Clairville (Louis-François Nicolaïe)

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Clairville, par Étienne Carjat.
Caricature de Clairville parue dans Le Trombinosocope de Touchatout en 1874.

Louis-François-Marie Nicolaïe dit Clairville est un comédien, poète, chansonnier, goguettier et auteur dramatique français, né à Lyon le 28 janvier 1811 et mort à Paris (10e) le 8 février 1879[1].

Clairville est le père du compositeur Édouard-François Nicolaïe dit Clairville fils (1854-1904) et l'oncle du dramaturge et librettiste Charles-Victor Nicolaïe dit Charles Clairville (1855-1927).

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un régisseur de théâtre lyonnais connu sous le pseudonyme de Clairville, il débute à Paris au Théâtre du Luxembourg comme acteur, puis comme régisseur, et enfin comme auteur de textes dramatiques. Il y fait représenter une quarantaine de pièces. Il s’introduit ensuite au théâtre de l’Ambigu-Comique pour jouer les « utilités ». Mais, pour lui, c’était le lieu idéal pour développer sa verve d’auteur dramatique qui fut sa seule vraie vocation. Son imagination débridée, sa facilité de versification qui reste fluide, mais aussi son souci constant de perfection vont faire merveille. Il conçoit d’abord une revue intitulée 1836 dans la lune, dont le succès va le lancer dans le métier. Il voit tous les « petits » théâtres s’ouvrir  : le Beaumarchais, la Gaîté, le Gymnase, les Variétés, les Divertissements. Son pouvoir de création semble illimité avec pièces drôles, pièces sérieuses, revues, féeries, satires et parodies.

On lui attribue sûrement au moins 230 pièces diverses dont 50 ont atteint cent représentations suivies. Mais on est loin du compte puisqu’on trouvera après sa mort nombre d’œuvres inédites[2]. Il peut être considéré comme l’« Alexandre Dumas du vaudeville ». Sa production fut le fruit d’une véritable industrie. Pour davantage d’efficacité, il s’était adjoint depuis le début le concours du fidèle Édouard Miot. Le groupe de ses collaborateurs, triés sur le volet, grossira avec le temps des succès[3]. Rien de l’actualité ne leur échappe et ils ont la même source d’inspiration que nos chansonniers et le même sens des titres accrocheurs.

Il collabora avec d’autres auteurs[4] pour toutes sortes de spectacles et notamment avec des librettistes pour des opéras-comiques que nous nommons aujourd’hui opérettes.

Clairville a été un membre actif et remarqué de la quatrième Société du Caveau, dont il a été président en 1871.

« Clarville ne compose pas, il confectionne... sorte de friperie littéraire, où l’on rhabille à neuf les vieux mots râpés et les calembours ensevelis », écrivait Henri Rochefort ; mais il ajoutait : « pas une mesure administrative, pas une annonce bizarre, pas une invention nouvelle que M. Clarville n’ait mise en scénario ou tournée en couplets. C’est l’homme de la revue et de la parodie par excellence. »

En 1853, il publie Chansons et Poésies, recueil de rimes, allant de l’égrillard des chansons, « qui se chantent au dessert » selon Albert Blanquet[5], à la simplicité touchante des poésies. Il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1857.

En 1870, il écrit la chanson Les Deux Canailles[6], en réponse à la chanson d'Alexis Bouvier La Canaille. En 1871, il écrit au moins deux chansons anti-communardes : L'Internationale[7], où il donne sa vision de l'Internationale ouvrière comme un regroupement de brigands, et La Commune[8], où il appelle au massacre des Communards.

Clairville meurt le 8 février 1879 des suites d'une fluxion de poitrine[9],[10],[11]. Il laisse deux fils : Charles-Albert Nicolaïe dit Clairville (1833-1892), employé au Comptoir d'Escompte de Paris, né d'une liaison avec Augustine Philippon et Edouard-François Nicolaïe dit Clairville (1854-1904), musicien et compositeur sous le nom de Clairville fils, né de son mariage avec Angélique Gabrielle Pagès. Après des obsèques en l'église Saint-Eugène le 10 février suivant, il est enterré dans le cimetière Montmartre (23e division) où son tombeau est toujours visible.

Titre et décoration[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Le nombre considérable d'œuvres écrites par Clairville (plus de 600 dont 450 publiées) ne permet pas d'en faire un relevé exhaustif. Seules peuvent être retenues les pièces écrites en collaboration avec les plus grands auteurs dramatiques de son temps comme Eugène Labiche ou Dumanoir et les livrets d'opérettes qui continuent d'être représentées comme celles d'Offenbach ou de Charles Lecocq.

