Classe Moltke

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Classe Moltke
Image illustrative de l'article Classe Moltke
Le croiseur de bataille SMS Moltke mouillé à Hampton Roads entre le 3 et le 8 juin 1912, au cours de la visite aux États-Unis d'une division de croiseurs aux ordres de l'amiral Paschwitz
Caractéristiques techniques
Type croiseur de bataille
Longueur 186,50 m
Maître-bau 29,50 m
Tirant d’eau 7,60 à 9,20 m
Déplacement 22 616 tonnes
25 000 tonnes (pleine charge)
Propulsion 24 chaudières à charbon
2 turbines Parsons, 4 hélices
Puissance 52 000 CV
86 000 CV à feux poussés
Vitesse 25,5 nœuds (28 nœuds maxi)
Caractéristiques militaires
Blindage pont = 25 à 76 mm
ceinture = 76 à 280 mm
cloison = 70 mm
tourelle = 230 mm
barbette = 230 mm
casemate = 150 mm
kiosque = 270 mm
Armement 10 (5 × II) x 28 cm SK L/50
12 × 150 mm (cal.45)
12 x 88 mm (cal.45)
remplacés par 2 (M) ou 4 (G) × 88 mm (anti-aériens)
4 tubes lance-torpilles (500 mm)
Aéronefs non
Rayon d’action 3 520 nautiques à 18 nœuds (3 100 tonnes de charbon et 200 tonnes de mazout)
Autres caractéristiques
Équipage 1 186 hommes
Histoire
Constructeurs Blohm & Voss- Hambourg - Empire allemand Empire allemand
A servi dans Pavillon de la Kaiserliche Marine Kaiserliche Marine
Pavillon de la marine turque Marine turque (Yavuz)
Commanditaire Empire allemand
Période de
construction
1909-1912
Période de service 1911-1919 (Moltke)
1912-1971 (Goeben/Yavuz)
Navires construits 2
Navires prévus 2
Navires démolis 2
Précédent SMS Von der Tann SMS Seydlitz Suivant

La classe Moltke est une classe de deux croiseurs de bataille de la Marine impériale allemande construite entre 1909 et 1911. Par rapport au SMS Von der Tann, mis en service précédemment, ils étaient légèrement plus grands, plus rapides et mieux armés, avec une cinquième tourelle double de canons de 280 millimètres, d'un modèle plus puissant, et une protection un peu supérieure, avec une ceinture blindée de 270 mm, au lieu de 250 mm. Moins rapides, moins puissants, ayant un déplacement moindre que les croiseurs de bataille britanniques dont ils étaient contemporains, ils avaient une protection sensiblement supérieure, et quoique sévèrement malmenés notamment à la bataille du Jutland, ils ont plutôt mieux supporté l'épreuve du feu, pendant la Première Guerre mondiale. Le SMS Moltke a fini sabordé à Scapa Flow en 1919. Le SMS Goeben transféré en août 1914 à la Marine de l'Empire ottoman, a opéré en mer Noire contre la Marine de l'Empire de Russie. Il a été ferraillé, sous le nom de Yavuz dans les années 1970.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Avant même que le SMS Von der Tann eût été lancé[1],[2], il fut décidé des améliorations à apporter aux deux croiseurs suivants, G et H, qui étaient prévus aux programmes des années 1909 et 1910.

Tout en gardant pour l'artillerie principale le calibre de 28 cm, alors que les cuirassés de la classe Helgoland du programme 1908 avaient déjà été dotés de canons de 30,5 cm, il fut décidé d'utiliser le canon de 28 cm SK L/50, l'allongement de la longueur du tube de 45 à 50 calibres portait la vitesse initiale de 855 m/s à 880 m/s, ce qui a augmenté la portée, de 18 900 m sur le SMS Von der Tann (à une élévation de 20⁰), à 19 100 m sur le SMS Moltke (à une élévation de 16⁰), et à 21 700 m, sur le SMS Goeben (à une élévation de 22,5°)[3].

