Claude-Marius Vaïsse

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Claude-Marius Vaïsse
Image illustrative de l'article Claude-Marius Vaïsse
Fonctions
Ministre de l'Intérieur
Prédécesseur Pierre Jules Baroche
Successeur Léon Faucher
Préfet du Rhône
Prédécesseur Charles-Wangel Bret
Successeur Henri Chevreau
Préfet du Nord
Préfet du Doubs
Préfet des Pyrénées-Orientales
Député du Nord
juillet 1851 –
Biographie
Nom de naissance Jean Claude Marius Magdeleine Vaïsse
Date de naissance
Lieu de naissance Marseille, France
Date de décès (à 65 ans)
Lieu de décès Lyon, France
Sépulture Cimetière Saint-Pierre, Marseille
Nationalité français

Claude-Marius Vaïsse est un fonctionnaire et homme politique français né à Marseille le 8 août 1799 et décédé à Lyon le 29 août 1864. Il est ministre de l'Intérieur pendant onze semaines dans l'éphémère petit ministère. Les travaux de rénovation urbaine de Lyon qu'il a menés en tant que préfet du Rhône sous le Second Empire et qui ont fait connaître à la ville des transformations semblables à celles de Paris à la même époque lui ont valu le surnom d'« Haussmann lyonnais ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Claude Marius Magdeleine Vaïsse nait à Marseille le 21 thermidor de l'an VII du calendrier républicain alors en vigueur (8 août 1799 du calendrier grégorien)[1]. Issu d'une famille aisée originaire du Rouergue[2], il part faire des études de droit à Paris, puis revient dans sa ville natale pour y acheter une charge d'avoué[1]. Il la revend en 1830 pour entrer dans l'administration[3].

Il commence sa carrière de fonctionnaire comme secrétaire général des Bouches-du-Rhône, puis est nommé successivement à divers postes de l'administration : secrétaire du gouvernement à Alger le 18 juillet 1837, sous-préfet de l'Aisne à Saint-Quentin le 21 août 1839, préfet des Pyrénées-Orientales le 23 novembre 1841, directeur général des affaires civiles en Algérie le 1er septembre 1847, préfet du Doubs le 24 janvier 1849, puis préfet du Nord le 20 novembre de la même année[4],[1].

Le , il est appelé par Louis-Napoléon Bonaparte pour faire partie de ce que l'on appellera le petit ministère en tant que ministre de l'Intérieur. Il est remplacé à son poste de préfet le 7 mars 1851, et son gouvernement démissionne le 10 avril. En juillet, il est élu député du Nord à l’Assemblée législative où il ne reste que quelques mois, l'assemblée étant dissoute après le coup d'État du 2 décembre 1851[5]. Vaïsse est ensuite nommé au Conseil d'État le 25 janvier 1852 [6], puis inspecteur des préfectures[7].

Le 4 mars 1853, par décret impérial, il est nommé à la tête de l’administration du département du Rhône, avec des pouvoirs très larges qui lui donnent les prérogatives de préfet du Rhône aussi bien que celles de maire de Lyon. Il y pratique une politique volontaire d'urbanisation de la ville sur le même modèle que celle menée par le Baron Haussmann à Paris, avec l'aide de Gustave Bonnet, Tony Desjardins et René Dardel[8],[5].

Le 4 décembre 1854, Bonaparte, devenu l'empereur Napoléon III le nomme sénateur. Vaïsse, occupé à Lyon, ne siégea que rarement au Sénat[7].

Par un décret du 22 juin 1863, il est nommé grand-croix de la légion d'Honneur[9], la dignité la plus élevée de cet ordre.

Le 29 août 1864, alors qu'il reçoit l'adjoint au maire de Brignais dans son bureau de l'hôtel de ville, Vaïsse perd brutalement connaissance et s'effondre face contre terre. Un médecin arrive rapidement mais ne peut que constater le décès, qu'il attribue à une apoplexie foudroyante, nom qui était donné à l'époque aux symptômes d'un accident vasculaire cérébral. Après des funérailles à la cathédrale Saint-Jean, son corps est transporté vers sa ville natale de Marseille où il est enterré au cimetière Saint-Pierre[10],[11],[12].

Vaïsse à Lyon[modifier | modifier le code]

Gravure ancienne du Palais de la Bourse à Lyon.
Le Palais de la Bourse en cours de construction pendant le percement de la rue Impériale.