  • 1843 : Les Hures-Graves avec Dumanoir et Alfred Delacour
  • 1845 : Les Pommes de terre malades avec Dumanoir
  • 1845 : Le petit Poucet avec Dumanoir
  • 1846 : Gentil-Bernard ou L'Art d'aimer avec Dumanoir
  • 1846 : Colombe et Perdreau avec Jules Cordier
  • 1846 : La femme électrique avec Jules Cordier
  • 1847 : Ether, magnétisme et hatchis avec Jules Cordier
  • 1847 : Léonard le perruquier avec Dumanoir
  • 1848 : La propriété c'est le vol avec Jules Cordier
  • 1848 : L'avenir dans le passé ou Les succès au paradis avec Jules Cordier
  • 1848 : Le club des maris ou Le club des femmes avec Jules Cordier
  • 1848 : Les parades de nos pères avec Dumanoir et Jules Cordier
  • 1848 : Les lampions de la veille et les lanternes du lendemain avec Dumanoir
  • 1849 : Les marraines de l'an III avec Dumanoir
  • 1849 : Exposition des produits de la République avec Eugène Labiche et Dumanoir
  • 1850 : Lully ou Les petits violons de Mademoiselle avec Dumanoir
  • 1850 : Le bourgeois de Paris ou Les leçons au pouvoir avec Dumanoir et Jules Cordier
  • 1852 : Les coulisses de la vie avec Dumanoir
  • 1852 : La femme aux œufs d'or avec Dumanoir
  • 1853 : Les folies dramatiques avec Dumanoir
  • 1858 : Turlututu chapeau pontu avec Edouard Martin et Albert Monnier, musique de Léon Bovery
  • 1860 : La fille du Diable avec Paul Siraudin et Lambert-Thiboust
  • 1860 : Daphnis et Chloé avec Jules Cordier, musique de Jacques Offenbach
  • 1864 : La revue pour rien ou Roland à Ronge-Veau, avec Paul Siraudin et Ernest Blum, musique d'Hervé
  • 1869 : Le mot de la fin avec Paul Siraudin
  • 1869 : Paris-Revue avec Paul Siraudin et William Busnach
  • 1872 : La revue n'est pas au coin du quai avec Paul Siraudin et Victor Koning
  • 1872 : Héloïse et Abélard avec William Busnach, musique d'Henry Litolff
  • 1872 : La Fille de madame Angot avec Paul Siraudin et Victor Koning, musique de Charles Lecocq
  • 1873 : Les Cent Vierges musique de Charles Lecocq
  • 1874 : La Belle au Bois-Dormant, musique d'Henry Litolff
  • 1877 : Les Cloches de Corneville avec Charles Gabet, musique de Robert Planquette

Un point de vue critique sur Clairville en 1858[modifier | modifier le code]

Charles Moncelet écrit en janvier 1858 dans Le Monde illustré[13] :

"Ce que nous ne comprenons pas, c'est de voir, accolés au nom de M. Clairville, les noms fraternels de MM. Édouard Martin et Albert Monnier, les deux jeunes auteurs de l'Affaire de la rue de Lourcine. Pourquoi leur avoir infligé la collaboration de ce doyen de la basse littérature ? Les directeurs le prendraient-ils pour un palladium, par hasard ? Lui reconnaîtraient-ils de l'imagination, de l'habileté, des saillies ? On a parlé de ses couplets, et quelques membres obstinés du Caveau ont paru regarder comme de la verve une abondance qui trouverait son point de comparaison dans les torrents de boisson insipide dont les collèges ont le monopole. Parce que, le dernier entre ses confrères, il farcit encore de ponts-neufs ses vaudevilles, on a cité Désaugiers. Nous ne sommes pas fou du répertoire de Désaugiers ; mais enfin, nous estimons qu'il y a entre lui et M. Clairville la même différence qu'entre un chef d'orchestre et un tourneur d'orgue de Barbarie. On croit M. Clairville gai ; c'est une réputation acquise à bon marché, il lui a suffi d'employer à satiété l'air de la Mère Camus, de Fanfan la Tulipe, d'On va lui percer le flanc et de Coucou, mon père. Alors, tout le parti des gros ventres de l'acclamer comme un bon vivant et comme le restaurateur de l'esprit gaulois".

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ville de Paris, état-civil du 10e arrondissement, registre des décès de 1879, acte no 578.
  2. « L’homme aux cartons inépuisables » disait Arnold Mortier dans ses Soirées parisiennes 1874-1884 ; peut-être certaines furent-elles contrefaites.
  3. Parmi eux : Dumanoir, Dennery, Nicot et Cordier.
  4. Dont les frères Cogniard, Lambert Thiboust, Paul Siraudin, Victor Koning, Henri Chivot et Alfred Duru, Édouard Plouvier, Alfred Delacour.
  5. dans l’ouvrage collectif de Hoefer
  6. Clairville, Les Deux Canailles, Le Caveau 1871.
  7. Clairville, L'Internationale, Le Caveau 1872.
  8. Clairville, La Commune, Le Caveau 1872.
  9. « Nécrologie », Le Temps, 10 février 1879, pp. 2-3.
  10. « Mort de Clairville » Le Petit Parisien, 10 février 1879, pp. 2-3.
  11. « Courrier des théâtres », Le Figaro, 8 février 1879, pp. 3-4.
  12. Dossier consultable sur la Base Léonore.
  13. Le Monde illustré, 23 janvier 1858, p. 63.

Sources[modifier | modifier le code]

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