Une cinquième tourelle double d'artillerie principale était ajoutée à l'arrière. Cela portait le poids de la bordée de l'artillerie principale à 3 020 kg, soit sensiblement celui de la bordée de la classe Indefatigable, 3 080 kg. Mais la Royal Navy reprendra définitivement l'avantage en matière d'armement des croiseurs de bataille, en passant au calibre de 13½ pouces (343mm) dès la classe Lion. Le gaillard d'avant augmenté d'un pont pour accroître le franc-bord à l'avant, et le rendre moins « humide » ne portait toujours qu'une tourelle axiale avant, "Anton", les deux tourelles en abord, "Bruno" et "Cæsar" pouvant tirer des deux bords, et la quatrième tourelle, axiale arrière, "Dora", qui se trouvait superposée à une nouvelle tourelle axiale arrière, "Emil". La batterie d'artillerie secondaire de calibre de 150 mm pouvait ainsi être installée un pont plus haut que sur le SMS Von der Tann[1].

La coque se trouvait ainsi allongée de 15 m, de 171 m sur le SMS Van der Tann, à 186 m. Le maitre-bau était augmenté de près de 3 m (de 26,6 m à 29,5 m) ce qui donnait un rapport longueur/largeur un peu moindre (6,32 au lieu de 6,45)[4]. Mais l'accroissement de longueur permettait d'installer six chaudières à charbon supplémentaires, la puissance atteignant 52 000 CV, et la vitesse maximale s'en trouvait accrue d'un nœud[5].

Conformément au concept retenu par la Marine impériale allemande, pour ses « grands croiseurs », qui devaient pouvoir être incorporés dans la ligne de bataille des cuirassés, l'épaisseur de la ceinture blindée, à hauteur des soutes d'artillerie principale et des machines, se trouvait portée à 270 mm[1].

Les unités de la classe[modifier | modifier le code]

Nom Lancement Service effectif Chantier naval Fin de carrière Photo
SMS Moltke
Blohm & Voss
Hambourg
Empire allemand Empire allemand
sabordage le à Scapa Flow SMS Moltke LOC hec 01144.jpg
SMS Goeben
Ottoman flag.svg Yavuz Sultan Selim
Blohm & Voss
Hambourg
Empire allemand Empire allemand
transféré le à l'Empire ottoman
abandonné en 1973
Bundesarchiv Bild 134-D0004, Großer Kreuzer "Goeben".jpg

Service[modifier | modifier le code]

SMS Moltke[modifier | modifier le code]

Article détaillé : SMS Moltke (1910).

À sa mise en service, le SMS Moltke a été le navire amiral des forces de reconnaissance de la flotte allemande. Au sein du 1er Groupe d'Éclairage (en) (I. Aufklärungsgruppe), commandé à partir de 1913 par le contre amiral (plus tard vice amiral) Hipper, il a participé aux opérations de cette unité de la Hochseeflotte, pendant la Première Guerre mondiale, notamment aux bombardements de villes anglaises de la côte Est de la mer du Nord[6], et à la bataille du Dogger Bank, presque sans encaisser un coup[7]. Pendant une opération dans le golfe de Riga, en août 1915, il fut torpillé par un sous-marin britannique[8]. À la bataille du Jutland, le SMS Moltke reçut quatre[9] ou cinq[1] obus de gros calibre, ce qui en fit le croiseur de bataille allemand le moins touché au cours de cette journée. Lorsque le vice amiral Hipper fut obligé d'abandonner le SMS Lutzöw, très gravement avarié, il transféra sa marque sur le SMS Moltke, vers 22 h le 31 mai 1916[10]. Le bâtiment participa à la sortie du 19 août1916[11], quand la Hochseeflotte appareilla pour aller bombarder Sunderland, ce à quoi le vice-amiral Scheer renonça finalement. En participant à une opération contre les convois alliés, au large de la Scandinavie, en avril 1918, il fut torpillé une seconde fois par un sous-marin britannique[12].