Nommé à Lyon en même temps qu'Haussmann est nommé à Paris, Vaïsse y applique une politique autant dirigée vers la tranquillité publique que vers l'épanouissement du commerce et de l'économie en général. Il ne rencontre sur place aucune résistance importante, les élites municipales ne s'opposant en rien à son action, et même l'archevêque de Bonald, lorsque l'empereur se lance dans une politique italienne incompatible avec les intérêts temporels de la papauté, reste très modéré. Ce calme permet à Vaïsse de se consacrer pleinement à son œuvre de rénovation urbaine[13]. La seule ombre au tableau de l'action politique de Vaïsse est son échec pour contrer l'essor des sentiments républicains dans la population, ainsi que l'attestent les élections de 1863 et 1869[14].

Nomination[modifier | modifier le code]

Le 20 février 1853, Victor de Persigny convoque à Paris Georges Eugène Haussmann, alors préfet de la Gironde. L'empereur Napoléon III souhaite confier à Haussmann un poste de préfet du Rhône avec des pouvoirs très étendus, qui incluent ceux de maire de Lyon et de directeur de la police pour le Rhône. Haussmann, qui préfère rester en Gironde, refuse. Napoléon III prend acte de son choix, ce qui ne l'empêchera pas de lui proposer quelques mois plus tard le poste de préfet de la Seine qu'il acceptera. Vaïsse, qui était auparavant devenu le familier de Persigny[15], est soutenu par celui-ci auprès de l'empereur qui, le 4 mars, le nomme au poste initialement destiné à Haussmann[16]. Persigny note dans ses mémoires qu'avant de convaincre Vaïsse d'accepter Lyon, il avait pensé à lui pour le poste de préfet de la Seine, mais ajoute qu'il se félicitait de lui avoir préféré Haussmann pour ce poste, car « M. Vaïsse, homme du monde, de manières distinguées et réservées, jeté sur le théâtre de Paris, exposé sans défense aux intrigues de la politique, n'eût pu supporter longtemps le dégoût de pareilles luttes, et il eût bientôt abandonné la partie»[17],[18].

Lyon avant Vaïsse[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIXe siècle, le centre de la presqu'île de Lyon, entre les Terreaux et Bellecour, est en grande partie constitué d'habitations vétustes et insalubres, dans des rues sombres, sales et étroites héritées d'un tissu urbain médiéval[3],[19]. La situation est telle que l'historien Jean-Baptiste Monfalcon relève qu'à certains endroits, le terrain nu vaut plus que s'il était bâti [20].

Les transformations urbaines ont commencé avant l'arrivée de Vaïsse : le percement de la rue Centrale (actuelles rue de Brest et rue Paul Chenavard) dans les années 1830 préfigure les changements qui seront apportés par celui de la rue Impériale. Le décret du 24 mars 1852 rattache les faubourgs de Vaise, la Croix-Rousse et La Guillotière à Lyon, et transfère les pouvoirs des maires de ces quatre communes au préfet[3].

Les réalisations de l'ère Vaïsse[modifier | modifier le code]

Vaïsse, assisté des architectes René Dardel puis Gustave Bonnet, entreprend des grands travaux avec des moyens financiers et une liberté d'action dont ne disposaient pas ses prédécesseurs. Ces travaux ont des buts autant d'urbanisme que de sécurité : le maréchal de Castellane, gouverneur militaire de la ville qui a en mémoire les révoltes des Canuts de 1831 et 1834, demande explicitement que les nouvelles rues percées permettent de faciliter l'intervention de la cavalerie en cas d'émeute[5]. En tant qu'architecte de la ville de Lyon, Dardel est incontournable dans un premier temps mais son caractère autoritaire et son manque de concertation lassent vite le préfet. Après de nombreux accrochages, il est remplacé par Tony Desjardins en juillet 1854[21]. Pour compléter son équipe, il nomme G. Bonnet ingénieur en chef de la voirie. Ce dernier est considéré par D. Bertin comme le véritable chef d'orchestre de la mutation du centre de Lyon[22],[23].

Le premier et le plus significatif de ces grands travaux a été le percement de la rue Impériale, actuelle rue de la République, avec la construction du palais de la Bourse et du Commerce sur son chemin. 289 maisons anciennes sont détruites pour permettre la réalisation du chantier. Le percement de la rue de l'Impératrice, actuelle rue Édouard-Herriot, complète la rénovation du centre quelques années plus tard. Ce quartier devient en une décennie un espace bourgeois avec des immeubles monumentaux[5].

