Clairville (Louis-François Nicolaïe)

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Clairville, par Étienne Carjat.
Caricature de Clairville parue dans Le Trombinosocope de Touchatout en 1874.

Louis-François Nicolaïe, dit Clairville est un comédien, poète, chansonnier, goguettier et auteur dramatique français, né à Lyon le 28 janvier 1811 et mort à Paris le 8[1] ou le 9 février 1879[2],[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’un régisseur de théâtre lyonnais connu sous le pseudonyme de Clairville, il débute à Paris au Petit Théâtre du Luxembourg comme acteur, puis comme régisseur, et enfin comme auteur de textes dramatiques. Il y fait représenter une quarantaine de pièces. Il s’introduit ensuite au théâtre de l’Ambigu-Comique pour jouer les « utilités ». Mais, pour lui, c’était le lieu idéal pour développer sa verve d’auteur dramatique qui fut sa seule vraie vocation. Son imagination débridée, sa facilité de versification qui reste fluide, mais aussi son souci constant de perfection vont faire merveille. Il conçoit d’abord une revue intitulée 1836 dans la lune, dont le succès va le lancer dans le métier. Il voit tous les « petits » théâtres s’ouvrir  : le Beaumarchais, la Gaîté, le Gymnase, les Variétés, les Divertissements. Son pouvoir de création semble illimité avec pièces drôles, pièces sérieuses, revues, féeries, satires et parodies  :

Le Page et la Danseuse, Rosière et Nourrice, Jean Lepingre et Pierre Lelarge, Les Hussards et les Lingères, La Journée aux éventails, L’Opium et le Champagne, Les Iroquois, Satan, ou le Diable à Paris
Peau d’âne, Les Sept Châteaux du Diable (féeries)
Les Pommes de terre malades (revue)
La propriété, c’est le vol (satire composée après la révolution de février dans laquelle Proudhon, personnage principal, est représenté comme le diable).

On lui attribue sûrement au moins 230 pièces diverses dont 50 ont atteint cent représentations suivies. Mais on est loin du compte puisqu’on trouvera après sa mort nombre d’œuvres inédites[4]. Il peut être considéré comme l’« Alexandre Dumas du vaudeville ». Sa production fut le fruit d’une véritable industrie. Pour davantage d’efficacité, il s’était adjoint depuis le début le concours du fidèle Édouard Miot. Le groupe de ses collaborateurs, triés sur le volet, grossira avec le temps des succès[5]. Rien de l’actualité ne leur échappe et ils ont la même source d’inspiration que nos chansonniers et le même sens des titres accrocheurs  :

La Chaleur ; Les Français peints par eux-mêmes ; Les Petites Misères de la vie humaine ; Paris et la Banlieue ; Paris sans impôts ; Paris voleur ; Paris dans la comète ; Les Sept Billets, ou la Semaine aux échéances ; Une semaine à Londres ; Les Nains du roi ; Le Congrès de la paix

Il collabora avec d’autres auteurs[6] pour toutes sortes de spectacles et notamment avec des librettistes pour des opéras-comiques que nous nommons aujourd’hui opérettes :

Daphnis et Chloé de Jacques Offenbach, en collaboration avec Jules Cordier (1860)
La Fille de madame Angot de Charles Lecocq avec Paul Siraudin et Victor Koning (1872)
Les Cent Vierges de Charles Lecocq (1873)
Les Cloches de Corneville de Robert Planquette (1877)

Clairville a été un membre actif et remarqué de la quatrième Société du Caveau, dont il a été président en 1871.

« Clarville ne compose pas, il confectionne... sorte de friperie littéraire, où l’on rhabille à neuf les vieux mots râpés et les calembours ensevelis », écrivait Henri Rochefort ; mais il ajoutait : « pas une mesure administrative, pas une annonce bizarre, pas une invention nouvelle que M. Clarville n’ait mise en scénario ou tournée en couplets. C’est l’homme de la revue et de la parodie par excellence. »

En 1853, il publie Chansons et Poésies, recueil de rimes, allant de l’égrillard des chansons, « qui se chantent au dessert » selon Albert Blanquet[7], à la simplicité touchante des poésies. Il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1857.

En 1870, il écrit la chanson Les Deux Canailles[8], en réponse à la chanson d'Alexis Bouvier La Canaille. En 1871, il écrit au moins deux chansons anti-communardes : L'Internationale[9], où il donne sa vision de l'Internationale ouvrière comme un regroupement de brigands, et La Commune[10], où il appelle au massacre des Communards.

Clairville est le père du compositeur Édouard-François Clairville dit Clairville fils (18.. - 1904) et l'oncle du dramaturge et librettiste Charles Clairville (1855-1918).

Un point de vue critique sur Clairville en 1858[modifier | modifier le code]

Charles Moncelet écrit en janvier 1858 dans Le Monde illustré[11] :

Ce que nous ne comprenons pas, c'est de voir, accolés au nom de M. Clairville, les noms fraternels de MM. Édouard Martin et Albert Monnier, les deux jeunes auteurs de l'Affaire de la rue de Lourcine. Pourquoi leur avoir infligé la collaboration de ce doyen de la basse littérature ? Les directeurs le prendraient-ils pour un palladium, par hasard ? Lui reconnaîtraient-ils de l'imagination, de l'habileté, des saillies ? On a parlé de ses couplets, et quelques membres obstinés du Caveau ont paru regarder comme de la verve une abondance qui trouverait son point de comparaison dans les torrents de boisson insipide dont les collèges ont le monopole. Parce que, le dernier entre ses confrères, il farcit encore de ponts-neufs ses vaudevilles, on a cité Désaugiers. Nous ne sommes pas fou du répertoire de Désaugiers ; mais enfin, nous estimons qu'il y a entre lui et M. Clairville la même différence qu'entre un chef d'orchestre et un tourneur d'orgue de Barbarie. On croit M. Clairville gai ; c'est une réputation acquise à bon marché, il lui a suffi d'employer à satiété l'air de la Mère Camus, de Fanfan la Tulipe, d'On va lui percer le flanc et de Coucou, mon père. Alors, tout le parti des gros ventres de l'acclamer comme un bon vivant et comme le restaurateur de l'esprit gaulois.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Courrier des théâtres », Le Figaro, 9 février 1879, pp. 3-4.
  2. « Nécrologie », Le Temps, 10 février 1879, pp. 2-3.
  3. « Mort de Clairville » Le Petit Parisien, 10 février 1879, pp. 2-3.
  4. « L’homme aux cartons inépuisables » disait Arnold Mortier dans ses Soirées parisiennes 1874-1884 ; peut-être certaines furent-elles contrefaites.
  5. Parmi eux : Dumanoir, Dennery, Nicot et Cordier.
  6. Dont les frères Cogniard, Lambert-Thiboust, Paul Siraudin, Victor Koning, Henri Chivot et Alfred Duru, Édouard Plouvier, Alfred Dartigue-Delacour.
  7. dans l’ouvrage collectif de Hoefer
  8. Clairville, Les Deux Canailles, Le Caveau 1871.
  9. Clairville, L'Internationale, Le Caveau 1872.
  10. Clairville, La Commune, Le Caveau 1872.
  11. Le Monde illustré, 23 janvier 1858, p.63.

Sources[modifier | modifier le code]

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