Auclair en faveur d'une société nouvelle[9], avant que Simon du Fleuve ne l'entérine complètement.

La caractéristique de Simon du Fleuve dans le genre est son aspect pédagogique marqué[10]. Reprenant les clichés du post-apocalyptique (« malfaisance de la science, folie humaine, régression de la civilisation »), il décrit une utopie dont les aspects idéalistes (vie dans les champs, sans héros ni régime politique, exaltation de l'« individu moyen ») sont tempérés par un certain réalisme : Simon utilise la violence, et est gêné par son impossibilité d'appartenir à une nouvelle société qui se veut sans distinctions. Cette volonté sincère « d'apporter une réponse au problème de la violence et des rapports humains » reste handicapée par l'ancrage très fort de l'auteur dans l'idéologie des années 1970.

Cette domination du pédagogisme, de la démonstration lyrique, a conduit Jean-Pierre Andrevon à voir dans la science-fiction d'Auclair un moyen pour véhiculer une idéologie ruraliste et empreinte de mysticisme chrétien plutôt qu'une réelle réflexion sur le post-catastrophisme, ce que montrerait son abandon de la science-fiction en 1978 pour Bran Ruz[11] puis le caractère encore plus utopique de sa reprise de Simon en 1988.

La défense des minorités et de la nature[modifier | modifier le code]

Bien qu'il se défende d'être un « chantre des minorités », Auclair base son travail sur la démonstration du « mal que font les cultures dominantes », ce qui le conduit à la défense des cultures opprimées[12]. Réalisateur d'un des premiers westerns pro-indien en bande dessinée en 1971, il a mis en scène en 1973 dans Catriona Mac Killigan la Révolte des Écossais contre les Anglais, dénonce ce qu'il perçoit comme l'oppression des Celtes dans Bran Ruz de 1978 à 1982 (en conférant à l'histoire une portée universelle[13]) et s'est intéressé à l'esclavagisme en Martinique dans Le Sang du flamboyant en 1984. Faisant l'apologie de l'égalitarisme communautaire et de la vie rurale, Auclair propose une vision de la femme originale dans la bande dessinée de son époque : « ni biches fragiles ni baroudeuses de choc, elles font preuve d'une « nature féminine » saine et complexe, qui les place d'emblée à égalité de jeu avec l'homme[14] ».

Cette démonstration des méfaits d'un monde obsédé par le progrès, évidente dans ses œuvres de science-fiction, a pour corollaire un écologisme marqué, la nature jouant pour lui un rôle fondamental et protecteur dans la construction de l'individu[3]. Nostalgique de l'ordre pré-industriel, Auclair est « l'homme des paysages[15] ». Attachant une grande importance aux éléments naturels, il leur confère un lourd rôle symbolique : l'eau est la borne de la vie humaine, son commencement comme sa fin[16], le feu destruction purificatrice qui devient bénéfique dans le cadre utopique[17], la terre, féconde et nourricière, comme la femme est la base de la vie humaine[18] tandis que le ciel est avant tout un décor, un prétexte mystique[19].

Un humaniste naïf typique des années 1970 à l'œuvre mineure[modifier | modifier le code]

Cette prédilection pour les mondes disparus, utopiques, qu'ils soient pré- ou post-modernes, ressort chez Auclair d'une vision humaniste du monde. À ses débuts « naïf, fougueux et généreux[8] », cet humanisme s'assombrit au cours des années 1970, et les Simon du Fleuve de l'époque sont porteurs d'une vision plus pessimiste du progrès humain. Cependant, « la visée utopiste pervertit quelquefois la réflexion et l'analyse[20] » : la description du monde communautaire semble tout droit sortie « du documentarisme triomphant du cinéma soviétique des années 30[11] » et Simon du Fleuve des années 1970 reste « typique des courants de pensée des années 1970[20] ».

Son travail sur Bran Ruz entérine le caractère avant tout idéaliste et utopique des œuvres d'Auclair : « le mysticisme chrétien [et] la recherche des valeurs confraternelles et rurales n'ont plus besoin des prétextes d'un futur fantasmé pour pouvoir s'exprimer[11] ». Ce mysticisme est cependant non transcendant, c'est une exaltation de l'union de l'homme aux éléments naturels plus qu'au ciel[21], doublé d'une dénonciation des dominations. Les derniers Simon du Fleuve et Celui-là entérinent cette vision.

Un symbole des faiblesses de l'art engagé ?[modifier | modifier le code]

Cet intérêt pour les « paraboles philosophiques », « la sincérité profonde » de l'auteur limitent cependant souvent « la validité artistique » de son œuvre, bien qu'il reste rétif aux « grands systèmes explicatifs »[22]. Ses textes sont marqués par « un lyrisme descriptif quelque peu désuet[20] », ses mondes décrits semblent souvent s'inspirer « du réalisme socialiste le plus conventionnel[23] ». De plus, son engagement contre l'étouffement des particularismes culturels, le conduit à la fois à une vision tronquée de l'Histoire et à une mise en scène très démonstrative qui le mènent à un certain pompiérisme des dessins et à une tendance à l'utilisation de clichés littéraires dans des descriptifs redondants du texte[13]. Bruno Lecigne et Jean-Pierre Tamine voient ainsi dans Bran Ruz un projet plus didactique qu'artistique, qui manifeste le problème de la « pauvreté artistique » de l'art engagé[13].