Au bout des deux rues nouvellement percées, l'hôtel de ville est restauré à grands frais par Tony Desjardins[24]. Vaïsse s'y installe avec ses services, l'ancienne préfecture (au sud de la place des Jacobins) n'offrant pas de bâtiment fonctionnel[25].

En dehors du centre-ville, le parc de la Tête d'Or est créé à l'emplacement d'un bois racheté aux Hospices civils de Lyon. Des quais sont créés au bord du Rhône et de la Saône, pour prévenir les inondations catastrophiques comme celle de 1856[16]. Sur la colline de la Croix-Rousse, l'hôpital de la Croix-Rousse est construit, et à l'endroit des anciens remparts, le vaste boulevard de la Croix-Rousse est aménagé[5].

Les péages des ponts sont rachetés par la ville et supprimés le 25 août 1860 sur le Rhône et en 1865 sur la Saône[25].

Sous son impulsion, le réseau ferroviaire de la ville est également rénové, avec l'établissement des nouvelles gares de Perrache et des Brotteaux[notes 1] pour les voyageurs, et de Perrache, de Vaise et de la Guillotière pour les marchandises[26].

Postérité[modifier | modifier le code]

D'après Émile Ollivier, Vaïsse a été aussi efficace qu'Haussmann dans la conduite de la rénovation urbaine, avec « des qualités opposées – la mesure, le tact, la bonne grâce, la modestie » à celles du préfet de la Seine[16]. Persigny écrit dans ses mémoires que le préfet du Rhône « s'appliqua à son œuvre avec une intelligence, un zèle, une activité remarquable, toujours sans faire parler de lui » et qu'à la suite de son action, « Lyon était devenue l'une des plus belles villes du monde »[18].

Cependant, après sa disparition, l'époque plus libérale ne tient pas à honorer la mémoire de Vaïsse, qui incarne l'autoritarisme du Second Empire, et à qui on reproche des travaux qui ont coûté cher et rejeté les classes populaires vers les anciens faubourgs[3]. De plus, la presse s'interroge sur l'origine de sa fortune, notamment le journal satirique La Marionnette, ce qui donne lieu à plusieurs procès entre l'éditeur du journal et les héritiers de Vaïsse[notes 2]. Il est révélé que le préfet était intéressé pour un seizième dans une charge d'agent de change, ce qui expliquait son enrichissement, et qu'il était « marié sans l'être » à la veuve du général Damrémont, tué en 1837 lors du Siège de Constantine : pour permettre à la veuve de continuer à toucher sa pension, ils s'étaient mariés religieusement en Allemagne, ce qui fait que l'union n'avait pas de valeur légale en France[27],[28].

Une statue de trois mètres de haut est commandée par le successeur de Vaïsse Henri Chevreau et réalisée par Gustave Bonnet, mais devant l'opinion publique défavorable, elle n'est pas installée à son emplacement prévu sur la place de l'Impératrice (actuelle place des Jacobins)[27]. Elle reste entreposée pendant plusieurs décennies par les services municipaux. En 1890, Louis Lortet souhaite récupérer le métal pour ériger une statue à Claude Bernard. Les héritiers de Vaïsse l'apprennent et rachètent la statue pour 5 500 francs. Cependant, devant la taille du monument, ils renoncent à la récupérer, et la statue reste entreposée à Lyon. Ils finissent par la vendre à une entreprise de robinetterie pour être fondue en 1902. Dans le Parc de la Tête d'Or, un simple buste orne le socle monumental qui devait accueillir la statue, près du vélodrome[29],[3],[30].

Une petite rue porte son nom dans le sixième arrondissement de Lyon, entre l'avenue Foch et la place d'Helvétie. Près de cette rue se trouvait l'ancien pont Saint-Clair qui porta le nom de pont Vaïsse de 1932 jusqu'à sa démolition en 1958 pour permettre la construction du pont de Lattre-de-Tassigny. Une plaque marque l'emplacement de l'ancien pont Vaïsse, avec un portrait du sénateur en médaillon[8]. L'actuelle avenue de Grande-Bretagne fut rebaptisée avenue Vaïsse en 1865, mais perdit ce nom avec la chute du Second Empire[31].