En 1918, le SMS Moltke a été interné à Scapa Flow, avec les navires les plus puissants et les plus modernes de la Hochseeflotte, en application de l'armistice du 11 novembre 1918. Leurs équipes de gardiennage allemandes ont sabordé ces bâtiments, aux ordres de l'amiral von Reuter, en juin 1919, quelques jours avant la signature du Traité de Versailles, pour éviter de les voir tomber définitivement aux mains des Britanniques et de leurs alliés[13]. L'épave du SMS Moltke a été renflouée en 1927, et ferraillée à Rosyth en 1929[5].

SMS Goeben[modifier | modifier le code]

Article détaillé : SMS Goeben.

À sa mise en service, le SMS Goeben fut affecté à la Division de la Méditerranée (Mittelmeerdivision) de la Marine impériale allemande, et demeura en Méditerranée pendant les guerres balkaniques de 1912-1913. Début août 1914, profitant de l'absence de coordination entre les amirautés britannique et française, de la confusion de la situation internationale (neutralité de l'Italie, dates différentes de l'ouverture des hostilités des puissances concernées) et des erreurs de jugement des amiraux de la Mediterranean Fleet, le bâtiment, aux ordres du contre-amiral Souchon réussit à gagner les Dardanelles, et fut, fictivement, rattaché à la marine de l'Empire ottoman sous le nom de Yavuz Sultan Selim[14]. Il opéra en Mer Noire, bombardant à plusieurs reprises les ports russes, et affrontant les navires de la Marine de l'Empire de Russie[15].

Au cours d'une sortie en mer Égée, en avril 1918, pour attaquer les bases alliées, il réussit à couler deux monitors britanniques, mais ayant subi des dommages sérieux, après avoir pénétré dans un champ de mines, il a dû faire retraite et a réussi à regagner Constantinople[16],[14].

Après avoir passé près de soixante ans sous pavillon turc, il fut ferraillé dans le courant des années 1970[14].

Annexe[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Siegfried Breyer, Battleships and battle cruisers 1905–1970, Londres, Macdonald and Jane's,‎ 1973 (ISBN 0356-04191-3)
  • François-Emmanuel Brézet, Le Jutland (1916), Paris, Economica,‎ 1992 (ISBN 2-7178-2223-2)
  • Bernard Ireland, Cuirassés du XXe siècle, St-Sulpice (Suisse), Éditions Airelles,‎ 2004 (ISBN 2-88468-038-1)
  • (en) Bernard Ireland et Eric Grove, Jane's War at sea 1897-1997, New York, Harpers Collins Publishers,‎ 1997 (ISBN 0-00-472065-2)
  • Donald G.F.W. Macintyre et Basil W. Bathe, Les navires de combat à travers les âges, Paris, Stock,‎ 1971
  • (en) Donald G.F.W. Macintyre, Famous fighting ships, Londres, Hamlyn,‎ 1975 (ISBN 0-600-38153-6)
  • (en) Robert K. Massie, Castles of Steel : Britain, Germany and the winning of the Great War at sea, Vintage Random House,‎ 2007 (1re éd. 2003), 865 p. (ISBN 978-0-099-52378-9)
  • Oliver Warner, Geoffrey Bennett, Donald G.F.W. Macyntire, Franck Uehling, Desmond Wettern, Antony Preston et Jacques Mordal, Histoire de la guerre sur mer des premiers cuirassés aux sous-marins nucléaires, Bruxelles, Elsevier Sequoia,‎ 1976 (ISBN 2-8003-0148-1)
  • H. W. Wilson, Les Flottes de Guerre au combat Tome 2 La Grande Guerre 1914-1918, Paris, Payot,‎ 1928

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Ireland 2004, p. 34
  2. Breyer 1973, p. 270
  3. Breyer 1973, p. 257
  4. Breyer 1973, p. 259
  5. a et b Breyer 1973, p. 271
  6. Warner, Bennett et alii 1976, p. 48-50
  7. Wilson 1928, p. 133
  8. Wilson 1928, p. 310
  9. Wilson 1928, p. 428
  10. Brézet 1992, p. 95
  11. Wilson 1928, p. 253
  12. Wilson 1928, p. 276-277
  13. Wilson 1928, p. 412
  14. a, b et c Ireland 2004, p. 35
  15. Wilson 1928, p. 339-340
  16. Wilson 1928, p. 389