Cladocera

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Les cladocères (Cladocera) ou puces d'eau sont de petits crustacés aquatiques, dont le nombre de segments est très réduit, avec un thorax et abdomen fusionnés. Une carapace simple repliée de part et d'autre de la ligne dorsale les recouvre. Leurs déplacements natatoires, saccadés, sont permis par les mouvements des antennes très développées. Quelques espèces sont marines et beaucoup sont benthiques (vivent sur le fond).

Elles constituent une part importante du zooplancton ; l'espèce zooplanctonique d'eau douce la plus connue est la daphnie, utilisée comme animal de laboratoire, et par les aquariophiles comme nourriture vivante ou lyophylisée pour les poissons.

Importance écologique[modifier | modifier le code]

Les grands cladocères contribuent aux équilibres écologiques de plusieurs manières :

  • comme source de nourriture (particulièrement riche en protéine) pour de nombreuses espèces ;
  • en filtrant l'eau pour se nourrir et en assurant ainsi un contrôle des populations phytoplanctoniques et de diverses ciliés (paramécies) et bactéries, de l'eau. Ces organismes entretiennent la clarté des mares, permettant une meilleure pénétration de la lumière dans les couches profondes de la colonne d'eau. Daphnia magna peut par exemple filtrer et manger plusieurs milliers de petites algues vertes par heure[1] en filtrant jusqu'à 80 ml par 24 heures, soit une capacité de filtration pour 20 individus de 1 litre d'eau en 24 heures ;
  • en permettant - grâce à cette limpidité de l'eau - une désinfection accrue par les rayons UV solaires.
  • en mélangeant les couches thermiques et salines des eaux stagnantes, ce qui évite les "eaux mortes" ou appauvries parce que trop chaudes en surface ou trop minéralisées
  • en limitant les pullulations d'algues filamenteuses de surface (tant que les nitrates et phosphates ne sont pas surabondants)

Divers facteurs écologiques (nutriment, lumière, profondeur, courant...) affectent leur abondance dans les cours d'eau, lacs, mares, etc[2] Dans les eaux stagnantes et très poissonneuses, les cladocères régressent au profit des copépodes qui avec les rotifères ne peuvent efficacement réguler les populations de phytoplancton, ce qui entraine une augmentation de la turbidité de l'eau, et d'éventuels déséquilibres.

Beaucoup d'espèces ne supportent pas les eaux acides et/ou peu minéralisées.

Invasivité ? Certaines espèces pourraient avoir un comportement invasif, suite à des introductions dans des milieux géographiquement éloignés du leur (ex Daphnia lumholtzi en Amérique du Nord[3]).

Transferts de pollution : Dans les fleuves pollués, le plancton (zooplancton notamment, mais également phytoplancton) peut adsorber ou bioconcentrer certains polluants (métaux notamment), puis les re-libérer quand il meurt brutalement dans les eaux salées au niveau de certains estuaires (dans le bouchon vaseux ou les zones mortes anoxiques [4].

Dispersion[modifier | modifier le code]

Les modalités de dispersion des cladocères sont en partie encore mal connus.

Ces organismes (comme les copépodes) sont bien connus dans les eaux stagnantes, mais on les trouves aussi et parfois abondamment dans certains fleuves et rivières où ils peuvent probablement être diffusés sur de grandes distances via les inondations[5].

Dans la Seine, en amont, la brièveté du temps de séjour favorise les petites espèces planctoniques (Rotifères, Protozoaires)[6], mais à l'aval, les grosses espèces sont plus nombreuses ; « d’amont en aval, le flux de zooplancton croît exponentiellement, tandis que le débit augmente linéairement, ce qui confirme l’importance de la production autochtone (Riverine Productivity Model) »[6]. La répartition spatiale et la dynamique saisonnière du zooplancton des cladocères (et copépodes) ont aussi été étudiés dans le Danube près de Budapest (Hongrie). Les sections centrale du Danube explorée était souvent pauvre en plancton, et dominées par des nauplii (36 espèce dont les plus abondantes étaient Acanthocyclops robustus, Thermocyclops crassus, Bosmina longirostris), avec des copépodes plus densément présents vers l'aval, sans différences marquées entre l'entrée et la sortie de la capitale[5]. De manière générale le centre du fleuve contenait moins de microcrustacés (tant en nombre d'espèces qu'en abondance) que la proximité des berges. Des différences étaient observées entre les deux rives et entre l'amont et l'aval[5]. Le ralentissement du courant et la hauteur d'eau semblent influer, mais différemment selon qu'on se trouve vers l'amont ou l'aval. En aval la densité ne varie pas significativement au centre du fleuve et là où l'eau est haute, mais elle augmente considérablement près des berges ou là où la colonne d'eau est moins haute, alors que la diversité spécifique (variété des espèces) change peu[7]. Le pic d'abondance en mai-juin et aout-septembre, et une moindre densité en fin d'hiver-début du printemps. Les zones inondable et plans d'eau adjacents semblent être les sources de biomasse de plancton trouvé dans le fleuve[5].

De plus, bien que totalement aquatique, les œufs de cladocères résistent relativement bien à la dessiccation. Ils peuvent donc être transportés par des animaux (dans la vase ou boue sur les pattes de mammifères ou d'oiseaux par exemple). C'est sans doute ainsi que s'effectuent les recolonisation rapide de milieux isolés (facteur de résilience écologique. Ce phénomène participe probablement aussi à l'entretien d'une certaine diversité génétique via des échanges entre populations au sein d'une métapopulation[8].

Classification[modifier | modifier le code]

Sous-ordre Cladocera Latreille, 1829

Notes[modifier | modifier le code]

  1. J. Sevrin-Reyssac et F. Delsalle
  2. SOBALLE, D. M., KIMMEL, B. L. (1987): A large-scale comparison of factors influencing phytoplankton abundance in rivers, lakes, and impoundments. Ecology, 68: 1943–1954.
  3. Havel, J.E. & Hebert, P.D.N. (1993) Daphnia lumholtzi. North America: another exotic zooplankter. Limnology and Oceanography, 38, 1823–1827
  4. Jean-François Chiffoleau (2001), La contamination métallique - Volume 8 - Page 18 (Aperçu books.google.fr/books?isbn=2844330657) Programme Seine-Aval
  5. a, b, c et d Vadadi-Fülöp Cs. 2009. Zooplankton (Cladocera, Copepoda) dynamics in the River Danube upstream and downstream of Budapest, Hungary ; Opusc. Zool. Budapest, 40 (2): 87–98.
  6. a et b M. Akopian et al., Cinétique du zooplancton dans un continuum aquatique : de la Marne et son réservoir à l’estuaire de la Seine ; C. R. Biologies 325(2002) 807–818. 2002 Académie des sciences ; Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS
  7. Csaba Vadadi-Fülöp , Microcrustacean assemblages in a large river: on the importance of the flow regime ;Hydrobiologia September 2012 (résumé)
  8. de Guerne, J. (1887) Remarques sur la distribution géographique du genre Podon, sur l’origine des Polyphémides pélagiques lacustres et sur le peuplement des lacs. Bulletin de la Société Zoologique de France, 12, 357–367.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • AMOROS, C. (1984): Crustacées cladocères. Introduction pratique à la systématique des organismes des eaux continentales françaises. Bulletin Mensuel de la Société Linnéenne de Lyon, 53: 1–63.
  • DUSSART, B. (1969): Les Copepodes des Eaux Continentales II: Cyclopoides et Biologie. Ed. N. Boubee & Cie, Paris, p. 292.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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