Une variété de poire, la poire Sénateur Vaïsse, est créée en 1861 par un horticulteur lyonnais et lui est dédiée[32].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c DhL, p. 1340
  2. Paul Mason et Henri Barré, Les Bouches-du-Rhône. Encyclopédie départementale (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e Alexis Le Clézio, Les années 1850, un tournant pour Lyon (lire en ligne [PDF])
  4. Philippe Bélaval, Patrick Laharie et Christiane Lamoussière, Le personnel de l'administration préfectorale. 1800-1880, Répertoire nominatif Répertoire territorial et introduction, Paris, Archives nationales,‎ (OCLC 490484320)
  5. a, b, c, d et e DhL, p. 1341
  6. Roland Drago, Jean Imbert, Jean Tulard et François Monnier, Dictionnaire biographique des membres du Conseil d'État, 1799-2002,‎ (ISBN 2213606935)
  7. a et b Jean Tulard (dir.) et Francis Choisel, Dictionnaire du Second Empire, Paris, Fayard,‎ (OCLC 469086806), p. VAÏSSE (Claude Marius)
  8. a et b FCoeur, « Claude-Marius Vaïsse (1853 – 1864) », sur Archives municipales de Lyon (consulté le 30 mars 2015)
  9. « Notice no LH/2661/71 »
  10. « Départements », Le Petit Journal,‎ (lire en ligne)
  11. « Départements », Le Petit Journal,‎ (lire en ligne)
  12. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres (ISBN 9782862745237, OCLC 729669141, présentation en ligne), p. 36
  13. HdL, p. 728
  14. HdL, p. 729
  15. HdL, p. 727
  16. a, b et c Michel Carmona, Haussmann, Paris, Fayard,‎ (OCLC 490455712), p. 233,572-573
  17. François Dutacq, Revue des études napoléoniennes,‎ juillet-décembre 1929 (lire en ligne), p. 37
  18. a et b Victor de Persigny, Mémoires du duc de Persigny,‎ , 591 p. (OCLC 5198066, lire en ligne), p. 261-263
  19. Dominique Bertin, « Lyon 1853-1859 : l'ouverture de la rue impériale », Revue de l'Art, Persée, no 106,‎ (lire en ligne [PDF])
  20. Jean-Baptiste Monfalcon, Histoire monumentale de Lyon, volume IV (lire en ligne)
  21. DhL, p. 364
  22. HdL, p. 705
  23. Dominique Bertin, Les Transformations de Lyon sous le préfet Vaisse : étude de la régénération du centre de la presqu'île (1853-1864), Lille 3 : ANRT, 1995.
  24. HdL, p. 727
  25. a et b Raymond Curtet, Cahiers de Rhône 89,‎ , « Rénovation et extension de Lyon dans la deuxième moitié du XIXe siècle »
  26. HdL, p. 708
  27. a et b René Giri, Cahiers de Rhône 89,‎ , « Les tribulations posthumes de monsieur Vaïsse : coulé dans le bronze, il coule encore un journal »
  28. « Vaïsse », Journal de l'Ain,‎ (lire en ligne [PDF])
  29. Bibliothèque municipale de Lyon, « Vaïsse », sur Le Guichet du Savoir,‎
  30. Dominique Bertin, « Autour de Claude-Marius Vaïsse, ordonnateur de la restructuration du centre-ville de Lyon », sur Archives municipales de Lyon
  31. Paul Saint-Olive, Revue du Lyonnais,‎ (lire en ligne), « La place du consulat et l'avenue Vaïsse »
  32. André Leroy, Dictionnaire de pomologie : contenant l'histoire, la description, la figure des fruits anciens et des fruits modernes le plus généralement connus et cultivé, t. 2, Paris, Les principales librairies agricoles et horticoles,‎ 1867-1879, 784 p. (lire en ligne), p. 658-659
  33. Luc Hernandez, « Le « Dictionnaire historique de Lyon » est arrivé », LibéLyon,‎ (lire en ligne).
  34. « Histoire de Lyon », sur editions-lyonnaises.fr, Éditions lyonnaises d'art et d'histoire,‎ (consulté le 5 octobre 2013).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il ne s'agit pas de l'édifice actuel, qui date du début du XXe siècle, mais d'une première gare construite en bois pour pouvoir être démontée rapidement en cas de conflit. Voir François Dallemagne (photogr. Georges Fessy), Les défenses de Lyon : enceintes et fortifications, Lyon, Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire,‎ , 255 p. (ISBN 2-84147-177-2), p. 127
  2. Voir la lettre ouverte de Labaume, l'éditeur, au Garde des Sceaux : E.B. Labaume, « Plus de Marionnette », La Marionnette,‎ (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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