Bandes dessinées publiées[modifier | modifier le code]

Dans des périodiques[modifier | modifier le code]

  1. La Ballade de Cheveu Rouge, 1973
    parution (en France) dans Tintin l'Hebdoptimiste du No 3 (23.1.73) au 11, puis du 18 au 24 (19.6.73), 46 planches
  2. Le Clan des Centaures, 1974
  3. Les Esclaves, 1975
  4. Maïlis, 1975-1976. Bande dessinée publiée dans l'édition belge seulement
  5. Les Pèlerins, 1977-1978
  6. Cité N.W n°3, 1978

Claude Auclair a également participé à Phénix (1968), Underground comix (1970) et au Canard sauvage (1975).

Albums[modifier | modifier le code]

  1. Le Clan des Centaures, coll. « Jeune Europe » n°106, 1976
  2. Les Esclaves, 1977
  3. Maïlis, 1978. Édition noir et blanc Jonas, coll. « 30x40 », 1979
  4. Les Pèlerins, 1978
  5. Cité N.W n°3, 1979
  6. L'Éveilleur (dessin), avec Alain Riondet (scénario), 1988
  7. Les Chemins de l'Ogam (dessin), avec Alain Riondet (scénario), 1988
  8. Naufrage - Tome 1 (dessin), avec Alain Riondet (scénario), 1989
  9. Naufrage - Tome 2 (dessin), avec Alain Riondet (scénario), 1989
    • La Ballade de Cheveu Rouge, non reprise dans la série régulière des albums Lombard à la suite d'un litige avec Gallimard, a fait l'objet d'une édition pirate à 500 exemplaires en 1981, avant d'être rééditée intégralement dans La Dame noire, la biographie réalisée par Johan Vanbuylen en 1999. En effet, cette histoire, comme le précise Auclair dans la toute dernière case, s'inspire fortement du roman Le Chant du monde (1934) de Jean Giono, édité par Gallimard (porté à l'écran en 1965 par Marcel Camus).
  • Bran Ruz (dessin), avec Alain Deschamps (scénario), Casterman, coll. « Romans (A SUIVRE) », 1981
  • Le Sang du flamboyeant (dessin), avec François Migeat (scénario), Casterman, coll. « Les Studios (A SUIVRE) », 1985
  • Tuan Mc Cairill (dessin), avec Jacques Acar et Alain Deschamps (scénario), Les Humanoïdes Associés, 1985
  • Celui-là (dessin), avec Alain Riondet (scénario), Casterman, coll. « Les Studios (A SUIVRE) » :
  1. Celui-là, 1989
  2. Celui qui achève, avec Jacques Tardi et Jean-Claude Mézières (dessin[n. 2]), 1991

Distinctions reçues[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes

  1. a et b La première histoire est scénarisée par Gir, la seconde par Linus.
  2. Ces deux auteurs ont terminé l'album à la mort d'Auclair.

Références

  1. a et b Gaumer (2004), p. 38
  2. Voir plus bas.
  3. a et b Auclair (1984), p. 7
  4. Gaumer (2004), p. 37. Pour la suite de la biographie, sauf précision complémentaire, Gaumer (2004), p. 38
  5. Auclair (1984), p. 9
  6. Auclair (1984), p. 10
  7. De Pierpont (1984), p. 15
  8. a et b De Pierpont (1984), p. 16
  9. De Pierpont (1984), p. 17
  10. Pour ce paragraphe : Ecken (1984), p. 18-19
  11. a, b et c Andrevon (1984), p. 21
  12. Auclair et Groensteen (1984), p. 13
  13. a, b et c Lecigne et Tamine (1984), p. 35
  14. Groensteen (1984), p. 29
  15. Chante (1984), p. 25
  16. Chante (1984), p. 26
  17. Chante (1984), p. 26-27
  18. Chante (1984), p. 27
  19. Chante (1984), p. 27-28
  20. a, b et c Ecken (1984), p. 19
  21. Chante (1984), p. 28
  22. Groensteen, introduction au dossier de 1984, p. 6
  23. Wilbur Leguèbe, La Société des bulles, éd. Vie ouvrière, 1977, p. 156
  24. Pour toute cette bibliographie : Cance (1984) et Bera, Denni, Mellot (2008)

Documentation[modifier | modifier le code]

Dossiers, ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles de revues, dictionnaires, collectifs[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Andrevon, « Le post-catastrophisme prétexte », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 20-21
  • Claude Auclair (int. Jean Léturgie), « Entretien avec Claude Auclair », dans Schtroumpfanzine n°20, juin 1978, p. 3-9
  • Claude Auclair (int. Thierry Groensteen), « Entretien avec Claude Auclair », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 7-13
  • Michel Béra, Michel Denni, Philippe Mellot, BDM, Trésors de la bande dessinée 2009-2010, Éditions de l'amateur, 2008
  • Louis Cance, « Bibliographie de Claude Auclair », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 41-42
  • Alain Chante, « L’eau, le feu, la terre et le ciel dans l'œuvre d'Auclair », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 25-28
  • Claude Ecken, « L’Utopie post-atomique », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 17-19
  • Patrick Gaumer, « Claude Auclair », dans Larousse de la BD, 2004, p. 37-38
  • Thierry Groensteen, « La Femme est l'avenir du héros », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 29-31
  • Bruno Lecigne et Jean-Pierre Tamine, « L’Épique et le politique », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 35-36
  • Jacques de Pierpont, « Auclair avant Simon », dans Les Cahiers de la bande dessinée n°58, juin-juillet 1984, p. 14-16